‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 5 sur 272 · ORDRE DE LA TOISON D'OR · texte numérisé non relu

ORDRE DE LA TOISON D'OR

Comme toutes les institutions que les respects de l'opinion ont consacrées, l'origine de la Toison d'Or est voilée de fables. Pourquoi ne pas croire simplement aux motifs avoués par le préambule des statuts ?

« Sçavoir faisons que pour la très-grande et parfaicte amour que Nous avons au noble estat et ordre de chevalerie, dont de très-ardente et singulière affection désirons l'honneur et accroissement; par quoy la vraye foy catholique, l'estat de Nostre mère la sainte Eglise et la tranquillité et prospérité de la chose publique soyent comme estre peuvent deffendues, gardées et maintenues ; etc., etc.

Ces paroles du fondateur sont confirmées par ces lignes de son épitaphe :

Pour maintenir l'Eglise, qui est de Dieu maison, J'ai mis sus le noble ordre qu'on nomme la Toison;

par ces vers de son chantre George Chastelain :

Mais n’est d’oubly le haut eslèvement De la Toison, haute et divine emprise, Que pour confort, ayde et reparement De nostre foy, en long proposement

Tu as mis sus : :

et — quels que soient les écarts où l'ont entrainé ses passions et celles des princes ses alliés et ses ennemis — par des actes nombreux de sa vie : les secours hardis qu’il donna aux Hongrois, aux chevaliers de Rhodes; le vœu qu'il prononça d'entreprendre une nouvelle croisade ; le zèle qu'il déploya pour éteindre le schisme.

La fondation de l’ordre remonte au 40 janvier 1429, jour du mariage de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, souverain des Pays-Bas, avec Isabelle de Portugal. Les premiers chevaliers, « gentilshommes de nom et d'armes, et sans reproche, » ne dépassèrent pas le nombre de vingtquatre; il fut porté à trente-par les statuts de 4451; mais quand la succession presque entière de la maison de Bourgogne se réunit à la possession de l'Empire, de l'Espagne et de la moitié de l'Italie, Charles- Quint, avec l'approbation du pape Léon X, porta à cinquante le nombre des chevaliers.

Le fondateur s'était déclaré chef et souverain de l’ordre, et après lui ses successeurs ducs de Bourgogne.

« Cependant, disait l’article 65, si du trespas dusouverain, demouroit fille, son héritière non mariée, Voulons et ordonnons que semblablement soit esleu un des frères de l’ordre pour conduire les faicts de l'ordre , jusques ladicte fille héritière soit mariée à chevalier en aage d'empreindre et conduire la charge et le faict du souverain de l'ordre. »

C’est en vertu de cette disposition que la grande maitrise passa de la maison de Capet à celle de Hapsbourg, par le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien.

Quand le fils de Charles-Quint consentit à céder la souveraineté des Pays-Bas (6 mai 1598), il stipula : « Octroyons aussi à nostre dicte fille que, par-dessus les titres particuliers de chacune desdites provinces des Pays-Bas et comté de Bourgogne, elle se puisse escrire, intituler et nommer duchesse de Bourgogne, nonobstant que nous ayons réservé (pour aussi longtemps qu'il Nous plaira), pour Nous et le prince nostre fils, ledit titre de duc de Bourgogne avec tous les droits qui Nous y peuvent competer conjointement à la hautesse et souveraineté de nostre ordre de la Toison d'Or, dont Nous en retenons la faculté de pouvoir disposer en temps à venir, comme pour le mieux Nous le trouverons convenir. » |

L'ordre demeura donc annexé à la couronne d'Espagne jusqu'à Charles IT, ce dernier représentant de la maison d'Autriche en Espagne.

Mais la guerre de la Succession ayant eu pour résultat le partage de cette monarchie, le prétendant se saisit aussitôt des archives de l'ordre et les transporta à Vienne. Devenu empereur sous le nom de Charles VI, il se confirma dans la grande maïtrise comme successeur des dues de

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