ALFIERI
« Non, criait l'étranger, non, le compas d'Euclide, < O fils de T Italie; est trop lourd pour vos mains; « Soupirez le repos sur la lyre d'Armide , « Mais n'osez plus toucher au sceptre des Romains.
« Non, laissez nous le soin d'explorer la science, « Ses austères accords troubleraient vos plaisirs; « Des beaux arts seulement la molle insouciance , « De vos cœurs énervés occupe les loisirs.
« Chantez, enivrez vous de gloires passagères, « Couronnez vous de fleurs dans vos banquets joyeux « Respirez du plaisir les roses mensongères, « Votre ciel azuré ne sourit qu'a des jeux.
J58 J. B. BKCCARfÀ
« Chantez , et laissez nous dans nos savantes veilles a Déchiffrer quelques mots dans le livre de Dieu: « Des soleils ignorés découvrir les merveilles, « Voir la comète errer sur ses ailes de feu.
« Laissez nous, absorbés par un penser sublime, « Des plus doctes calculs percer la profondeur: « Tracer au matelot son chemin sur l'abîme, a Et des cieux entrouverts contempler la grandeur.
(( Laissez nous, pour ravir son secret à la terre , « Décomposer de l'air les éléments rivaux; « Rechercher les rapports de l'inerte matière, a Et voir jaillir la foudre au contact des métaux.
u Laissez, . . . que vous importe une gloire sévère, (( L'amour du bien public est éteint dans vos cœurs; « Pour nous seuls, la science ouvre encor la carrière (( Où bientôt nos travaux nous proclament vainqueurs.»
11 disait ! et déjà l'Italie indignée uq pied frappait ce sol en héros si fécond; Car elle peut paraître au malheur résignée , Mais jamais de la honte elle n'a bu l'affront.
J. ï*. RKCGARIA L")9
11 disait, et le cri jeté par la patrie
Faisait jaillir du sol ses immortels enfants 5
Et pour venger le nom d'une mère chérie,
Debout, ils l'entouraient de leurs bras triomphants.
Ici, c'est Galilée, a cette voix puissante Le soleil étonné s'arrête dans les deux; Aux astres décrivant leur courbe frémissante 11 trace dans l'éther leur chemin radieux13.
A travers l'infini son audace imprévue
Ose aller épier les secrets éternels,
Quand d'un cristal magique armant sa faible vue
Il rapproche les cieux aux regards des mortels.
Là c'est Toricelli, dans ses savantes veilles 11 médite long-temps le poids exact de l'air14, Et d'un tube léger déployant les merveilles 11 mesure ces monts couronnés par l'éclair.
Cassini pour régler la marche de la terre 15, D'un rayon de soleil empruntant le secours, Observe si son cours variant d'hémisphère Peut à travers les tems changer l'ordre des jours.
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Plus loin, c'est Lelio; sous sa plume savante Il fixe des saisons le retour inégal 16. Et Gioia voit l'aimant sur l'aiguille mouvante Chercher dans un baiser le pôle boréal I7.
Volta d'une secousse électrique et soudaine Imprime au monde entier l'élan mystérieux I8, Et sa puissante main tient le bout de la chaîne Qui d'un lien secret suspend la terre aux cieux.
Et toi Beccaria! loi dont l'ombre chérie Voit tout un peuple ému s'incliner à ton nom; Tes travaux immortels honorent la patrie. Ta gloire est un soleil levé sur l'horizon.
Dés ses plus jeunes ans , l'amour de la science Ouvrait devant ses pas un sentier radieux, Pour mieux fuir des plaisirs la molle jouissance Il liait aux autels ses destins glorieux.
J. B. BEGCARIA 141
Sur ses jours s'ameutait l'ignorance stupide : Mais lui, sans s'abaisser a de vaines clameurs, Vers son but éclatant il marchait intrépide, Et dédaignait l'envie et ses viles rumeurs.
Tout entier aux travaux de sa docte pensée, Sans rechercher la gloire il la vit accourir; Sur nos bords la science avant lui délaissée A ses soin paternels se hâta de fleurir.
Parfois les yeux fixés sur la voûte éthérée, 11 dérobait ses feux a l'olympe jaloux, Quand la foudre a sa voix par un fer attirée Roule en de vains éclats son impuissant courroux I9.
Souvent, lorsque la nuit répandait tous ses voiles Osant en soulever un coin mystérieux, Son sublime regard poursuivant les étoiles Dans les cieux étonnés surprenait d'autres cieux 20.
Envain, l'astre du soir, doux flambeau du mystère, Ainsi qu'un globe d'or voguait sur le ciel bleu , Il y vit le premier ces monts dont le cratère Agite dans les airs un panache de feu21.