‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 48 sur 272 · ORDRE DE CALATRA VA · texte numérisé non relu

ORDRE DE CALATRA VA

Une seule campagne (711) avait soumis toute la Péninsule aux Mores. Mais si la vengeance d'un père outragé par un roi avait été si funeste à la monarchie, la vengeance d’un frère inaugura la ruine des conquérants : dès 718, le guérilléro Pélage avait relevé la bannière des Goths; et après trois siècles de combats continuels, la Catalogne, la Navarre, Aragon, Castille et Léon, la Galice et le Portugal, obéissatent à des seigneurs chrétiens, pendant que la multitude des dynasties, les démembrements, les guerres civiles et religieuses minaient la vigueur de lislamisme. En 1150, Alphonse Raimond avait reculé les limites dévastées de la Casülle jusqu'à la Sierra Morena, forcé Cordoue au tribut, et entamé les royaumes de Murcie et de Jaën. Calatrava, qui protégeait les frontières de l’'Andalousie, était tombée en son pouvoir (1447); 1l la confia à la bravoure des soldats du Temple. Mais lorsque le premier émir Almohade, maitre de l'Afrique, eut porté en Espagne les conquêtes de sa croyance et de ses armes, soumis Cordoue, Jaën, Grenade et Alméria (1157); et qu'il menaçait d’une seconde expédition, qu'un fanatisme retrempé rendait plus redoutable, les templiers, intimidés, remirent la place à don Sanche, fils et successeur d’Alphonse; et ce prince ne trouva personne qui osât risquer une défense dont les templiers désespéraient. Mais les intérêts de leur ordre avaient amené à Tolède deux moines de Citeaux, Raimond, abbé de Fitero, et Diégo Velasquez. Celui-ci, vieux soldat d'Alphonse, éveilla l'enthousiasme de son abbé, et lui fit accepter, avec

l'engagement de la défendre, la possession de la ville, offerte par le roi. L'archevèque, dans les domaines duquel elle était située, et qui se souvenait d’un siége récent, donna des secours d'argent, et, dans une assem- | blée publique, exhorta nobles et vilains à seconder les efforts de l'abbé, à s'offrir aux dangers pour garantir la sécurité de la foi et du territôire. L'élan du patriotisme, les retards des Almohades, occupés en Afrique, permirent d'organiser la défense; la ville reçut une colonie, et un nouvel ordre militaire, dans lequel Raimond engagea un grand nombre de frères convers. Mais à sa mort, arrivée en 1165, les nobles, tout en maintenant leurs liens de filiation avec l'abbaye de Morimont, voulurent être purgés des moines, et élurent pour premier grand maître don Garcias Redon, sous l'administration duquel l'ordre fut confirmé par une bulle d'Alexandre IT. Il reçut sa constitution en 1187, de Guy, abbé de Citeaux, grossie plus tard d’une foule de priviléges temporels et spirituels. |

L'ordre était organisé pour l'agression. Assurés de la propriété de leurs conquêtes, les chevaliers pouvaient continuer la guerre, même quand la paix avait été Jurée par le roi; leurs ressources s'accumulaient à la fois par l’exemption de toutes les charges nationales, de toute juridiction, par le produit de leurs manoirs, des contributions, de leurs nombreux troupeaux, qui, comme ceux du roi, pouvaient paître sur toute l'étendue du royaume, et dont les bergers pouvaient couper partout le bois nécessaire à leurs besoins. |

Après la mort de Sanche, la Castille tombée dans l'anarchie d’une minorité, et les autres royaumes chrétiens acharnés à des querelles qui les affaiblissaient , la guerre religieuse n’était soutenue que par les chevaliers. Voulant garantir de leurs pillages perpétuels ses sujets d'Europe, l'émir Yacoub-ben-Yousef passa le détroit avec ses troupes africaines, et rencontra les Castillans devant le fort d'Alarcos. Alphonse IX eût dû attendre les secours de Léon et de Navarre; mais il voulait se réserver tout entière la gloire du triomphe. Il fut vaincu. Ses meilleurs soldats, les chevaliers, demeurèrent presque tous sur le champ de bataille, et Calatrava, tombée entre les mains des Mores, vit périr tous ses défenseurs. | ê

La trêve de douze ans qui suivit cette bataille expira l'année 1208. Les chrétiens firent leurs préparatifs pour reprendre la guerre nationale:

ce furent les chevaliers de Calatrava qui l'ouvrirent par une irruption dans le royaume de Valence; et, le 16 juillet 1212, la victoire de las Navas de Tolosa fut une terrible revanche du désastre d’Alarcos. D’après l'archevêque Rodrigue, les Mores perdirent trente-cinq mille cavaliers et cent soixante et dix mille fantassins. La perte du côté des Espagnols ne fut que de cent trente-cinq; et, dans les deux jours de repos que l'armée se donna, les feux de ses bivaes ne furent alimentés que de tronçons de lances et de flèches.

Calatrava était reprise depuis 1210, les chevaliers ÿ étaient rentrés . mais peu après, le siége de l’ordre fut transféré à la nouvelle ville du même nom; et bien que des armes heureuses lui aient acquis de belles conquêtes, comme 1l en abandonna une partie aux ordres d’Alcantara et d'Avis, il n'eut jamais autant de richesses que celui de Saint-Jacques. Il ne possédait que seize prieurés environ, et cinquante-six commanderies, dont la principale donnait un revenu de 10,500 ducats; les autres valaient de 9,000 à 7,000 ou moins. Les grands maîtres, dont les revenus s'élevaient ‘à 40,000 écus d'or, devenaient puissants; choisis dans d'illustres familles, ils eurent leur influence sur les affaires d'Espagne, et quelques-uns eurent lieu de s’en repentir. Aussi le trentième grand maître, Garcia Lopez de Padilla, étant mort en 1489, les chevaliers se préparaient à lui donner un successeur, quand Ferdinand et Isabelle leur notifièrent une bulle d’'Innocent VIIT, par laquelle le pape se réservait la nomination du grand maître. Le roi occupa l'administration, se proposant, dit le jésuite Mariana, de soutenir honorablement du revenu des commanderies la vieillesse de braves soldats; mais les courtisans surent les appliquer aux besoins de leur luxe.

Une bulle de Paul HE, de 1540, permit aux chevaliers de se marier

une fois : ils font vœu de pauvreté, d'obéissance et de chasteté conjugale, et, depuis 1692, de soutenir l’immaculée conception. Is portèrent un scapulaire blanc et une capuce en forme de camail, jusqu'en 1397, que l’antipape Benoit XII leur permit de renoncer à un vêtement génant pour le combat, et de porter l'habit séculier. Le costume actuel est un grand manteau blane, avec la croix rouge fleurdelisée sur le côté gauche. (PI. XXIV, n° 5 et 4.)

Le drapeau et l'écu sont d’or à la croix fleurdelisée de gueules, et en pointe des deux côtes d’icelle deux entraves ou menottes d'azur.

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