‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 47 sur 272 · ORDRE MILITAIRE DE SAINT-JACQUES DE L'ÉPÉE · texte numérisé non relu

ORDRE MILITAIRE DE SAINT-JACQUES DE L'ÉPÉE

L'Espagne montra de bonne heure une vive dévotion pour les reliques de saint Jacques le Majeur, vénérées à Compostelle, qu’elle choisit pour patron après la victoire de Clavijo; et le bruit des miracles opérés par son intercession appelait, en Galice, dès avant le xn° siècle, une grande affluence de pèlerins. Pour soigner ces pieux voyageurs, des chanoines de saint Éloy avaient bâti et desservaient plusieurs hospices. Quand le voisinage des Mores vint troubler la sécurité des routes, treize gentilshommes mirent en commun leurs forces et leurs richesses pour garantir les chrétiens; et résolus, de concert avec les chanoines, de constituer une milice comme celle des hospitaliers et des templiers, ils envoyèrent à Rome solliciter l'autorisation pontificale. Pedro Hernandez de Fuente Enzalada, chef de la députation, en!

rapporta Île titre de grand maître et le diplôme (du à juillet 1175) qui fixait les statuts.

Les propriétés de l’ordre et ses conquêtes étaient garanties par le saint-siége.

Un conseil de treize chevaliers assistait le grand maître; ils avaient le pouvoir de l'élire, et celui de le déposer s'ils le jugeaient malintentionné ou inutile, après avoir consulté le prieur et le chapitre.

En vertu d’une ordonnance de Charles-Quint, les rois exercent leur pouvoir par l'intermédiaire du Conseil des ordres, composé d'un président et six chevaliers (deux de chaque ordre). Ce conseil donne avis au roi des vacatures, fait exécuter les ordonnances, et connaît des causes civiles et criminelles des chevaliers et de leurs vassaux ; il administre le spirituel par des ecclésiastiques de l'ordre.

L'ordre avait aussi ses chanoinesses, réparties en sept couvents, dont le devoir était d'héberger les pèlerins et de pourvoir à leurs nécessités. Elles pouvaient se marier; mais, en 1480, elles furent obligées aux trois vœux. Celles de Barcelone seules maintinrent leur ancienne liberté.

L'habit de l’ordre consiste en un manteau blanc, chargé, sur le côté gauche, d’une croix de drap rouge, en forme d'épée, fleurdelisée au pommeau et aux croisillons (pl. XXIV , n° 1), et la croix n° 2 suspendue au cou par une triple chaine d’or.

Ses armes sont la même croix, chargée d’une coquille d’or, en champ d'or.

Le drapeau était jaune avec la croix rouge fteurdelisée, chargée d’une coquille, et cantonnée de quatre coquilles d’or.

L’inspection des maisons de l’ordre était confiée à quatre visiteurs, ayant le droit de corriger les abus, ou de les dénoncer au chapitre général, fixé au jour de la Toussaint, et auquel étaient tenus d'assister les treize et tous les commandeurs.

Les chevaliers faisaient vœu de chasteté conjugale; le soin des étrangers et des indigents leur était recommandé; et, dans leurs combats contre les Sarrasins, il leur était expressément enjoint de n’écouter la passion de la gloire, l'avidité du butin, ni la soif du sang. Leurs entreprises ne devaient avoir qu'un motif, la protection des chrétiens ou la conversion des infidèles.

Les fonctions spirituelles étaient administrées par des eleres, chargés, en outre, de donner l'éducation aux enfants des chevaliers.

L'ordre reçut de nombreux priviléges spirituels, et fut placé dans une.

indépendance complète des évêques.

Plus tard, pour être reçu chevalier, la noblesse devint une condition de rigueur; et, dès 1652, il fallut prouver quatre quartiers paternels et maternels : ces ancêtres devaient n'avoir eu rien à démêler avec l'inquisition, comme juifs, sarrasins ou hérétiques.

Les récipiendaires sont astreints à un noviciat de six mois dans la

marine, et d’un mois dans un monastère, pour apprendre la règle; mais

on obtient des dispenses faciles moyennant finance.

Les chanoines de l’ordre, soumis à la règle de Saint-Augustin, doivent, pour être reçus, prouver que leurs ancêtres, de quatre races, paternelles et maternelles, n'ont pas été facteurs, commissionnaires, courtiers, changeurs; qu'ils n'ont exercé aucun art mécanique ou vil; qu'ils n'ont pas été condamnés par le saint-office comme juifs ou hérétiques.

Dès ses premiers jours, l'existence de l'ordre fut utile et glorieuse: les Mores trouvèrent des assaillants infatigables, et la croix rouge brilla à côté des étendards royaux dans tous les combats, dans toutes les grandes batailles où le Christ lutta contre Mahomet , l'Afrique contre l'Europe. Aussi la piété reconnaissante des rois et des peuples, autant que les conquêtes, accrut à un tel point la puissance de l'ordre, qu'outre les trois grandes commanderies de Léon, de Castille et de Montalvan, il en compta près de cent autres, dont dépendaient plus de deux cents prieurés, cures et bénéfices; il possédait des monastères, des hôpitaux, des châteaux, des forts, deux villes, cent soixante et dix-huit bourgs et villages. Les rois pouvaient donc concevoir de l'ombrage, surtout quand ils songeaient au rôle important que les grands maîtres avaient Joué dans les dissensions civiles du xiv° et du xv° siècle, et dans les disputes des souverains de Castille et de Léon. Aussi, au décès du quarantetroisième grand maitre, don Alonzo de Cardenas, en 1495, les rois catholiques Ferdinand et Isabelle s'attribuèrent l'administration de l'ordre, en vertu d’une bulle d'Alexandre VI, préludant à la bulle du pape Adrien VI (12 mai 1522) qui annexa pour toujours à la couronne d'Espagne la grande maîtrise. Il faut avouer que depuis la conquête de Grenade, l'ordre ne répondait plus aux nécessités qui avaient provoqué

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sa création, et qu'il entrait difficilement dans le nouveau cadre social qu'organisait la royauté prépondérante. D'ailleurs, un revenu de 15,000 pistoles, attaché à la grande maitrise, était un appât séduisant. Depuis lors, on peut dire que l'histoire de l'ordre est achevée. Il tomba dans la même somnolence que le pays et la monarchie, et ne servit plus qu'à satisfaire la vanité ou les besoins de nobles avides ou indigents.

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