CHAPITRE VI
<;A«ACTÈKE SPÉCIAr, de i/0RFÈVUEU1E DUUANTLA période MÉHOVIWGIENNK *. HISTORIQUE DE L \. VERllOTERIE CI.OISONWÉE.
A la fin de son remarquable travail sur les couronnes de Guarrazar, conservées au Musée de Cluny, M. le comte Ferdinand de Lasteyrie pose les conclusions suivantes :
a Dans ma conviction intime, l'orfèvrerie ou la joaillerie k décoration de verre rouge cloisonné n'a été pratiquée en aucun pays que par des peuples d'origine germanique :
Chez nous, par les Francs venus à la suite des premiers Mérovingiens ;
En Angleterre^ par les conquérants anglo-saxons ;
En Suisse, par les Burgundes ;
En Italie, par les Gotlis ou les Lombards,
Et j'ajouterai que, dans tous les pays que je viens de citer, l'industrie dont il s'agit a été, non point trouvée, mais importée, parles peuples envahisseurs. »
Partant de là, l'auteur arrive à regarder la couronne de Reccesvinthe et celles qui l'accompagnent comme issues d'un art d'origine septentrionale; de plus il se refuse à les rattacher à l'école gallo-romaine qui forma Abbon, saint Eloi et les orfèvres primitifs de Limoges ^.
D'autre part, dans un Mémoire trop peu connu en France,
• Attendu ma nationalité, je qualifie de mérovingienne la période comprise entre le commencement du VI'' siècle et le milieu du VIII®. Je dirais lomharde si j'étais italien, visiyothique si j'étais espagnol, anylo-saxonne si j'étais anglais.
' Descripl. du trésor de Gaarraxar , p. 33 et 34.
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où il devrait être lu et médité par toutes les personnes qui font de l'archéologie une étude sérieuse, un savant espagnol, Dom José Amador de Los Rios, combat énergiquement les assertions de M. deLasteyrie, du moins en ce qui concerne la péninsule ibérique. Armé de nombreux documents mis en œuvre avec un talent que seconde l'érudition lapins profonde, le docte membre de l'académie de San-Fernando établit : T que les monuments d'architecture élevés sous la domination visigothe participent à la fois de l'art romain et de l'art de Byzance ; 2° que cet art nouveau, qu'il nomme style latino-byzantin et dont il a trouvé des vestiges tant à Tolède qu'à Guadamur, fut imposé aux conquérants, après le troisième concile de Tolède (589), par la race hispano-latine qui en était en possession; Z"" que les pièces d'orfèvrerie, exécutées sous le règne des princes visigoths ou de leurs successeurs immédiats confinés dans les Asturies par l'invasion musulmane, n'offrent que des motifs empruntés à l'architecture nationale contemporaine * .
Il semble difficile au premier abord de concilier deux opinions aussi divergentes ; je ne désespère pourtant pas de résoudre le problème^ en écartant de chacune ce qu'elle a de trop exclusif.
' El arte latino-hhantino en Espanay las coronas visigodas de Guarrazar par Don José Amadou de los Rios, Decanode la facultad de filosofiay letras, p. 33, 37,42, 133 et pas.; Madrid, imp. nat. , 1861, grand in-4. Extrait des Mémoires de l'Académie royale de San Feinando. Je me permettrai ici l'expression d'un regret. Pourquoi l'auteur n'a-t-il pas fait déposer quelques exemplaires de son ouvrage chez un libraire français? Il m'a été nécessaire de recourir à l'obligeance de M. J. Miignabal, agent comptable du Ministère do riiibtruction publique;, pour obtenir durant quelques jours la simple communication d'un livre que je tenais infiniment à posséder en toute propriété, et que des recherches faites aux quatre coins de Paris n'ont pu réussir à me procurer.
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Je ne puis vraiment croire à l'existence d'un art né à l'ombre des forêts germaniques. Les peuples uniquement occupés de guerre et de chasse n'appliquent guère leur intelligence aux manifestations durables ; ils ne produisent même pas ces construct ions rudes et puissantes h la fois, premiers essais de toute civilisation au berceau, essais qui conduisent par une voie lente, mais sûre, à la transformation absolue de l'industrie grossière en art complet. Les Barbares envahisseurs de l'Empire, établis définitivement sur le sol qu'ils avaient conquis , embrassèrent d'abord la religion des vaincus; ensuite, conséquence forcée, ils adoptèrent leur art, attendu qu'il n'y a pas d'art possible sans religion et surtout sans culte extérieur. Les monuments viennent appuyer ce que j'avance; les croix, les disques, les triangles, les carreaux, les volutes, les cornes, les roues, les rosaces cruciformes déterminées par quatre arcs tangents à la base des deux diamètres qui coupent un cercle à angles droits, les quatrefeuilles, les entrelacs, les polylobes, les feuilles de fougère, les imbrications, motifs habituels des pièces d'orfèvrerie barbares fournies par la France, TEspagne, la Suisse, l'Angleterre, l'Allemagne et le nord de l'Italie, se rencontrent tous sur des œuvres romaines ou byzantines. Les redents caractéristiques des fibules de Kingston et d'Arras, comme de la plaque cloisonnée du Cabinet des antiques, apparaissent également sur un précieux émail byzantin Mais
'V. J. Labaute, Bech. sur la peint, etc., pl. D. Cet émail cloisonné, très rare, tant par la grandeur de la plaque, que par la nature do l'excipient qui est le cuivre, appartient à la riche collection de M. le comte de Pourtalès-Gorgier. Il représente saint Théodore Tyron vainqueur du paganisme sous la forme d'un serpent. Le bouclier rond du Saint présente une certaine analogie avec la fibule de Kingston ; il comporte une double bordure de redents correspondant aux angles d'une rangée de croix polygonales, placées dans le
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que les Barbares aient fait exécuter leurs bijoux par des artistes latins réduits à l'obéissance, ou par des ouvriers d'origine germanique, point qui reste à élucider, il n'en est pas moins certain que ces dominateurs nouveaux communiquèrent à l'art antique des aspirations nouvelles et que les œuvres écloses sous leur impulsion sont marquées d'un type particulier qui défend de les confondre avec d'autres. J'irai plus loin en disant que chacune des nationalités, formées dans l'Empire par les tribus sorties de l'Europe orientale, posséda un cachet spécial empreint sur les détails de ses productions personnelles, productions où l'on remarque en outre un caractère général, commun à nombre de celles qui incombent aux divers peuples issus de la même souche.
