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ÉTABLISSEMENTS DES TEMPLIERS EN ROUERGUE

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Tandis que les Templiers combattaient en Orient pour défendre la conquête mal affermie des chrétiens , la pieuse libéralité des princes , des seigneurs et des particuliers formait leur patrimoine en Europe, et répandait abondamment sur cette institution des largesses qui en firent bientôt l’ordre le plus riche de la chrétienté.

On trouve dans les anciennes archives du pays une foule de donations faites aux xu' et xme siècles par les seigneurs en faveur des Templiers.

Raymond-Béranger II , vicomte de Millau et comte de Provence , donne , en M 08 , aux chevaliers du Temple , dont Hélie de Montbrun était alors maître en Houergne , la petite ville de Sainte-Eulalie-du-Larzac , où ils établirent dès-lors une de leurs plus belles commanderies.

Quelques années après , le 5 août 1184, Sanche d’Aragon

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fait don aux mêmes chevaliers du péage que lui et ses prédécesseurs avaient accoutumé de lever dans le même lieu.

Etienne et Pierre de Rodez , frères de la milice du Temple, reçoivent la donation que fait , en H 70 , d’une église k leur ordre , Bernard , évêque de Béziers.

Le comte Hugues , dans son testament de l’an 1176, lègue au Temple six cents sous, sex cenlot solidos, in pignore de Limosa. (Marlène, t. I, p. 898).

Ce fut l’origine de leur domaine kSaint-Marlin-de-Limouse, près de Rodez.

En 1209, Raymond IV, comte de Toulouse et de Rouergue , lègue dans son testament aux Templiers la moitié du blé et du vin qu’on aura recueilli pendant une année dans ses terres. Il leur donne de plus son cheval de bataille et son armure. ( Histoire du Languedoc).

Le comte de Rodez , Henri , fait don k l’hôpital de Saint- Jean, en 1222, de sa terre de Canel, des villages et de tout ce qu’il possède à Fonliguano et in Bastida de Larnonea et circa Canabeiras , etc.

Il lègue aux chevaliers du Temple un de ses chevaux de bataille, celui qui fut de Guillaume de hoquelaure , et , pour une contestation qu’il avait eue avec cet ordre de facto Budalaceo , il veut qu’on s’en rapporte entièrement k ce que décidera le frère Jean de Fontanes. Il lègue aussi au Temple l’alleu et les pâturages , allodium et herbagium , qu’il a près de Limouse. Il veut que son épouse , ses enfants et tous ses successeurs n’oublient jamais les obligations qu’il a aux chevaliers du Temple qui l’ont toujours servi avec zèle , c’est pourquoi il les conjure de diriger, défendre , protéger et garder cette maison de tout leur pouvoir.

(Marlène, 1. 1, p. 1169).

En 1277, Guillaume deCalmont, chevalier, prescrit dans son testament k son fds Jean d’entrer dans la milice du Temple. (Cari, de Bonnecombe , 1 , 63).

La plupart des maisons centrales des Templiers et de leurs églises furent construites dans le courant du xne siècle.

Encore pénétrés des impressions de l’Orient et des formes de l’architecture arabe , ils voulurent que leur demeure de Frgnce pût leur rappeler, sous quelques rapports du moins ,

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leur chère Palestine , et ils mêlèrent le style syrien , dont ils rapportaient le modèle d’Asie, au goût gothique qui dominait en Europe. On reconnaît ce mélange , dit un archéologue , à je ne sais quelle alliance d’élégance et de sévérité dans les détails , au fût court des colonnes , à la forme des chapiteaux, à la singulière distribution des croisées en ogive. Les sanctuaires sont remplis de figures étranges et de symbolismes grossiers.

