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MONTER

réformé à la paix de Riswick. Notre enseigne en est réduit à se faire gouverneur d’enfants , et, placé dans une famiile de haute bourgeoisie , intermédiaire entre la noblesse et la petite bourgeoisie, il apprend facilement à distinguer, à reconnaître, à décrire toutes les nuances de la nation qui travaille, qui produit, qui vend , qui achète , qui paie l’impôt. Par un tour de force incroyable, Louis XIV était absent du grand siècle auquel il a donné son nom comme le plus beau présent qu’il lui

pût imposer On en fil ici même le reproche à M. Monteil,

avec tout le respect qui était dû à un homme de son talent, et , docile aux bons avis, il ajouta à l’édition suivante le chapitre du roi , qui est devenu un de ses meilleurs chapitres.

Au dix-huitième siècle enfin, ce sont trois amis d’opinions différentes , l’un qui penche vers la monarchie constitutionnelle , l’autre qui est franchement républicain , le troisième qui est un royaliste de la vieille roche , bonnes gens et honnêtes gens. Tous les trois se réunissent une fois par décade (car à chaque époque la forme du drame historique change et varie à l’infini) pour s’instruire l’un l’autre, en se communiquant les divers chapitres de chaque partie de l’histoire présente qu’ils ont étudiée avec le plus de soin.

Certes on a fait de nombreuses et éloquentes histoires de ce dix-huitième siècle qui devait enfanter la Révolution de 1789 , mais personne n’avait expliqué d’une façon plus complète et plus claire ces trois périodes distinctes : Avant la Révolution , — pendant la Révolution , — après la Révolution. Aussi , quand le livre fut achevé, comme le digne couronnement de ce labeur, les amis et les disciples de M. Monteil eurent-ils bien de la peine à l’empêcher d’intituler cet immense résumé de tant de faits inaperçus : Histoire de la Révolution française.

Ces dix volumes, dignes d’une réunion de Bénédictins, ont soulevé k leur apparition bien des louanges et bien des critiques ; plusieurs partis se formèrent pour accuser et pour soutenir cette protestation habile et savante contre l’ancienne histoire. Pour la première fois , en effet, se montrait le peuple de France dans un livre historique ; mais il s’y montrait seul , avec ses propres forces , abandonné k son génie , k ses

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instincts , à ses défauts , à ses vertus , pendant que cette fois les guides et les chefs des nations , les rois , les capitaines , les magistrats , les évêques , tous les héros du premier plan , habitués depuis Hérodote à jouer le grand rôle et , pour ainsi dire , le rôle unique dans le drame de l’humanité, restent dans l’ombre , leur nom même n’étant pas prononcé , et comme s’ils n’avaient jamais vécu. A cette grande objection, M. Monteil répondait qu’il avait voulu faire justement l 'histoire des métiers , des études , des travaux , des beaux-arts, des sciences, des mœurs et des habitudes de la nation qui gagne sa vie à la sueur de son front ; que c’était bien , en effet, son art et sa prétention de faire uniquement l’histoire des travailleurs et-, une fois lancé dans celle arène qu’il a ouverte et qu’il a fermée , il accablait de ses dédains, de ses colères , de ses épigrammes sans fiel , non pas sans malice , ce qu’il appelait Y histoire-bataille.

Il a écrit à ce propos un petit livre charmant : Poétique de l’histoire , où il démoutrait bel et bien qu’il avait eu l’honneur lui , Monleil , d’introduire le premier les Français dans l’histoire de France. Déjà son Traité des matériaux , publié en 1835, à l’occasion d’une vente de ses manuscrits, avait servi de magnifique exposition à sa poétique. On trouverait difficilement un catalogue mieux fait, plus vif et plus instructif que ce traité des matériaux. Dans ces pages , écrites avec un goût exquis , un naturel charmant, une bonne grâce infinie, se révèle un antiquaire de premier ordre, un habile chercheur de vieux mondes , un lecteur infatigable des antiques parchemins de la vieille nation.