En effet, les armes de Pouan, les épées de Childéric et de Beau vais, les vases de Gourdon, le calice de Chelles, les couronnes royales votives de Guarrazar, le bras de croix processionnelle qui accompagnait ces dernières, la couverture de l'Evangéliaire de Monza, offrent tous un procédé uniforme d'ornementation, la verroterie cloisonnée, qui les rattache à un système primordial. Néanmoins^ si l'on examine attentivement ces objets^, on découvrira entre eux des différences assez notables pour établir qu'ils ne sortent pas
champ ménagé entre eux. Les mêmes ledents, cette fois sans ornements intermédiaires, apparaissent encore sur les bandeaux rectangulaires qui encadrent le sujet. — V. les ouv. de MM. Cochet, Baudot, de Lasteyrie, Peigné- Delacourt, A. Darcel, Texier, déjà cités ; et encore, pour la France, les travaux de MM. Danjou, à Beauvais, V. Simon, à Metz, A. Terninck, à Arras. Pour l'Angleterre, les ouv. cités de M. Roach Smith et de Bryan Faussett, plus ceux de MM. Akerman, Néville, Wylie et Th. Wright. Pour la Suisse, M. Blavignac, déjà cité, G. de Bonstetten et Gosse. Pour l'Allemagne, MM. Lindenschmit, Sedlmaïer, Houben et Fiedler, Von Dunich, J. Arneth et les publications de la Société archéologique de Luxembourg. Pour l'Espagne, M. de Los Rios^ déjà cité. Etc., etc.
AJibiile ôuCabinel (ks àiiLLques.Cdbm6L des antiques deYieiine.-D/aiec ar:Lique,l,L îjzaalmZl^SasSdmde. rj)elailsdelaCouroî]Tie deB.eccesvirLtL-Le.C-Jd/ielEvancféliaiTe de Moma H la .'de la couTorine de Sumthui.^ iXaoix volive- de Sumthila.-K Détail de la Ctoix deia^ictoTia.-L RestiteoiL dadiàTap dek Cioix de Chdiles-le-Ckave.
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des mêmes ateliers. Aiiisi^ les armes de Childéric et de Beauvais, les vases de Gourdon, appartiennent à une école particulière très caractérisée ; les croix votives de Suinthila (621-651) et de Reccesvintlie (653-672) déploient, la première une élégance majestueuse, la seconde une ampleur grandiose qui les rangent, à mon avis, dans une catégorie exceptioiHielle Serait-il impossible d'utiliser les remarques iaites sur des monuments dont la nationalité est constatée, en les appliquant à d'autres dont l'origine est perdue, pour arrivera reconnaître la patrie industrielle de ceux-ci? L'épreuve est scabreuse, je la tenterai cependant.
Parmi les splendides bijoux, dont la. munificence de M. le duc de Luynes vient d'enrichir le Cabinet des antiques, se trouve une fibule que MM. les Conservateurs n'ont pu encore parvenir à classer, vu l'ignorance complète où ils sont du lieu de sa provenance. Cette fibule circulaire, en or très pur, porte en cœur l'image, découpée à jour et ciselée ou repoussée, d'un griffon terrassant un taureau. Une bordure large de 0'"0065^, encadre le sujet qui s'y rattache par des tenons ; elle est rehaussée d'un bandeau vivré en verroteries rouges cloisonnées, la série des triangles interrompue par quatre rectangles équidistants en verre vert. Un double filet, peiies et torsades en filigrane, contourne à l'intérieur et à l'extérieur le bandeau qui fait saillie en hauteur de O^OOl"". La bordure, renfi^rcée d'une seconde lame rabattue et soudée sur le revers de la fibule, est munie de trois anneaux d'où partent autant de chaînettes longues de 0^055"^, ornées de pendeloques pyrifi)rmes surmontées d'une grosse perle d'argent; la pendeloque centrale est en améthyste ou saphir violacé pâle, les latérales en or soufflé. Le diamètre de l'objet,
* V. DE Lastevkie, loc. cil., pl. IV. fig. 1 ; ue Los Rio.s, lue. cit , pl. i, fig. 8 et pl. V, fig. 7 et 9.
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bordure comprise, est de 0^046™ ; la broche a disparu, mais ses queues à mortaises en or ont persisté. Au premier aspect, cette fibule paraît orientale ou du moins byzantine ; en la comparant à d'autres médaillons qui représentent le même sujet, j'ai reconnu qu'il n'en pouvait être ainsi. Les griffons orientaux, comme les griffons byzantins, ont un bec d'aigle, une queue fleuronnée et des écussons, sinon un lien sur les ailes ; de plus les animaux qu'ils terrassent, cerfs ou taureaux, sont bien dessinés et leur taille est proportionnée à celle du monstre agresseur V Le griffon, dont il est ici question^, bien qu'il ait la physionomie générale des précédents, se détaille tout différemment. Sa queue pointue et dénuée d'appendices se tord en câble ; ses ailes sont complètement empennées comme celles des griffons antiques et du Moyen Age ^ ; son bec, recourbé mais effilé, tient plus du corbeau que l'aigle ^ ; un lien, pareil à la queue, lui traverse diagonalement le cou ; enfin le taureau, trop petit et trèsincorrectement dessiné, ressemble à un hippopotame microscopique.
Ces caractères, le bec en particulier, suffiraient au besoin pour faire conclure à une provenance occidentale ; d'autres indices moins vagues conduiront à déterminer géographiquement le lieu de fabrication et à connaître la date probable de l'objet. Je n'insisterai pas sur l'importance des filets de perles, quoique ce genre d'ornement apparaisse dans des con-
* V. Die cmtiken gold und silher Monumente des K. K. Mùnz-iind antiken-C ahinettes in Wien, von Joseph Arneth, G. iv , no 18; G. vr, n« 28 ; G. xiv, n» 22 ; S. m, n» 4. In fol., Vienne, 1850 V. encore Milliw, Voy. dans le Midi etc., Atlas, pl. x, B. 19, 20, 22, Coffret byzantin en ivoire de la cathédrale de Sens.
2 V. Revue de l'Art chréL, t. iv, p. 244, fig. 1 et 3 ; art. de M'»e d'AvzAC, V. les griffons mérovingiens du Musée d'Arias et les figures de ces monstres au Moyen Age.
