GUILLAUME DE BEAUJEU
Guillaume de Beaujeu , Bourguignon de naissance , d’une famille illustre , commandeur de La Pouille , fut élu grandmaître en son absence, le 13 mai 1273, suivant Bernard le Trésorier. Le nouveau grand-maître assista l’année suivante au concile de Lyon et arriva , le 28 septembre, dans la Palestine qu’il trouva désolée. Les chevaliers, harcelés par les Infidèles , étaient retranchés sur les montagnes avec le roi Hugues de Lusignan.
L’an 1 276 , don Pédre de Moncade , précepteur d’Aragon ,
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qualifié mal à propos grand-maître des Hospitaliers, fut fait prisonnier par les Maures.
L’an 1278, Beaujeu, poussé à bout par Boémond VI, prince d’Antiocbe, chercha à se venger des affronts que lui et son ordre en avaient reçu ; mais sa flotte périt dans un naufrage.
L’année suivante, les Templiers se brouillèrent avec Alfonse. roi de Portugal , et ce prince les dépouilla d’une partie des biens que ses ancêtres leur avaient donné. L’ordre en porta ses plaintes au pape qui excommunia le roi. En 1283, mêmes démêlés des chevaliers avec le roi de Chypre , et même traitement de sa part. Le pape intervint encore dans ce différend et réussit à mettre d’accord les parties.
L’issue de tant de guerres et de dissensions fut la perle de toutes les places que les chrétiens avaient encore dans la Palestine. En 1289, il ne restait aux Templiers que Sayette ou Sidon avec le château des pèlerins. Les Francs eux-mêmes , depuis la perte du fort de Laodicée, n’avaient plus que Tyr, Acre et Baruth. Le roi de Chypre et les chevaliers demandèrent en vain la paix : ils ne purent obtenir qu’une trêve de deux ans ; elle ne dura pas même ce temps. Des aventuriers, nouvellement débarqués au port d’Acre, la violèrent l’année suivante de la manière la plus perfide. Le sultan kalil irrité sortit alors du Caire, dans la résolution d’exterminer tout ce qui restait de chrétiens en Syrie. Acre fut attaqué par terre , le 5 avril 1291 , par le Soudan d’Egypte qui en forma le siège avec une puissante armée. La plupart des habitants abandonnèrent la ville et s’éloignèrent sur des navires. Il ne resta dans la place qu’une troupe d’élite qui tirait sa plus grande force des Templiers et des Hospitaliers. Beaujeu fut élu gouverneur de la place. Atteint sous l’aisselle d’une flèche empoisonnée, il périt bientôt après avoir vu succomber le plus grand nombre des siens dans les assauts furieux que livraient les Infidèles.
TEMPLIERS
TIIIÉBAUD GUYDIN ou le moine Gaudini.
Dans ce moment critique , on jeta les yeux sur le moine Gaudini , l’un des plus vaillants de l’ordre. Il remplaça aussitôt Guillaume de Beaujeu , et son inauguration a lieu sur un champ de carnage. Le 18 mai, l’ennemi emporte la ville. Ce qui restait d’IIospitaliers gagne les rivages de la mer et parvient à se sauver sur des embarcations. Trois cents Tem1 pliers qui avaient échappé à la fureur des assaillants se jettent avec le grand-maître dans la tour du Temple , résolus de s’y ensevelir. Ils s’y défendent tout le jour suivant , et le lendemain cette tour minée par l’ennemi croûle avec un fracas épouvantable et ensevelit dans ses ruines ses généreux défenseurs.
De plus de cinq cents Templiers qui avaient soutenu si courageusement le siège d’Acre , dix seulement , et encore tout mutilés , parvinrent à quitter ces funestes rivages. Gaudini fut du nombre. Il s’embarqua le 20 mai avec les trésors de l’ordre et passa en Chypre ainsi que le grand-maître de l’IIôpital. L’un et l’autre établirent le chef-lieu de leur ordre dans la ville de Limisso, sous la protection du roi Henri II. Gaudini mourut dans cette retraite l’an 1298 au plus tard.
Telle fut l’issue de ces guerres sacrées qui pendant deux siècles attirèrent en Orient toutes les forces de l’Europe chrétienne.
On peut dire que tant qu’avait duré la domination des chrétiens en Palestine , l’épée des chevaliers n’avait pas un instant reposé. Et comment les Latins, mus sans doute par un grand courage mais sans expérience guerrière , et perdus, pour ainsi dire , dans la foule des Infidèles qui les bloquaient de toutes parts , auraient-ils pu faire face et soutenir une lutte si inégale , sans l’assistance de cette milice active qui se multipliait avec le danger et semblait être à la fois sur tous les endroits menacés ?
Les Templiers , dans ces temps difficiles, étaient presque tous la proie des combats. Outre ce qu’on a déjà vu dans les
TEMPLIERS
actions les plus remarquables, rien ne prouve mieux combien ces généreux soldats étaient prodigues de leur vie , que le sort des grands-maîtres , périssant presque tous , les armes à la main , des suites de leurs blessures ou dans les fers de l’ennemi.
Qu’on juge de l’estime et de l’admiration qui environnaient ces guerriers dans un siècle surtout dont la gloire militaire était l’idole; le monde chrétien retentissait de leurs exploits ; les princes et les souverains briguaient l’honneur de porter l’habit de l’ordre ou d’en mourir revêtus.
L’histoire des Templiers pendant leur séjour en Palestine nous a peint leur grandeur et ce haut période de gloire où ils s’étaient élevés; dans ce qui va suivre on les verra en butte aux traits les plus cruels de la fortune et terminer leur existence sous la plus épouvantable des catastrophes.