PAU LES ORFÈVRES BARBARES
comportant la figure d'une croix Si ces fibules sont antérieures à l'invasion, et la présomption en est grande, elles prouvent que la perte de l'art de Fémaillerie coïncida avec l'arrivée des Barbares et que toutes les imitations d'émail exhumées des cimetières mérovingiens, sont postérieures au IV^ siècle.
Les expressions orfèvrerie barbare ^ ouvriers barbares^ sont fréquemment employées dans le cours de ce travail ; j'ai voulu Entendre par là les œuvres écloses sous l'influence des Barbares, et les artistes qui les exécutèrent sans distinction de nationalité. Il est très certain, qu'aux premières années de leur établissement définitif, les conquérants furent contraints de recourir à l'industrie des vaincus. Les anciens collèges d'artisans semblent avoir persévéré sous la domination nouvelle, à peu près tels qu'ils existaient sous le joug pesant des Romains. Mais il importerait de savoir si les Barbares n exercèrent pas eux-mêmes plus tard le métier d'orfèvre, et surtout, à quelle race et à quelle condition appartenaient les hommes que le souverain préposait à la direction des ateliers où l'on travaillait les métaux précieux. Les lois barbares infligent une peine très grave à ceux qui altéraient les monnaies, ou qui, sans autorisation du roi, imprimaient sa marque sur l'or; on leur coupait la main. L'ancienne loi Salique et la loi des Allemands considèrent les orfèvres comme des esclaves de haute valeur. La loi visigothe établit une distinction entre le faux monnayeur libre [ingenuus) et le serf (servus) ; le premier, dans certains cas, en était quitte pour abandonner au fisc la moitié de ses biens ^. Saint Eloi qui,
• J'entends par surémaillé, surémail, les émaux inciustés à chaud dans un autre émail, procédé décrit au chap. iri de ce travail. — \ .Collect. anl., t. ii, p. 128 et pl. xxxii, 1, 3, 5.
* Canciawi, Leges Barhar. anl., t. i : « Si quis sine jussione Régis auruni
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selon l'expression du moine de Saint-Denis, occupait à la cour de Dagobert le poste de summus aurifex^ était de condition libre et de race gallo romaine ; les noms de ses père et mère, Euclier, Terragia, le prouvent clairement. Isidore, qui souscrivit le XIIP concile de Tolède en qualité de cornes t/iesaurorum (685), était hispano-latin. Autre chose pour le niaitre de saint Eloi, Abbo, monétaire royal à Limoges, vir
signavejit, aut inonetam confinxeiit, inaiius ejus incidatur. » Leyes Langohard, (Rotharis, 643), ccxi-vi, p. 84, col. i. T. ii « Si quis... auiificein... fulaverit, aut occiderit vel vendideiit valentem sol xxv., m. cccc. den. qui faciunt sol. xxxv, culpabilis judicetur. w Pactus legis salicœ antiquior (Clovis leï" à Dagobert !«''), vi, p. 36, col, j. « Si faber ferrarius occisus fuerit, quadiaginta solidos componatur. Si auiifex fuerit, quinquaginta solidos componatur. .> Lex Aleinan,^ Capit. add. (Théodoric, 512), xuv, p. 348. V. encore Lex sal. réf. (798), xviii, p. 168, et Cap. add. (816), xix, p 174. T. iv : « Qui solidos adulteraverit.circumciderit sive raserit... et si servus fuerit, eidem dextram manum abscindat .. quod si ingenuus sit qui haec faciat, bona ejus ex medietate fiscus acquirat ; humilior vero statum ingenuitalis suse perdat, cui Rex jusserit, servitio deputandus. Qui autem falsam monetam sculpserit sive formaverit, qusecumque persona sit. simili sententiae el pœnse subjacebit. «> Leges Visigofh., lib. vu, ii (Récar.