PAR LES ORFÈVRES BARDARE
J'ai rencontré sur le pectorale et les aigles du Musée de Cluny, les vases de Gourdon et deux fibules du Musée de Saint-Omer, un mastic, ou plutôt une pâte vitreuse d'un beau vert-clair, montée en serti clos. M. Roach Smith signale la présence de la même matière sur un ornement de ceinture trouvé en dehors de la porte Saint-Séverin, h Cologne, et M. Baynac sur un bijou exhumé du cimetière mérovingien de Cerdes (Tarn). Cette pâte, tantôt dure et unie, tantôt délitée par excès d'alcali, était réduite en lames minces et fixée dans les avéoles à l'aide d'un mastic. En contact avec l'or, elle affecte en se dissolvant un ton bleuâtre qui Fa fait prendre assez souvent pour de la turquoise décomposée ; dans le même cas, le bronze la pousse au vert foncé \ Je ne men-
de verre. Quelques fragments de ces deux pierres figurent peut-être bien, çà et là, dans l'ornementation de la couronne de Reecesvinthus : mais ce que je puis affirmer, après l'examen le plus minutieux, c'est que la matière qui fait le fond de cette riche ornementation est réellement du vei-re. M. du Sommerard, qui tenait autant que moi à vérifier le fait, a bien voulu soumettre à une épreuve tentée en commun quelques petits fragments tombés de la couronne. Or, nous sommes paivenus assez facilement à les rayer avec une pointe d'acier, résultat que nous n'aurions certainement pas obtenu, s'il s'était agi de grenats et de cornalines Enfin, rappelons-nous que dans la
composition de cette„ bordure à fond rouge, il entre de distance en distance quelques fragments verts absolument de même nature. Ceux-là évidemment ne sont pas des grenats, et comme personne ne les prendra pour des émeraudes, il faut bien reconnaître que la matière de tous ces fragments n'est autre que du verre. » De Lasteyrie, loc. cit., p 28 et 29. — Invent, cité, fol. CLXiii, V. et cxvi, r. — Hist. de VarcJi. sacrée etc., p. 154. — Annales archéol., t. xx, 186'0, p. 271 et suiv. — Cette fibule a été trouvée en 1847 dans une carrière de cailloux, à Fort-Mahon, commune de Blendecques, près Saint-Omer. Elle a la forme d'une rose à huit lobes ; au centre, un umbo, hémisphérique; le tout orné de filigranes et de verres incolores. Son diamètre est de 0™029'" en dessus, de 0«i035'" en dessous ; sa hauteur, Vumbo non compris, d'environ 0^004™. La plaque de fond est en bronze, l'intérieur est creux.
* Ces aigles ont été trouvés en 1862, à Castel, près Valence d'Agen, par
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tioniierai qu'en courant la pâte blanche opaque ; émail véri table sur les griffons du Musée d'Arras, elle est peut-être incrustée à froid dans le pectorale de Cluny. Il faudrait pour s'en assurer que la pièce fût brisée ; heureusement elle ne l'est pas. Toutefois cette pâte est sertie à la manière des perles sur un grand nombre de bijoux ; elle a pu être confondue quelquefois avec la nacre de perles et elle garnissait évidemment les cases blanches du calice de Chelles.
Lorsque le grenat, l'hyacinthe ou les verres rouges sont agencés sur une pièce d'orfèvrerie, conjointement avec les verres bleus et verts, le rouge domine toujours. Cela tenaitil au goût particulier des Barbares pour la couleur purpurine affectée à la royauté ? Je le pense, mais il pourrait bien y avoir une autre cause. Au temps de Théophile, on ne savait plus fabriquer, en fait de verres teints en pâte, que les jaunes et les rouges. Lorsqu'on avait besoin d'autres tons, on jetait au creuset des vases antiques qui, fondus avec le verre commun, procuraient des feuilles précieuses, utiles pour les fenêtres. Les Français, ajoute Théophile, sont très experts dans ce genre de travail \ Il est vraisemblable que la perte
des ouvriers qui extrayaient du gravier. Us étaient enfouis à 3"'50' de profondeur. N'ayant pas encore reçu la petite note que M. du Sommerard a bien voulu me communiquer, j'ai confondu plus haut les aigles de Cluny avec d'autres qui proviennent d'une sépulture découverte à Bavay (Nord), et qui, suivant M. de Laborde [loc. cit., p. 27), sont également ornés de verroteries inciustées J'avais cru tout simplenient que ces derniers étaient passés de la collection Failly dans les vitrines du palais des Thermes. — Collect. ant.j t. Il, p. 147 et pl. XXXV, 13, couleurs indiquées — Ihill de la Soc. des Jnt. de France, 1859. p. 59, note de M. de Longpéiier.
