‹ Ore mesteChapitre 24 sur 88 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

Adieu! je vais partir pour un lointain rivage.

Avant de te revoir, ah! si j'allais mourir!

Vers les bords où je vais j'emporte ton image,

Car le mal dont je meurs, on ne peut en guérir.

Cette fleur, quand je pars, garde mon espérance ;

L'ange te la dira, car c'est un voeu pour loi. Qu'il te cache, au moins, ma souffrance, Sois heureux, plus heureux que moi!

Adieu! mais une larme a baigné ma paupière, Et j'ai souffert long-tems en te nommant à Dieu ! L'ange qui sait qu'on pleure entendra ma prière, Car mon âme se brise en le disant adieu ! Que cette fleur, parfois, te parle d'espérance 5 L'ange et la fleur, hélas, resteront près de toi.

Moi je mourrai de ma souffrance ;

Sois heureux, plus heureux que moi!

Qui nous révélera ces sublimes mystères Dont nous interrogeons envain les caractères

Sur ce monument colossal?

Qui nous dira quel terns, quelle époque ils retracent? Livre éternel et mort, sur lui les siècles passent

Sans ébranler 6on piédestal.

De quelles nations conserve-t-il la gloire? Géants, qui choisissaient pour graver leur histoire

Un livre aux feuillets de granit !

Hélas! notre pensée avilie et mesquine Ne comprend plus ce peuple a la forte origine

Qui nous servit de premier nid.

L'immobile silence, assis sur cette pierre.

Du poids de six mille ans écrasant leur poussière,

Triomphe du tems effacé; Leur voix morte n'a plus des sons pour nos oreilles, Le désert seulement a gardé leurs merveilles

Pour nous dire qu'ils ont passé.

Alphabet incompris qui confond nos sciences ! Chiffres mystérieux qui de tant de croyances

Renfermez les secrets divers !

Peut-être est-il écrit sur vos pages de pierre Les chocs qui tour-a-tour ont ébranlé la terre ,

Et les phases de l'univers*

Peut-être saurions nous quelles mains colossales Ont jeté dans les airs ces gigantesques dalles,

Ce monument surnaturel , Qui, sur les flancs du globe incrustant leur mémoire, Ont par ce grand penser éternisé leur gloire

Avec l'oeuvre de l'Eternel.

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Quand du tems l'aile impitoyable Balayant nos champs habités, Couvrira d'une mer de sable Nos empires et nos cités ; Quel monument dressant la tête Comme un phare dans la tempête Surgira du sein des débris , Et dominant l'ère passée D'une surhumaine pensée Frappera l'avenir surpris?

Oh ! qui dira ce que nous sommes, Quand nos langues mêmes, sans noms, N'auront plus d'écho chez les hommes , Qui puissent répéter nos sons!

Lorsque nos lois et nos usages , Nos mœurs, nos arts, et nos ouvrages.

Tous nos souvenirs confondus, Auront a leur tour dans l'espace Glissés sans laisser plus de trace Que le flux et que le reflux.

Alors, a la race nouvelle Pour porter notre souvenir, Parlez! quelle voix pourra-t-elle Tonner encor dans l'avenir?

De quelles œuvres magnanimes Laissez vous les traces sublimes ?

Jalons de la postérité !

De l'homme impérissable ouvrage Qui semble nous offrir l'image De l'immuable éternité.

Hâtons nous de laisser l'empreinte Et de notre âge et de nos pas; La génération éteinte Ne nous avertit-elle pas?

Sur chaque couche de la terre Le tems dépose une poussière Où s'entassent les fondements Des races encor à renaître , Qui sur nous, à leur tour, peut-étn* Germeront de nos ossements.

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Conquérants, contemplez le néant de la gloire! Le tems enveloppa cette puissante histoire

D'un impénétrable linceul !

Opposez vos exploits à ces restes splendides ! Tout passe et disparaît! le front des pyramides ,

Hélas ! ne porte qu'un nom seul !

Dans la nuit du passé se perd leur origine, Mais ce profond secret écrit sur la ruine

Est-il donc mort pour l'avenir?

Et lorsque de ces tems j'évoque la poussière. Nulle ombre ne s'élance, et ne brise la pierre

Pour nous jeter un souvenir ?

Quoi ! muets à jamais ! nul écho qui réponde Et dont la voix puissante ébranle encor le monde

Après six mille ans de repos !

Quoi! le livide oubli! quoi l'éternel silence Nous déroberaient-ils sous leur linceul immense,

L'immense peuple des tombeaux?

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Arrachons ce secret à ces rives lointaines,

Qui de l'esprit humain couvent les phénomènes,

A ces bords, où Memphis dans l'ombre enseveli

Dort depuis trois mille ans dans le sable et l'oubli.

A la voix du savoir qu'un grand penser anime

Evoquons du passé le colosse sublime,

Et pour ravir au tems ses décrets éternels

Ravissons à ce sol ces débris immortels,

Ces larges monuments, ces cadavres de pierre

Oui semblaient avoir pris racine sur la terre,

Ces mystérieux sphinx des âges révolus,

Gardant encor ce mot que nous ne saurons plus,

Ces demi-Dieux rongés par l'onde du déluge,

Ces rois cyclopééns dans leur robe de juge,

Immobiles et froids comme l'éternité,

Souvenir inconnu par le tems respecté ,

Poème de granit sculpté par la victoire,

Dont nous ne pouvons plus analyser l'histoire.

Alphabet incompris, signes mystérieux

Qui peut-être parliez le langage des dieux,

Le tems en balayant nos races éphémères

A plongé dans l'oubli vos sacrés caractères;

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Nous ne comprenons plus vos feuillets de granit, Notre sens primitif lentement se ternit, L'esprit du genre humain a chaque siècle s'use, Et son flot se tarit, alors qu'on en abuse; Aussi , l'homme aujourd'hui de doutes garrotté , Comme un lion captif qui rugit tourmenté Pour soulever d'un bond l'infini qui lui pèse Dans sa soif de savoir, besoin que rien n'apaise, Va fouiller dans vos flancs pour retrouver encor De ces tems éloignés quelque dernier trésor; Muet, en remuant vos pierres colossales De ces âges lointains, archives sépulcrales, 11 cherche à deviner quel peuple de géants A taillé ces grands monts aux abîmes béants, Monuments surhumains où pour servir de voiles Ils clouaient a la voûte un firmament d'étoiles, Et si la main d'un Dieu sur le roc incrusta Ce zodiaque mort où le tems s'arrêta.

Chantez, chantez douces compagnes, Le ciel sourit a vos amours; Egayez l'écho des montagnes Car il est pour vous d'heureux jours.

Vos fronts où le bonheur rayonne Semblent ternir l'éclat des fleurs; Et moi, sous ma pâle couronne, Je veux envain cacher des pleurs

Chantez, chantez douces compagnes, Le ciel sourit k vos amours; Egayez Técho des montagnes Car il est pour vous d'heureux jours.

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