COMMANDERIE DE SAINTE-EU LALIE-DU-LARZAC
Le Larzac , immense plateau calcaire de plus de trente lieues carrées , s’unissant au sud-ouest avec les montagnes de La Caune , et au sud avec celles des Cevennes , domine d’un côté le bassin du Tarn , et de l’autre celui de l’Hérault. Limité au nord par le Tarn , au couchant par les deux petites rivières de Cernon et de La Sorgue, à l’orient parla Dourbie, il s’avance au sud de plus de sept lieues dans le département de l’Hérault.
Sa surface est monotone et presque entièrement plane ; on n’y voit que des quartiers de roches calcaires qui ressemblent à des villages où, dans les temps nébuleux, les voyageurs sont tentés d’aller chercher un gîte. Ces grands blocs de pierre , qui ont tous une forme carrée, ne sont couverts ni de mousse, ni d’aucune espèce de lichen ; leur sommet est noir et dur ; leur base friable et blanchâtre.
Ces hautes plaines du Larzac , dont la stérilité continue épouvante, où sous un ciel étincelant on fait des lieues entières sans rencontrer une maison , un arbre, un filet d’eau , nourrissent cependant une grande quantité de bêtes à laine qui font la richesse du pays.
Au milieu de ces plateaux s’élève l’ancien bourg de La Cavalerie, dont l’enceinte carrée, formée de hauts remparts brunis par le temps , dérobe la vue des habitations intérieures.
Un peu plus loin , près du cours du Cernon , est bâtie Sainte-Eulalie, où les Templiers établirent une de leurs plus anciennes résidences, et le centre de leurs possessions sur le Larzac.
En 1158, Raymond-Bérenger II, vicomtede Millau etcomte de Provence , donna aux chevaliers du Temple , dont Hélie de Montbrun était alors maître en Rouergue, la petite ville de Sainte-Eulalie-du-Larzac. Ce prince se fit même Templier et mourut à Barcelonne dans l’exercice de sa nouvelle profession.
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Quelques années après , le 5 août 1184, Sanche d’Aragon fit don aux mêmes chevaliers du péage que lui et ses prédécesseurs avaient accoutumé de lever à Sainte-Eulalie et sur le Larzac.
Telle fut l’origine de cette commanderiequi devint dans la suite une des plus riches du royaume. Elle avait dans sa dépendance les bourgs de La Couvertoirade et de La Cavalerie que les Templiers firent entourer de fortes murailles qui subsistent encore.
Cet établissement , comme les autres de même nature dans le pays , relevait en foi et hommage des comtes de Rouergue. En 1249 , le comte Raymond VII manda au commandeur de Sainte-Eulalie qu’il eût à délivrer à son bailli de Rouergue, en témoignage de la haute seigneurie qui lui appartenait , les forteresses de La Couvertoirade , de Sainte- Eulalie et de La Cavalerie.
( Trésor des chartes de Toulouse , sac 9, n° 42).
Les fortifications de Sainte-Eulalie ont disparu depuis longtemps ; mais le vaste château où habitait le commandeur existe encore et sert de logement à plusieurs familles qui l’ont acheté.
Celles de La Cavalerie ne forment plus une enceinte continue ; il en reste cependant des pans de murs assez considérables ainsi que plusieurs tours ou fragments de tours qui doivent dater du xnc siècle. Il ne paraît pas que les commandeurs y aient possédé de château.
Enfin , à La Couvertoirade les fortifications se sont entièrement conservées. Elles doivent remonter au temps de la puissance des Templiers. Elles se composent d’une enceinte de murs qui enferme tout le village et de six tours carrées. Ces murs sont élevés et ne sont percés que par deux portes. Ce village offre aujourd’hui l’aspect le plus pittoresque. Outre ces fortifications, il y avait encore à La Couvertoirade un château qui appartenait aux commandeurs. Il était situé avec l’église sur un rocher renfermé dans l’enceinte du village. Ce château ne présente plus que des ruines , mais il a été démoli depuis fort peu de temps.
Telles étaient les principales dépendances de la commanderie de Sainte-Eulalie qui s’étendait d’ailleurs sur presque
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toute la partie du Larzac comprise aujourd’hui dans le département de l’Aveyron. Elle était bornée d’un côté par le diocèse de Lodève, la terre de Cornus et celle de Canals, et s’étendait de l’autre jusqu’au pied des Cevennes et jusqu’au dessus des gorges de la Dourbie et du Tarn. Cependant L’Hospitalet , connu dans les actes sous le nom de UHôpilal- Guibert, ne lui appartenait point , quoique situé entre les deux villages de La Cavalerie et de La Couvertoirade. Les villages de La Blaquarerie , de Cazajourde, du Viala-du-Pas-de- Jaux, de La Blaquière et plusieurs autres en faisaient partie. La forêt de La Salvage , située entre Pierrefiche et La Blaquière , et dont une partie n’a été vendue que depuis la Révolution de Juillet , et le domaine de l’Amaissou lui appartenaient. Presque tous les domaines de celte partie du Larzac en relevaient; il n’y avait là aucune seigneurie particulière. Tous les communaux des communes environnantes proviennent des concessions faites par les Templiers ou les Hospitaliers à diverses époques.
Cette commanderie était, en 1789 , une des plus bellesque l’ordre de Malte possédât en France. Elle ne produisait guère moins de 80,000 livres de rente. Le projet de l’ordre de Malte , à cette époque , était de la diviser en trois commanderies , et elle pouvait facilement subir cette division , parce qu’elle renfermait trois gros bourgs qui en pouvaient devenir chacun le chef-lieu.
