ESPÉRANCE
Sous des moissons de fleurs brillerait ma demeure;
Heureux de mes bienfaits , Le pauvre , sans rougir, reviendrait à chaque heure Me demander sa part des fruits de mes guéréls.
Le miel et le raisin feraient plier ma table ;
Sous d'odorant berceaux.
Où le saule et les ifs s'uniraient à l'érable , Ma main dirigerait de bondissantes eaux.
J'égarerais les pas de ma muse sauvage
Dans l'épaisseur des bois ; Et libre sous ce ciel, la gêne et l'esclavage De ses chants indomptés n'étouffant plus la voix,
Elle pourrait trouver cette mâle harmonie
Que mon luth cherche en vain; L'orageuse fierté qui sied bien au génie Parfois de ses élans ferait bondir mon sein.
Mais, faible femme, hélas ! de ces rêves de gloire
Je ne me berce pas ; 11 est un bien plus doux dont le charme illusoire Fait palpiter mon cœur et me parle tout bas!
Quoi, seule, seule encor! et pourtant de la danse
Retentit le signal joyeux; Tes compagnes, déjà, sous leurs pas, en cadence
Ont foulé les lapis soyeux.
J'ai vu sur leurs fronts purs les perles et les roses
Se mêler à leurs longs cheveux , Et des bracelets d'or sur leurs bras blancs et roses
Se nouer en serpents nerveux. Leurs robes bondissaient, frôles tissus de gaze.
Aux plis vaporeux et changeante \
Et plus d'une, tout bas, contemplait en extase
La moire aux reflets chatoyants.
Toutes elles riaient a la glace fidèle
Qui reflétait leurs traits charmants, Et qui semblait encor dire : Vous êtes belle !
Comme la voix de leurs amants.
Et le sein palpitant, rougissantes, émues,
Elles écoutaient en tremblant L'aveu qui doit troubler leurs âmes ingénues
Et qu'exhale un soupir brûlant.
Et toi, pauvre Minla, tandis que tes compagnes
S'enivrent ainsi de plaisir, Seule, comme la fleur qui croît dans les montagnes
Loin des caresses du Zéphir, Dans ta chambre, là-bas, à la clarté douteuse
D'une lumière qui pâlit, Pour chasser, par tes soins, la pauvreté honteuse,
Hélas! qui déjà t'assaillit, Penchée à ton métier, sous ton active aiguille
Renaissent les fruits et les fleurs; Pour ne pas t'endormir, tu chantes, jeune fille,
Et pourtant tu verses des pleurs !
Ainsi jusqu'au matin au labeur condamnée,
Pâle demain a ton réveil, A travailler encor se passe ta journée
Et ta nuit sera sans sommeil.
Ainsi, douce Minla, s'écoule ta jeunesse ,
Et Ion front qui n'a pas vingt ans, Comme une fleur sans eau, flétri par la tristesse
Se fane bien avant le tems.
Oh! n'auras-tu jamais quelques heures brillantes
* Pour épanouir ta beauté ?
Et le front rayonnant, et les lèvres riantes,
En proie enfin à la gaîté , Pauvre enfant, te verrai-je au milieu de nos fêtes
Eclipser les autres un jour ?
Et dédaignant l'éclat de ces vaines conquêtes
Ne vivre que dans un amour ?
Non, l'injuste destin te priva de richesse;
A tous ces biens ferme ton cœur !
Il n'existe pour loi ni plaisirs, ni tendresse;
Pauvre , n'attend pas le bonheur !
Tes vertus, ta beauté seront sans récompense,
Non, n'espère rien ici bas; Mais il est dans le ciei un Dieu pour l'innocence,
11 ne l'abandonnera pas.
LA PEINTUKE.
\ mon amie la comtesse