PERRIN DE VIVIERS
Valentin Perrin-Lasfargues , né à Viviers, près d’Aubin, est un des hommes de la génération qui nous a précédés qui méritèrent le plus , soit par leurs services, soit parleur droiture et leur instruction, une place distinguée dans l’estime de leurs concitoyens.
M. Perrin-Lasfargues n’était pas seulement un profond jurisconsulte : aucune branche des connaissances humaines ne lui était étrangère ; cependant les sciences morales et politiques paraissaient l’avoir spécialement occupé.
Son caractère honorable autant que ses talents lui valurent, après la Terreur, les suffrages presque unanimes de ses concitoyens, et il fut successivement élu , pour le conseil des Cinq Cents , aux législatures de l’an IV et de l’an VI.
Cette épreuve lui suffit pour apprécier et juger les hommes qui donnaient alors l’impulsion aux affaires; convaincu de son impuissance à lutter contre les passions révolutionnaires qui , quoique devenues moins ardentes , n’en continuaient pas moins à miner sourdement tous les principes sociaux , il se retira résolu de ne plus reparaître sur la scène politique. Depuis ce temps , il s’est constamment dérobé aux vœux do ses compatriotes qui ont voulu plusieurs fois le porter à la Chambre des députés.
On ne peut que déplorer le funeste penchant qu’ont en général les hommes d’un caractère indépendant et d’une vertu austère à s’éloigner ainsi des affaires et à laisser le champ libre aux ambitieux, toujours prêts à bouleverser les institutions de leur pays au nom du peuple et dans leur seul intérêt. C’est surtout lorsque l’on voit les principes de l’ordre social tout entier chaque jour remis en question , que l’on sent la haute sagesse de la loi de Solon qui, dans les temps de crise, faisait un devoir à chaque citoyen vertueux de se jeter dans la mêlée pour sauver la société du naufrage.
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M. Perrin-Lasfargues , dans sa retraite , se rendit éminemment utile à ses compatriotes. Son cabinet était toujours ouvert aux pauvres plaideurs qui venaient de loin le consulter, persuadés de trouver près de lui des avis salutaires et toujours désintéressés.
Arraché plus lard à sa vie paisible par le choix qu’on fit de lui pour être juge de paix de son canton (1), il en remplit pendant plus de trente ans les fonctions avec un admirable zèle et une équité parfaite.
Ce fut vers la fin de sa carrière , au mois de juin 1825 , que la décoration de la Légion-d’IIonneur vint tardivement récompenser une vie si dignement remplie.
M. Perrin de Roziers , frère cadet du précédent, avait été appelé, comme député du tiers-Etat, à la fameuse assemblée constituante de 1789. Il demeura fidèle à son mandat qui lui enjoignait de servir les intérêts du peuple , tout en soutenant les droits de la couronne , sans le maintien desquels , dans toute monarchie , l’ordre et la sécurité publique deviennent impossibles. Cet homme de bien mourut pendant sa mission.
On trouve dans la même famille un François Perrin, jésuite, né à Viviers en 1636 , professeur de théologie dans l’Université de Toulouse, puis dans celle de Strasbourg, mort à Toulouse le 14 décembre 1716, auteur d’un ouvrage de théologie publié sous ce titre : Manuale theologicum, Paris, 1714, 2 vol. in-8°.
Eugène de PLANA HD.
François-Antoine-Eugène de Planard , né à Millau , le 4 février 1784, resta en France, quand son père émigra et fut emprisonné, ainsi que sa mère, pendant la Terreur. I.e9lhermidor lui rendit la liberté, et le rétablissement de l’instruc-
(1) Un décret du 1? février I8Q7 le confirma dans cet emploi qu'il exerçait déjà,
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tion publique , qui suivit la chute de Robespierre, lui procura l’occasion de demander à son intelligence l’aisance dont la Révolution l’avait dépouillé.
Bien jeune encore , Planard arriva à Paris (4805) sans protection , sans appui , et presque sans argent. Il allait y faire son droit. Animé par l’amour du travail et par Tardent désir d’être le soutien de sa mère et de quatre frères plus jeunes que lui , il lit tant qu’il réussit enfin , après mille efforts et mille démarches , à obtenir une place au Conseil d'Etat , place fort modique d’abord ; mais il ne tarda pas à s’élever par degrés dans la carrière administrative (4).
Accablé de travaux bureaucratiques , il allait de temps à autre à la Comédie française ou au théâtre Favart , grâce aux billets de faveur que lui procurait un ami. Les acteurs excellents qui jouaient l’ancien répertoire et les nouveaux ouvrages lui révélèrent sa nouvelle vocation. Il ne put résister à l’envie d’écrire à son tour pour ces artistes dont le talent le transportait. Les travaux du Conseil d’Etat prenaient ses jours et une grande partie de ses soirées : il travaillait la nuit pour le théâtre. Ne pouvant faire du feu dans sa mansarde, car ses appointements étaient minimes et il avait une famille à secourir, il passait la nuit entière â son bureau , et lorsqu’il se sentait tomber de sommeil et de fatigue , il s’étendait sur une banquette et dormait une heure ou deux. Ses premiers pas au théâtre furent encouragés. Il se lia bientôt avec Talma, avec M"° Mars , avec Elleviou , qui apprécièrent son talent modeste elles éminentes qualités de son cœur. Des littérateurs trèsinfluents alors, Bouilly etDupaty, entre autres, l’appuyèrent de leur crédit et de leurs conseils. Planard avait le grand instinct de la scène et des effets dramatiques. Seul il avait conservé les traditions de mise en scène des anciens maîtres , et tout récemment, disaient les journaux, quand on a remonté V Epreuve villageoise , il a dirigé en quelque sorte les répé-
(1) Dès 1806, il fut employé aux archives du Conseil d’Elat; il devint ensuite secrétaire de la section de législation , fonctions qu'il a remplies pendant de longues années. Il reçut la croix de la Légiond’IIonncur en 1824.
