PHALER/E PECTORALES DES BARBARES
on ne peut A^oir là une lorica aquamata [Qùspaï lentâùiTcç) que recouvre un ornement spécial. L'empereur Anthémius porte le même encadrement occupé à l'intérieur par un écbiqueté analogue au système de courroies des centurions romains. Justinien et Justin-le-Jeune ont une croix à la partie supérieure de leur paludamentinu] le dernier y montre aussi le monogramme du laharum encadré dans un rectangle ' . L'admirable manuscrit byzantin, n^ 79 de la Bibliothèque impériale, est illustré de grandes miniatures où Nicépbore Botoniate (1078-1081) est peint quatre fois, revêtu d'habillements divers. L'un de ces costumes, n'ayant ni étole ni manteau, permet d'apercevoir la robe impériale tout entière, circonstance très rare. Nicépbore a les épaules recouvertes d'un superhumerale en sautoir, lequel est chargé d'une énorme croix d'or et de perles placée sur la poitrine, croix impossible à confondre avec un encolpiim ^, attendu qu'étant dépourvue de tout moyen de suspension, elle devait être accrochée ou cousue au vêtement. Je pense que filets de perles, échiquetés et croix, sont une modification des phalerœ primitives. Le doute n'est guère possible quant aux croix; les autres ornements exigent un peu plus d'étude. De l'analogie de ces derniers avec les courroies des centurions romains, on pourrait d'abord arguer que le monétaire, restreint par l'exiguité de de son cadre, a omis les décorations dont il a gravé seulement
* Du Ca>jge, Famil. Byzant., p. 15, 54, 63,67, 77, 81, 88, 90 et 114.
* « Anticipantibus sanctissimos vicarios senioris Romee, imposuit super colla nostra encolpium suum Note a : Encolpium est quod in sinuportatur ; coîpos enim Greece, sinus Latine dicitur : Moris enim Greecorum est crucem cum pretioso ligno vel cum reliquiis sanctorum ante pectus portare suspensam ad collum, et hoc est quod vocant encolpium. » Ex epist. Nicolai I, PP., ad Photium C. P., ap. Anastase, Interp. Synodi viii gêner. ^ Actio v, t. m, p. 79. éd. Migne.
MO phalerjE pectorales des barbares.
les attaches ; je préfère diriger mes recherches vers l'antiquité orientale. On a vu que les phalerœ étaient d'origine étrusque, c'est-à-dire asiatique; or, l'un des insignes principaux du Grand-Prêtre des Juifs consistait en une plaque carrée, tissue ou brodée, enrichie de douze pierres précieuses rangées trois par trois. Cette plaque, nommée rationale ou pectorale^ se fixait sur la poitrine au super humer ale^ à l'aide d'anneaux, de chaînes, de crochets et de bandelettes ; elle a été restituée bien souvent V II existe à l'abbaye de Sainte- Walburge, à Eichstœdt (Bavière), un très-curieux morceau d'étoffe byzantine à fond pourpre, comportant des médaillons elliptiques, où figure un groupe formé d'un personnage imberbe et nimbé, les bras étendus en croix, accosté de deux lions debout qui l'effleurent à peine de leurs griffes. Au premier abord les boucles d'oreilles de ce personnage le feraient prendre pour une femme, mais ses cheveux courts et l'irrégularité de sa coiffure prouvent que c'est un adolescent. Il est vêtu d'une tunique vert-clair dont on ne peut apprécier la
' Exode, c 25, v. 15 :(» Rationale quoquejudicii faciès opère polymito juxta texturam superhumeralis, ex auro, hyacinthe et purpura, coccoque bis tincto et bysso retorta. 16: quadrangulum erit et duplex : mensurampalmi habebit tara in longitudinequam in latitudine. 17 : Ponesqueineo quatuor ordines lapidum. 18, 19, 20 et 21 : chaque rang composé de trois pierres, portant inscrit chacune le nom d'une des douze tribus d'Israël. 22 : Faciès in rationali catenas sibi invicem cohœrentes ex auro.purissimo. 23 : Et duos annulos aureos, quos pones in utraque rationalis summitate. 24 : Catenasque aureas junges annulis, qui sunt in marginibus ejus. 25 : et ipsarum catenarum extrema duobus copulabis uncinis in utroque latere superhumeralis quod rationale respicit... etc. etc. 28 : Et stringatur rationale annulis suis cum annulis superhumeralis vitta hyacinthina, ut maneat junctura fabrefacta, et a se invicem rationale et superhumerale nequeant separari. » — V. Bonaimwi, La Gerarchia eccl.^ pl. 2 bis ipettoraJe), 3 et 4 ; Bkadw, Vest. sacerd. Hœbr ; Bock., Geschichte der liturg. Gewander, T1I« liv., pl. I, fig. 6 (pectorale) et m ; Villalpand, In Ezech, explan.; D. Calmkt Dict. hist de la Bible, t. in, p. 270; etc. etc.
