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A MON AMIE

MADEMOISELLE MATHILDE JOANNINI CEVA DE St. MICHEL.

Or che de! viver mio Castro s'imbruna G. Regaldi.

Oh! n'existe-t-il pas une pensée intime, Qui, franchissant l'espace et rapprochant les cœurs, D'un même sentiment le lie et les anime, Prisme qui du rayon concentre les couleurs ?

Oui, par un même instinct nos âmes tourmentées Exhalent dans leurs chants et la joie et les pleurs. Par un vent dévorant, pauvres fleurs agitées, Nous effeuillerons-nous au souffle des douleurs?

Ah! puisse aucun soucis n'attrister ta jeunesse ! Que le chagrin jamais ne flétrisse ton cœur, Et que tes chants joyeux, palpitant d'alégresse Fassent toujours vibrer la corde du bonheur !

Pour moi, lorsque mes doigts interrogent la lyre, Elle jette un accord funèbre et douloureux, On dirait une voix qui lentement expire En poussant un soupir triste et mélodieux.

Moi, qui traverse, hélas, les flots de l'existence Sans qu'un seul astre ami scintille dans mon ciel ; Et qui traîne le poids de ma longue souffrance Comme l'oiseau blessé traîne le coup mortel.

Sous un mal inconnu plaintive et languissante,

Je fuis la vie, hélas! qu'à peine j'entrevoi :

Mon front est sans couleurs, ma démarche tremblante

La blanche fleur des champs est moins pâle que moi.

Lorsqu'ici bas mes jours, passent et s'étiolent Sans qu'un chant de bonheur ait bercé mon sommeil; Je voudrais les saisir avant qu'ils ne s'envolent : C'est l'aveugle implorant un rayon de soleil.

Et l'avenir , pourtant, à mon âme ravie

Tel qu'un mirage , hélas! me montrait le bonheur!

Mais d'aucune Oasis au désert de la vie

Je ne pourrai jamais savourer la fraîcheur.

Ainsi que le parfum qui monte au bord du vase Et s'échappe à longs flots lorsqu'il sent la chaleur, Ainsi, quand le chagrin sous son poids nous écrase 9 L'ardente poésie a débordé du cœur.

Alors sur ses ailes de flamme Le poète bondit aux cieux; Le génie exaltant son âme Elève son vol glorieux.

Préludant à des chants sublimes, Il plane au dessus des abîmes, Le monde fuit a ses regards; Le front inondé de lumière, II s'élance dans la carrière Et tente de nobles hasards.

Alors, de sa voix triomphante , Vainqueur , il redit tour à tour Les noms que la victoire enfante Ou ceux que couronne l'amour, Les maux dont son âme palpite, Les vains plaisirs dont il s'agite , Les chagrins qui l'ont abattu ; Ou son luth, respirant la gloire , Ose consacrer a l'histoire Le souvenir de la vertu.

L'élan de son âme sublime , Enflamme la postérité :

L'œuvre que le génie anime Se revêt d'immortalité.

A sa voix renaissent encore Ces hommes dont la terre honore Le noble et puissant souvenir, Qui, traçant un profond sillage, Par un bond devançant leur âge, Marchaient déjà dans l'avenir!

nr.

La sainte poésie est cette voix intime

Qui vibre palpitante en nos seins éperdus ,

Qui s'éveillant en nous, nous jette un cri sublime ,

Et sait nous élever à l'amour des vertus.

C'est un instinct brûlant d'épancher sa pensée, C'est un ardent besoin dont on est consumé, C'est un vague désir dont l'âme est oppressée , C'est un feu dévorant qu'un souffle a rallumé.

C'est une douce voix qui chanté dans notre âme, Qui s'égaye à nos jeux ou s'attriste a nos pleurs; C'est à nos fronts ardents que la pensée enflamme Un baiser du zéphir ou le parfum des fleurs.

Le poète a des chants d'amour et d'espérance Qui bercent ses douleurs et l'élèvent au ciel; Ainsi, le jeune enfant oubliant sa souffrance S'endort au bruit craintif du refrein maternel.

Ange consolateur , de la terre natale

Lui seul à l'exilé rapporte le rameau,

Et du parfum d'amour que la patrie exhale ,

Seul, il revient encor embaumer son tombeau.

Mais le poète ici cherche envaiu une étoile ! Le monde méconnaît ses sublimes douleurs; Aucun vent bienfaisant ne caresse sa voile. Qu'importe, si ses chants s'épurent à des pleurs.

Et que lui font à lui les malheurs et l'envie. Laissez-le s'élancer vers la postérité.

Il méprise les biens qui troublent notre vie , Car il a pressenti son immortalité!

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