' « Quod si videris vas aliquod in croceum mutari sine illud coqui usque horr.m tertiam et habebis croceum levé.... Si vis permitte coqui usque horam sextam et habebis croceum rubicundum. — Si vero perspexeris quod se forte vas aliquod in fulvum colorem convertat, qui carni similis est, hoc vitrum pro niembrana habeto... Reliquum coque per duas horas... et habebis purpuream
PAR IXS ORFÈVKES UAHli.UlKS. OU
(lu secret des Romains pour teindre le verre en bleu et en vert datait de l'invasion, d'où la rareté de ces deux couleurs sur les ouvrages barbares.
Je me suis longuement étendu plus haut sur la bulla de Sibertswold et le bouton d'Envermeu. Ces objets sont évidemment en mosaïque. ^I. Koach Smith, qui a étudié le second avec beaucoup de soin, ne laisse aucun doute sur ses procédés de fabrication * . La bidla doit appartenir h la période anglo-saxonne^ vu sa bordure en verroteries cloisonnées ; le bouton dont le travail est identique ne peut être d'une époque difîérente. J'ai consciencieusement examiné et dessiné au Musée de Saint-Omer deux fibules dont la provenance n'est pas mentionnée au catalogue, mais qui, suivant quelques probabilités, ont été trouvées dans la Morinie. Toutes deux sont de forme circulaire, en bronze orné de mosaïques, et ne diffèrent entre elles que par de minimes détails; ce que je dirai de la technique de l'une s'appliquera donc à l'autre. Le n" 1 a O^O^Q"" de diamètre ; sa surface présente trois circonférences concentriques en métal, dont les intervalles com-
levem, et rursum coque a tertia usque ad sextam eiit purpurea rufa et perfecta. — Inveniuntur etiam vascula diversa eorumdem colorum, quœ colligunt Franci in hoc opère peritissimi, et saphireum quideni fundunt in fuinis suis, addentes ei modicura vitri clari et albi, et faciunt tabulas saphiii pretiosas ac satis utiles in fenestris. Faciunt eti,am ex purpura et viridi similiter » Divers, artium schedula , lib. ii [De vitro), c. vu, vm et xii, p. 86, 87 et 91, éd. L'Escalopier.
' J'ai cité déjà l'opinion de M. Roach Sinilh sur le bouton d'Envermeu ; la voici encore plus explicite: »< Below are two magnified représentations, on diflferent scales, to give a cleaier notion of the elaborate and élégant manner in which the mosaic patterns are vvorked. The stud itself is in bronze ; three coucentric circles of the métal enclose as many séries of varions designs foi med of coloured vitreous pastes. So minute are the cubes which compose th ^ patterns, that they cannot well be distinguished without the aid of a magnifiying glass. •> CoUect. antiqua, t. m, p. 217, pl. xxxv.
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portent une série de trapèzes en verre opaque, rouge-brun, minium, bleu-clair, blanc laiteux, taillés et ajustés ensemble clans un ordre symétrique. Ils sont fixés à la plaque de fond au moyen d'un mastic qui, en se combinant avec l'oxyde de cuivre, est devenu assez dur pour que des fragments de verre y soient restés adhérents en quelques points où l'ornementation est dégradée. Les quatre trapèzes blancs du cercle extérieur ont été creusés à la roue pour y incruster de petites rosaces bleues et rouges à cœur jaune. A chaque extrémité de la fibule, dans le sens horizontal, deux croissants rouge-brun, tangents à un ovoïde minium posé en amortissement. Le trapézoïde, déterminé par la circonférence, les croissants et l'ovoïde, est rempli de pâte vitreuse verte délitée. Le centre du bijou est percé à jour. Le n^ 2 a O'^OIO"" de diamètre ; il est muni de deux appendices, une tête d'aniiïial et un croissant. Le cercle extérieur est divisé en compartiments alternativement rouges et bleus ; les rouges incrustent chacun un dé blanc à points rouges, les bleus, une rosace rouge. Le disque central est également rouge, le cercle intermédiaire et le croissant sont en pâte verte délitée. En regardant ces fibules à la loupe, je me suis convaincu qu'elles réunissaient deux genres de travail, savoir : la mosaïque, dite romaine, ou la matière incrustée a pour excipient direct le mastic ; la mosaïque dite de Florence, véritable marqueterie de pierres à joints invisibles. Cet indice, à mon avis, sufîit pour attribuer à la période barbare des objets dont l'aspect est galloromain. En effet, l'ouvrier qui les fabriqua a évidemment voidu imiter les bijoux surémaillés de la Gaule, et son ignorance des procédés antiques lui a fait dépenser en maind'œuvre un temps que la pratique raisonnée de l'émaillerie eût épargné. Or, le Musée de Mayence possède diverses fibules romaines émaillées et surémaillées ayant la forme ou