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L'ESPAGNOLE

SOUVENIR

Nessun maggior dolore

Che ricordarsi del tempo felice

Nella miseria.

Dante.

Sous quel ciel traînes-tu la languissante vie? Vers quels lointains pays as-tu tourné tes pas?

Où brilles-tu jeune Marie, Tendre fleur, qui naguère embaumais nos climats?

Oh! dis-moi > le malheur t'accable-t-il sans cesse? Toujours tes longs yeux noirs sont-ils voilés de pleurs?

Laisses-tu s'enfuir la jeunesse , Sans qu'un sourire ami comprenne les douleurs?

124 I/ESPÀGNOLE

Comme autre fois encor, le mal qui te tourmente Se peint-il sur ton front qu'il a tant fait pâlir ?

Inclinant ta tête charmante ,

Parfois sous tes pensers te voit-on tressaillir r

D'un souvenir cruel, oui, ton âme est troublée, Tes pleurs m'ont révélé ce mystère fatal;

Et tu gémis, pauvre exilée, Sensitive arrachée a son pays natal!

L'arrêt qui frappa ta famille A flétri l'espoir dans ton coeur; Frêle et timide jeune fille, Tu vis s'envoler le bonheur; Hélas, sur la rive étrangère, Proscrite pour suivre ton père, Dont tu guides les pas tremblants; Quand tu presses sa main chérie, Pourquoi pleurer, pauvre Marie, Toi lé charme de ses vieux ans?

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C'est qu'il est dans ton âme un secret plein de larmes , Et que sur d'autres bords a palpité ton coeur,

Quand l'espérance, par ses charmes, Rosait ton avenir de longs jours de bonheur !

Peut-être rêves-tu, le jeune homme au coeur tendre Dont la voix te plongeoit en des pensers d'amour,

Et tremblante lu crois l'entendre Glisser à tes cotés au déclin d'un beau jour!

Tu regrettes Cadix et ses fêtes charmantes, Son léger fandango, ses chants et ses concerts,

Quand sur les vagues écumantes La sérénade au loin gémissait dans les airs?

Sous le ciel brumeux de la France

Le souffle glacé du malheur,

A fané ta jeune existence ,

Trop frêle aux coups de la douleur;

Il faut pour ranimer ta vie,

L'ardent soleil de l'Ibérie,

Un sol brûlant et chaleureux,

Et que le vent de la patrie

De ses parfums, douce Marie,

Vienne embaumer tes noirs cheveux !

120 l'espagnole

Au sein de nos cités, pensive et solitaire, Répondant à nos chants par de profonds soupirs.

Hélas, jamais jeune étrangère Tu ne vins partager nos folâtres plaisirs.

Rêveuse sur ta mandoline Quand tu laisses errer ta main , Et lorsque ta pensée incline Ton front soucieux et chagrin, Alors que ta voix si touchante, Echo de ton âme innocente Redit les airs de ton pays, Assise aux pieds de ton vieux père, Lorsque tu berces sa misère, Et dissipes ses longs ennuis.

Alors que le malheur te pare de ses charmes. On dirait, à te voir, que s'échappant des cieux,

Pour venir essuyer nos larmes, L'ange de l'espérance apparaît a nos yeux.

Ta touchante pâleur te rend plus belle encore , Et les larmes vont bien a tes regards si doux,

Quand ton sourire prêt d'éclore Console le vieillard pensif à tes genoux.

l'espagnole 127

Mais par l'orage encor sur d'autres bords jetée, Et d'exil en exil traînant tes longs malheurs,

Par la tempête tourmentée Sous des cieux moins amis tu fus cacher tes pleurs.

Dis-moi, quel bord a-t-il accueilli ta misère? Sur quel sol tes vertus te font-elles chérir?

Où consoles-tu ton vieux père ?

Répond! sur quelle terre, hélas, vins-tu mourir?..

Reconnais-tu la voix amie Qui te jette ces longs adieux?

Hélas, hélas, pauvre Marie , Peut-être m'entends-tu des cieux?

Croise sur moi tes blanches ailes, Entend des voûtes éternelles Vers toi monter mon dernier voeu :

Bel ange, qui sais que Ton pleure, Appelle-moi vers ta demeure, Oh Marie ! encor un adieu !...

ROMANCE

Petite muse si chérie Dont la voix égayait mon coeur; N'as-tu plus pour charmer ma vie Un son de joie et de bonheur?

Jadis, lorsque j'étais seule tte Je t'entendais chanter en moi ; De fleurs tu parais ma chambrette, Ma pauvre muse, éveille-toi.

Dis moi, dans quels lieux tu te poses; Hélas, m'as-tu fui pour toujours?

Te caches-tu parmi les roses Avec tes frères les amours?

Reviens, pour toi je crains l'orage Et les jaloux et les méchants ; Pauvre petite, l'esclavage Attristerait bientôt tes chants.

Mais-tu viens en battant de l'aile , Ainsi qu'un oiseau familier Volant à la voix qui l'appelle Vers son grillage hospitalier; Chante encor, ma pauvre petite , Chante pour égayer tes fers, Chante, chante, l'amour t'invite A poursuivre tes doux concerts.

Chante , il est encor des souffrances

Et des malheurs à consoler;

11 est de nobles espérances

Et des vertus à signaler;

Il est des traîtres à pousuivre,

Des ridicules à frapper ,

Des vices, qu'au mépris on livre y

Et des préjugés à sapper.

Chante encor, ta voix attendrie

A-t-elle plaint tous les malheurs ?

As-tu célébré la patrie,

Sur son nom jetas-tu des fleurs?

As-tu de la rive natale

Au proscrit porté le rameau?

As-tu d'une fleur virginale

Du pauvre paré le berceau?

As-tu? . . . mais folâtre et joyeuse Déjà tu voles dans nos bois, Tu brises ta cage, et rieuse, Tu ne réponds plus à ma voix.

Libre des fers que je t'impose, Tu chantes l'amour et l'espoir, Tu me quittes pour une rose . . .

Oh ma douce muse bon soir !

JEAN BAPTISTE BECOABIA

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