ède), p. 150. « Qui aurum ad facienda ornamenta susceperit, et adulteraverit, sive œris aut argenti. vel cujuscumque vilioris metalli pennixtione corruperit, pro fure teneatui-. » Ihid., m [Antiqua). « Auiifices, argentarii vel quicunque artifices, si de rébus sibi commissis aut traditis aliquid subtraxerint, pro fure teneantur. » Ihid., iv. (Réca- »ède). «... Nemo monetam cudat extra portam. Et si monetarius reus fieret, manus ejus abscindatur. » Leyes .-inyl. t Athelstane, 924-910), xiv, p. 262. Suit la liste des points de la Grande-Bretagne où il y avait des monétaires ; ces officiers tenaient leurs pouvoirs du Roi, des Evêques, ou des Abbés, t. ..Et si quis prœter hanc, fulsam (monetam) fecerit, perdat manum, quacunque falsam fecerit; et hoc nulla re excuset, nec auro nec argento. » Ihid. (Cnut, 1017-1035), viii, p." 304. V. encore Constit. Anyl. p. 295. col. 2 (Ethelred, 1008) et p. 296, col. 2: « Et monetarii qui in ligno operantur, vel alicubi aliter, sint vitae rei suoe, nisi Rex ipsis condonare velit. » V. encore DE LosRios, lor, cit., p. 127 ; Levasseuii, Hist. des classes ouv. en France, t. 1, liv. 1, c. iij, p. 29 à 32 ; c. iv, p. 35, 37, 38 ; c vi,.p. 56 ; lib. ii^ c. u. p. 110.
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honorabilis, aurifex prohatissimus^ et pour Bobbo, régis thesaurarius^ vir honestus et mcmsuetus- ces derniers étaient Franks si Ton s'en rapporte à la finale de leurs noms. En effet, les trois frères, Ado, Dado (saint Ouen, Andoenus), et Rado, qui devînt palatii Ihesaurorum custos^ fils d'Audecbaire (alias Autharius, Autliaric) et d'Aiga^, sortaient incontestablement de la race conquérante ' . Si je ne m'abuse pas, ces monétaires, comtes du trésor, trésoriers, gardes du trésor royal,, étaient toujours, sinon des artistes de profession, au moins des fonctioiniaires cbargésde surveiller la fabrication des objets précieux, des surintendants de l'orfèvrerie. Or, connue le petit nombre de ces personnages, dont les noms et qualités nous sont parvenus, est choisi indifféremment chez les Latins ou les Barbares, on peut en conclure que chaque peuple était appelé à exercer une somme égale d'influence sur les beauxarts et l'industrie du temps ^. Quant à l'intervention directe des Barbares dans la pratique du métier, elle est démontrée par Abbo d'abord, ensuite par saint Théau. Thille, Thillo, Tillo, Tyllo, Hillonius, improprement appelé quelquefois
• V. Saij\t Ouen, Vita S. Eliy'd, lib. i,pai's i, ap. Ghesquière, Acta SS. Belgii, t. m. p. 201. — Labbk, Sacros . ConciL^ t. vi, col. 1270. — Vita S. Jndoeni, c. i, 3 ; Jlia, c. i, 1 : ap. Acta SS., Août, t. iv, p. 806 et 810.
V Cassiodore, Formula qua moneta coinmittitur, xxxii ; Edicta Rey, Ostrogoth.y ap Cawciaini, loc. cit , t. i, p. 47. col. 2; Levassedii, loc. cit , p. 110. — Voici quelques noms de monétaires que j'ai relevés sur les pl. de Leblanc ; l'élément gallo-romain y ajjparait mêlé à divers éléments barbares, dans des proportions fort ordinaires. Maximus, Léo, Verius, Solinus, Optatus, Agodoras, Patricius, Censuleus, Candelio, Canterellus, Leobule, Madelinus, Taniolinus, Vipolinus, Baidenus, Angio, Medoald, Dacoald, Ambroald. Droctebald, Bertoald, Ascaric, Théodoric, Audoric, Autharius (Autharic), Vulteric, Théodegisile, Fidigius (Fidégise), Ebo, Ulfo, Suno, Chardo, Annobert, Landebert (Lambert), Bodemer,Theudechaire, Théodolène Drustoalaus, Gundenus,Baudolefus,Laudilfe, Gennulfe, Ricobode, Bennardus iBeruuardt), Frunisisilas.