La tradition est muette sur les faits qui pourraient intéresser l’histoire locale pendant la domination des Templiers sur le Larzac. A peine les documents écrits peuvent-ils nous apprendre le nom de quelques membres de cet ordre illustre.
Hélie de Montbrun , vivant en 11 58, comme on l’a vu, paraît avoir été le premier précepteur de Sainte-Eulalie.
Un ancien litre des archives du château de Montpaon nous fait connaître que Guillaume d’Arnaud en était précepteur en
Pierre Raymond gouvernait la même maison en 1259, comme on le voit par un acte d’échange fait cette année entre ce seigneur et Agnès de Claviers, abbesse de Nonenque.
( Gall . Christ.).
Dans une sentence arbitrale du 7 octobre 1280 , entre les
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habitants de Millau et frère Pierre Raymond, celui-ci prend le titre d'ancien gouverneur de Sainte-Eulalie.
11 existe une transaction de l’an 1304, passée entre Gui Azeinar, commandeur de Sainte-Eulalie et de Montais, et Bernard de Combretau sujet du mas de Caunac, situé dans la juridiction de Combret. ['fit. de Combrel).
Ce précepteur est sans doute le dernier qu’ait eu l’ordre à Sainte-Eulalie.'
Combc-Houmal.
On voit encore sur le versant méridional du Lévezou et non loin de Saint-Beauzély les restes d’une ancienne maison religieuse qui, d’après la tradition du pays , aurait été jadis une annexe de la commanderie du Larzac. C’est une erreur. Combe-Roumal pouvait relever féodalement des Templiers; mais c’était un prieuré d’hommes , annexe de Saint-Michel de Lodève (I). Voici la description qu’en a donné M. l’abbé ltavailhe.
« Dans l’endroit le plus recueilli d’un sinus de Combe-Rouinal , sous un monticule de gros blocs de grès , est bâtie une ancienne et belle demeure, au dehors sévère, à la construction concentrée. De grands châtaigniers, de magnifiques noyers ombragent cet asile. A l’est, sous un mur élevé et fendu à distances égales par de longues et étroites ouvertures, s’étendent une belle prairie et un verger fertile. Le côté nord est couvert par un mur sans ouvertures, qui se plie en demi-cercle et vient rejoindre le mur précédent. L’on approche avec curiosité de cette habitation , dont les dehors trahissent l’origine et la destination.
» Cette ferme, comme on le voit de prime-abord , est un ancien monastère. Sa nouvelle destination a exigé de grands changements dans la disposition des bâtiments; l’on a transformé , détruit et reconstruit ; mais il reste encore de précieux fragments de ce qui fut. L’église , qui est une très-jolie basilique , est res-
(I) La France ecclésiastique , 11 SS. — Hugues lit , comte de Rodez . dans son testament de l’an 1571, légua cent sous Rodanois aux frères de Combe-Roumal.
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tée à peu près inlacte. Elle sert aujourd’hui de grange à foin. Son élégante porte ogivale a été mûrée; elle a été remplacée par une immense ouverture, qui laisse passer à l’aise les chars à foin. Je ne crois pas qu’il soit possible de voir cet édifice si régulier, si religieux et si frais, sans faire une ardente prière pour qu’on le purge et qu’on y redresse l’autel.
» L’on reconnaît encore sans peine la pièce où furent les cellules des moines , les salles de réunion et d’exercices; mais ces belles voûtes, ces pavés en mosaïque sont devenues des étables à bœufs ou d’immondes loges à cochons. Une cour intérieure , qui possédait un pérystile à plusieurs colonnettes, groupées quatre à quatre , sert de demeure aux oiseaux de basse-cour , bien entendu que le pérystile a été abattu , que les colonnettes ont disparu ; c’est à peine si l’on en trouve un groupe qui soutient une crèche.
» Ces constructions étaient magnifiques ; toutes ces pierres taillées et liées par un ciment que l’on dirait romain, tant il tient avec force. »
COMMÀNDERIE DE MILLAU.
Les chevaliers du Temple possédaient à Millau deux maisons , dont une existe encore. Sa noire façade porte des traces de nombreuses restaurations. Il semble même que toute la partie supérieure a été rebâtie. Cette maison , qui n’ofTre d’ailleurs rien de remarquable , est située dans la rue de la Peyrolerie , tout près de l’hôpital, et porte aujourd’hui le numéro 53.
L’autre maison des Templiers était placée sur le boulevard, près du Mandaroux. Elle n’existe plus, mais on a conservé les caves qui passent encore pour les plus belles de la ville. Il parait que les Templiers du Rouergue ne voulaient point faire mentir le proverbe (I).
(1) L’adage , boire comme un Templier, n’a été imaginé qu'après l'abolition de l'ordre , et it ne prouve pas davantage contre eui que l’adage plus ancien, bibere papnliter (Baluze).
Le plus beau bien de cette commanderie était un domaine très considérable situé sur le Causse noir et appelé Servilières. II ne parait pas cependant qu’il y ait jamais eu de château. Quelques autres domaines moins considérables, tels que celui de Catfonds et La Grangette , des terres près de la ville et les censives de quelques villages , complétaient cette commanderie.
On lit dans Bosc qu’en 1156, Pierre de Roveira était maître de la milice du Temple de Millau (T. 3, p. 207).