CHAPITRE V
ŒDVRES DIVERSES ATTRIBDÉES A SAINT ÉLOI. — CONSIDÉRATIONS SUR l'oPDS
INCLUSORIDM.
Personne n'ignore que saint Eloi ou Eligius, né vers 588 à Chatelac en Limousin, fut mis par son père en apprentissage chez Abbon, habile orfèvre de Limoges, qui dirigeait alors l'atelier monétaire de cette ville; que, venu à Paris, le jeune artiste s'y lia avec Bobbon, trésorier du roi; enfin que par un concours d'événements trop connus pour être rapportés ici, il sut obtenir la confiance de Clotaire qui le fit son monétaire ou argentier. Tout en occupant cette place importante que l'alFection de Dagobert lui continua, saint Éloi fabriqua un grand nombre de pièces d'orfèvrerie donf saint Oiien, son ami et son historien, n'a par malheur enregistré que la masse, sans les détailler sufiisamment. Nommé évêque de Noyon en 640, saint Eloi mourut le V décembre 659 ; l'Eglise l'a placé sur ses autels et l'histoire parmi les hommes illustres.
Voici d'abord un relevé exact des mentions éparses dans le livre de saint Oiien : « Sellam urbane auro gemmisque fabricare. — Fabricabat in usum régis utensilia quamplurima ex auro et gemmis. — Quotiens brachile aureum, pungam quoque auro gemmisque comptam sibi surripuit. — Utebabur quidem in primordio auro et gemmis in habitu, habebat quoque zonas ex auro gemmisque comptas, nec non et bursas eleganter gemmatas. — Multa sanctorum auro argentoque fabricavit sepulcra. — B. Martini Turonis civitate, Dagoberto rege impensas prœbente, miro opificio ex auro et gemmis contexit sepulcrum. — Prœterea Eligius fabricavit et mausoleum sancti martyris Dyonisii Parisius civitate, et
tuguriiim super ipsum marmoreum iniro opère de aiiro et gemmis : cristam quoque et species de fronte magnifiée composuit, nec non et axes in circuitu altaris auro operuit, et posuit in eis poma anrea rotundilia atque gemmata : operuit quoque et lectorium et ostia diligenter de métallo argenti. ^ » M. l'abbé Texier et M. Grésy, qui ont eu également recours à ces textes, se refusent à admettre que le favori de Dagobert, malgré l'étendue de sa richesse et de sa puissance, ait semé à profusion sur ses œuvres une telle quantité de pierreries véritables; ils pensent l'un et l'autre que le mot gemma doit s'appliquer ici aussi bien au factice qu'au naturel. Je suis absolument de leur avis, quoi que l'on puisse alléguer en faveur du contraire, et la présence du grenat en tables sur les bijoux mérovingiens, et les anciens objets constellés de pierreries que nous possédons encore. Mais de la probabilité que saint Eloi, à l'instar des orfèvres ses compatriotes, ait travaillé la verroterie, déduire comme on l'a fait, que cette verroterie était de l'émail incrusté à chaud me parait trop hasardé ; ce qui va suivre justifiera mes doutes légitimes ^.
L'œuvre attribuée à saint Eloi, qui nous a été transmise
* Vita sanctl Eligiï, ap. Splcil., t. v, lib. i, c. 5, 10, 12, 32. Ajoutons encore les châsses des saints, Germain, Sévéïin, Piat, Quentin, Lucien, Geneviève, Colombe. Maximin, LoUien et Julien, la tombe de saint Brice de Tours, aussi mentionnées par saint Oûen.
2 Texiem, loc. cit., p 123. Giœsy, îoc. cit., p. 8 et 9. — Le XlIIe siècle nous a laissé des objets revêtus d'une mosaïque de pierreries, entre autres, la croix de Clairmarais à la cathédrale de Saint-Omer. (V. Dkschamps de Pas, ap. Ann. archéoL, t. xiv, p. 285), la croix d'Oisy (V. Vaw Drivât,, ap. Revue de l'Art chrétien, t. ii, p. 306 et passim, pl. vin et ix), la croix n° 1329 du musée de Cluny, etc., etc. La croix de Lothaire (TX^ siècle) est aussi émaillée de pierres piécieuses; on la voit au trésor d'Aix-la Chapelle, y. Mél. d'nrch., t i, pl. xxxi et p. 203, art. du R. P. Cahier.
(KUVRES AïTRlBrÉF.S A SAINT ÉLOI. 47
par le dessin, les Inventaires on la tradition, comprend un nombre de pièces relativement fort restreint; M. Texier avoue que sa liste est loin d'être complète. Mes recherches personnelles n'ont abouti qu'à y ajouter un seul morceau, la gondole en jade vert; mais si, d'une part, elles sont restées infructueuses, de l'autre, elles m'ont fourni d'amples commentaires sur les articles capitaux. Je commence par transcrire la nomenclature due au savant limousin, en maintenant ses annotations.
« 1'' Le siège de Dagobert conservé à l'abbaye de Saint- Denis (Musée des Souverains) ; ce reste précieux de l'art antique servait au couronnement des rois et dans les cérémonies du vasselage. Selon la plupart des critiques, saint Eloi ue pourrait revendiquer qu'une restauration et l'addition d'un dossier. Ce siège, dont le dessin est si répandu, serait bien antérieur à l'époque où vivait le favori de Dagobert.
2° Au bout du chœur de Saint-Denis, derrière le maîtreautel, une croix d'or enrichie de pierreries et d'émaux. Elle était de hauteur d'homme, exquise pour la matière et le travail. Elle se voyait au temps de l'auteur des Chroniques de Saint-Denis.
5^ Une croix à Saint- Victor de Paris. (V. DuBreul, A?îtiq. de Paris, p. 455.)
4"* A Notre-Dame de Paris, une grande croix en or travaillée en filigranes, offerte par Jean, duc de Berry, en 1406. (V. Gilbert, Description de N. B. de Paris, p. 525).
5" Dans l'église de Saint-Loup, à Noyon, un calice qu'on portait aux malades et qui leur rendait souvent la santé. (Y. Legros, Vies des Saints du Limousin, t. iv, p. 1497.)
6° A Brives-la-Gaillarde, un magnifique buste d'argent, en partie émaillé, qui renfermait les reliques de saint Martin, martyr, patron de cette ville.
