AU COUCHER DU SOLEIL
Cosi se orrenda è lira, Maëstosa è la calma.
Pietro Giuria.
Dresse la surface irritée, Orageux et vaste élément 5 Fouette ton onde tourmentée, Bondis dans ton lit écumant; Ainsi qu'une forte poitrine, Soulève ta vague marine Pour respirer plus largement:
Lorsque ton onde se retire, L'univers entier qui respire Pousse un profond mugissement.
Car ta voix est la voix de la nature entière , C'est Phymne universel qui monte au Créateur,
L'incessante prière Que la terre soumise envoie à son Auteur.
Oh! qui pourrait nier ce langage sublime Dont les astres entr'eux parlent de Jéhova;
L'esprit saint les anime , Il connaît les secrets des mondes qu'il couva.
11 comprend ces accords , ces mystères étranges , Qui devant les mortels passent inentendus
Et font voiler le front des anges , Devant tant de splendeurs eux mêmes confondus,
Car tout ces bruits confus qui montent de la terre , Flots des mers, vents des cieux, parfums, chants, douces
Eclats sonores du tonnerre, (voix,
Plaintes de l'ouragan et murmure des bois ,
Couleurs de Tarc-en-ciel et tons de la nature, Soupirs du rossignol, cri rauque du lion,
Accent de chaque créature, Onde de l'océan et flots d'or du rayon,
Sont un encens qui s'évapore, Des sons qui montent à la. fois; Dans le bruissement sonore Le Seigneur distingue ces voix; Et tandis que dans sa folie , L'homme vain trop souvent oublie De bénir le nom éternel, La nature toujours la même, Sans souiller sa voix d'un blasphème, Poursuit son hymne universel.
Vieil Océan, sur tes rivages Tu vois passer les nations, Tu vois se succéder les âges Comme le nid des alcyons; Tandis que toujours immuable Ton flot éternel sur le sable Se promène, aussi vierge encor Que le jour où la main féconde Te posa, borne de ce monde Qui prenait son premier essor.
Et toujours jeune et forte, ô mer indépendante, Non , tu n'as pas subi le soc des passions ,
Et libre, ta colère ardente Brise comme un jouet le nid des nations.
Sur toi l'homme ne peut étendre son domaine , Son précaire pouvoir expire sur tes eaux, Et l'orgueil de la race humaine N'a pu graver son nom sur la cîme des flots.
O mer, de l'infini tu nous offres l'emblème ! Jéhova d'un regard illumine ton front 5
Incomprise comme Dieu même , Tu caches comme lui ton mystère profond.
L'homme, au bord de tes flots, écoute sans comprendre , Ce muet entretien entre le ciel et toi,
Mais Dieu se penche pour t'entendre; De prier pour la terre il t'imposa la loi.
Et depuis lors, ta voix sublime S'élève et monte tour k tour, Chaque flot qui passe s'anime Pour jeter son hymne d'amour; Gloire à Dieu! ce brûlant cantique, De tous ces tons concert unique , S'exhale et vole dans les cieux; Et toujours ta voix éternelle Dans chaque vague renouvelle Cet hosanna mélodieux.
MOMINE.
SOUVENIR
A pas lents , chaque soir, sous celte croix de pierre, O Momine, dis moi, pourquoi viens-tu l'asseoir? Tes longs regards rêveurs errent sur Tonde amère; Quel navire lointain espères-tu revoir?
Déjà le brick léger que guidait ton vieux père Est rentré dans le port tout couronné de fleurs; La joie a reparu sur le front de ta mère. Jeune fille, et pourtant tes yeux versent des pleurs.
250 MOM1JNE
Comme un beau lis penchant sa tête virginale Se flétrit isolé sur le bord d'un ruisseau , Tu t'inclines ainsi , mélancolique et pâle; L'on dirait une fleur pour parer un tombeau.
Seule, tous les matins, dans la chapelle antique Tu viens t'agenouiller et tu gémis tout bas; «Espoir des matelots, douce Vierge pudique, Disais-tu l'autre jour, pourquoi ne vient -il pas ? »
Et des sanglots brisaient ta poitrine amaigrie, Et de ta blanche main tirant un anneau d'or, En le posant aux pieds de la chaste Marie D'un souvenir caché tu tressaillais encor.
Quel nom murmurais-tu? dans tes pleurs, à la Vierge Quel secret de douleur pouvais tu confier ? Et triste et résignée, en allumant un cierge, Pour qui donc si long-tems, hélas, vins-tu prier?
Le soir, je te revis sous la croix de la rive, Mais rien n'apparaissait a l'horizon lointain. Chaque jour j'y reviens, et je t'y vois pensive Comme devant l'autel au retour du matin.
Quoi! vous allez partir! de l'Italie antique Vous allez explorer la poussière héroïque ,
Et fouler tour à tour Les rives de l'Arno, la ville aux sept collines, Naples, se couronnant de fleurs et de ruines ,
Qu'endort un chant d'amour.
Vous errerez bientôt dans la noble Florence, Poétique cité, qui blanche, se balance
Sur des touffes de fleurs.
Vous irez contempler, l'âme émue et rêveuse, Ces tombes, consacrant dans leur pompe orgueilleuse
Le néant des grandeurs.
