‹ Ore mesteChapitre 69 sur 88 · UTOPIE · texte numérisé non relu

UTOPIE

Hélas ! partout la haine et l'injustice

Ont égaré la triste humanité;

La vertu pauvre est le jouet du vice.

Et les abus cachent la vérité;

Des préjugés les pesantes entraves

A mi-chemin ont arrêté nos pas;

De tant d'erreurs quand nos sommes esclaves,

Vole la bas, là bas, la bas, là bas.

L'or et l'envie ont corrompu notre âge , Et l'égoïsme a mis la plaie au coeur; « Amuse-nous, dit le vulgaire au sage , « La liberté ne vaut pas le bonheur. » Courbons nos fronts déflorés d'espérances, Dormons, dormons, ne nous éveillons pas; Pour retrouver la foi dans les croyances, Vole là bas, là bas, là bas, là bas.

Là bas vois-tu s'agiter quelque chose?

Est-il éclôt ce monde tant rêvé ?

Le jour est prêt, car l'horizon est rose,

Et le soleil sera bientôt levé.

Du genre humain sentinelle avancée ,

Dans l'avenir tu précèdes nos pas;

Pour voir finir la lutte commencée,

Vole là bas , là bas , là bas , là bas.

utopie 239

Signale nous cette nef vagabonde , Berceau sacré qui porte l'avenir 5 Vois-tu tomber pierre à pierre ce monde Qu'un vieux ciment ne peut plus retenir? Au feu sacré notre âge doit éclore, L'humanité marche, marche à grands pas; Après la nuit, pour voir poindre l'aurore, Vole là bas, la bas, la bas, la bas.

SOUVENIR

Par de là ces vallons, ces plaines, ces montagnes,

Ces cités et ces bois Hélas! il est aussi de riantes campagnes

Que je pleure parfois; Il est un bord chéri que jamais je ne nomme

Qu'à travers un soupir; Doux rêve de mon coeur, le soir, comme un fantôme,

Quand je vais m'assoupir, 11 m'apparaît encor avec ses roses blanches,

Ses ombrages touffus, Ses vents harmonieux glissant de branche en branches

Avec des bruits confus.

242 SOUVENIR

Son beau lac azuré, dont Fonde cristaline,

Mire un ciel étoile Et ses tièdes parfums, et sa verte colline,

Et son temple isolé.

Hélas! d'autres pays, pour charmer ma tristesse,

Etalaient leur splendeur, Mais mon coeur resta froid devant tant de richesse.

Qu'importe la grandeur?

Sous les lambris dorés qu'habite l'opulence

Je rêvais mon désert; Et seule à mes pensers, je pleurais en silence

Au milieu d'un concert.

Et ces bruits et ces chants, ces parfums , ces lumières

Tous ces plaisirs joyeux, Sans distraire un instant mes regrets solitaires,

Passaient devant mes yeux.

Page 1