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J34 JEAN BAPTISTE BECCARIA

Ma lyre, vierge chaste, ô compagne chérie,

Qui ne vendit jamais ses timides accents !

Qui ne chanta que Dieu, la gloire et la patrie,

Qui réserve au ciel son encens, Qui n'envia jamais la faveur d'un sourire. Libre et fîère, avouant sa noble pauvreté, Et ne louant que ceux qu'elle aime ou qu'elle admiro

En leur disant la vérité.

Pourquoi? sens-je frémir ta corde palpitante,

0 ma lyre répond! lyre que me veux-tu?

Est-ce un chant de triomphe, une gloire éclatante,

Est-ce un hommage à la vertu?

Oui, car un peuple entier aux mânes d'un grand homme Vient aujourd'hui payer un tribut glorieux, Et voue, ainsi qu'aux jours de la Grèce et de Rome,

Au génie un culte pieux.

Honorer la vertu, c'est la rendre féconde: Un grand homme toujours a des imitateurs; Et la patrie, enfin*, pourra prouver au monde

Que pour ses fils elle a des pleurs.

Beccaria, le sol qu'illustra ta naissance , Te voue un monument auprès de ton tombeau; Et la gloire, à la voix de la reconnaissance

Rallume son brillant flambeau.

JEAN BAPTISTE RKCGARIA 135

O Mondovi! doux sol qui vit naître ma mère lI Ma lyre se réveille à ton cri triomphant; Ce n'est point le tribut d'une voix étrangère,

Car je suis aussi ton enfant; Loin de ton sol chéri si j'ouvris la paupière, Si jamais de tes monts je n'aspirai l'air pur. Et si je ne vins pas, ô ville hospitalière,

M'abriter sous ton ciel d'azur,

Ne m'en accuses point, car dans mon âme ardente Je sens avec orgueil un sang italien, Quoique, j'essaie envain le langage du Dante,

Hélas ! qui ne fut pas le mien !

Et qu'importe, après tout, si ma voix frémissante Module en d'autres sons le même chant d'amour , Lorsque rêvant au ciel de la patrie absente

Je pleure et chante tour à tour.

Ne me rejette pas du banquet de famille : Inscris mon humble nom près du nom de tes fils, 0 mère, ouvre tes bras pour recevoir ta fille,

N'es-tu pas mon second pays?

Oui mon second pays, de la terre natale Souvent mes chants émus ont salué tes bords, J)e nos vents embaumés l'haleine virginale

T'a-t-ellc apporté mes accords?

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Dans ces chants que voilait tant de mélancolie N'as-tu pas reconnu ton enfant malheureux? Car nos cœurs frémissants en nommant l'Italie

Couvent un regret généreux.

Italie ! a ce nom, mon âme de poète D'un pouvoir électrique a senti le frisson ; Ce souffle harmonieux a ma lyre muette

En passant vient ravir un son ! . . .

11 est encor pour toi, cité noble et sacrée Où des jours maternels s'alluma le flambeau; Oui, mon cœur te rêvait, ô riante contrée

Où ma famille eut son berceau.

J'aimais a me créer tes campagnes fertiles; Je croyais voir au loin ton dôme audacieux l2, Je sentais dans ton sein s'agiter tes trois villes,

A l'aspect jeune et gracieux.

Aujourd'hui que ta voix, fière, mais attendrie, Rend à l'un de tes fils un hommage éternel , Et qu'à Beccaria, la gloire et la patrie

Décernent enfin un autel , Je m'élance vers toi , mère ! et ma voix craintive Vient unir à tes chants un hymne filial, Tandis que d'une fleur, ignorée et furtive,

Ma main orne son piédestal.

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