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7" A Chatelac, lieu de la naissance de saint Éloi, un calice et une croix.
8^* Deux croix à Grandmont. — Une croix de cristal décrite à l'article 10 de l'inventaire de 1666, au bas duquel article est une note écrite d'un autre main que celle du rédacteur de cet ouvrage, qui marque que, suivant la tradition, cette croix est un ouvrage de É/oz, qu'il y est représenté en pied avec les ornements d'un évêque; on nous a dit qu'elle a été donnée au chapitre de Saint- Yrieix. hwentaire du trésor de Vahhaye de Grmdmont^ art. IV.
9"* La croix de Saint-Martin-lez-Limoges.
10** A Saint-Martin de Tournai, un encensoir cum peredibus ^
ir Dans Tabbaye de Yasor, ordre de Saint-Benoît, un cristal de roche, orné de pierres précieuses très finement gravées, disait-on, par saint Eloi. Martène et Durand y lurent ces mots: Lotharius (peut-être Chloiarius)rex Francorum me fieri jussit ^ .
12** A la cathédrale de Limoges, deux chandeliers, ainsi mentionnés dans un inventaire de 1365: Duo candelahra sancti Eligii. (V. Bonaventure de Saint-Amable, Vie de saint Martial, t. III, p. 657.)
IS** Le calice de Chelles.
* « Peredes, f. Vasa thuraria, acerraî, Gall. Navettes. Hist. Monast. S. Florentii Salmur. ap. Martène, to^ 5. Ampliss. Collect col. 1096 » « Tornacenses monachi quaedam reddere sunt coacti, scilicet vas cœnœ Dominicaî, thuiibulum cum peredibus a S. Eligio fabiicatum, etc. »> Do Cainge, Gloss.
^ Cette abbaye était située sur les bords de la Meuse, dans le comté de Namur — « Il (l'Abbé) nous fit voir un cristal de roche orné de pierres précieuses, sui' lequel on voit l'histoire de Suzanne très-finement gravée, à ce qu'on prétend par saint Eloi, sur lequel on lit Lotharius rex Francorum me fieri jussit Autrefois les abbez le portoient sur leur poitrine lorsquils officioient. » Voy. litt., t u, p. 132.
(EUVRES ATTRIBIÉI.S A SAINT Él.OI. 49
14'' A Solignac, une cliâsse énwiliée représentant le martyre de sainte Valérie. Une tradition peu fondée attribue r exécution de cette cliâsse à saint Eloi ' . »
15** La gondole en jade vert du trésor de Saint-Denis.
Je n'ai point à revenir sur les articles 1,5, 4, 5, 7,8, 10, 11, 12, 15 et 14. Quelques-uns ont déjà été suffisamment appréciés; les autres ne sont connus que par les mentions très vagues qu'on vient délire. Aucun d'ailleurs ne spécifie la présence de l'émail, sauf la châsse de Solignac, prudemment écartée de la liste officielle des œuvres de saint Eloi et reléguée par M. Texier dans l'inventaire actuel de l'orfèvrerie du Limousin. L'article 6 ne me semble pas mériter grande confiance ; cependant comme une omission pourrait m'être reprochée, je vais transcrire les raisons sur lesquelles le savant archéologue base l'authenticité du buste de Brives. « Avant 1790 on montrait dans l'église collégiale de Brives un buste d'argent, en partie émaillé, selon ral)bé Nadaud, et attribué à saint Eloi. Jusque-là nous ne sortons pas de l'incertitude des traditions. Mais M. Desmarets nous appreiul « qu'un titre de Fan 900 a pour sceau les armes de la ville ^de Brives), et ce sceau est un buste de saint Martin, au lieu de celles d'aujourd'hui qui sont trois épis d'orge en fleur de lis d'or sur champ de gueules. Ce sceau est exactement et trait pour trait la représentation du buste que l'on voit aujourd'hui, ce qui suppose que ce buste existait longtemps auparavant. » Si comme il apparaît d'après ce texte, ce buste émaillé était antérieur au IX® siècle, une imagination un peu complaisante pourra, sans grand effort, reculer d'une centaine d'années,
' Les articles 1 à 12 sont enregistrés loc. cil., p. 118 à 120. La citation de l'inventaire de Grandmont est prise ibid., p. 324 et 325. Les articles 13 et 14 ne font pas partie de la liste de M. Texier, il les mentionne seulement p. 121 et 242.
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et, guidée par la tradition, arriver au temps de saint Eloi. ' « Je veux bien, quoiqu'il m'en coûte un peu je l'avoue, reconnaître l'autorité du savant abbé Joseph Nadaud et même de Desmarest en fait d'émaillerie, mais, de ce que l'image d'un buste figure sur nn sceau de l'an 900, venir conclure que la pièce originale est antérieure au IX® siècle (passe encore pour le X®), et, d'un seul bond la renvoyer à 250 ans en arrière; il y a là une exagération évidente et inadmissible.
Grâce à l'abbé Legros, on possède encore aujourd'hui un . dessin de l'article 9, la croix-reliquaire conservée avant la Révolution dans l'abbaye de Saint- Martin -lez -Limoges. M. Texier a fait reproduire avec soin ce dessin dont il critique un peu vivement l'exécution. ^ Que Legros ait été plus zélé qu'habile, je ne le conteste pas ; mais si son travail consciencieux rend suffisamment l'aspect général et certains détails capitaux de l'objet, on doit se montrer indulgent pour les défectuosités qui résultent de l'inexpérience d'un artiste improvisé. Telle qu'elle est, l'œuvre du patient ecclésiastique limousin renseigne pleinement sur les matières et
' Loc. cit., p. 122. Éphém. de la génér. de Limoges, 1765, p. 107. M. Texier appuie son texte par la note suivante : » Le voisinage du château de Turenne, où les habitants du Limousin mirent en sûreté, à diverses reprises, les trésors des monastères, et entre autres celui de l'abbaye de Saint- Martial de Limoges, expliquerait la conservation de ce curieux reliquaire au travers des invasions et des spoliations de toutes les époques. Sous ce rapport, la collégiale de Brives avait fait preuve de prudence et de bonheur ; et au témoignage des mêmes auteurs {loc. cit.), elle possédait aussi avant la Révolution un calice précieux donné par Valentinien III, comme le prouvait l'inscription gravée autour du pied : Valentinsawvs Avgvstvs Deo et sancto
MA.RTIWO, MARTYRI BRIVENSI, VOTVM VOVIT ET REDDIDIT. »
• Loc. cit. y pl. iT, p. 125 et 177. Le /Moyen Jge et la Renais. , Orfèvrerie, pl. II, fig. 1. Legros, Recueil d'antiquités, t. ii, ms. de la bibl. du séminaire de Limoges. V. encore Texier, Dict. d'orfèvrerie chrét-, col. 940^ publ. Migne.
ŒUVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOI. 5i
la disposition des ornements que comportait la croix de Saint- Martin ; le temps où il vivait ne permet pas d'exiger davantage. Cette croix vraiment remarquable était en argent doré, ansée et à double traverse. Le pied triangulaire, dans lequel sa hampe vient s'encastrer, est muni de rampants formés d'une double bordure losangée, prolongeant une lame de métal chargée d'c/) en filigrane. Des enroulements, aussi en filigrane, et des feuillages ciselés ou repoussés, sillonnent capricieusement l'intégrité de la surface du reliquaire, que de nombreux cabochons, rubis, émeraudes, améthystes, hyacinthes, illuminaient de leur vif éclat. A l'intersection de la traverse supérieure, un cercle; au centre des croisillons principaux, dans un carré dont les angles débordent à l'extérieur, une grande losange portant sous un verre la relique de saint Martin. Les réparations et additions que la croix subit à diverses époques, notamment en 1625, sont parfaitement visibles sur le dessin de Legros ; elles consistent en deux chérubins accostés chacun d'une tige de lys, placés au bas du pied, et en pierreries taillées, diamants, rubis, saphirs, émeraudes, hyacinthes, qui rehaussent ce même pied aussi bien que le cercle précité. La majorité des gemmes est munie de numéros qui renvoient à un index marginal ; le nom des autres est inscrit à côté d'elles : la nature de chacune se trouve donc exactement spécifiée. Néanmoins certains châtons ne sont désignés que parles expressions vagues, rouges^ verls^et^ sauf deux verts, qui d'ailleurs correspondent à des émeraudes, leur disposition est symétrique ; il y a tout lieu de penser que ces châtons sertissaient des verroteries de la couleur indiquée.
Pour appuyer la tradition fort obscure qui attribue la croix de Saint-Martin à saint Éloi, M. Texier entre dans quelques détails historiques assez piquants; les vuici : « Dès le XI? siècle, » dit- il, « les dettes et la pauvreté de l'abbaye
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de Saint-Martin étaient proverbiales en Limousin. A Tépoque où le cellérier allait quêtant les vivres de la journée, quelle main amie eût songé à faire des dons si magnifiquement improductifs? Ce n'est pas tout : P. Coral, abbé de Saint- Martin, qui vivait de 1247 à 1270, mentionne ce reliquaire dans sa Chronique ; il faut donc en chercher l'origine dans une époque antérieure ; et ces magnifiques rubis, ces rares et grosses pierres précieuses de la plus belle eau, ne peuvent être que le don d'une main royale, ou d'un dépositaire de l'autorité souveraine. Tout naturellement la pensée se reporte au seul temps où l'abbaye fut riche et puissante, àl'époque où, par les soins de saint Eloi, une immense mosaïque tapissait le fond de l'église * . »
Ces détails sont curieux sans doute, mais que prouventils? Absolument rien. L'étude des monuments figurés fournira peut-être de meilleurs arguments.
Je ne crois pas que la présence du filigrane mène à des inductions positives. L'emploi du filigrane dans l'orfèvrerie est constant en Europe depuis les Etrusques jusqu'au XlIP siècle et au-delà, si bien qu'un examen sérieux de l'objet original lui-même n'aboutirait probablement qu'à des résultats négatifs. Que faire donc en face d'une copie à peine sufîisante? Interroger la forme, puisque l'ornementation ne suit pas répondre.
l^a croix ansée à longue hampe apparaît dès le V® siècle sur les monnaies impériales d'Honorius, Théodose-le- Jeune, ^lia
' Loc. cit.^ p. 126. Chronique de P. Coral, ap, Nadafid, Hist. de l'ahhaye de Saint-3Iartin-lex- Limoges, p. 161 et passim. De 1104 à 1198 les dettes de l'ubbaye obligèrent quatre abbés à résigner leur dignité. En 1201, on devait 30.000 sols ; pour subsister les religieux vendirent les chapes de la maison aux moines de la Souterraine, mais ils surent garder leur prédeux reliquaire.