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longueur, le dessin étant détruit à partir des genoux ; son buste est couvert d'une casaque ou super liumerale h manches, quadrillée vert, jaune et violet ; la ceinture qui sépare la casaque de la tunique est pourpre, rehaussée d'un rang de quatrefeuilles en argent. Entre le cou et le sein apparaît une plaque rectangulaire, échiquetée, pourpre, jaune et argent, analogue à la bande blanche qui ornait le devant de la sarapis des rois de Perse, et dont elle ne diffère que par la variété des couleurs. Si, comme tout induit à le croire, le groupe d'Eichstsedt représente Daniel dans la fosse aux lions, sujet assez fréquent sur les monuments des premiers siècles chrétiens, l'auteur du carton a voulu donner au saint prophète les insignes de la plus haute dignité qui existât chez les Juifs^ peut-être chez les Asiatiques. Seulement, comme cet artiste ignorait sans doute la forme exacte de Véphod et du rationale^ il a mis des manches au premier et copié pour le second les phalerœ pectorales des empereurs d'Orient. En effet, son dessin porte soixante-dix carreaux au lieu des douze prescrits par l'Exode. Il résulterait en outre de ces rapprochements que les Césars byzantins auraient emprunté directement à l'Asie la modification apportée aux ornements pectoraux de leurs ancêtres d'Italie
Les Barbares, établis sur le cours du Danube depuis la fin du IIP siècle, prirent à leur tour aux Byzantins les phalerœ
' Cahier et Martin, Mél. d'arch., t. u, p. 250 et pl. xviii. — La sarapis ((joépairiff) était une tunique personnelle aux seuls rois de Perse. Ce vêtement rouge pourpre, orné par- devant d'une large bande blanche, est porté par Darius sur la célèbre mosaïque de la bataille d'Issus, trouvée à Pompéi et maintenant au Museo Borhonico de Naples. (V. Rich, loc. cAt.y p. 554 ) — Un fragment de vase chrétien antique, publié par Mamachi, leprésente Daniel sous les traits d'un adolescent agenouillé entre deux lions qui semblent le lécher. [Orig. et Antiq. christ., t. i, p. 185.)