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(litions semblables sur l'une des couronnes du Musée de Cluny; je m'arrêterai d'abord au bandeau. La disposition et la téiuiité de ses cloisons rappellent exactement le travail des lettres votives de Suinthila et de Keccesvintlie, en outre ses alvéoles triangulaires encastrent des lamelles qui m'ont paru être de l'hyacinthe rouge orangé, pierre dont M. de Los Rios constate la présence sur la décoration de l'offrande intégrale du fils de Récarède. Ce n'est pas tout, les pendeloques pyriformes, or et saphir violacé pâle, très-distinctes des losanges et du disque de l'amulette d'Ergny, ont une incofitestable analogie avec la majorité des pendants du trésor de Guarrazar ; enfin les chaînettes à doubles chaînons sont identiques à celles qui rattachent l'inscription de Eeccesvinthe et aux chaînes de suspension d'une autre couronne espagnole du musée de Cluny. En face de rapports aussi prononcés, je n'hésite pas à déclarer que la fibule de la collection de Luynes sort d'un atelier espagnol. Le filigrane, traité comme les perles avec une perfection rare, aidera à préciser la date du bijou; aucun des objets trouvés h Guarrazar ne comporte de filigrane, mais on sait que Fruela III et Nunilo Jimena firent, en 910, à l'église de San-Salvador, des dons multipliés parmi lesquels figurent de précieux diptyques d'ivoire, bordés intérieurement de filigranes en or « orlas de oro afiligranadas. » La Cruz de los Angeles^ souvenir précieux d'AlpbonselI, el Casto (808), conservée dans la Camara santa d'Oviédo, est aussi ornée de filigranes. Si Von n'a pas oublié la croix de la Victoria (908), qui réunit à la fois la torsade en filigranes et la verroterie cloisonnée, la fibule se rangera naturellement au nombre des œuvres asturiennes du IX^ ou du X*' siècle ^ .
* V. DE Lasteyrie, Joc. cit., pl. II, fig. I, p. 3, 5, et en général toutes les planches ; de Los Rios, loc. cit., p, 114 et 159, pl. vi, fig. 11 et 12. Ces
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Les faits que je viens d'exposer, joints aux découvertes d'objets en verroterie cloisonnée, plus fréquentes qu'ailleurs dans le voisinage du llhin, la Bourgogne et la Normandie, ainsi qu'à l'absence reconnue de ce genre d'objets dans les sépultures antérieures au V® siècle, appellent forcément les conclusions ci-après :
l"* Les Barbares en s'établissant sur le sol romain adoptèrent l'art des peuples conquis.
Les vainqueurs conservèrent les principaux motifs de l'ornementation ancienne, mais, du moins en ce qui regarde l'orfèvrerie, ces types se modifièrent peu à peu, suivant l'impulsion distincte donnée par chacune des nationalités nouvelles.
5" Un procédé spécial d'orfèvrerie, dont je rechercherai tout à l'heure l'origine, la verroterie incrustée ou cloisonnée, demeura commun à la généralité des ateliers qui fonctionnèrent en Allemagne, en Gaule, en Suisse, en Italie (nord), en Espagne et en Angleterre sous les dynasties germaniques antérieures à Charlemagne.
4"* Ce procédé, dont le plus ancien spécimen occidental, à date certaine, remonterait à 451, selon M. Peigné-Delacourt, à 481, si l'on se fie aux monuments mieux précisés de Childéric *,fut, dès les premiers instants de la conquête, en grande prédilection chez les Barbares. Ils encouragèrent ses applications dans les contrées qu'ils occupèrent tout d'abord et ils finirent peut-être par le pratiquer eux-mêmes.
sortes d'hyacinthes se nomment en espagnol jargones. La croix de los Angeles porte au revers l'inscription suivante : Offert Adefowsvs hvmilis servvs Chuisti. — Hoc opvs peufectvm est in era dcccxlvi (808|. Ap. id. ibid., p. 35.
* V. Rech. sur le lieu de la bat, d'Attila, et Cochet, Le Tombeau de Childéric I^^,
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Mes conclusions, on le voit, ne s'éloignent pas énormément (le celles de M. de Los Eios; en outre, je tombe d'ac- . cord avec M. de Lasteyrie^ sinon quant à l'invention de la verroterie cloisonnée par les Germains, du moins quant à l'emploi exclusif de ce procédé, en Occident, sous l'influence des peuples de race germanique qui se partagèrent l'empire.
D'où venait l'art d'associer la verroterie réduite en lames h l'orfèvrerie ? Les Barbares le trouvèrent-ils en activité à leur entrée dans les Gaules? Traversa-t-il avec eux le Rhin et les Alpes? Je vais essayer de répondre à ces questions.
Le procédé, qui consiste à entourer d'étroits filets d'or certaines matières colorées, translucides ou opaques, afin d'augmenter leur éclat, doit remonter à une très haute antiquité. Cette industrie précéda-t-elle la découverte de l'émaillerie ou n'est-elle que l'imitation des émaux cloisonnés? La rareté de l'émail sur les bijoux égyptiens, son absence complète sur les bijoux grecs, tandis que les uns et, les autres présentent de fréquents exemples de pâtes de verre, de lapis lazuli ou de mastics colorés, incrustés à froid dans des alvéoles métalliques, font pencher en faveur de la seconde opinion. Il est, en effet, vraisemblable que les orfèvres de ces deux nations s'ingénièrent à copier de leur mieux les émaux produits par l'extrême Orient, et dont le secret de fabrication ne leur était pas révélé. Le Grecs appliquèrent en grand le cloisonnage métallique à la décoration des édifices : « Durât et Cyzici delubrum, in quo filum aureum commissuris omnibus politi lapidis subjecit artifex Translucent ergo
juncturse tenuissimis capillamentis, lenique afflatu simulacra refo vente, prœter ingenium artificis, ipsa materia quamvis occulta, in pretio operis intelligitur ' . » Les Romains, dont
' V. DE Laboiidk, Notice des émaux etc., p. 17 à 24; Labarte, Rech.