Eudoxia sa femme, Valentinien III, Marcien, etc., et son usage se prolonge h Byzance durant les siècles postérieurs. Au VI*', on la trouve sur deux tiers de sol d'or attribnés à Clovis P", sur un troisiènu^. incontestablement dû à C'iotaire (511-561) et sur une grande quantité de pièces frappées sons la dynastie mérovingienne. Le trésor de la cathédrale de Cologne possède une très belle croix ansée du XIP siècle, ornée d'émaux champlevés que M. Bock pense avoir été ajoutés après coup. La croix potencée, c'est-à-dire formée par quatre T réunis pied contre pied, croix dont les appendices rectangulaires ne me semblent pas autre chose que l'exagération des anses du type précédent, se rencontre sur les monnaies de Tibère (578-582), d'Héraclius (610-641) et de Tibère Absimare (698-705); on n'en voit plus à Byzance après Komain Lécapène (919-944). Leblanc en fournit un seul exemple qui revient à l'un des trois Clovis (496-695). Une petite pièce carrée en bronze, trouvée à Marseille en 1788, porte au centre une croix potencée, entourée d'une inscription en lettres d'argent incrustées; l'aspect de ces lettres assigne au monument une antiquité reculée. La croix potencée a persévéré chez les Latins sous le nom de croix de Jérusalem. Une plaque de ceinturon mérovingien, conservée au Musée de Genève, offre une croix ansée et potencée à la fois, dont les appendices se terminent en demilosanges. Cette croix, tant par la disproportion de ses croisillons un peu plus larges que la hampe, que par la coupe de ses appendices polygonaux, appartient à la même famille qu'une croix byzantine, jadis à Florence dans collection Gori. Une très-ancienne croix processionnelle en argent de l'église Saint- Jean-de-Latran, à Rome, montre des potences rudimentaires, déterminées par un demi cercle saillant dont le diamètre est tourné à l'extérieur. Quant à la croix à double
traverse, dont les branches supérieures, plus courtes que les véritables croisillons, ne sont, à mon avis, qu'un titiilus exagéré, elle commence à paraître sur une médaille d'or qui réunit les figures de Léon III et de Constantin Copronyme (720-741); alors cette croix est simplement ansée, mais une médaille de Constantin YI et d'Irène sa mère (780-797) présente le même type, orné de perles à ses extrémités et entièrement conforme à la célèbre croix espagnole de Caravaca. La double croix ansée disparait en Orient après Jean Comnène (1118-1145) ; la double croix perlée, après Romain Diogène (1068-1071). On rencontre la première en France sur un monétaire mérovingien inconnu \
* V. Do Cange, Famil. Byxantinœ, p. 63 et passim; Bawduui, Numism. Imp. Romanorum, t. ii, p. 499 et passim ; Leblanc, Traité histor. des mon. noyés de France, p. 14, 16, 35 et passim. La pièce, qui porte au revers l'empreinte d'une croix identique à celle de Saint-Martin, est gravée ibid. p. 58, c, 11° 8. Sur la face, autour d'une croix ansée issant d'un w, on lit les mots CAVACA vico. — Bock, Les trésors sacrés de Cologne, p. 47, pl. ix, fig.35, éd. franç. Cette croix me paraît remonter à une époque antérieure, et les fleurons qui décorent ses branches ont dû n'y être adaptés qu'au XII^ siècle. — MiLLiN, Voy. dans les départements du midi de la France, t. ii, p. 236, Atlas, pl. xxxii, fig. 3. L'auteur croit que cette pièce était destinée à être placée dans les fondations d'une église. L'inscription EXITIO YoNCF est en caractères latins mêlés à des lettres grecques.— Blavignac, loc. cit., Âtlas^ pl. VF, fig. 6. — J'ai rencontré cette croix dans mon exemplaire du Thésaurus vet. dipt., t. m. La planche, numérotée iv, n'est pas reprise à l'index ; elle porte pour légende Florentin exstat in Museo Goriano archetypi magnitudlnem accurate referunt. Bien qu'elle soit gravée par Verkruyssen, qui illustra une partie de l'ouvrage, je n'ai pu en trouver le texte explicatif. La croix haute de 0'"138"^ est adaptée à un manche de 0'«102'", total 0"'24'^. Elle appartient au genre de croix que les monuments byzantins nous montrent souvent placées dans la main des saints et des grands personnages. V. Du Cakge et Bawduri, loc. cit.; Gori, loc. cit., t. m, pl. IV et v, p. 354 et 356 et passim, etc., etc. Ciampini, Vet. monim.^ pars ii, c. VI, p. 43, pl. x et XI. — DoM F. Renoim, ap. Rev. de l'Art cTirét., t. v, p. 97, fig. La croix miraculeuse de Caravaca est vénérée en Espagne depuis 1227.
Le fait saillant de l'exposé qu'on vient de lire est, que des divers types de croix usités à Rome et h Byzance, plusieurs ont été adoptés d'assez bonne heure par les Barbares occidentaux pour permettre de supposer que les autres éprouvèrent aussi rapidement le même sort. Ce fait admis, comme la croix ansée, à double traverse, figure sur les médailles byzantines dès le commencement du VHP siècle, on reconnaîtra que le monétaire mérovingien qui l'a placée au revers d'une de ses pièces vivait à une époque très voisine. Or, l'objet ayant dû exister en réalité un certain temps avant l'introduction de son image sur les monnaies, on comprendra facilement que saint Eloi, orfèvre jusqu'à ce qui fut élevé h l'épiscopat en 640, ait pu exécuter la croix de Saint-Martin^ dont le modèle nouveau lui serait arrivé d'Orient. D'ailleurs les anciennes croix doubles aujourd'hui connues^ et qui datent toutes du XIP-XIIP siècle, sont fleuronnées aux extrémités; seul de cette espèce, le reliquaire limousin offre des branches coupées carrément et conformes aux types de Léon l'Isaurien et du monétaire précité. Plusieurs savants numismates m'ont fait observer qu'il fiillait se méfier des appréciations de Leblanc et surtout de ses planches ; ajoutant que cet auteur avait sans doute pris pour une seconde traverse deux globules épatés, placés quelquefois dans le champ des monnaies. Je ne discuterai pas la valeur de l'observation, vu mon incompétence en semblables matières; je me bornerai à répondre qu'un sarcophage gallo-latin des Aliscamps, à Arles, porte une croix double dont la traverse supérieure est alésée, l'inférieure potencée. Le pied triangulaire rappelle celui de la croix de Saint-Martin \ Autre caractère d'antiquité : les
' Les croix de Rouvres et du musée de Cluny (Texiek, Dict. d'orfèvrerie, cuoix, fig. 1 et 2) ; la croix de Clainnarais (.4?nï. arch.^ loc. cit.). — BlaviGNAc, loc. cit., Atlas, pl. n bis, fig. 9.
56 »:UVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOf.
petits vases à anses en volntes, ciselés sur la base, sont Timitation d'un modèle que j'ai rencontré dans les catacombes et sur les plaques du coffret d'Auxerre. Il est vraisemblable que, comme les chérubins qui les avoisinent, ces vases datent de 1625, époque où ils furent très à la mode, mais ils peuvent aussi être la restitution d'un ornement primitif. J'irai plus loin ; le double filet losangé, qui borde les rampants du pied et qui appartenait incontestablement à la décoration originelle^ devait comporter une mosaïque en verroteries incrustées à froid, car son dessin rectiligne im[>lique le cloisonnage à l'exclusion du filigrane que l'on voit serpenter à côté. Les fibules mérovingiennes déjà citées offrent quelques exemples de champs filigranés, compris entre d'étroites bordures en verroteries, et, sur un bien petit nombre de ces bijoux, le filigrane apparaît sans l'accompagnement du grenat, du verre coloré ou des pâtes vitreuses. ^ Je pense que les dernières verroteries avaient disparu au temps de Legrosqui n'eût pas omis d'en signaler l'existence; la restauration de 1625^ dont le pied fut spécialement victime, les supprima sans doute tout en respectant leurs alvéoles.