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rectilignes OU cruciformes ; elles sont visibles sur deux bronzes ostrogotlis, Théodat (5o4-556) et Baduela ou Baduila. Le pectorale de ce dernier est agencé comme celui d'Anthémius. D'autres Barbares, successeurs des premiers, imitèrent leur exemple. Un des émaux de la couronne de saint Etienne (1000) offre le buste d'un prince slave, nommé Geobitz et qualilié roi de Turquie en vertu de quelque flatterie impériale : il tient à la main un sceptre terminé par une croix ; une plaque écliiquetée couvre sa poitrine. L'étoffe byzantine, dite suaire de saint Victor, au trésor de la cathédrale de Sens, présente en dimensions très- considérables le spécimen d'un Barbare, un Goth probablement, revêtu du pectorale. Au centre d'un caisson elliptique (0^42'' sur 0"52^), assailli par quatre lions qui commencent à le dévorer, apparaît un personnage dont l'épaisse et ondoyante chevelure blonde, tombant à flots sur ses épaules, est retenue autour de la tête par un bandeau ; il porte des rudiments de moustaches et pas de barbe; sa tunique [colohium) bleue ne descend qu'à micuisse et laisse voir.des anaœyrides (pantalons collants) de même couleur. Les manches de cette tunique ne dépassent pas le muscle deltoïde; les bras sont nus, ou peut-être garantis par de secondes manches , longues^ étroites, de couleur blanche, appartenant à un vêtement intime [suhucula)\ des bracelets entourent les poignets, he pectorale constitue un rectangle qui va de la ceinture au cou où il aboutit à un collier de grosses perles blanches ; ce rectangle est strié de raies jaunes croisées obliquement et encadrant des losanges é vidées, blanches sur fond bleu; des courroies le rattachent sur les épaules * .
'Du Caivge, Famil. Byzant., p. 02. — On conserve au Musée des antiquités de Londres, une grande épingle à cheveux en bronze, qui date du IV* ou siècle. La tête de cet objet, copie grossière d'une médaille ro-
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Les chefs franks semblent avoir adopté de fort bonne heure l'usage àn pectorale. L'anneau sigillaire de Childéric I^' (481), trouvé dans sa sépulture à Tournay en 1655, représente le prince nu-tête, mais le spiculim en main et \e pectorale sur l'estomac, à peu près tels qu'on les voit sur les médailles de Léon qui accompagnaient la découverte. Les deux gravures que Chifflet a données de ce cachet, original et empreinte, y accusent nettement l'existence du pectorale, rectangle échiqueté dont l'intérieur de chaque case est rehaussé d'une perle. Avant le vol de 1851 qui fit disparaître pour jamais le sceau de Childéric, l'habile dessinateur, M. Muret père, si apprécié par tous les travailleurs sérieux qui fréquentent le Cabinet des antiques^ tira une épreuve en plâtre de l'effigie du roi frank ; elle indique la forme générale du pectorale ; quant aux détails, elle les rend peu ou point. Heureusement un docte religieux, le P. Du Molinet, bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, avait auXVIP siècle, pris une empreinte en cire rouge du précieux objet. Cette empreinte, collée sur la marge d'un manuscrit du Génovéfain, a été retrouvée par M. Dauban, employé au Cabinet des médailles, elle confirme en tous points l'exactitude relative des dessins de Chifflet ' .
maine, représente un buste de profil, à visage imberbe, coiffé d'un casque et les yeux fixés sur une croix. La poitrine du personnage est ornée d'une plaque carrée, entourée de perles et portant au centre un symbole informe où Ton peut reconnaître à la rigueur une imitation peu intelligente du monogramme placé sur le labarum de Constantin, (roach smith, Catal. of thc Mus. London antiq-, p. 63, no 288. Bock Kleinodien, p. 77, fig. f. L'inscription placée à côté de la figure est ainsi conçue : FEilBITZ AC IIICTOG KPAAHG TOYPKIC. M. Bock traduit (p. 78) par Geohitz dominus fidelis Turciœrex. — Gadssen, Portefeuille archéol. de la Champagne, Tissus et broderies, pl. iv. — C. de Liwas, Kapportsur lesanc. vêtements sacerd. etc., ]857, p. 13.
' Anast. Childerici I, p. 96. Peigké-Delacourt, Bech, sur le lieu de la
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En comparant l'ornement qui décore la poitrine dn buste de Childéric avec une plaque d'or conservée au Cabinet des antiques, M. Yallet de Viriville a émis l'ingénieuse pensée que cette dernière était un type original de l'objet gravé sur l'intaille. Un antiquaire du XVIir siècle, qui, lui aussi, avait remarqué le pectorale du père de Clovis, l'attribua simplement à la bordure du vêtement royal. « Le buste », dit l'écrivain, « est couvert d'une tunique en broderie de perles, semblable aux tuniques qu'on voit sur les médailles des empereurs d'Orient. » Mon savant collègue, M. l'abbé Cochet, penche fortement vers l'attribution de Kibauld de la Chapelle, tout en refusant de se prononcer d'une manière absolue; quant à moi, je me range complètement du côté de M. Vallet de Viriville. Les faits exposés ci-dessus et d'autres qui vont suivre gagneront peut-être quelques adhérents à notre cause ' .
