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A UNE JEUNE ANGLAISE

SOUVENIR

Jeune fille aux yeux bleus, à la peau transparente, D'où vient que sur ton front voilé par la pâleur, Se peint une tristesse et profonde et touchante ? Quoi! ton âme déjà connaîtrait la douleur? Si belle, as-tu senti le dégoût de la vie? Quel chagrin dévorant flétrit ton jeune coeur? Quoi ! du calice amer ta lèvre a bu la lie ? L'espoir est-il pour toi mort avec le bonheur ? Non, je ne le crois pas, un jour, un jour encore, Je verrai se jouer dans tes yeux caressants Un regard de bonheur que l'amour fit éclore Et tu retrouveras tes songes ravissants;

110 A UNE JEIXE ANGLAISE

Des fleurs viendront encor orner ta blonde tête , Tu te ressouviendras de tes jours soucieux , Comme le nautonnier qu'a surpris la tempête Oui de retour au port chante calme et joyeux. Soulève sur ton front ta chevelure épaisse, Ce front, qui de ton mal porte le sceau mortel ! Où pris tu, dis-le moi, ta forme enchanteresse Et ce regard qui vient du ciel?

Mais elle disparut comme un léger nuage Qui glisse dans les cieux au milieu de la nuit, Comme un accent plaintif qui se perd dans Forage , Comme un faible ruisseau qui s'écoule sans bruit; L'hiver, l'avait trouvée abattue et souffrante , Et lorsque le printemps réveilla le hameau Je la cherchais envain ... et la brise odorante Balançait un cyprès sur un récent tombeau.

Pauvre petit, lorsque ta voix plaintive

En hésitant me demandait du pain ,

Tu me cachais une larme furtive

Et tu tremblais en me tendant la main;

J'ai vu ton front que pâlit la misère

S'étioler comme une blanche fleur;

Si jeune encor, tu n'as donc plus de mère

Qui d'un baiser apaise ta douleur?

Pauvre petit, quoi, tout seul dans le monde ! Ta part d'amour pour toi n'existe pas?

Seul a jamais, ta misère profonde Et te bannit et t'isole ici-bas.

Sous tes haillons, qu'importe un coeur qui saigne! D'aimer aussi, non, tu n'as pas le droit, Jamais un mot qui tristement te plaigne , Non, on te bat, quand tu pleures de froid!

Pauvre petit, des enfants de ton âge Hélas! jamais tu ne connus les jeux; Pour toi la faim et la honte en partage , Pour eux, le luxe et les rires joyeux. Que leur importe, et tes maux et ta plainte, Le pauvre a-t-il des amis ici-bas ?

Et quand ta voix par le besoin éteinte , Leur dit: J'ai faim! ils ne t'entendent pas!

J'ai faim! j'ai faim! ce cri qui désespère Est incompris dans les salons dorés, Car les tourments qu'éprouve la misère Chez les heureux n'ont jamais pénétrés.

Leurs beaux enfants tout couverts de fourrures, Que des baisers endorment chaque soir, Ont-ils jamais, seuls, dans des nuits obscures, Pleuré de faim, de froid, de désespoir?

Pauvre petit, telle est ton existence!

Vers les passants tu tends envain la main; Nul n'a pitié de ta longue souffrance; On n'a pour toi qu'un mépris inhumain; Tout grelottant, chassé de porte en porte, Le soir souvent tu n'as pas eu de pain! Et quand tu dis: pitié! ma mère est morte! îNul ne s'arrête ... et tu pleures envain!

Pauvre petit, mais quand tout t'abandonne, Il est en haut un père qui t'attend:

Rassure-toi, sa bonté t'environne, Du haut des cieux, il t'appelle, il t'entend: Va dans son sein oublier ta souffrance; L'homme pour toi n'eut qu'un dur abandon : Ah! prend pitié de son indifférence:

Ange, sur lui fais tomber ton pardon!

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