‹ Ore mesteChapitre 56 sur 88 · L'ORPHELIN · texte numérisé non relu

L'ORPHELIN

Ma mère est morte, et tout petit, Son ange m'oublia, sans doute.

Les oiseaux du ciel ont un nid, Moi, je suis tout seul sur la roule; Passants, j'ai faim, j'ai faim, j'ai faim! Entendez vous ma plainte amère?

Par pitié, donnez moi du pain, Vous serez bénis par ma mère.

Hélas! pour me faire écouter, Pour vous toucher, que dois-je dire?

Faut-il essayer de chanter ?

Pour vous plaire je vais sourire !

Passants j'ai faim, j'ai faim, j'ai faim, Entendez vous ma plainte amère ?

Par pitié, donnez moi du pain, Vous serez bénis par ma mère.

198 i/ ORPHELIN

La nuit vint, il s'agenouilla

Sur une tombe solitaire ;

Lange à ses cotés s'envola

Pendant qu'il dormait sur la pierre. *

Passants, j'ai faim, j'ai faim, j'ai faim

Disait encor sa plainte amère ;

Mais l'ange le prit par la main

Et le conduisit a sa mère.

LA FIANCEE.

SOUVENIR

lasciate ogm sperattfa -

Dante.

Oh! dis moi 9 qu'as-tu fait de ta gaité bruyante,

De ton rire joyeux?

Quel chagrin a passé sur ta tête charmante ,

Sur ton front gracieux?

Jadis, rien ne troublait ton heureuse innocence.

Ton paisible bonheur ; Tendre fleur échappée a peine de l'enfance ,

Qui donc brisa ton coeur?

Rejoins, rejoins encor tes compagnes rieuses,

Partage leurs plaisirs; Oh reviens te mêler a leurs rondes joyeuses,

Objet de tes désirs; Que sous tes petits pieds la salle encor résonne ;

Sur tes cheveux flottants Essaie en souriant una blanche couronne

De la rose des champs.

Mais quoi? tes yeux d'azur roulent encor des larmes?

Toujours cette pâleur?

Et ce sein oppressé, ce front chargé d'alarmes

Où se peint la douleur?

Pauvre enfant qu'entouraient de si douces caresses,

Tant d'amour maternel!

Ah! pour toi, le bonheur tenait lieu de richesses,

Tu te croyais au ciel!

Pauvre enfant, que jamais un air dur et sévère

Ne fit encor pâlir, Tu ne pus résister aux ordres de ton père....

C'aurait été mourir!..

Alors, donnant ta main, abattue et tremblante, Tu promis en pleurant,

Tu promis de l'aimer et ton âme innocente

Reniait ce serment !

Savaient-ils l'avenir dont ils sevraient ton âme

Par leur avare orgueil?

De les plus doux penchants ils renfermaient la flamme.

Comme un mort au cercueil , Hélas! avaient-ils cru que de l'or, la parure,

Une vaine grandeur, Auraient pu remplacer dans ton âme si pure

Tes rêves de bonheur?

Que des bijoux brillants, des rubans, de la gaze,

Des tissus et des fleurs Etalés à tes yeux te rempliraient d'extase

Et tariraient tes pleurs?

Que le bouquet d'épouse et la robe flottante

Pourraient faire chérir L'homme dont le nom seul te glace d'épouvante

Et te fait tressaillir?

Ils ont cru qu'a seize ans le chagrin est extrême,

Mai ne peut qu'effleurer Le coeur insouciant où le bonheur lui-même

Ne sait long-tems durer.

Ils ont cru que bientôt, dissipant ta tristesse,

Rappelant ta gaité, Sur tes nouveaux trésors tournant avec ivresse

Un regard enchanté, Qu'essayant tes bijoux, comme on fait à ton âge ,

Tu courrais pour te voir; Qif heureuse, en souriant à ta charmante image

Que reflète un miroir,

Tu n'oserais rêver d'autre bonheur au monde;

Que ton long avenir Serait la tout entier ta Tristesse profonde

Les a tous fait mentir !

11 fallait à ton âme une âme pure et tendre ,

11 te fallait un cœur, Qui n'aimât que toi seule, et qui sût bien comprendre

Son immense bonheur.

Ils ont conclu sans toi ce marché mercenaire,

Et sans t'interroger Ils te feront passer des baisers de ta mère ,

Aux bras d'un étranger!

Quand leurs trésors n'ont rien qui vaille, ô pauvre ange,

Tes beaux rêves enfuis ; Que te donneront-ils ici bas en échange

De tes longs jours d'ennuis?....

Seigneur 5 je te bénis au lever de l'aurore, Je chante tes bienfaits durant le long du jour,

Et le soir me retrouve encore Occupée à t'offrir un cantique d'amour.

Souvent pour te louer je franchis la montagne, Et je tombe à genoux devant l'immensité; Le bruit de la mer accompagne Le cri que par ma voix Punivers a jeté.

20 \ HOSÀNNÀ

Quand je te dis: Seigneur! la terre qui s'incline Répond en tressaillant: Gloire éternelle à Dieu !

A cette prière divine Les étoiles au ciel voilent leurs fronts de feu !

J'aime a dire ton nom quand la nuit calme et pure S'étend autour de moi comme un dôme étoile ;

Je crois, alors, qu'a la nature Par delà l'infini ce silence a parlé.

Quand sous le vent du soir tombe la vague humaine, Lorsque le bruit se tait, quand la ville s'endort,

Des voix s'éveillent dans la plaine Qui montent vers le ciel comme un céleste accord.

Et je comprends ces voix qui ne font qu'un cantique, Et qui disent ton nom dans leurs bruits différents;

Depuis l'encens du lis pudique Et le chant des oiseaux, jusqu'au cri des torrents.

Oui, divin Créateur, la terre, ton ouvrage, S'anime sous tes yeux la nuit pour te bénir;

Et dans son sublime langage De tes splendeurs, ô Dieu, vient nous entretenir.

Les astres par milliers scintillent sur ma tête , Comme du sable d'or ils roulent sous tes pieds ;

Des soleils, à l'ardente crête , Entraînent une cour de mondes oubliés.

Cet insondable abîme absorbe ma pensée.

Plus je veux m'élever dans cette immensité ,

Plus mon âme oppressée Du poids de son néant porte la nullité !

Et que suis-je, Seigneur, devant tant de prodiges Et ce globe, et sa lune, et son soleil, et moi !

Héla! sans laisser de vestiges Dans ton éternité passons nous devant toi?

Créas tu l'univers seulement pour produire, Et ne sommes nous rien à tes yeux éternels?

Pour t'amuser à les détruire Des germes du chaos tiras-tu les mortels ?

Quelle voix insensée a poussé ce blasphème? Ah! l'homme n'aperçoit rien hors de sa prison!

11 doute de Dieu même Et le juge d'après son étroite raison.

Confonds par tes bontés celte fierté rebelle Que l'ange détrôné précipita sur nous;

Fais qu'à ta voix qui nous appelle , Contrits et pleins de foi, nous tombions à genoux.

Pour moi, quand je verrais dans une heure terrible Le monde s'abîmer et s'écrouler sous moi , Dans ta promesse encor paisible , Debout sur ses débris, je crîrais: Gloire à Toi!

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