J'ai dessiné moi-même avec le plus grand soin la plaque du Cabinet des antiques; en voici la minutieuse description. L'objet a la forme d'un carré de 0°^1 0'' dont la surface présente un réseau de tringles d'or variant de 1/2 à 1 millimètre de largeur, sur O^OOl^l/S d'épaisseur. Ce réseau est muni d'une bordure, également à jour, de fleurons sur les flancs, de triangles, en haut et en bas ; les triangles inférieurs ont été brisés, mais leurs rudiments sont restés. Le champ encadré dans la bordure est divisé en cinq zones horizontales de hauteurs inégales : les numéros i , 5 et 5 comportent chacun trois bâtes rondes, ovales ou rectangulaires qui contenaient
bat d'Attila, pl. iv, fig 29, 30 et 35. — Rev. arck., t. xiv, 1857, pl. 313. Cochet, Le Tombeau de Childéric /, p. 363, 367 et 369.
* Rev. arch., t. xiv, p. 287 et pl. 313. — Dissert, sur le tombeau de ChiU déric I, ap. Dissert, sur Vorig. des Francs ^ p. 75, 1749. — Cochet, loc, cit., p. 374 à 376.
PhieicB pecioiales ii^eTOY]iiije-pj\es. A/^abmet des anliques .B jvliisee de Cbrty.- C TeniiciT de kuiis.e Irowé a Envermeii .
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des joyaux disparus, séparées par deux espèces de fenêtres en plein-cintre; le n** 2 olFre cinq cercles à doubles redents, le n** 4, le même nombre, plus la moitié d'un, de disques crucifères identiques à la décoration des bandeaux de la couronne de Reccesvinthe. Les mailles du réseau cloisonnent des petits morceaux de verre découpés, rouge orangé, bleu et vert ; quoiqu'il en manque une bonne partie, j'ai la certitude que la couleur hyacinthe dominait en immense majorité. Les trois côtés intacts du carré sont encore garnis de lames d'or, vestiges de la caisse qui maintenait le mastic sur lequel reposaient les verres ; une seconde lame est soudée à chaque cloison intérieure des bordures latérales pour donner plus de solidité à l'ouvrage. Ces lames qui u'ont aujourd'hui que O^OOS" de hauteur atteignaient au moins le double jadis; un examen attentif m'a prouvé qu'elles avaient été limées, d'où je conclus que les exhumateurs de l'objet se sont partagé leur trouvaille. La plaque du fond et la portion de bordure arrachées avec des cisailles, sans doute aussi les grosses pierres, allèrent chez l'orfèvre; le reste, auquel adhéraient quelques verres échappés au naufrage^ passa aux mains d'un amateur qui le vendit au gouvernement. Une telle perte enlève tout moyen de connaître le genre des attaches qui fixaient le pectorale aux vêtements. La nationalité de cette pièce d'orfèvrerie^ assez grossièrement exécutée, est très difficile à établir, attendu qu'on ignore le lieu de sa provenance ; toutefois comme les caractères principaux de son ornementation la rapprochent des types affectionnés par les Goths et n'ont que de minimes relations avec les formes frankes, il ne serait peut-être pas trop téméraire de l'attribuer aux premiers.