Ce palais des Pitli, ces bosquets, ces cascades, Ces jardins où, le soir, des hautes colonnades
Sortent de longs concerts, Ces tableaux immortels, ces vastes basiliques Aux larges flancs de marbre, aux coupoles magiques
S'élançant dans les airs.
Et puis, vous inclinant sur cette terre ardente D'où comme un Dieu mortel nacquit un jour le Dante,
Le chantre des enfers; De toute sa hauteur il dominait le monde , Et cachait dans les cieux cette tête féconde
Où se meut l'univers ,
Et le cœur plein encor du terrible poète
Vous viendrez vous asseoir dans l'enceinte muette
D'un temple colossal:
Michel-Ange, Alfieri, Macchiavel, Galilée , A vos noms immortels la voûte est ébranlée
D'un respect filial!
0 Panthéon Chrétien ! sous ta noble coupole Brille leur gloire immense, éclatante auréole,
Du ciel divin flambeau !
Sur ces restes sacrés notre âme est agrandie, Et Ton croit, éperdu, respirer leur génie
Auprès de leur tombeau !
NAPLES 25o
Mais vous touchez déjà le sol sacré de Rome. Vos pas aventureux heurteront d'un grand homme
Les cendres ou l'autel ; Les regards éblouis de sa triple auréole, Allez rêver la gloire au pied du Capitole ,
Nid du peuple immortel,
Où la foudre tonnait, et d'où son aigle altière En étendant une aile un jour couvrit la terre
Qui tremblait sous ses lois, Où retentit encor la parole éloquente Que Ciceron jetait à la foule béante
Maîtrisée a sa voix.
Contemplez ce Forum dont la splendeur passée Sous le poids de sa gloire accable la pensée!
Ces palais écroulés, Ces autels renversés, ces colonnes antiques Dont l'aigle habite seul les cimes héroïques
Près des Dieux mutilés.
Rome dort au milieu des débris dont les âges De l'histoire du monde ont semé ses rivages j
Sur ce sol ébréché , Les révolutions qui changèrent le monde 1 Ainsi que l'océan, ont retiré leur onde
De ce lit desséché.
Mais vous voguez enfin sur la plage joyeuse
Où le parfum des fleurs embaume l'onde heureuse,
Comme un souffle d'amour , Sous les cieux enchantés où brille Parthénope Qu'un long réseau de pourpre et d'azur enveloppe
Au déclin d'un beau jour.
0 magique cité! belle comme un prestige Qui semble aux regards un éclatant prodige
D'un art surnaturel , Toi qui pris pour flambeau de tes nocturnes fêtes Ce gigantesque mont, aux sublimes tempêtes,
Ce colosse éternel!
O Naple! ô doux séjour qu'entourent tant d'alarmes , Oui, l'oubli du danger se trouve dans tes charmes,
Dans ton brillant soleil, Dans ces plaisirs rianls dont s'enivre ta vie, Dans ces chants de bonheur, d'amour et de folie
Qui bercent ton sommeil ,
Dans ce ciel azuré qui brille sur ta tète , Dans cette mer mêlant le cri de la tempête
Aux chants des matelots, Dans cet essaim joyeux de légères gondoles , Qui livrent mollement leurs longues banderoles,
Aux caresses des flots.
Et qu'importe ce mont au panache de flamme , Quand la voix des plaisirs parle si haut dans l'âme!
Lorsque d'Herculanum On exhume, en passant, une cité momie , Et qu'on foule oublieux sur la rive fleurie ,
Les roses de Pœsthum!
11 est de ces instincts qu'on ne peut méconnaître ; Souvent l'objet qu'on voit pour la première fois Dans un vague passé semble nous apparaître; Un rêve nous avait fait entendre sa voix.
Dans un monde meilleur habite-t-on ensemble Avant que de descendre au terrestre séjour ?
Et lorsque le sort nous rassemble.
Pressentons nous encor cet ineffable amour?
Devinons nous ce bien dont l'image effacée D'un inquiet désir nous poursuit en tous lieux , Que l'on porte en naissant au fond de sa pensée Comme un arrière goût qui nous reste des cieux ?
Tel que Fange exilé qui pleure seul., notre âme Hélas, cherche long-tems cet être tant rêvé
Et qu'une inexplicable flamme Nous révélait avant que nous l'eussions trouvé.
Alors, on croit se voir comme après une absence! Un seul mot a tout dit! et ces deux âmes soeurs D'un même sentiment éprouvent la puissance: Tel un même parfum s'exhale de deux fleurs.
Ou tel le simple accord d'une note plaintive Au sonore clavier arrache un cri d'amour,
Appel d'une âme fugitive A laquelle un soupir vient répondre a son tour.
Oui, ces fronts aimantés par une même flamme Se cherchent dans la foule et toujours et long-tems: Lorsqu ils se sont trouvés l'âme répond à l'âme, Un seul cri fait vibrer ces deux seins palpitants,
On comprend d'un seul mot ce sublime langage, Un coup d'oeil fait choisir ceux que l'on doit aimer,
Un nom devient un doux présage Qui dit a notre cœur: je saurai te charmer.
D'une vie incomplète on ne sent plus le vide,
On dirait qu'un soleil se lève enfin en nous;
L'air est plus parfumé, le ciel est plus splendide,
Et les champs et les fleurs, tout nous semble plus doux!