L'article 2, croix de Saint-Denis, est mentionné formellement par un écrivain qui vivait h une époque relativement voisine de saint Eloi, et dut en conséquence voir l'œuvre
^ Y . ARi'^Gm, Bovia siibt. 7iovis. , t. i, p 608, 610 et passim; Boldktti, Osservaxioni sopra i ciineterii, etc., p. 155, pl. 7; p. 332; fig. 1; p 374 et 545. — Les plaques d'Auxeire, aujourd'hui clouées sur la châsse de saint Eusèbe, dans l'église de ce nom, sont en aigent doré et ciselé. Elles proviennent d'un coflVct tiouvé en 1760 sur le tei-rain qu'occupait jadis le sanctuaire de Notie-Dame. Ce coffret était scellé dans une pierre creuse, avec des fioles de martyre et des ossements enveloppés d'étoffes. Il offre un précieux exemple d'orfèvrerie chrétienne primitive (V. C. de Likas, Rapport sur les anc. vêt. sacerd., p. 21, 1857, et Rev. des Soc. sav.^ t. ii p 83, 1857. — V. Baudot, loc. cit-, pl. xii, fig. 2 et 3.)
dans toute sa beauté première, le moine de Saint-Denis, auteur des Gesta Dagoberti. « Crucem etiam magnam quae rétro altare aureum poneretur, ex auro puro et preciosissimis gemmis insigni opère ac munitissima artis subtilitate fabricari jussit, quam beatus Eligius, eo quod illo in tempore summus aurifex in regno haberetur, cum et alia quse ad ipsius basilicae ornatum pertinebant, strenue prœpararet, eleganti subtilitatis ingenio, sanctitate opitubmte, mirifice exornavit. Nempe moderniores artifices asseverare soient, quod ad prassens vix aliquis sit relictus, qui quamvis in aliis exstet operibus, hujuscemodi tamen gemmarii et inclusoris subtilitate valeat per multa annorum curricula, eo quod de usu recesserit ad liquidum experientiam consequi. ^) Après bien des siècles écoulés, un autre religieux de Saint -Denis, décrivant à son tour le même objet, ne se montre guère plus sobre d'éloges à l'égard du mérite artistique de saint Eloi. « Au bout du chœur, tirant vers ledit mais tre- autel, sur une pièce de bois esleuée au-dessus des chaires (stalles), ornée de fleurs de lys d'or sur un champ d'azur, est posée une trèsgrande croix d'or de la hauteur d'un homme appelée la croix de S. Eloy, d'autant que ce saint personnage l'a faicte et fabriquée. Laquelle est très-exquise tant par la rareté de l'ouurage, que par sa richesse, y ayant une grande quantité de saphirs cabochons, d'esmeraudes en grand nombre, aussi des nacles (nacres), iacinthes, grenats, avec un très-excellent camahieu au milieu en façon d'homme, et au bas d'icelle une petite croix d'or à un crucifiement d'esmail, et chatons d'or garnis de grenats, d'esmeraudes et de perles : et au dedans du fust de la vraye croix, avec un escriteau portant cest escrit : De cruce Domini. Geste croix a esté donnée par le
' Ap. D. Bouquet, Recueil des Hist. de France, t. ii, p. 385, xx, A.
58 CEUVRES ATTRIBUEES A SAINT ÉLOI.
Roy Dagobert. ' » Au comiiiencement du XVIir siècle, la croix de saint Eloi avait été dépossédée de son ancienne place au fond du chœur et Ton s'apprêtait à lui en donner une autre. Dom Félibien, avec sa concision habituelle h l'endroit des merveilles de l'orfèvrerie du Moyen Age, enregistre ce changement. « Les grilles de fer qui ferment les costez du chœur, méritent aussi d'estre remarquées pour la beauté du travail. Elles forment une espèce d'ordre ionique dont les pilastres sont en forme de gaines. On travaille sur le même dessein à faire une grille au devant du chœur dont la porte aura pour amortissement une ancienne croix d'or que l'on estime avoir esté faite par S. Eloi : elle est enrichie d'émaux et d'une très-belle améthyste ^.w A la suite des témoignages historiques, voici le texte de l'Inventaire de 1654 dont j'ai seulement élagué quelques détails inutiles à la question ^. « Au-dessus du contre autel, une grande croix nommée la grande croix saint Eloy, faite par Monsieur saint Eloy comme dysoient les religieux, attachée au derrière dudit autel etfer-
« Doublet, Hist. de l'abh. de Saint-Denis, p. 333. — Dom Germain Millet {Le Trésor sacré, etc., de Saint-Denys, p. 41) dit que cette croix, faite par saint Eloi et donnée par Dagobert, était d'or semé de pierreries.
* Loc. cit., p. 533. J'ai intentionnellement étendu la citation au-delà du nécessaire, ne résistant pas au plaisir de montrer une croix mérovingienne juchée au sommet d'une grille Louis XIV.
^ Loc. cit., fol. CLXiii, V. Cet Inventaire, dressé par ordre de Louis XIII, contient la transcription littérale d'un autre Inventaire commencé le 18 mai 1534, en vertu de lettres patentes de François P»', par des commissaires délégués de la Chambre des Comptes assistés de deux orfèvres. Bien mieux, ce dernier procès-verbal n'est lui même que le recolement d'un Inventaire antérieur qui remonte certainement jusqu'à Louis XI. Le manuscrit des archives impériales présente donc en réalité l'état du trésor de Saint-Denis vers la fin du XV* siècle Quoique le dépôt de l'hôtel Soubise soit accessible à tout le monde, je dois néanmoins témoigner ici toute ma gratitude à MM. de Mas- Latrie et Huillard de Bréholles dont l'extrême obligeance m'a empêché de perdre un temps précieux.
OEUVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOl. 59
mant à clef Et au bas d'icelle, sous un grand verre en
fiiçon de tableau rond, dessus une petite croix d'argent doré et un crucifiement d'esmail dessus et huit chatons d'or.... et un escripteau portant escrit : De cmce D«....; au dessus dudit tableau, sur le long de ladite grande croix, entre icelui tableau et le rond du milieu de la croisée, en trois rangées vingt-neuf saphirs tant gros que petits, etc. etc Le derrière de ladite croix. Au bas de la longueur d'icelle, une pièce de cuivre doré : l'image saint Denis et deux angels de demy enlevure dessus icelle pièce; et entre ladite pièce de cuivre et le milieu d'entre les croisons, aussi en trois rangées,
c'est à savoir trois saphirs loupeux etc. etc Et parmy
les pierres, dix-huit nacleS;, vingt-trois verres et deux cassidoines Le champ de ladite croix tant devant que derrière, de verres ressamblans à jacinthes, grenats, esmeraudes et saphirs Ledit champ de la croix tant devant que derrière, d'or à feuilles d'argent blanc dessous.... Ladite croix bordée d'argent doré, à trois couronnements de feuilles de persil aux trois bouts d'icelle aussi d'argent doré. » De cette citation et du passage de Doublet^ il ressort clairement : que la petite croix avec un crucifiement d'esmail n'était nullement partie intégrante du travail primitif de saint Éloi ; qu'elle formait au contraire une addition postérieure, une sorte de tableau sous verre, attaché comme un ex-voto au pied de la grande croix. L'Liventaire seul prouve que l'objet comportait des pâtes vitreuses blanc opaque [nacles^ nacres), mélangées avec d'autres pierres vraies ou fausses, et que ses deux faces étaient entièrement couvertes de verres translucides rouge orangé, pourpre clair, vert et bleu, incrustés à froid dans des cloisons d'or, genre de décoration employé sur le calice de Chelles et tant d'œuvres mérovingiennes précédemment signalées. Malgré les efforts tentés pour y arriver,
je doute que l'on parvienne jamais à établir que ces verroteries fussent de l'émail. Les orfèvres qui participèrent aux recolements de 1554 et de 1654 en savaient trop long pour confondre deux choses très-distinctes à leur point de vue : les procès- verbaux nomment toujours émail ce qui est émail, et, conséquemment^ verre ce qui est verre
L'article 1 5 est une gondole dont Suger parle en ces termes : « Aliud vas etiam preciosissimumde lapide pi'asio ad formam navis exsculptum, quod Rex Ludovicus Philippi per decennium fere vadimonio araiserat, cum nobis ad videndum oblatum fuisset, ejusdem Eegis concessione sexaginta marcis argenti comparatum, cum quibusdam floribus coronse Imperatricis beato Dionysio obtulimus. Quod videlicet vas, tam pro pretiosi lapidis qualitate, quam intégra sui quantitate mirificum inclusorio sancti Eligii opère constat ornatum, quod omnium judicio pretiosissimum sestimatur. ^ » Doublet
• J'en prends pour exemple une gondole échappée au creuset de 1792 et maintenant exposée dans la grande vitrine du Cabinet des antiques. « Item, une navette en pierre d'agathe goderonnée à dix godrons tant dedans que dehors, a un petit pied de mesme pierre, garnie par le bord d'argent doré et d'un pied rond d'argent doré attaché au pied de ladite pierre, tenant audit bord à cinq fillets d'argent doré et un sixième fiUet perdu; ledit bord garny de trois saphirs, deux prismes d'émeraudes, deux amatistes d'Allemage, une crisolite et quarante petits émaux d'applique. Prisé le tout mil escus (5,000 livres en 1634.) » Invent, cité, fol. cxv, v. « Une très excellente gondole d'agathe, goderonnée à dix goderons tant dedans que dehors avec le pied de la mesme agathe, garny d'argent doré, et le bord aussy d'argent doré, le tout enrichy de saphirs. » Doublet, loc. cit ., p. 344. « BB. Gondole faite d'une agathe onix dont la garniture est d'or enrichie de pierreries. » Félibien, loc. cit., p. 543 et pl. iv, BB. Cette figure prouve l'identité de l'objet inventorié avec la gondole du Cabinet des antiques, qui est bien réellement ornée d'émaux cloisonnés.
* De Administ. 5Mrt,ap. Do Chesne, Hist. Franc. Script, t. iv, p. 349. Le texte de Du Chesne porte incluso; Du Cange [Gloss.) rétablit la leçon véritable inclusorio.
la décrit également. « Autre très exquise gondole de couleur de verdde mer auec le pied de mesme estoffe, garny d'or et la bordeure aussi d'or, le tout enricliy de beaux saphirs, grenats, presmes d'esmeraudes et de belles perles orientales au nombre de septante. Cette pièce autant rare et estimée qu'il est possible par les orfeuvres, fut autresfois engagée par le Eoy Louys le Gros, et de son consentement dégagée par l'abbé Suggère (ainsi qu'il le tesmoigne) qu'il acheta soixante marcs d'argent qui estoit beaucoup alors, et a esté faite par la main du glorieux sainct Eloy. * » Dom Félibien revient à deux reprises sur ce vase : la première, il en trace l'historique d'après Suger, en omettant toutefois le détail qui concerne saint E\oi ; la seconde, il l'inventorie ainsi : « Autre gondole faite d'une pierre de jade dont la garniture est d'orémaillé. » Un renvoi à la page 17o du volume, où se lit précisément l'historique du vas de lapide prasio racheté aux prêteurs sur gage par l'abbé de Saint-Denis, prouve que la double mention concerne un seul et même objet. A sa description d'un laconisme regrettable, le savant Religieux a joint une figure de la gondole de saint Eloi. Cette figure, de minimes dimensions, représente le vase couché sur le flanc et posé en face du spectateur, de telle sorte que l'intérieur seul est visible. Malgré ses négligences de détail, elle permet de reconnaître que l'orifice avait la forme d'une ellipse quadrilobée ; que la surface des deux plus grands lobes était couverte d'imbrications ; que le plat des lèvres comportait une série de petits rhombes ou parallélogrammes, semblables à ceux qui contournent le dessous des montures de Tépée de Childéric; enfin que la bordure offrait une sorte d'échiqueté, dont l'analogie avec la
' Loc. cit., p. 3-14 Dom Germain Millet {loc. cit., p. 132) dit qu'elle était en chrysolithe couleur vert de mer.