Grâce à la générosité de M. de Saulcy, le Musée de Cluny possède un objet qui va confirmer en partie les faits que je
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viens d'iivancer. Cet objet, catalogué 5510, consiste en une boîte rectangulaire (largeur, C^OS"; hauteur, O'^OGT"'; épaisseur, 0'"01''), faite de lames de bronze soudées ensemble. La surface, revêtue de verroteries cloisonnées par de minces filets aussi en bronze, offre une croix verte inscrite dans une losange rouge^ posée de champ sur un carré également rouge: la bordure, de même couleur, est appareillée enopus insertum^ les joints indifféremment rectilignes ou ondés ; au milieu de chaque côté, un ovoïde en pâte verte; aux angles un disque blanc en pâte ou émail, chargé au centre d'un petit disque rouge. Je n'ai pu m'assurer positivement si les matières rouges étaient du verre ou du grenat. Les cloisons de la losange et du carré ménagent entre elles des espaces relativement très-grands ; leurs lames translucides, appliquées sur paillon d'argent doré et mastic, sont brisées en plusieurs endroits, mais, comme aucun morceau n'y manque, j'en conclus qu'on a employé là des grenats irréguliers ajustés bout à bout ; le verre ordinaire n'eût pas supporté impunément un semblable dommage.
Bien que la plaque du Musée de Cluny soit de moindres dimensions que celle du Cabinet des antiques, j'ai peu de scrupule à les classer toutes deux dans la même catégorie. Si la première n'est pas un pectorale^ elle doit, d'après l'état actuel de nos connaissances, rentrer dans la série des ornements de baudrier ou de ceinture. Or tous les spécimens de ce genre, connus jusqu'à présent, sont munis de boucles ou de rudiments de boucles ' , tandis que les faces latérales de l'objet en question sont parfaitement lisses ainsi que le dessous. En cherchant le procédé au moyen duquel on pouvait attacher le bijou aux vêtements, j'ai remarqué à chacun des
' V. les ouvrages cités de MM. Baudot, Cochet, Smith, etc. etc.
A^Aole'dnMusée de Cliiïiy.E,D^^ ^. i^ir»-- ■^'^S.Yicior aSens.C.idiel'-^^^ '^'^^s^M:^^;^
D;Nicephore Botomale.E,Lmpreiri:- . ^ . :adéric.F G.Décails des c:;.
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angles un clou de bronze dont le but n'était pas de consolider l'ouvrage, vu qu'il n'est pas rivé et que sa pointe usée dépasse encore de 0'"005"' le fond de la boîte qu'il traverse. Je pense que ces quatre clous, jadis recourbés en crochets ou tournés en boucles fermées, s'adaptaient à des courroies ou à des clavettes qui passaient par autant d' œillets correspondants, pratiqués sur la tunique ou le plastron de cuir.
On conserve encore au Musée de Cluny deux ornements que je considère comme des phalerx pectorales ; à savoir les aigles trouvées à Castel, près Valence d'Agen. Ces oiseaux (n** 3479) sont en bronze autrefois doré; ils mesurent 0"'14'' de la tête à la queue et 0"'052'" dans la largeur moyenne des ailes ouvertes. Leur dessin est correct et leur forme élégante. De minces cloisons rectilignes ou ondées strient leur surfiice plane et encastrent des morceaux de verroterie symétriquement disposés. Cette verroterie est généralement rouge, translucide et couchée directement sur le mastic sans paillon intermédiaire. L'extrémité inférieure des ailes, la naissance et deux pennes de la queue, sont en pâte verte. Une ligne de cinq petits cabochons en verre vert, accostés de huit disques en pâte verte, coupe l'objet entier dans le sens vertical. Chaque aile comporte un cabochon et trois disques pareils. A la partie centrale du corps s'élève un umho ovoïde, long de 0"™03% arrondi par-dessus et saillant de 0'"01''; le sommet est rehaussé d'un gros cabochon rouge, vert ou grenat, également ovoïde ; les douze alvéoles ménagées sur les pentes sont vides et aucun fragment ne m'a permis de rétablir leurs matières incrustées ; la tête et le bec sont dans le même cas. Fait très digne de remarque, les aigles de Castel, qui ont O'^OO?™ d'épaisseur, sont creux et fondus d'un seul jet; nulle trace de soudure, une légère concavité marque en dessous la place de Vumho ; les cloisons ont été retouchées avec la lime et les
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outils (lu ciseleur. Derrière l'objet, deux queues parallèles à mortaise et un crochet indiquent la position de la broche d'attache qui allait de bas en haut ; une troisième queue à mortaise, dressée sous la tête, avait un motif d'existence que du Sommerard et moi avons déterminé non sans peine, l^es deux aigles sont identiques, mais leurs têtes sont opposées, c'est-à-dire tournées dans un sens différent; on ne pouvait pas les mettre l'un sur l'autre, leur taille y eût apporté obstacle, on les accostait alors, et^ pour donner plus d'assiette à ces ornements d'un poids considérable, on les réunissait au moyen d'une clavette passée dans les mortaises de la tête. Un système aussi grand et aussi lourd n'est pas acceptable comme hbule destinée à fermer le manteau ou la tunique, d'ailleurs les broches des fibules sont toujours horizontales; c'était donc une décoration, des phalerœ que l'on piquait dans un corselet de cuir, les Barbares n'avaient pas de cuirasse; le but de la clavette de consolidation était de modérer le ballottement des ailes de l'oiseau et d'empêcher qu'on n'arrachât trop facilement les insignes du guerrier dans le désordre d'une mêlée.