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riiabileté à fondre et à colorer le verre est attestée non seulement par Pline * , mais encore par ces ouvrages admirables de leur industrie que les siècles ont épargnés, semblent avoir négligé l'incrustation à froid; ils lui préférèrent sans doute l'émail dont la solidité cadrait plus avec leurs goûts. Néanmoins, quelques lignes d'un savant antiquaire espagnol du XVP siècle tendraient h faire croire que les architectes romains ont employé les pâtes vitreuses à l'intérieur des appartements. Voici ce passage que je crains de mal traduire et encore plus de mal interprêter. « Durant mon séjour à Eome, en fouillant les contreforts du mont Quirinal vers une rue qui allait de Suburra à Sainte-Marie-Majeure, on trouva quatre murs entiers revêtus de plaques d'émaux de plusieurs espèces, présentant des compartiments aussi en émail de diiférentes couleurs; ces plaques suivaient de haut en bas la direction des parois et s'arrêtaient au fond de la tranchée, rejoignant sur le véritable sol antique une mosaïque de pierres où figuraient les trois Grâces au milieu d'une rangée d'arbres, avec des branches de pin supportant quelques masques. » Si l'auteur n'établissait pas ici une distinction formelle entre esmalte et piîitura a mosaico de diversas piedras, si ailleurs il ne mentionnait pas des frises en marqueterie (taraceadas) de pierres et de nacre, on pourrait s'imaginer qu'il a voulu parler de mosaïques ou d'incrustations en pierres dures. D'autre part, les expressions tablas (planches), encostradas (enduites, couvertes en forme de croûte), dont il se sert, n'auraient-elles pas trait au
sur la peint, en émail, p. 68 à 76. — Plike, Hist. nat.^ lib. xxxvi, 22, éd. Nisard.
* « Fit et album, et munhinum, aut hyacinthos sapphirosque imitatum, et omnibus aliis coloribus. » Hist. nat.^ lib. xxxvi, 67, éd. cit. V. encore Id., bld., 26, 75 et 76.
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stuc? Mais alors les mots esluco, csluqiic, seraient naturellement venus sous sa plume. Lamina signifiant au propre lame, petite plaque de métal ^ et l'écrivain ayant à désigner un objet de vastes proportions, on comprendra pourquoi il a employé tabla au lieu de lamina. Or^ tabla^ rapproché à'esmalle, représente à mes yeux une immense décoration en pâtes vitreuses incrustées à froid, dont l'armature métallique, passée sous silence, se laisse néanmoins deviner. L'émail au feu n'est pas supposable malgré tout ce que nous savons du luxe insensé des Komains, car, des plaques émaillées, assez grandes et assez nombreuses pour revêtir entièrement les murs d'une salle, auraient exigé une mise en œuvre qui dépasse les bornes de l'imagination ^ .
Un texte assez vague, la courte description d'un monu-
' et Estando yo en Roma, cavando entre unos estribos del monte Quirinal, hacia una calle que era de Suburra a Santa-Maria-Mayor, hallai on todas quatre paredes encostradas de tablas de varies y diverses esmaltes, guarnecidos de compartimientos asimisme de esmaltes de diverses celeres, que temavan la ladera de alte a bajo y rematavan en el fonde de la cava, junte a su verdadere suelo antigue cen una pintura a mesaico de diversas piedras, figuradas las très diesas entre arbeledas, y de las ramas de un pino colgadas algunas mascaras. » Dow Pablo de Cespeder, Discorso sobre la comparacion de laanligua y moderna pintura y escuUiira. « Aver viste en ciertas ruinas varies frises sobre marmel verdes, las hojas taraceadas de divcrsidad de piedras y nacares, harte graciosas. .> 1d., ïbid.^ ap. de Los Ri os, loc. cit., p. 134 et 135. Peintre, sculpteur et écrivain, Cespedes, né à Cordoue en 1538, y mourût en 1608. Chanoine de la cathédrale de cette ville, versé dans les langues anciennes et modernes de l'Orient et de l'Occident, il fit deux voyages en Italie, exécuta des fresques à la Sainte-Tiinité de Rome et décora un grand nombre d'églises du midi de l'Espagne. On connaît de Cespedes trois ouvrages littéraires : 1° un Traité sur les antiquités de Cordoue ; 2° le Discorso précité; 3° un Poème sur l'art de la peinture; ils doivent être très rares, même dans la patrie de l'auteur, — Le 16 féviier 1859, M. Peigné-Delaceurt a dépesé sur le bureau de la Société des Antiquaires de France des fragments de verre, enchâssés dans du ciment remain et trouvés à Pistres, V. Bullet. 1859, p. 77.
82 * l'orfèvrerie en occident
ment du IV* siècle, prouverait peut-être que les Byzantins surent a{)pliquer de bonne heure la verroterie incrustée, à rornementation des pièces d'orfèvrerie. La croix que le grand Constantin fit ériger dans le Fhiladelpliion, à Byzance, semble avoir comporté un travail de cette nature. « Crucem auro obductam (>t£xp(7wpiévov), gemmis vitrisque ornatani {âidt Kôoùv Koà ueXwv), quas in Philadelphio cernitur columnae imposita, Constantinus Magnus erexit, ad crucis quam in cœlo viderat et columnse illius porphyreticse formam. » Cette description, tracée au XP siècle par l'auteur anonyme des Antiquités de Constantinople^ est confirmée par Codin, écrivain du XV^ siècle, mais les Enarratimes chrono- .graphicœ qui mentionnent aussi la croix de Constantin se taisent à l'endroit du verre. Je ne reviendrai pas sur le calice d'or, « lapidibus circumdatum, reticulo pendente de gemmis albispretiosis miras pulcbritudinis decoratum, » que l'empereur Michel III (842-867) envoya à Rome par l'entremise du moine