décoration externe du calice de Chelles me frappa de prime abord *. Soupçonnant l'emploi des verroteries incrustées à froid, là où Doublet ne vit que des pierreries et Félibien de l'émail, j'eus recours à l'Inventaire qui changea mes prévisions en certitude absolue. « Item une autre navette de pierre porpliire semblant à jaspe, à un petit pied de mesme pierre garny d'or par le bord ; à quatre demy compas (lobes) tenant par dedans à quatre feuilles d'argent doré dont deux perdues, garnies tout alentour par le dedans et par le bord de grenats, et sur le bas trois places vuides de grenats ; et audessous de claires voyes une bordure derrière [de verre) bleu et en icelles vingt et une places vuides ; et au fonds de deux demy compas des costez, prismes d'esmeraudes en façon d'escaille et sur l'un d'iceux compas quatre places vuides ; le dehors de ladite bordure garny de grenats entremeslez de verres bleus et trente-trois places vuides, et au-dessous desdits grenats et verres un fillet de verre bleu et en icelui quinze places vuides, et sous le fonds des deux demy compas des costez, verres semez en façon d'escailles et dix-huit places vuides de pierres ; au-dessous des deux demy compas, pardehors, au bord d'en bas des deux bouts de ladite navette, une rangée de perles de soixante-sept perles de compte et trois places vuides de perles. Prisée 400 liv. ^ » Cette description est,
* Loc. cit., p. 175 et 543, pl. iv, ce. — Millin [Dict. des Beaux- Arts) mentionne une sorte de jade, dit olivâtre^ tirant quelquefois sur le vert céladon. Le vase de Suger était probablement fait d'une pierre de cette espèce, sinon de prase verdâtre tachetée, smaragdo-prase^ minéral vert demi-translucide, voisin de la couleur du poireau et susceptible d'un poli éclatant. (V, Millin, loc. cit.) Les mots lapis prasins ne peuvent guère s'appliquer à autre chose.
* Loc. cit., fol. cxvr, r. — « Plasme ou prasme d'émeiiacde, en italien plasma ou prasma di smeraldo. La pierre verte appelée prase a souvent été prise pour l'émeraude, et pour cette raison on l'appelle fausse émeraude. Le
je l'avoue, un peu diifuse et les termes eu sont passablement embrouillés ; néanmoins si on la place en regard du texte de Doublet, de la figure gravée dans Félibien et de la gondole conservée au Cabinet des antiques, on parviendra h démêler les faits suivants. Saint Eloi ayant à sa disposition un vase précieux, vraisemblablement reste opime des dépouilles romaines, s'ingénia à fabriquer une monture en or pour le pied et l'orifice. La face interne de la garniture de l'orifice était en grenats cloisonnés (claires-voies) ; la face externe comportait un mélange de grenats et de verroteries bleues pareillement agencés : l'une et l'autre bordées par le bas d'un filet de verres bleus, sauf à l'extérieur des lobes extrêmes où un cordon de perles fines se substituait au verre. A l'intérieur du vase (au fond), les parois des lobes majeurs étaient revêtues d'une doublure imbriquée en prasmes d'émeraudes ; une décoration identique, mais en verre (vert sans doute) recouvrait le bas de la paroi externe des mêmes lobes (sous le fond). J'admets volontiers que mon interprétation puisse être critiquée et qu'elle soit fautive sur divers points ; néanmoins on aura beau tourner et retourner les expressions de l'Inventaire, elles indiqueront toujours cette verroterie incrustée à froid que Félibien, à l'exemple de du Saussay et de Martène, transforme obstinément en émail. L'émail dégradé ne disparait pas en entier, il laisse des traces appréciables pour les experts ; or ceux-ci ont écrit grenat, prasme d'émeraude, verre, et non émail ; de plus, le mot claire-voie,
mot prase vient de la ressemblance de sa couleur avec celle du porreau, en grec prason ; de là on a fait en latin l'adjectif prasinits, on a dit gemma jmisina, et en négligeant le point sur l'i on a fait par corruption jîmswa, puis plasma pour adoucir le son. De là les joailliers ont dit prasme, plasme^ presme, prisme d'émeraude; et ils regardaient cette pierre comme la matrice des émeraudes. » Millin, Dict, des Beaux- Arts.
les très nombreux vides signalés, démontrent pleinement que les parties métalliques offraient sur leur intégrité un réseau d'alvéoles multiformes. Un dernier détail: l'objet, que Suger paya au XIP siècle la somme énorme de soixante marcs d'argent, n'était plus estimé que 400 livres en 1534et 1500 livres cent ans après. Sa valeur serait incalculable aujourd'hui.
Le moine de Saint-Denis caractérise la spécialité du talent de saint Eloi par les termes gemmarii et inclusoris suhtilitas; Suger nomme son genre de travail opus inclusorium : quelle intention attribuer aux deux écrivains ?
