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LE RÊVE

Rêver est tout : c'est le brillant mirage

Qui vient tromper les ennuis du chemin;

C'est une erreur qui nous plaît à tout âge

Et qui nous fait accepter le destin.

Gloire et bonheur! Doux noms que Ton encense,

Toi même amour, déïté d'ici-bas!

Si vous n'étiez qu'une vaine espérance,

Oh! par pitié, ne me réveillez pas.

Oui, je veux croire a la vertu que j'aime, A la candeur, surtout a l'amitié; Si c'est un rêve, il vient du ciel lui-même, Dieu de nos maux eut sans doute pitié. Fermons les yeux lorsque le jour nous blesse : C'est le secret d'être heureux ici-bas; Et si j'ai tort de croire à la tendresse, Mes chers amis, ne me réveillez pas.

Moi, qui déjà vers le tombeau m'incline, Qui n'ose plus compter sur de longs jours; Comme une fleur qui n'a pas pris racine Et que les flots emportent dans leur cours, D'un rêve, au moins, je veux bercer ma vie:

Un rêve seul m'est permis ici-bas

S'il apparaît k mon âme ravie

Oh! par pitié, ne me réveillez pas.

Mai, 1840,

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