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tilioDS de ce charmant ouvrage , se faisant tout à tous , et donnant de précieux conseils aux acteurs , à l’orchestre et jusques aux machinistes. En fait de charpente dramatique , toute complication lui était odieuse. Il n’aimait que le naturel et le simple. Son genre procédait de celui du bon Sedaine qu’il venait de mettre en scène dans son dernier opéra , comme pour acquitter par cette ovation la dette de la reconnaissance qu’il avait, disait-il, contractée depuis l’aurore de sa carrière avec son modèle bien aimé. « Cet auteur de mérite , disait au sujet d’un de ses opéras [V Eclair) l’un de nos meilleurs feuilletonnistes , SI. Théodore Anne , cet auteur a hérité de la science dramatique de Sedaine. Nul ne fait manœuvrer ses personnages avec plus d’art que lui , nul ne les fait parler avec plus de franchise et de naturel. Il conduit bien son idée : il fait progresser l’intérêt jusqu’à ce que la péripétie arrive et saisisse le public , et avec lui le dénouement ne laisse rien à désirer. »
SI. de Planard était un guide sûr pour les acteurs qui l’écoutaient avec une grande déférence.
Les jeunes compositeurs trouvaient en lui le plus cordial accueil et l’appui le plus bienveillant. C’était vers la scène de l’Opéra-Comique qu’il avait concentré tous ses travaux comme toutes ses affections. Son œuvre y est considérable , et il est peu de compositeurs illustres qu’il n’ait comptés pour collaborateurs. Deux fois il a sauvé l’Opéra-Comique : en 1 822 , avec Le Solitaire , et en 1832 avec le Pré aux Clers , deux succès éclatants.
En dehors du théâtre , esprit positif et sensé , travailleur infatigable, rompu aux affaires les plus graves, il était consulté par les plus éminents personnages , et sous l’Empire les vieux conseillers d’Etat avaient souvent recours à ses lumières. Ouvert et franc dans ses discours et dans ses manières , cette simplicité qu’il aimait dans les ouvrages , il la pratiquait dans sa vie , et lorsque ses confrères lui montraient avec orgueil leurs riches reliures et leurs précieux objets d’art , il se plaisait à opposer à tout ce luxe et cet étalage ses auteurs favoris vêtus d’un simple parchemin , et pour serre-papiers , sur sa table de chêne , des fragments de roche de ses montagnes chéries de l’Aveyron.
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Planard avait toutes les vertus de la famille , ces vertus antiques et héréditaires dont la plupart de ses ouvrages ont reçu le reflet.
Il est parvenu avec sa plume et par un travail incessant de plus de cinquante années à se reconstituer une certaine fortune. Un mois à peine avant sa mort, dans une de ces conversations intimes où son caractère et son esprit se révélaient avec un charme extrême, il disait : «Maintenant ma tâche est accomplie ; tous les miens sont heureux autour de moi, et je puis dire comme le serviteur de Dieu : Nunc dimittis servum tuum , Domine. »
M. de Planard n’avait pu assister à la première représentation de Colette , son dernier ouvrage ; il était déjà souffrant du mal qui devait l’emporter. Le lendemain, dès qu’il fut jour chez lui , le directeur et les artistes s’empressèrent de lui annoncer la bonne nouvelle , et , faisant des vœux pour son prompt rétablissement, lui demandèrent s’il se portait mieux et s’il comptait bientôt venir au théâtre. M. de Planard secoua doucement la tête : « Pourvu , dit-il , que ma goutte ne remonte pas. » C’était comme un pressentiment de sa mort , qui n’arriva que trop tôt. Il mourut à Paris le 13 novembre 1853 , âgé de 70 ans.
Un de ses biographes nous apprend qu’il avait : « La taille haute et droite , les cheveux gris , l’œil vif et perçant, l’air un peu grondeur, mais la douceur et la bienveillance mêmes sous une apparence de sévérité. U marchait avec peine et boitait souvent par suite de douleurs fort vives de la goutte qui le tourmentait depuis nombre d’années. C’était un esprit juste et droit, d’une simplicité extrême, d’un commerce agréable et sûr, d’une conduite et d’un ordre exemplaires, grand homme d’honneur et de bien. »
M. Eugène Planard avait épousé la plus jeune des fdles de Mmo Saint-Aubin.
Il laisse un fils héritier de son nom et une fille, modèle d’esprit , de grâces et de vertus , mariée à M. de Lcuven, un de nos auteurs les plus distingués.
Voici la liste authentique et complète des ouvrages dramatiques deM. de Planard. Elle n’a été publiée nulle part , « et
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nous la copions, dit M . A. de Rovray.l’un de ses biographes, d’un registre que tenait l’auteur de tous ses travaux et de tous ses succès. En marge de ce livre, M. de Planard a noté ce que chaque ouvrage a produit. Ainsi , par exemple , à côté du Pré aux clercs, je lis celte remarque : Jusqu'à ce jour celte pièce m’a rapporté 51,000 fr. »
Transcrivons maintenant les feuillets de ce volumineux catalogue :