Les étoffes d'Eichstsedt et de Sens, les pectoralia en bronze du Musée de Cluny prouvent que chez les Barbares comme chez les Romains, les phalerœ n'étaient pas un attribut distinctif du Souverain et qu'elles décoraient aussi les principaux chefs, peut-être même de simples soldats.
Le point de l'Aquitaine sur lequel nos aigles furent trouvées a été occupé par les Visigoths depuis l'invasion d'Ataulphe (412;^ jusqu'à la défaite d'Alaric II à Vouillé (507). Je circonscrirai dans cette période d'un siècle le temps de fabrication desdits ornements. En effet, l'élégance du dessin, la perfection des procédés de fonte, indiquent une époque voisine de la domination romaine. Les Visigoths étaient chré-
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tiens, bien qu'infectés des erreurs d'Arius ; avant leur entrée en Gaule, ils avaient déjà subi l'influence de Byzance et de l'Italie; moins sauvages que les envahisseurs venus par le Rhin, ils durent causer une moindre frayeur aux populations, et surtout protéger les ouvriers dont ils avaient su apprécier le mérite sur les bords du Danube. Les œuvres d'orfèvrerie mérovingienne connues sont en immense majorité forgées ou façonnées au marteau ; aucune de celles qui atteignent les dimensions des aigles de Castel n'a été fondue.
La forme d'aigle, donnée aux p/ialcrœ pectorales chez les Barbares, n'a rien qui puisse étonner; le type des oiseaux du Musée de Cluny est plutôt byzantin que gallo-romain, et, bien que j'ignore en quoi consistaient les moyens d'attache des fibules de Petroja, je regarde ces ornements aux vastes proportions, non comme de simples attaches pour le manteau, mais comme des phalerœ^ dont la plus grande, l'aigle, était à usage masculin, l'autre, le paon, appartenait peut-être à la toilette des femmes. L'aigle porte lui-même sur le ventre les traces d'un grand pectorale rectangulaire ; 'un accident a changé en plaie béante le collier qui entourait probfiblement son cou. Les aigles de Castel n'ont pas le collier habituel des oiseaux byzantins et orientaux, en revanche le pectorale s'étale sur leur poitrine. Le trésor d'Athanaric prouve clairement que le symbole impérial était depuis longtemps familier aux Visigoths. Au reste, les nations sorties de la Germanie, à quelque race qu'elles appartinssent, semblent avoir eu pour les oiseaux isolés ou accouplés une prédilection égale à celle que les Celtes portaient au cheval. Deux têtes d'aigles opposées ornaient le pommeau d'épée et la bourse de Childéric, les fermoirs d'Envermeu off'rentla même terminaison ; enfin, parmi les nombreuses épingles et fibules rassemblées par les soins de MM. Cochet et Baudot-, sur dix de ces bijoux