‹ Ore mesteChapitre 40 sur 88 · J. 15. BECCARIA · texte numérisé non relu

J. 15. BECCARIA

L'Angleterre , la France et la jeune Amérique S'empressaient d'accueillir les fruits de ses travaux; Quand ses œuvres volant au delà du tropique Lui faisaient des amis de ses propres rivaux.

Toujours la vérité signale ses ovrages:

L'impiété jamais n'égarant la raison N'a dû dans ses écrits faire voiler des pages; La vertu n'y craint point les vapeurs du poison.

Pour lui, la nuit envain se cachait dans ses voiles, Il y lisait toujours la parole de Dieu: Car ce nom, flamboyant sur le front des étoiles, Est dans le firmament écrit en traits de feu.

Oui, son esprit à Dieu rapportait toute chose: Dans la nature entière adorant son Auteur, Du soleil à l'atome et du chêne à la rose 11 découvrait partout la main du Créateur.

Doux, modeste et pieux, les vertus de son âme Egalaient son génie, et lui gagnaient les cœurs ; Empressé d'applaudir, mais avare de blâme Il ne connut jamais l'envie aux traits moqueurs.

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L'opulente Palerme émue à sa parole Admira ses talents et chérit ses vertus25. Et plus tard on le vit aux pieds du Capitole Relever du savoir les autels abattus.

ÎNous, ses concitoyens, conservons sa mémoire, Qu'un monument s'élève auprès de son cercueil. Qui témoigne à jamais nos regrets et sa gloire: Son pays, fier de lui, le pleure avec orgueil.

Jeune étranger entre dans ma chaumière,

Et comme un fils sous mon toit viens t'asseoir;

De l'ouragan l'haleine meurtrière

Glace les airs et le ciel se fait noir;

Bientôt la nuit enveloppant la roule

Egarerait tes pas mal affermis;

Si tard, tout seul, tu te perdrais sans doute;

Viens, sous mon toit t'attendent des amis.

Sous mon foyer que recouvre le chaume N'espère pas trouver de la splendeur; La liberté, ce seul besoin de l'homme , Par des vertus remplace la grandeur; De frais enfants, une épouse chérie Par leur amour me font bénir les cieux, Et j'oublîrais que j'eus une patrie Si dans l'exil on pouvait être heureux!

Vois-tu ces monts? cette pâle verdure?

J'ouvris les yeux sous de plus doux climats. L'hiver jamais n'attristant la nature Sur mon pays ne répand ses frimats ; Le citronier à la fleur parfumée Sous ce beau ciel éternise un printemps. L'air est si pur ! et la brise embaumée Presse les flots de baisers palpitants.

Mais l'ouragan éclata sur ma tête, Et j'ai dû fuir des tyrans et des fers; Et dans ces lieux jeté par la tempête Libre et content je brave les hivers.

Près de mes fils et de ma jeune épouse J'ai retrouvé la paix et les plaisirs; Fier de fixer la fortune jalouse , Un humble champ suffit a mes désirs.

Le voyageur, que cette voix pénétre , Lui tend la main en poussant un soupir. Chassé, dit-il ? du sol qui m'a vu naître, Sous un ciel libre, hélas, je viens mourir ! Tout bouillonnant d'ardeur et d'espérance, J'osai rêver un destin glorieux . . .

Vers le soleil, ainsi, l'aigle s'élance Sans voir la foudre errant au haut des cieux.

Au premier cri jeté par la patrie

Je m'élançai dans les rangs de soldats;

En défendant une terre chérie

Que n'ai-je, hélas, rencontré le trépas !

Je n'aurais point, aigri par la misère,

Faible et souffrant, insulté par l'orgueil,

De bords en bords traînant ma peine amère,

Chez l'étranger mendié mon cercueil!

Hélas! partout j'ai vu que l'injustice,

La trahison et la cupidité

Font triompher et la fraude et le vice;

Le malheureux partout est insulté.

La liberté bientôt n'a plus d'asile,

L'esclave seul règne près des tyrans ,

Et la vertu qui timide s'exile

Craint jusqu'à l'air qu'infectent les méchants,

Jetez les yeux sur ces peuples barbares

Que par orgueil on croit civilisés;

Amas grossier de coutumes bizarres,

D'abus, d'erreurs, étranges composés;

L'homme qu'ici la gloire déifie

A quelques pas n'est plus qu'un imposteur;

La vérité qu'un peuple sanctifie

Sous d'autres cieux passe pour une erreur.

A cet aspect le doute et le blasphème Comme un nuage ont voilé ma raison, Sur la vertu j'ai lancé l'anathème, L'homme de Dieu me désapprit le nom ! Dans un instant de délire et de rage J'osai douter... Ah! répond le vieillard, Bénis celui dont le monde est l'ouvrage; Le vice seul est l'œuvre du hasard.

Viens t'abriter dans mon humble chaumière Et reposer tes pieds endoloris; Viens, de mes fils la naïve prière Saura calmer, peut être, tes esprits.

Sous mon foyer l'on aime et l'on espère , Et la vertu nous fait comprendre Dieu.

Viens voir mes fils aux genoux de leur mère, Viens, le bonheur habite dans ce lieu.

Ainsi que toi, dans la fougue de l'âge Je fis du doute un sublime tourment, Mais la vertu me rendit le courage Et l'univers m'annonce un Dieu clément.

Le voyageur le suit dans sa chaumière, Et le vieillard lui présente ses fils:

Si tu le veux, dit-il , deviens leur frère , Et près de nous retrouve ton pays.

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