OCTAVIE MASINO DE MOMBELLO
née de Borghese.
Ah! si brisant jamais le nœud qui me captive , Je pouvais m'élancer joyeuse sur la rive
OU s'écoulent tes jours!
Si fixant sur ces bords ma rêveuse existence , Je voyais couronner une frêle espérance,
Que je berce toujours!
Si le bonheur enfin accueillait d'un sourire Les fragiles accents échappés a ma lyre,
Ainsi qu'un long soupir!
Si je pouvais te voir, ô ma chère Octavie, Ange invisible et pur qui semblés de ma vie
Enchanter l'avenir!
Oh toi! qui nr apparais dans mes plus vagues songes Lorsque l'illusion par ses riants mensonges
Charme un instant mon cœur, Toi que j'aime déjà, car je sais te comprendre, Et que j'ai deviné ton âme fière et tendre
A ta noble candeur.
N'est-il pas entre nous un étrange mystère!
Sous des cieux différents, Tune a l'autre étrangère,
Nos cœurs se sont compris. Ainsi qu'au même vent on voit trembler deux flammes, Un même sentiment agile nos deux âmes
Et dompte nos esprits.
Et pourtant, par le sort sur ces bords enchaînée, Peut-être, dois-je, hélas, traîner ma destinée
Loin du pays joyeux Qui d'un chant de bonheur semblait fêter ma vie, Lorsque l'espoir prétait a mon âme ravie
Un prisme radieux.
Ah! pourquoi dans ce tems ne t'ai-je pas connue? Un doux pressentiment m'eût appris à ta vue
Que je devais l'aimer; Ton vague souvenir vivrait dans ma mémoire. Et comme un doux reflet d'espérance et de gloire.
Reviendrait me charmer.
Ta voix eût dans mon cœur laissé son harmonie; J'aurais pu contempler ce front où le génie
Brille d'un feu soudain , Ce regard inspiré par un penser sublime , Lorsque sous tes pinceaux la nature s'anime
Et revit sous ta main.
On dit que pour former ta palette idéale Les plus vagues rayons de l'aube virginale
Confondent leurs couleurs; Que tu ravis au ciel ses plus douces rosées , Aux nuages flottants leurs nuances rosées ,
Et le duvet aux fleurs ;
Puis que sous tes crayons, se ranimant encore , La nature renaît et se hâte d'éclore
Pour l'immortalité; Car Dieu mit sur ton front un rayon de sa flamme, Et la gloire a promis les élans de ton âme
A la postérité.
Soit que de Régulus sous ton pinceau magique Tu saches révéler le courage stoïque
Et la mâle vertu, Ou soit que l'espérance inspirée et pieuse Prie et montre le ciel, d'une main courageuse,
Au malheur abattu *.
La peinture est un art sublime,
Il porte un cachet créateur;
À sa voix le passé s'anime,
Et des tems il devient vainqueur.
Lorsque tour à tour dans la tombe
Hommes et peuples, tout succombe,
S'éteint et roule enseveli;
Un trait de flamme seul rclrace
L'image éphémère qui passe,
Seul il la dispute a l'oubli.
Le Dépari de Itégulus pour Carthage et l'Espérance; magnifiques tableaux dus au beau (aient de la Comtesse Oetavie Masino de Mombello.
LA PELNTIÏUE 511
Le monde ainsi n'est qu'une image Ou se refléta l'Eternel, Quand il voulut dans son ouvrage Contempler son souffle immortel.
Le ciel que son regard éclaire Jette une gerbe de lumière Qui nous inonde de clartés.
Tandis que la nue éclatante Colore l'écharpe flottante , Des feux dans son sein reflétés.
Dieu, pour animer la nature, Y sema de riches couleurs , Sur nos monts des champs de verdure , Dans nos prés des lapis de fleurs; Des cieux il parsema les voiles Des feux errants de mille étoiles Qui se contemplent dans les flots , Car Dieu ne fil les mers profondes Que pour voir retracer les mondes Quand ils se mirent dans les eaux.
512 LA PKINTURK
lit.
Heureux quand dans un cœur notre image est tracée, Lorsqu'un doux souvenir la peint à la pensée ,
Et semble l'offrir aux regards!
Lorsqu'on la voit partout, et qu'on la cherche absente, Qu'elle est dans ce qui plait, dans ce qui nous enchante.
Qu'on l'aperçoit de toutes parts!
Mon coeur rêve la tienne, hélas! sans te connaître; Sous des climats divers le ciel nous a fait naître
Et nous isole pour toujours:
Toi, sur les bords chéris où TEridan repose , Où de ton sort heureux l'horizon frais et rose
Rayonne serein sur tes jours.
Moi, près des flots bruyants, près de l'onde écumanle, Frêle plante agitée au vent de la tourmente,
Ma voix n'a plus que des sanglots:
Ainsi, quand l'alcyon est surpris par l'orage, 11 jette un cri plaintif a l'écho du rivage ,
Avant de périr dans les flots,
LA PBINTtiRK 313
De la jeunesse a peine ai-je entrevu l'aurore , Et déjà de mes jours , qu'un mal brûlant dévore,
A pâli le morne flambeau.
Un seul ôtre enchantait ma plaintive existence , C'était de mon présent la joie et l'espérance...
Et je gémis sur un tombeau.
C'était Tunique enfant que possédait mon frère Le premier né, l'orgueil, le trésor de sa mère,
Ma timide et touchante sœur.
L'être qu'idolâtrait mon cœur de jeune fille , Une fleur qui semblait enivrer ma famille
D'un parfum de bonheur.
Tous les traits que j'aimais brillaient sur son visage , Mais doux et gracieux comme ils sont a cet âge,
Où l'on ne sait que rire encor.
C'était la fraîche voix égayant ma demeure; C'était notre avenir, notre joie.... et je pleure
Ou notre ange a pris son essor.
* La mort venait d'enlever à la famille de l'auteur le jeune Ernest, iil s de M. Edouard Sassernô.
Toujours j'entends les cris de sa mère affligée! Dans un sombre chagrin solitaire et plongée ,
Je voudrais fuir à tous les yeux.
J'aime k me renfermer dans ma douleur amère, Au milieu des plaisirs je serais étrangère;
Que m'importe un monde joyeux.
Ah! puisse le Seigneur, dans sa bonté suprême, Te conserver toujours tous ceux que ton cœur aime!
Puisse-t-il t'épargner mes pleurs!
Qu'il entoure ta vie et de joie et de charme; Et puisses tu jamais ne sentir une larme
Ternir ta couronne de fleurs.
Nice, 5 octobre, 1839,