‹ Ore mesteChapitre 31 sur 88 · DANT · texte numérisé non relu

DANT

Tel qu'un Dieu, des abîmes sombres Tu nous révèles les secrets, Et tu vas à travers les ombres Du ciel épier les décrets; Tour h tour ta voix formidable, Passant comme un vent sur le sable , Soulève les mânes tremblants; Et, des fournaises enflammées Roulant des vagues animées Se dressent des spectres sanglants.

Les voilà ces mânes parjures, Flétris-les de ton fouet vengeur; Traînes-les aux races futures Couverts d'une infâme rougeur; Sceaux dont les traits ineffaçables, Comme ces lettres redoutables Ecrites par le doigt de Dieu; Laissaient une trace enflammée, Lorsque Babylone alarmée Lut sa mort en signes de feu.

JOG DANTE

Voue à l'éternelle vengeance Ces hommes lâches et pervers; Sans courber ta fîère indigence Plonge-les vivants aux enfers:

Terrasse-les sous toi, poète , Ainsi qu'un invincible athlète Vainqueur dans un jour de combats Fais leur expier leurs outrages; Que le mépris de tous les âges, 0 Dante, te venge ici-bas !

Alors le vent de ta pensée Semble soulever tes cheveux, Ta lyre entre tes doigts pressée Tremble sur tes genoux nerveux; Et le doux nom de la patrie Arrache a ton âme attendrie Un cri sublime et déchirant:

« De l'exil la coupe est amère; « Le pain sur la rive étrangère « Se change en poison dévorant.

(( Heureux qui meurt dans sa chaumière,

« Et qui n'a point usé ses jours

a A mendier de terre en terre

a Un asile à toutes les cours !

Ah! pour ton âme auguste et fière

Ce fut ta plus grande misère,

Noble proscrit au coeur ardent!

Alors sur ta mâle poitrine,

Ainsi qu'un chêne qui s'incline,

Pliait ton front indépendant.

Et pâle comme tes fantômes,

Les deux bras croisés sur ton sein,

Tu passais au milieu des hommes

Ainsi qu'un être sur-humain.

Habitant des célestes sphères

Inaccessible à nos misères,

Tu chantais, comme font les Dieux,

Et tu bravais par ton génie ,

Et ton siècle et la tyrannie

Et tes ennemis odieux.

Ou bien, doucement agitées Dans les airs berce tour à tour, Ces frêles âme attristées Oui soupirent encor d'amour; Dis nous les remords et l'ivresse, Les flots d'angoisse et de tristesse Qui jadis troublaient leur raison , Lorsque Francesca palpitante, Sentit sur sa lèvre tremblante l D'un baiser courir le frisson.

Dante! noble rival d'Homère, Un même laurier ceint vos fronts !

Tous deux dans une nouvelle ère Elanciez vos esprits féconds 5 Vous sentiez ce besoin sublime Qui brûle une âme magnanime, Et rapproche l'homme des Dieux :

Vous honorez l'espèce humaine , Et semblez l'anneau de la chaîne Qui rattache la terre aux cieux.

(I) La bocca mi baciô tutto tremante.

INFERNO, Canto v.

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