III
Va tracer sur les flots une route nouvelle, Vole ouvrir sur les mers des sentiers inconnus; Colomb, voila la terre où la gloire t'appelle,
Que cherchent tes yeux éperdus !
Mais qu'ils sont longs les jours qu'on passe dans l'attente, Lorsqu'à l'œil fatigué ne s'offrent que des flots; Quand toujours devant nous fuit la vague flottante
Qu'on n'entend que le bruit des eaux.
0 doux rêves de la pairie, Venez égayer ses loisirs, Et vers une terre chérie, 0 vents ! emportez ses désirs ; 11 songe encor à sa chaumière Aux baisers de sa bonne mère, Et se rappelle son amour* Mourante, peut-être, elle prie Et demande au fils de Marie, Que son enfant soit de retour.
Noble Gènes ! des mers superbe souveraine , L'onde baise les pieds de ses flots amoureux; Assise sur ses bords, comme une jeune reine
Tu lèves ton sceptre orgueilleux.
C'est dans tes murs sacrés qu'il reçut la lumière, Cet homme dont un monde eut dû porter le nom: El dont l'aspect a fait vibrer toute la terre
Comme au soleil vibrait Memnon.
J78 CMSTOPHE COLOMfc
Mais ses vils compagnons conspirent en silence:
Et lui, sur le lillac, muet, insoucieux,
Le front resplendissant de gloire et d'espérance,
Il semble interroger les cieux.
Il a foi dans lui même, et l'espoir qui l'enflamme Agite son grand cœur et le fait tressaillir; Et devançant sa gloire, il rechauffe son àme
Au soleil de son avenir.
Mort, mort a l' imposteur, dit une bouche impie! De l'esprit infernal le souffle empoisonné, Suscite dans leurs cœurs la révolte et l'envie;
Par tous les siens abandonné, Colomb près de périr, hélas, leur montre encore Le sol dont son génie a trouvé le chemin: « Trois jours ! trois jours, dit-il ! quand sa voix vous i mplore, Arrêtez le glaive inhumain!
CRISTOPHE COLOM1S
Que roule la vague plaintive
Parmi ses bouillons écumeux?
Une fleur fraîche et fugitive
De ses débris frappe leurs yeux;
Son parfum , sa forme inconnue,
O Colomb, dans ton âme émue
Excitaient un transport divin.
Salut, doux rayon d'espérance!
Mais déjà sur l'espace immense
Brille un point noir dans le lointain!....
Gloire, gloire à Colomb! terre, terre! il s'élance:
Ce monde qu'il promit vingt ans a l'univers
Le voila! quels honneurs seront sa récompense?....
L'Espagne lui garde des fers ! !
Mais ses maux ont voué son siècle à l'infamie, Vengé de ses malheurs par la postérité , Au poteau de la honte il expose l'envie Et vole a l'immortalité.
]80 CRISTOPHR COLOMB
Réveillez les beaux jours de la Grèce et de Rome,
Génois, Américains! pour voiler ses malheurs,
Pour consoler son ombre, aux pieds de ce grand homme
Portez des lauriers et des fleurs; Comme un phare élevé qui domine les ondes, Dans la nuit du passé brille son souvenir, Et de gloire entouré, debout sur les deux mondes,
I! triomphe de l'avenir.