On rencontre encore ça et là dans nos campagnes ces anciens manoirs qui réveillent toujours un mélancolique intérêt. Un saisissement indicible pénètre l’âme quand on contemple ces lieux , jadis animés par le bruit des armes et les pompes solennelles , aujourd’hui silencieux et désolés. Sous ces voûtes , demeurées closes , en quelque sorte , pour l’histoire depuis les Templiers , et où les siècles intermédiaires n’ont jeté aucun fait qui fasse distraction et confusion, l’imagination se représente ces vaillants chevaliers à la figure grave et noircie par le soleil de la Palestine , ces héroïques victimes de Philippe-le-Bel , plus nettement et plus vivement qu’à l’aspect des temples des grandes cités où se pressent tant de souvenirs de toute époque.

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PRIXEPTORERIES Al' CAHHMIlEHiES.

Avant la fin du xn* siècle , la plupart des commanderies étaient formées (1). Il y en avait neuf en Rouergne , savoir :

1 ° Sainte-Eulalie -du-Larzac ;

2° Millau ;

3° Saint-Félix-de-Sorgues ;

4° Martrin ; .

3° La Selvc ;

ü° Villefranche ;

7° Drulhe ;

8° Espalion ;

9° Laclau.

Elles relevaient du prieuré de Saint-Gilles, sous la direction d’un maître qui était commandeur du Larzac.

Les préceploreries (2) étaient autant de domaines considérables composés de fiefs et d’alleus, où ils établirent des cbàleaux-forts, et qu’ils mirent sous la garde d’un frère appelé précepteur, preceptor, maître, lequel avait l’entière adminis-

(1) La plus aucieone commandene des Templiers dans le midi fut La Nougarède, située dans l’Ariège , qui leur fut donnée, en 1136 , par Roger 111 , comte de Foix.

(2) Ces divisions territoriales portèrent toujours chez les Templiers le nom de préceptoreries. Ce ne fut qu’au xiv' siècle que les chevaliers de Saint-Jean leur donnèrent le nom de commanderies.

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tration de la terre , percevait les revenus dont il rendait compte, et avait sous son obéissance les chevaliers stationnés dans la maison et les profès qui se destinaient à entrer dans l’ordre. Tl parut convenable aux intérêts bien entendus de la corporation et à la conservation de ses propriétés d’assigner à un chevalier les possessions d’un territoire déterminé pour les gouverner, les améliorer, et employer les revenus à l’avantage de tous.

La préceplorerie n’était donc qu’une pure administration dont l’ordre chargeait le précepteur sans lui rien transférer du droit de dominilé. La propriété résidait toujours dans l’ordre qui , pour la rendre plus productive et plus utile, s’associait , en quelque sorte , ses membres et les admettait à partager avec lui des fruits qui étaient jusqu’à un certain point ceux de leur zèle et de leur industrieuse vigilance.

A la naissance de l'ordre , le conseil disposait immédiatement de tous les biens qui se multiplièrent promptement en Asie et en Europe. Il afferma d’abord , il députa ensuite d’anciens religieux auxquels il assignait un district, un territoire pour l’administrer, faire la perception des revenus et les envoyer en Palestine. Ces économes , auxquels on donnait , comme nous l’avons déjà dit, le nom de précepteurs , devaient un compte fidèle et n’étaient autorisés à retenir que leur modeste entretien.

Dans ces différents lieux ou les précepteurs faisaient leur résidence, on réunissait les jeunes chevaliers qui , sous la discipline des anciens , se formaient à la vie religieuse et militaire et prenaient de bonne heure l’esprit de leur profession. C’étaient autant de communautés ou de couvents répandus dans toute la chrétienté qui renfermaient le dépôt le plus précieux et les plus chères espérances de l’ordre ; il en sortait des chevaliers instruits à tous les exercices militaires , pleins d’amour pour leur état et brûlant du désir d’aller audelà des mers signaler leur courage et rivaliser de gloire avec leurs frères.

Ce fut dans ces cloîtres fortifiés de chaque commanderie que les Templiers se réfugièrent après leur retour d’Orient.

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