‹ Ordres équestresChapitre 14 sur 126 · PIERRE DE MONT AIGU · texte numérisé non relu

PIERRE DE MONT AIGU

Pierre de Montaigu, d’une famille répandue par toute la France , fut donné pour successeur, devant Damiette, à Guillaume de Chartres. La bravoure et l’habileté qu’il fit paraître à ce siège (1) l’ont fait comparer à Gédéon.

(1) Ce siège eut lieu pendant la cinquième Croisade , entreprise en 1217. Cette fois les chrétiens voulurent porter la guerre au cœur des

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L’an 1 224 , les Castillans , secondés par les chevaliers du Temple, emportèrent de grands avantages sur les Maures. Les forteresses de l’ordre en Aragon servirent d’asile , en •1225, au jeune roi, donJayme, que l’ambitieux Moncade avait entrepris de détrôner.

L’an 1227, l’empereur Frédéric les maltraite en Sicile, pour s’être déclarés en faveur du pape , dans ses démêlés avec ce prince. L’année suivante , malgré ce sujet de mécontentement, ils vont au-devant de Frédéric à son arrivée en Palestine , et lui rendent tous les honneurs dus à la majesté impériale. Frédéric veut les obliger à marcher avec lui contre l’ennemi. Le grand-maître le refuse , alléguant la défense du pape qui ne lui permet pas de prendre les ordres d’un prince excommunié. L’an 1229, à l’exemple du patriarche de Jérusalem , il ne veut point souscrire le traité que Frédéric avait fait avec le sultan d’Egypte : nouveau sujet de brouillerie.

L’empereur charge d’injures le grand-maître en quittant la Palestine. De retour en Europe, Frédéric continue de vexer les Templiers en Sicile.

Dans le cours de la même année , ceux d’Aragon font la conquête des îles Baléares , sous les ordres du roi donJayme. L’an 1 233 , ce prince ayant déclaré Alfonse , son (ils , héritier de ses Etats, lui désigne , pour gouverneurs . les maîtres du Temple et de l’Hôpital en Aragon. Montaigu n’était plus grandmaître , ou du moins cessa de l’être cette année par mort ou par démission.

Etals do l’ennemi , cl ils assiégèrenl Damiette. Les Templiers y montrèrent leur bravoure accoutumée et la place fut emportée; tuais la présomption du légat . qui s'ingérait du soin de diriger l’entreprise , compromit bientôt ce triomphe. L’armée s'étant imprudemment avancée , par son ordre . dans l’Egypte , se trouva bientôt dans la plus cruelle position. Elle restitua Damiette et se retira.

Après celte époque , la Terre Sainte ne fut plus guère défendue que par les deux ordres guerriers.

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ARMAND ou HERMAN DE PÉRIGORD.

Armand de Périgord (1), de l’ancienne maison , à ce qu’on croit , des comtes de Périgord , remplaça, l’an 1233 , au plustard, le grand-maître Montaigu. Armand avait été auparavant précepteur de Calabre et de Sicile. En 1237 , vainqueur des Sarrazins dans une affaire près d’Alep, il essuya, peu de temps après, un échec d’où il n’échappa que lui neuvième.

Les affaires des chrétiens étaient alors dans le plus mauvais état en Orient. Pour mettre le comblo aux désastres de cet infortuné pays, une race inconnue et plus féroce que toutes celles qui l’avaient précédée , les Corasmins se répandirent tont-à-coup sur les bords de l’Euphrate et du Jourdain , vers l’année 1243.

Les historiens ne parlent qu’avec effroi de ces hommes de carnage et de sang qui , le fer et la flamme à la main , détruisaient et massacraient tout ce qui ne pouvait éviter leur approche. Les chrétiens réunirent leurs forces dont les Templiers étaient la principale.

Les deux armées se rencontrèrent près de Gaza dans le courant de cette fatale année 1243. Le choc fut épouvantable. La bataille dura deux jours. Les chevaliers des deux ordres y firent des prodiges de valeur ; mais enfin , accablés par le nombre, presque tous les chevaliers furent tués. Le Temple seul perdit 312 chevaliers et 324 servants d’armes (2). Les deux grands-maîtres périrent à la tête de leurs troupes.

En attendant qu’on choisît un successeur à celui du Temple, le chapitre général constitua vice-gérant Guillaume de Roquefort.

(1) Quelques historiens le font succéder à un Armand de Pcyra^ grossit que les savants auteurs de l 'Art de vérifier les dates regardent comme le même personnage.

(2) Trente-deux Templiers seulement et vingt-six Hospitaliers échappèrent à ce désastre.

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GUILLAUME DE SONNAC.

L’ordre paraissait enseveli dans les champs qu’ensanglanta la fatale journée de Gaza. Les relations qui passèrent en Europe font une peinture déchirante des malheurs de la Terre Sainte et de l’héroïque valeur des chevaliers dignes d’un meilleur sort.

Mais la gloire dont se couvraient les Templiers était une semence fécoude qui réparait bientôt leurs pertes. On ne tarda pas à les voir reprendre leurs postes dans les sièges et les combats.

