SOEUR ANTONIA
Tu dus souffrir , aimer; oui, c'est Ta, jeune femme, Le sentiment fatal qui t'a conduit ici; Un passé douloureux se dresse dans ton âme , Et tes pensers, hélas, te pâlissent ainsi.
Tes larmes goutte a goutte ont creusé ton visage ; D'un souvenir caché tu tressailles parfois; On dirait qu'en tous lieux te poursuit une image, Et qu'un nom trop aimé tremble encor dans ta voix.
Comme si tu voulais expier des délices, Tu tortures ton corps et si frôle et si beau ; Tu déchires ton sein sous le fer des cilices, Et ta main chaque jour creuse ton froid tombeau !
Va, le Seigneur t'écoute. Il a compté tes larmes, Et lui même au bercail ramena sa brebis. Bénis tes longs tourments; au monde, à ses vains charmes Jls t'ont fait préférer ces pudiques habits.
Au ciel le repentir tient lieu de l'innocence; Plus le combat fut long et plus le prix est grand ; De toutes les vertus, l'austère pénitence Est la plus agréable aux yeux du Tout-Puissant.
210 SOEUR ANTOXIA
Toi, tu souffris long-tems, mais ton cœur magnanime, Détaché de la terre, alla chercher le ciel ; Et la foi, et la foi, ce désespoir sublime, T'offrit en holocauste aux pieds de l'Eternel.
La foi, sur tous tes traits elle répand le calme; La foi, dans cet asile elle a guidé tes pas; La foi, de tes vertus te décernant la palme, Te prépare un bonheur qui ne périra pas,