COMMANDERIE DE LA SELVE
Quatre corps-de-logis joints ensemble avec une cour au milieu , des tours carrées aux quatre angles extérieurs , une architecture lourde , massive, sans reliefs ni ornements , des murs épais, percés par de petites fenêtres carrées inégalement distribuées, une porte cintrée s’ouvrant sur un sombre vesti bule , des escaliers en pierre étroits et tournants , telle était la maison des Templiers à La Selve , une des commanderies de la province, et l’on peut ajouter que ce genre de construction , dépouillée de toute élégance, forme assez généralement le caractère des premiers édifices que les Templiers élevèrent en France. Ce ne fut qu’au retour des Croisades et vers le milieu du xii* siècle qu’ils embellirent leurs demeures, après que leur goût se fut perfectionné dans l’Orient.
La chapelle (1) était placée dans l’aile septentrionale. Deux écussons , portant les armes de la Religion , se trouvaient incrustés sur les murs extérieurs du clocher (la tour du nord); mais les armoiries ont été grattées pendant la Révolution.
Sur la clef de la voûte était figuré en relief un agneau. On sait que c’était le signe révéré des chrétiens pendant les premiers siècles. Ce ne fut que l’an 680 , sous le pontificat d’Agathon, qu’il fut ordonné (au 6' synode de Constantinople), qu’à la place de celte figure symbolique on représenterait le Christ attaché à la croix.
(1) Celle chapelle devint dans la suite l’église paroissiale. Elle a été reconstruite depuis peu d’années sur les anciens fondements.
TEMPLIERS
En démolissant la vieille église , on trouva près de la sacristie , dans l’épaisseur du mur, une niche à siège, dans laquelle était renfermé un squelette. Une ouverture circulaire d’un pouce de diamètre , du côté de la cour, avait été pratiquée pour faire pénétrer l’air dans cette cavité. A côté du squelette et sur le siège se trouvaient deux coques d’œuf. L’entrée de la niche était murée. Etait-ce un sépulcre ou un lieu destiné à consommer un affreux supplice?
Une découverte semblable , qui a eu lieu dans une autre maison de Templiers, rend assez vraisemblable cette dernière conjecture.
En démolissant le château de Sermur sur Viaur, on trouva vers la fin du dernier siècle , dans l’épaisseur d’on mur, un semblable squelette avec un collier de fer autour du cou. Sermur, d’après l’opinion commune , appartenait originairement à l’ordre du Temple , et dépendait très probablement de La Selve. On peut donc croire que ces malheureux avaient été condamnés à être enfermés vivants dans ces tombeaux pour y mourir de faim.
De tout l’ancien édifice de La Selve il ne reste plus que la façade principale et la tour qui sert de clocher. Cette cotnmanderie qui des Templiers passa aux chevaliers de St-Jean, possédait un grand nombre de fiefs et de biens dans la contrée.
Les archives de Bonnecombe et de Landorre contiennent beaucoup de titres où il est fait mention de la commanderie de La Selve et de ses dépendances.
En 1177, Aldebert, précepteur de La Selve, donne au monastère de Bonnecombe le fief de Calviac. Au nombre des témoins figure Pierre Clary , frère de La Selve.
( Cart . de Bonnecombe, III, p. 109).
Autre contrat de ladite année par lequel Hugues , abbé de Bonnecombe , donne au même Aldebert le fief d’un mouton , et reçoit en échange la moitié de l’alleu de deux villages.
( Recueil Doat ).
En 1186, Raymond de Combret, commandeur de La Selve, preceptor mililiœ Silva- , donne diverses dîmes des environs de Moncan aux religieux de Bonnecombe.
Donation du Cer (terroir) d’Espinous faite par Richard ,
TEMPLIERS. 15
frère du corate de Rodez , en faveur du commandeur de La Selve , le pénultième mars 1 206.
transaction de l’an 1261 entre Guillaume de Rupe-forli (Rochefort), commandeur de La Selve, et noble homme Buisson , et les frères de feu seigneur Pons de Saint-Privat , frère dudit Buisson.
On voit par un acte dechange de l’an 1274, qu’à cette époque R. de Posqueyres était maître de cette préceptorerie.
( Papiers de la famille de Barrau).
En 1 280 , accord entre Raymond de Plansola , commandeur de la milice du Temple de La Selve , et les seigneurs de Landorre , touchant les droits utiles et honorifiques de certains lieux des environs dont la justice fut laissée en paréage. Le même Raymond baille à cens, en 1283, plusieurs villages.
Les Templiers de La Selve avaient à Cassagnes une maison, peu remarquable d’ailleurs, dont quelques parties existent encore.