Ce fut dans ces conjonctures que saint Louis entreprit de venir relever les affaires des Chrétiens , et que Guillaume de Sonnac , d’une famille distinguée du Ilouergue , fut élu , en 1247, pour remplir la dignité de grand-maître. C’était, au rapport de Mathieu-Paris , un vieux chevalier, très versé dans l’ai t de la guerre et renommé par son courage , sa piété et sa prudence.

Le roi arriva en Chypre , le 28 septembre 1 248 , suivi de plusieurs Templiers français. Sonnac alla joindre ce prince devant Damiette et se distingua au siège de cette place qui fut emportée par les Croisés.

Saint Louis se mit ensuite en devoir de passer le Nil pour continuer sa marche vers la Palestine , et confia l’avant-garde de son armée aux Templiers , avec ordre à Robert , comte d’Artois , son frère , de les suivre avec le corps de bataille et de ne rien entreprendre sans sa permission.

Le passage s’effectua sans de grandes difficultés (1250). Robert culbuta les ennemis sur le rivage, les poursuivit jusques dans leur camp , força les retranchements et fit main basse sur tout ce qui s’y rencontra. On était près de la Massoure. La vue de cette ville ouverte et abandonnée tenta le comte , jeune homme avide de gloire et vif jusqu’à l’emportement. En vain Sonnac lui fit de sages représentations pour arrêter son imprudent courage. Tout fut inutile. Robert se précipita vers la Massourc à la tète de son armée qui ne Irou-

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vant pas de résistance se livra au pillage. Mais pendant ce temps , les Infidèles ralliés sous leur chefBencdocdar, officier plein de valeur, vinrent fondre sur les Français et en firent un horrible carnage. Le comte d’Artois et la plupart des chevaliers périrent dans celte funeste journée. Il n’en échappa presque que le grand-maître Sonnac qui , après avoir perdu un œil et tout couvert de blessures parvint à regagner le camp.

Trois jours après il fut tué dans une nouvelle action qui entraîna la ruine de l’armée et la captivité du saint roi.

RENAUD DE VICHIERS.

Renaud de Vichiers , grand maréchal de l’ordre et auparavant précepteur de France , champenois de naissance , fut élu, après le retour des chevaliers en Palestine, pour succéder au grand-maître Sonnac. Ce fut lui qui, par ses remontrances , engagea saint Louis à prolonger son séjour en Syrie. Peu de temps après son élection , il apprit la nouvelle de la mort de l’empereur Frédéric II et du testament par lequel il ordonnait la restitution des biens qu’il avait enlevés aux Templiers. De Vichiers mourut en 1256.

THOMAS BÉRAUT ou BÉRAIL.

Thomas Béraut fut investi de la suprême dignité de l’ordre en 1256. Quatre ans après , en 1260, tandis que les Templiers de Castille étaient aux prises avec les Maures d’Andalousie , ceux de Palestine étaient battus et dispersés ou faits prisonniers par Bondochar, sultan d’Egypte.

L’an 1264, le pape Urbain IV , indisposé contre Etienne de Sissi, maréchal de l’ordre, le priva de sa charge, entreprise inouïe jusqu’alors. De Sissi fit à ce sujettes remontrances au pape qui , pour toute réponse , l’excommunia. L’ordre prit le parti du maréchal. Urbain mourut sur ces entrefaites. Clément IV , son successeur, leva l’excommunication , après avoir réprimandé ses supérieurs.

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Les Templiers étaient maîtres d’une forteresse appelée Sephet. Bondochar y mit le siège en 1266 , et , après une longue défense , le prieur du Temple , qui en était gouverneur, voyant tous ses ouvrages ruinés , fut obligé de capituler.

Il était convenu que les débris de la garnison se retireraient sans être inquiétés. Mais le sultan ne se vit pas plutôt maître Je Sephel qu’il fit tous les chrétiens prisonniers et ne leur donna que quelques heures pour se résoudre à mourir ou se faire mahométans. Le prieur du Temple , assisté de deux franciscains , passa la nuit à exhorter la garnison et les habitants au martyre. Dieu bénit les efforts de son zèle. De trois mille qu’ils étaient , huit seulement renièrent le nom chrétien. Tous les autres furent égorgés , et le sultan irrité de la fermeté du prieur le fit écorcher tout vif.

L’an 1268 , Bondochar enleva aux Templiers le château de Beaufort et la plupart des places qu’ils avaient sur les confins de l’Arménie. Les succès étonnants de ce prince occasionnèrent , en 1270, une nouvelle Croisade; mais malgré de nombreux renforts , la Terre Sainte se trouvait l’année suivante sans autres secours que celui des chevaliers.

Suivant Bernard le Trésorier, le grand-maître Béraut mourut le 25 mars 1273. Il est qualifié de sage dans une lettre des Orientaux au roi de Navarre. On a prétendu que ce fut sous son magistère que de funestes erreurs commencèrent à se répandre dans l’ordre du Temple.

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