Lazare. Les expressions d'Anastase n'ont pas une clarté sufîisante pour permettre d'en tirer une induction positive. Des documents plus certains vont montrer l'industrie du verre cloisonné pratiquée à Byzance vers la fin du IV® siècle. Mou excellent ami M. le chanoine Bock, dont l'obligeance égale le profond savoii", m'a récemment adressé d'Allemagne les photographies retouchées au pinceau de trois objets provenant d'un trésor découvert à Petroja fPetreosa)^ en Valachie, trésor qu'il afiirme être celui d'Athanaric, roi des Visigoths, mort le 25 janvier 58J, à Constantinople, où il s'était réfugié a})rès avoir fait une guerre incessante aux Romains, alors que ses sujets occupaient la Dacie. Ces objets, en or très pur, sont une aiguière [amula) et deux fibules d'une taille extraordinaire. La première fibule représente un aigle de face, le bec entr'ouvert, les ailes
Tiesor d^Alhananc ;Ade grande ^^Aigle (^étalaclud); Paon {restaTir&):C Détail de l'aiguiere
D.E Jibules burgundes 'Baudûl;
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repliées sur le corps, la queue déployée en éventail. Les plumes du cou sont indiquées par des cercles et des cœurs, découpés dans la masse du métal et régulièrement disposés en lignes parallèles. Le reste de Toiseau est entièrement couvert d'un réseau de cloisons soudées h la plaque de fond, ré seau dont les alvéoles, de grandeurs inégales, sont vides en immense majorité. Cependant quelques-unes, malheureusement des plus petites, ont conservé les morceaux de grenat ou de verre rouge qui devaient jadis orner la surface intégrale du bijou. La seconde fibule me semble figurer un paon, au long cou planté sur un corps ovoïde, avec une queue formée par cinq glands suspendus à des chaînettes tressées. ]^e cou et les rudiments des cuisses sont seuls cloisonnés ; divers motifs, cœurs, trèfles et disques, agencés sur le corps en cercles concentriques autour d'une grande bâte ovale, sont percés dans la lame d'or, au burin, à plat et sans lèvres, absolument comme les l'osaces de la couronne de Suinthihu Deux ou trois fragments rouges «ayant persisté dans ces ouvertures, les glands, travaillés de la même manière, ayant gardé toutes leurs incrustations, on doit en conclure que le col de l'aigle comportait aussi une décoration en verroterie incrustée. Cet aigle mesure en hauteur 0'"27*' ; la largeur de son corps est de 0™!!*^; l'éventail de la queue a 0™15^ La longueur du paon est de 0'"25*' et celle des pendeloques de O^IO^ total O^SS*"; le diamètre horizontal du corps est de QmOST"™. L'aiguière, haute de 0"56% est munie d'une anse rigide et d'un couvercle festonné ; son type rappelle une des amulœ chrétiennes publiées par Georgi; sa panse effilée est sillonnée de rudentures ; le seul caractère spécial, qui distingue ce vase des véritables antiques, réside dans le poucier du couvercle, aigle ou corbeau grossièrement rendu, dont l'analogie avec quelques bijoux franks et burgundes est pa-
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tente. Il me semble difficile de contester le cachet byzantin empreint sur ces trois pièces du trésor d'Atlianaric. L'aigle a la tournure magistrale des magnifiques oiseaux tissés sur les étoffes d'Auxerre et de Brixen ; le cœur est un motif familier aux ornemanistes du Bas-Empire ; enfin de longues pendeloques (damasterii) à plusieurs glands terminent les fibules des images de Rome et de Byzance sculptées sur un diptyque en ivoire^ jadis dans la collection du marquis Riccardi, à Florence. Au reste M. Bock éclaircira prochainement la question dans un ouvrage qu'il va publier sur le trésor d'Athanaric *.
Un monument authentique du XP siècle, la couronne royale de saint Etienne de Hongrie (Vaïk), sacré le 15 août de Tan 1000, va faire voir à quel degré de perfection les
* Anonymi pars i, Antiq, Constant., lib. i, p. 19, ap. Banduri, Imp. Orient, t. i, Paris, 1711. « Quam (crucem) ea quœ viderai. .. Colnmnœ porphyreticœ deauratam (y puaoiaaç) imposuit. » Enar. chron., Jnt. Const., lib. v,p. 99, ap. iD.,\b\d,— Excepta ex lihro chron. deorigin. Constant. ^ p.44- Bonn, 1843. — Je demanderai en passant pourquoi Banduri a traduit deux formes du verbe y(pu(jooj, la première fois par auro obductus, couvert, fermé (cloisonné) d'or ; la seconde, par deauratus, doré. — Bened. III , n» 574, éd. Migne. — De Litnrgia Rom. Pont., t. i, p. lxxii, pl. Ce vase d'argent faisait partie de la collection Albani, à Rome. V. encore Bock, Uber die christ. Messkanchen, ap. Mittheilungen der K. K. central-commis., t. ix, p. 4, fig, 3, Vienne, 1864. — Cochet, Le Towh. de Childéric, p. 231; Bai;dot, Mémoire sur les sépnlt., pl. xxvi et xxvii. — Galsnen, Portefeuille arch. de la Champagne, Tissus, pl. xvi; C. de Liisjas, Rapp. sur les anc. vêt. sacerd., 1857, p. 10; Bock, Der Adler-ornat in Domsch.su Brixen., ap. Mitiheil. , t VI, p. 1 55 et pl. iv . On voit que l'orfèvre et le tisseur ont voulu rendre le plumage par un réticulé analogue. — Goiii, Thes. vet. diptych., t. ii, p. 180 et 253, pl. m, ou ix. Du Cange [Gloss.), qui écrit indifféremment clamacterius, clamasterius^ dit qu'il faut lire cremasterius , de xp£(ji,aaTrjp, suspensoir; l'expression pourrait aussi dériver de xAa^oi, crier, par allusion au bi uit que les pendeloques faisaient en s'entrechoquant, ou duDorien xXa^oj, (xXeio)) fermer.— Cet ouvrage sera intitulé Kleinodien des Kon, Athanaric etc. Petroja in Moldau Wallachei.
