ÏAMBES
Vous avez éveillé le mépris et la haine
Dans le fond de mon cœur:
Sur les flammes , ainsi , lorsque l'urne est trop pleine
Se répand la liqueur; Et mon coeur, gros de fiel, a besoin de vous dire
Que vous êtes méchants, Oui, lâches et pervers; votre âme d'un satyre
A les mauvais penchants.
Hommes dégénérés, race vile et fangeuse
Dont le coeur sans pitié
Outrage la vertu d'une insulte railleuse ,
Puis la pousse du pié !
Riches ? qui sur le pauvre osez verser l'injure,
Et qui riez après!
Qui voulez le salir de votre fange impure.
Et lui tendez des rets! Pour mieux l'envelopper dans votre inique trame
Vous calculez sa faim , Et le voyant mourant, vous achetez son âme
En échange de pain....
Oh riches , c'est assez ! assez la calomnie
A terni l'indigent.
Mon vers, comme un fer chaud, frappe d'ignominie
Votre front arrogant !
11 va vous retrouver au fond de vos demeures,
Sous vos dais de velours ; Tel qu'un spectre irrité qui vient toutes les heures,
Et menaçant toujours, Ainsi que le remords implacable et terrible ,
11 crie autour de vous:
« Tout songe a son réveil, la vengeance est horrible
a Quand lent est le courroux !
«Vous pensiez que de l'or la puissance fatale,
« Qui gâte et corrompt tout, a Vous livrait la vertu que votre main vénale
«Entraînait à l'égout?
« Riches, détrompez vous; il est des âmes fières,
« Qui, vous crachant au front, « Aiment mieux supporter le poids de leurs misères
ce Que l'ombre d'un affront; « Qui, rougissant pour vous de vos forfaits iniques,
a Se voilent de la main, « Et, n'osant arrêter sur vous leurs yeux pudiques ,
a S'écartent du chemin « Alors que vous passez, tous gonflés d'arrogance,
a Heureux et triomphants 5 u Et qui disent: — « Seigneur, ô suspends ta vengeance ,
« Car ils sont tes enfants!
c< Dans leurs coeurs endurcis fais descendre la grâce ,
« Hâte enfin leur réveil, « Car tu fis pour nous tous et les champs et l'espace ,
a Les fruits et le soleil ; « Les bons et les méchants de la même lumière
a Ont tous reçu le don , (( Et, du haut de ta croix, sur la nature entière
« Est tombé ton pardon.)) —
Novembre, 1845.