INVOCATION
Je passais comme un son qui se perd dans l'espace Sans trouver un écho qui réponde à sa voix, Comme un nuage blanc qui lentement s'efface. Comme l'oiseau du nid qui périt dans les bois.
Pour m'envoler au ciel je me sentais des ailes, Car rien ne m'enchaînait au terrestre séjour, Et les regards fixés aux voûtes éternelles: La, disais-je, j'ai mis ma paix et mon amour.
Là, ces trésors cachés que les hommes profanent Pourront s'épanouir sous les yeux du Seigneur* Comme ces fleurs du ciel qui jamais ne se fanent, A l'abri des humains j'ai placé mon bonheur.
Je disais: vanité de l'humaine faiblesse! Un seul jour a détruit ma superbe fierté. L'impuissance souvent nous semble la sagesse, Pour connaître sa force il faut avoir lutté.
Et moi, quand je croyais ne plus tenir au monde, Mes pieds ont pris racine a cet aride sol 5 Comme le blanc pigeon, hélas! qu'attire l'onde, A de perfides rets vient enchaîner son vol.
Avril, 1845.