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artistes grecs avaient alors poussé l'art de cloisonner la verroterie. Cette couronne, gardée dans le trésor du château de Bude(Ofen), est en or, décorée de saphirs et d'émeraudes d'une grosseur peu ordinaire; elle comporte en outre une série d'émaux cloisonnés représentant le Christ, des anges et des saints. La forme et le travail révèlent une œuvre purement byzantine. La partie antérieure est surmontée d'une crête rayonnante (coro?za radiât à) dont les appendices en saillie, des triangles alternant avec des moitiés d'ellipses, ont 0"'028"' de hauteur et O^OSo™ environ de base. La surface de chacun de ces appendices est sillonnée par de minces filets d'or, disposés en imbrications régulières, doubles, et cloisonnant à jour une substance verte translucide que M. Bock nomme en français M émail cloisonné translucide en deux faces, >» D'anciens inventaires, cités par M. Labarte, désignent certains émaux par les noms esmalta clara;esmailliumde plicquaper quod videturdies; esmaulx de plite ou depelistre à jour; esmaulx de plie que par oh Vonveoit le jour : toutefois le savant auteur des Recherches sur la peinture en émail avoue n'avoir jamais vu ni entendu signaler aucune œuvre de ce genre existant en réalité. Pour l'expliquer, il a recours au Traité d'orfèvrerie de Cellini. Benvenuto y raconte que François I", lui ayant montré une coupe à boire dont les compartiments à jour étaient remplis d'émaux transparents de diverses couleurs, demanda à son interlocuteur s'il comprenait de quelle manière cette coupe avait été faite. L'artiste répondit affirmativement et, après examen préalable, détailla au roi le procédé employé par l'auteur du vase. J'ai lu avec la plus scrupuleuse attention la description de ce procédé, il est parfaitement exécutable ; mais je cherche en vain dans quel but un orfèvre se serait résigné à passer par une suite d'opérations longues et délicates pour arriver, en fin de compte, à cloisonner des
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morceaux de verie diuis uu réseau d'or. Il eût obtenu le même résultat, du premier coup et à moins de frais, en découpant sa matière incrustable. La confusion des émaux byzantins avec la verroterie incrustée à froid pourrait fort bien ne pas dater du XVII® siècle, et les plus fins rédacteurs d'Inventaires se sont quelquefois trompés. Qui sait si le Florentin, vantard autant que rusé, imbu lui aussi de la croyance générale que tout verre cloisonné était de l'émail, et, ne voulant pas rester court en face de son royal patron, n'a pas développé séance tenante le procédé qui n'existait alors que dans une imagination fertile et qu'il a publié ensuite. L'on a vu plus haut que la coupe de Suger était revêtue intérieurement et extérieurement d'écaillés en prasmes d'émeraudes; les imbrications de la couronne de Hongrie ne seraient-elles pas faites avec ce minéral ou avec de la serpentine ? L'un et l'autre, réduits en lames minces, acquièrent une semi-transparence. Néanmoin.^, autant qu'il est loisible de porter uii jugement sur un objet que l'on n'a pas eu entre les mains, mon opinion est que les susdites imbrications sont en beau verre cristal vert émeraude, incrusté à froid, verre dont les émailleurs byzantins avaient peut-être retrouvé le secret en Perse Mon savant ami, M. le chanoine Bock, est en position d'api)récier la valeur d'une hypothèse, ici toute gratuite; je la soumets humblement à ses hautes connaissances archéologiques. Au reste, verre ou émail, l'effet obtenu est absolument le même ; et l'emploi aussi habile que rare du second sur le joyau hongrois, à su[)[)Oser que cela fût, prouverait seulement l'immense savoir-faire des Grecs
^ Bock, Kleinodien, p. 78, pl. xvf. — Rech. sur la peint, en émail, p. 43 à 47 : Invent, du Saint-Siège (1295) ; Invent, de Charles V (1379); Invent, de Philippe-le-Bon (1420); Invent, de la Sainte-Chapelle du Palais (1480 t^t 1573); Cfllini, Trattato dell'Orejiceria c. iii, p. 41, Milan, 1811.
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du Bas-Empire et permettrait d'apprécier la perfection irréprochable à laquelle ils (levaient atteindre en travaillant le verre à froid.
Une œuvre originale^ de la plus haute importance puisqu'elle offre une date certaine, vient démontrer que la verroterie incrustée était pratiquée en Orient au VP siècle ; je veux parler du plat creux sassanide, passé du trésor de Saint-Denis au Cabinet des antiques, et sur lequel M. de Longpérier a reconnu l'effigie de Khosrou (Chosroès), qui régna sur la Perse de 551 à 579 '. Je serai bref au sujet de
' Je dois publier ici une note que M. de Longpérier a bien voulu m'adresser au sujet du plat sassanide. Elle tend à restituer la priorité d'une découverte à celui qui l'a faite depuis vingt ans. « Annales de l'institut archéol. deBome^ t. XV, 1843, p. 100. Expîic. d'une coupe sassanide inédite. Le trésor de l'abbaye de Saint-Denis conservait, depuis les croisades ou les Carlovingiens peut-être, une coupe qui fut, en 1793, déposée à la Bibliothèque nationale et qui, composée de petits disques de verre coloré sertis d'or, passait pour avoir servi au roi Salomon. Dom Germain Millet le croyait en 1638: « Une très riche tasse d'oi-, qui seruit jadis au grand Roy Salomon, enrichie de hyacinthes par le bord, et au dedans de grenats et d'esmeraudes très-fines, au fond d'vn très beau saphir blanc, sur lequel est entaillé à demy reli<^f la figure duditRoy, séant en son throsne, tel que l'Escriture saincte le représente au 3® liure des Rois, chap. 10. Cette tasse a été donnée par l'empereur Charles le Chauve. » (Le Trésor sacré ou invent, etc de Saint-/)em/s, p. 129, Paris, 1640.) Mongez, dans le dictionnaire qu'il a fourni à l'encyclopédie méthodique, dépouilla cette coupe de la haute antiquité traditionnelle que lui attribuait le siècle précédent, et il n'hésita pas à y voir un roi sassanide. sans pouvoir toutefois opter entre les trente princes qui régnèrent sur la Perse depuis 233 jusqu'en l'an 639. C'est que Mongez ne connaissait les portraits que de quatre de ces rois, de ceux que M. de Sacy avait, avec tant d'habileté, retrouvés sur j)lusieurs monnaies d'argent. Aussi, lorsqu'il y a quelques années, nous tentâmes de compléter les lecherches de l'illustre orientaliste, en essayant de répartir les monnaies incertaines des Sassanides entre presque tous les princes de cette dynastie, nous sentîmes que si la classification que nous proposions était adoptée, on aurait désormais une base assurée pour fixer la date des figures l oyales qui ont été relevées en Perse par des artistes habiles. — Dans une Notice sur quelques monuments émaillés du Moyen