M. Monleil excellait , en effet , dans la découverte des chartes , des manuscrits , des énigmes , des feuilles éparses de l’histoire , et en ceci consistait surtout l’originalité de cet incroyable travail , dont la base n’existait que dans sa bibliothèque et dans sa tête. Que de précieux et introuvables documents ramassés, mis en ordre , éclaircis, sauvés par cet infatigable athlète de la vérité vraie et sérieuse , cherchée avec obstination et recueillie avec amour! Pendante soixante ans d’une vie innocente et calme, il n’a pas eu d’autre fête, d’autre passion , d’autre bonheur que de démontrer, par son exemple , le grand parti qui se pouvait tirer du moindre frag-

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ment ramassé dans la poussière des siècles écoulés , et que pas un indice n’est inutile au talent qui sait s’en servir. Puis , comme il n’était rien moins que riche , comme , au contraire, il vivait de pauvreté , d’abnégation , de retranchement , il revendait les matériaux dont il n’avait plus besoin , non plus certes pour remplacer son habit du siècle passé, mais pour acheter souvent au prix de son dîner de huit jours, d’autres livres, d’autres reliques, d’autres témoignages ; c’est ainsi que les archives nationales , le ministère des finances, le ministère du commerce , le dépôt de la guerre , le ministère de l’intérieur et la bibliothèque royale se sont enrichis, à tour de rôle, des précieuses découvertes de M. Monteil. »

M. Monteil a laissé beaucoup de travaux inédits. Le plus précieux de tous, à coup sûr, est celui qui porte pour titre: Etapes d'un volontaire en l’an II de la République. Dans les marches et contre-marches à travers le territoire de la République et jusqu’aux frontières de ce jeune réquisitionnaire, qui n’est autre que lui-même, l’auteur fait assister le lecteur à mille scènes , à mille événements palpitants d’intérêt, et qui peignent avec une poignante vérité le régime de fer qui pesait alors sur la France.

Les Etapes d’un volontaire joignent à l’attrait d’un roman tout le prix de récits malheureusement trop vrais. Le style en est vif , clair, énergique , correct , et ne laisse rien à désirer, et malgré quelques détails, parfois un peu longs, on ne peut cesser de dévorer ce livre une fois qu’on en a commencé la lecture (1).

Ce savant historien est mort à Céli , le 20 février 1850 , à l'âge de quatre-vingt-un ans.

« C’est une perte très-grande , ajoute le spirituel écrivain des Débats, et qui sera vivement sentie par tous les hommes restés lidèles à l’ancien culte des belles œuvres courageusement entreprises et dignement accomplies. M. Monteil a laissé

(1) I,e manuscrit original est aux archives de la Société des Lettres , Sciences et Arts de Rodez. Quelques journaux l’ont reproduit en entier dans leurs feuilletons.

LE DOCTEin MURAT.

et laissera dans l’avenir, comme une trace impérissable de son passage sur cette terre , un de ces livres qui ne peuvent que grandir dans la reconnaissance d’un peuple : V Histoire des Français des divers états. »

Le docteur MURAT.

Brassat-Mural (François), docteur en médecine, était né à Aubin en 1751 , d’une ancienne et honorable famille du pays. Son caractère, naturellement grave et réfléchi, dut le porter de préférence vers l’élude des sciences physiques et naturelles , parmi lesquelles la médecine tient le premier rang. Les progrès rapides qu’il y fit prouvèrent qu’il n’avait pas méconnu sa vocation.

Son début fut marqué par de nombreux et de brillants succès. La confiance qu’il inspira d’abord s’étendit rapidement et les occasions de déployer les immenses ressources de son érudition ne lui manquèrent pas. Plus heureux que beaucoup de ses confrères, il eut le rare bonheur d’être apprécié, dès ses premiers pas, dans une carrière qu’il devait parcourir avec tant de distinction. 11 y a peu de célébrités médicales en France qui puissent se flatter d’avoir obtenu une confiance aussi illimitée que celle dont a joui notre savant compatriote pendant un demi-siècle. Aubin était devenu comme un centre où se rendaient , non-seulement de tous les points du département , mais encore des départements voisins , une foule d’individus , affligés de maladies chroniques, qui venaient invoquer les soins et se soumettre k l’expérimentation de l’habile docteur d’Aubin , et il a été bien reconnu qu’ils y trouvaient, dans la plupart des cas, la guérison ou le soulagement de leurs maux.

M. Murat ne négligeait rien pour justifier une aussi haute confiance : vivant seul, retiré, uniquement occupé de ses malades pu de ses livres, ou l’a vu, malgré les soins et les

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