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ce plat dont il a été longuement parlé ailleurs, mais, comme je l'ai tout récemment dessiné avec un très grand soin, il me paraît utile de relever ici ses principales dimensions. Largeur des cloisons : grand cercle extérieur C^OOS"™ ; cercle intérieur, 0'"004™ ; cercles du réseau à jour, O'^OOo'". Les filets qui encadrent les hyacinthes ont un millimètre et demi en moyenne. Ces hyacinthes taillées en rectangles, les alvéoles triangulaires ne contiennent })lus rien, sont planes autour du médaillon central, légèrement convexes sur la bordure. Le métal a été évidemment creusé pour les recevoir. Diamètres : vase entier, 0"'295™ ; disque central, 0"'075"'; grands disques, 0"™054'"; moyens disques, 0'"021™; petits disques, 0™018™. Les écussons triangulaires et les grandes losanges ont 0'"009'" de côté; les petites losanges, O^'OOS"'. Les rectangles de la bordure extérieure mesurent 0"'007"'sur 0"004»n ; ceux de la bordure intérieure 0^01'' sur 0^005'". J'ajouterai que le roi, sculpté sur le disque central, est revêtu d'un riche costume semblable à ceux que présentent les bas-reliefs sassanides de la Perse. Ses cheveux flottent en boucles ondoyantes; un croissant et une sphère surmontent sa tiare; des deux mains il s'appuie sur une épée passée entre ses jambes; enfin, le trône sur lequel il est assis a pour soutiens deux chevaux ailés. Une autre pièce intéressante au même point de vue a été trouvée en Valachie en 4838. M. le chevalier Arneth
Age^ Paris, 1842, p. 13. J'ai proposé de restituer au roi Cosroès 1^'' la coupe de la Bibliothèque du Roi, me fondant sur la ressemblance parfaite de la figure gravée sur le disque de cristal qui forme le fond de ce vase avec celle que nous voyons sur la monnaie d'or unique du cabinet de M. le duc de Blacas. (V. Essai sur les médailles des rois Perses de la dynastie Sassanide, 1840, p. 72, pl. X, nO 4.) La monnaie est assez grossièrement gravée, tandis que le cristal est travaillé avec un grand soin. Cette différence de style n'erapêche cependant pas de suivre dans les moindres détails l'identité des deux types. Etc., etc. — Tout à vous, Lo]\gpéiiieii, 10 avril 1864. »
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la décrit à peu près ainsi : « Vase d'or octogone en forme de corbeille un peu ovale, avec deux anses représentant des léopards; le corps du vase est percé de jours d'un dessin varié, remplis de cristal de roche et de pâtes vitreuses colorées, enchâssées à rainures dans l'or. Le grand diamètre mesure 0™185'"; le petit, 0'°165'"; la profondeur est de 0'"105™; l'épaisseur, deO'^OOl'^et demi. » Je n'ai malheureusement pas eu ce vase entre les mains; il m'est seulement connu par une gravure annexée à la Description des Monuments iVor et d'argent du Cabinet des antiques de Vienne^ et par une photographie assez nébuleuse que j'ai vue chez mon ami, M. le chanoine Bock, à Aix-la-Chapelle. J'ose donc me prononcer d'autant moins, qu'à ma connaissance, des hommes, beaucoup plus versés que moi dans l'étude des antiquités, n'ont pas encore émis leur opinion sur un objet qu'ils avaient été à même d'étudier personnellement. Je dirai toutefois que les caractères généraux du vase me semblent byzantins ou orientaux. Le plat des lèvres comporte un filet de verroteries pareil à celui que j'ai constaté sur les parties analogues du vase de Suger et des armes de Childéric,mais les cloisons de la coupe valaque sont plus massives et le métal y est employé partout avec une prodigalité que n'offrent pas généralement les œuvres occidentales. Chaque pan présente deux rosaces inscrites dans un rectangle, l'une à douze lobes, en haut, l'autre à huit, en bas, ornements qui appartiennent à Byzance autant qu'à la Perse. Les panthères ou léopards ont le corps placé dans une situation oblique rectiligne; au lieu de se rapprocher du bord^ leur tête s'en écarte et ils saisissent avec la gueule et les griffes antérieures la queue trapézoïdale d'un manche disposé horizontalement, tandis que leurs pattes de derrière vont s'arc-bouter au cordon qui sépare les deux rangs de rosaces. La forme octogonale du vase^ la physionomie et la
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pose des léopards, les procédés de cloisonnage très distincts dit système mis en pratique sur les libules d'Athanaric, le cristal de roche incrusté, me font, je l'avoue, pencher un peu vers Fattribution orientale. Je n'émets pourtant ma pensée qu'avec réserve et n'ai aucune prétention à trancher la difficulté '/ Je ne crois pas que les Barbares^, en pénétrant dans les Gaules, y trouvèrent des ateliers où l'on fabriquait la verroterie incrustée ; nul indice autre que les rares émaux cloisonnés sur excipient de verre, dont j'ai déjà parlé, n'en est venu jusqu'ici autoriser la présomption. Il me semble évident que des bords du Danube, où elle fut révélée aux Goths par les œuvres byzantines et orientales, l'industrie du cloisonnage passa en Occident, h la suite des tribus germaniques qui traversèrent les Alpes et le Rhin. Mais, en supposant même que l'Orient et Byzance n'auraient pas fourni aux Goths des modèles qu'ils transmirent aux nations avec lesquelles ils se trouvèrent en contact durant leurs migrations successives, ce genre de travail devait être inventé sur le sol envahi, en
• Die anliken gold etc. in Wien^ notice en français et pl. ad cale. La pose allongée et un peu raide de ces animaux leur donne une analogie frappante avec quelques lions figurés sur divers monuments orientaux ; un basrelief de Persépolis, le vase sassanide en argent du Cabinet des antiques et l'aiguière, dite de Charlemagne, à l'abbaye de Saint-Maurice en-Valais. Il est bon toutefois d'ajouter que les lions de l'aiguière ressemblent beaucoup à d'auties lions tissés sur une étoffe byzantine à Eichstœdt (Bavière). V. Flandiw, Voy. en Perse, pl. 122, Persépolis, palais n" 3; Mélanges d'archéol., t. m, p. 117 et t. ii. pl. xviii ; Bock, Vie Messhanchen, p. 9 fig. 4 et 5 ; Blavignac, loc. cit., p. 156, pl. 15 et 16 et Atlas, pl. xxvi, fig. 2. — Je pense que cette coupe provient de la même source que les fibules et l'aiguière de Petroja, mais je n'en ai pas la certitude absolue. Il est au reste très vraisemblable qu'Athanaric ait possédé des objets orientaux à côté d'œuvres byzantines. Les Goths pendant leur séjour en Dacie purent communiquer avec l'Orient par la mer Noire, en supposant que le pillage et un contact journalier avec les Grecs ne leur aient pas fourni des moyens plus simples d'acquisition.
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conséquence du fait seul de l'invasion. Que les ouvriers émailleurs aient été massacrés ou qu'ils aient pris la fuite, lors des terribles catastrophes qui affligèrent l'Empire aux premières années du siècle, comme M. Labarte semble disposé à l'admettre, cela est aussi possible que probable. Néanmoins, l'argument n'étant pas indispensable à ma thèse, je ne m'en servirai pas ici.
Des petits moyens usités chez les voyageurs pour séduire les peuples sauvages, le plus efficace est incontestablement un don de verroteries ; cet appât est irrésistible et l'on obtient tout avec lui, tant, chez l'homme primitif, est inné l'amour des objets à reflets scintillants. Or, il ne faut pas se le dissimuler, les Franks et les Burgundes étaient sauvages dans l'acception entière du mot. Je n'en veux pour preuve que l'histoire de Clovis; on peut juger d'après lui ce qu'étaient ses prédécesseurs. Que firent donc nos ancêtres lorsqu'une lueur de calme eut succédé à l'ouragan de la conquête? Médiocrement satisfaits des bijoux émaillés ou en mosaïque que le pillage leur avait livrés et dont l'éclat ne leur paraissait pas assez vif, ils voulurent d'autres ornements plus conformes à leurs goûts. Exigèrent-ils alors que l'on copiât pour eux les modèles byzantins importés par les Goths, ou l'initiative d'une imitation de l'émail avec des gemmes réduites en lamelles incombe-t-elle aux vaincus ? La question est indifférente, puisque le résultat fut le même. A partir de ce moment, l'orfèvrerie incrustée prit un essor qui ne se ralentit pas durant plusieurs siècles ; elle produisit la multitude d'objets en or, en argent et en bronze que la terre laisse journellement échapper de son sein, objets où le grenat en tables, les verres translucides et opaques (les Barbares n'étaient pas fins connaisseurs 0 remplissent le principal
' M de Lasteyiie avoue n'avoir exj)éiimenté que sur un petit nombre de
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rôle. Les ouvriers latins, soit captifs, soit rentrés volontairement dans leurs demeures obéirent facilement à l'impulsion donnée. Pauvres serfs d'atelier, doués, à défaut de talent, d'une constance à toute épreuve, ils ne marchandaient pas leur main-d'œuvre dès qu'on ne réclamait pas trop de leur intelligence. « Pour émailler les métaux »> dit M. Labarte «( il ne suffit pas de connaître la composition de l'émail ; car l'application de l'émail sur les métaux est d'un succès plus difficile à obtenir que sur le verre et la poterie^ la présence d'un métal oxydable étant d'une influence toujours fâcheuse. De plus, il faut que l'émailleur soit parvenu à donner à ses émaux une fusibilité en rapport avec celle du métal qu'ils doivent recouvrir, en sorte que la fusion de l'émail n'entraîne pas celle du métal. » Et plus loin : « Il y a une difficulté encore plus grande à trouver des émaux assez fusibles pour les parfondre sans entraîner en même temps la fusion des bandelettes si menues qui tracent le dessin (d'un émail cloisonné » Pour cloisonner la verroterie au contraire, nul besoin d'un travail d'esprit, encore moins de connaissances en chimie ; il suffisait d'une meule et d'un instrument à couper le verre, joints à la pratique élémentaire de l'orfèvrerie, à beaucoup d'heures gaspillées en minuties et à une patience sans bornes.
Bien que l'origine des armes de Pouan, telle que l'entend
fragments tombés de la couronne de Receesvinthe, et ces fragments étaient tous du verre ; M. de Los Rios aurait-il essayé une à une les hyacinthes de la couronne de Suinthila? On peut en douter. J'avancerai donc, jusqu'à preuve du contraire, que les deux couronnes doivent comporter en proportions inégales un mélange de verres et de gemmes. Le bénéfice à réaliser était trop considérable, les risques à courir trop petits, pour que les orfèvres missent du scrupule à intercaler çà et là des morceaux de verre parmi les pierreries qu'on leur commandait d'employer. ' Rech. sur la peint, etc.. p. 95 et 72.
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M. Peigné-Delacourt, soit très controversable, et qu'il fonde sur des données trop incertaines leur attribution h Théodoric, roi des Yisigoths^ tué en 451 en combattant Attila dans les plaines de la Champagne, je regarde ces armes comme antérieures aux épaves de Childéric. L'ornementation sobre des premières et leur cloisonnage robuste les classent directement dans l'art latin ; le trésor de Tournay, l'épée deBeauvais, le fermoir de bourse d'Envermeu, les vases de Gourdon% quoiqu'appartenant à la même école, offrent des lignes plus tourmentées et une certaine maigreur qui indiquent une tendance prononcée à modifier les types antiques dans le détail, tout en maintenant le principe général des formes traditionnelles reçues jusqu'alors. Au reste, je partage entièrement les idées de M. l'abbé Cochet, touchant la fabrication des objets ci-dessus par des ouvriers indigènes, et non par
' Cette épée fut trouvée rue Saint-Pierre, à Beauvais, en 1845 ; on la conserve au Musée de la ville ; sa garde se compose d'alvéoles rectangulaires enchâssant des verroteries rouges, les cloisons alternativement rigides et ondées; au centre est un quatre-feuilles aujourd'hui vide. L'objet mesure 0'"070'" en long sur environ 0'"014™ en hauteur. V. Dawjod. Notes sur quelques ant. Mérov. cons, au 3Iuséé de Beauvais, p. 9 à 10, pl. ii, 6, et m, 7 et 8 ; Cochet, Le tomh. de Childéric, passim. — Les vases trouvés en 1845 à Gourdon, près Cluny, étaient enfouis avec 103 monnaies d'or des rois burgundes Gondebaud et Sigismond ; on pense qu'ils ont été cachés vers 523 au moment où les fils de Clovis envahissaient les états du dernier de ces princes. V. Bull, de la Soc. des Antiq. de France^ 1859, p 59. — M, l'abbé Cochet m'a récemment communiqué un fort beau dessin colorié, représentant les deux faces d'une boucle en or, avec grenats sertis et cloisonnés. Ce dessin, envoyé à M. Cochet par le savant conservateur du Musée de Mayence, M. Lindcnschmitt, représente donc un objet trouvé dans les environs du Rhin, La disposition du cloisonnage et une bordure de petits cabochons circulaires sont analogues à certaines parties de la décoration du plat de Gourdon et des armes de Childéric. Il y a là, je crois, un nouvel argument en faveur des idées que j'ai émises ailleurs sur les modifications distinctes imprimées aux types anciens par chacun des peuples conquérants.