Les Glossaires de Jean de Gênes et de Guillaume le Breton interprêtent inclusor par « qui includit sicut auri faber, qui includit gemmam in anulo. »Uguccione,dans son dictionnaire arabe-latin dit : « Clusor^ qui gemmas auro concludit. » On lit au chapitre 24, verset 4, de Jérémie : « Postquam transtulit Nabuchodonosor rex Babylonis Jechoniam hlium Joakim regem Juda, et principes ejus, et fabrum, et inclusorem, de Jérusalem, et adduxit eos in Babylonem. » Et saint Jérôme commente ainsi ce passage : « Artifices inclusoresque auri, atque gemmarum, quae apudbarbaras nationes pretiosissimœ sunt. » Enfin la vie de saint Wilfrid contient la mention suivante: « Necnon bibliothecam librorum eorum, omnem de auro purissimo et gemmis pretiosissimis fabrefactam, compaginare inclusores gemmarum jussit. ^ » Le sens iVtnclusor est ici parfaitement défini; il signale l'ouvrier qui enchâssait les pierres précieuses. En est-il de même pour le texte du moine de Saint-Denis? J'en doute, car alors de deux choses l'une : ou il donnerait à entendre que saint Eloi pratiquait la taille des pierreries, ce qui est matériellement impossible vu
' C. 16, ap Bonand.,^4 Apr.— V. Du Cange
OEUVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOl. G5
la quantité de pièces fabriquées par le grand orfèvre, ou un pléonasme injustifiable serait commis. Je pense que l'écrivain anonyme et, après lui, Suger ont voulu spécifier par z/?c/i/5or, opus inclusorium, le procédé particulier aux orfèvres mérovingiens, procédé consistant à monter en sertidos, c'est-àdire à sertissure rabattue, sans griffe ni pointillé, des verres ou des grenats réduits en lames minces. L'hypothèse est ici d'autant plus vraisemblable, que le premier écrivain applique la réunion des mots geiiwiarius et inclusor à une croix ornée de pierreries et de verres cloisonnés, tandis que le second, par opus inclusorium^ désigne un objet dont l'ornementation se composait .principalement de grenats en table et de verroteries incrustées à froid. Quelques lignes d'un historien du siècle viennent appuyer mon sentiment : Aimoin rend compte en ces termes du butin que Childebert P*" recueillit dans son expédition d'Espagne, après le sac de Tolède et la défaite des Visigoths. « Sane in thesauris, quos Childebertus avexit ab Hispaniis, reperta sunt ecclesiastici utensilia ministerii, ex vasis quos dicunt fuisse Salomonis, novem preciosissimi calices, quindecim patense, viginti capsse evangeliorum. Quas omnia cum solido fabricata forent auro, gemmisque ornât a opère inclusor io. * » Comme on ne parvient à fixer les pierres sur le métal qu'à l'aide d'emboîtages, griffes ou bâtes, il s'ensuit qu'Aimoin, en ajoutant aux termes (7e7?2viis ornata le complément générique opère inclusorio^ n a pu désigner autre chose que la sertissure en cloisons dont les couronnes de Reccesvinthe et de Siiinthila témoignent l'emploi chez les orfèvres visigoths d'Espagne. L'art de cloisonner le verre était peut-être encore pratiqué au XP siècle dans un monastère de l'Italie centrale. Guy, moine, puis abbé de Farfe,
• Lib. II, c. 8, ap. Do Cheswe, Hist, franç. script., t. m, p. 30.
GG OKUVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOl.
au diocèse de Spolète, a laissé un état minutieux des bâti ments de sa maison ; Ton y trouve ces détails. « Et post istam positionem construantur fsicj cella novitiorum, et sit angulata in quadrimodis videlicet prima ut meditentur, in secunda reficiant , in tertia dormiant, in quarta latrina ex latere. Juxta istam sit disposita alia cella, ubi aurifices vel inclusores seu vitrei magistri conveniant ad faciendam ipsam artem. * » Le sens que je vais prêter à ma citation est, je le sais, fort élastique et soulèvera plus d'une objection; mais, lorsqu'on aborde les questions neuves, il ne faut pas craindre de s'avancer ; la vérité gagne toujours au redressement des erreurs, tandis qu'une réserve trop prudente conduit bien rarement à la découvrir.
Je m'explique. Quoique cella doive se traduire ici par . quartier et non chambre^ sur quel motif sérieux baser la réunion sous un même toit des orfèvres, inclusores et magistri vitrei? Le plan de l'abbaye de Saint-Gall loge les orfèvres à côté des ferroniers et en face des ciseleurs (tornatores); on le comprend parfaitement, vu que ces trois métiers se relient l'un à l'autre et se donnent en quelque sorte la main ^. Or, pour quelle raison l'architecte du monastère de Farfe auraitil placé dans des ateliers contigus les orfèvres, les sertisseurs et les maîtres en verre, sinon parce que les derniers fournissaient aux autres des matières propres à décorer leurs ouvrages ?Les magistri vitrei^ à Farfe, n'étaient certes pas des vitriers ordinaires, vitriarii^ vitriatores^ chargés d'entretenir
' Disciplina Farfensis, lib. it. c. 1, ap. Migwe, Patrol.^ t. cl, col. 1251. Guy écrivit son livre avant 1039; Dom Marquart Hergott, religieux de Saint-Biaise in silva nigra, en a donné une édition en 1726. V. Dom Remy Ceili.ieu, Nist, gén. des auteurs sacrés et ecçlés., t. xxi, p 68.
' V. Albert Lenoiu, Architecture monast., t. i. pl. à la p. 24. Ce plan est de la fin du VIII<^ siècle ou du commencement du IX«.
les fenêtres en bon état, encore moins des manufactnriers de verre, des verriers: car, outre que l'existence d'une verrerie près de Spolète serait invraisemblable au XP siècle, l'établissement d'une telle industrie exige des locaux assez spacieux pour avoir nécessité un quartier à part. Il est possible que les magistri vitrci de Faffe aient été des émailleurs ; en effet, si, depuis Anastase, la basse latinité possède le sul)stantif smaltum^ le terme correspondante l'expression moderne émaîlleur j est inconnu. Peut-être s'agissait-il de mosaïstes? peut-être aussi d'individus habiles à teindre ou peindre le verre, de faiseurs de vitraux ^ ? Toutefois je maintiens ma première hypothèse, et, magister vitreus^ voisin d^aiirifex et di indusor^ me représente un ouvrier qui taillait les grenats ou les verres que l'en chasseur disposait sur les pièces apprêtées par l'orfèvre. Je laisse au reste mon idée pour ce qu'elle vaut, en la recommandant néanmoins à l'attention des spécialistes.
Il est très-positif que l'art de cloisonner le verre était encore pratiqué en France au IX*" siècle. La grande croix d'or donnée à l'abbaye de Saint-Denis par Charles-le-Chauve, croix que Dom Germain Millet assure avoir appartenu à la chapelle particulière de Charlemagne, offrait un travail de cette nature. « Tout le champ de ladite croix »> porte l'Inventaire « semé de grenats en façon d'escussons et petits verres verts tous ronds. ^ » Le même Inventaire, à l'article du plat sassanide, faisant parfaitement comprendre que ses
1 Dès le IXe siècle, on fit des fenêtres ornées de verres colorés. « Fenestras vero vitreis coloribus ornavit et pictara musivi decoravit. (Sainte - Marie du-Transtévère.) » Aisjastase, Benediclus iiijn» 572, éd. Migne. t. ii, p. 1354.
^ Le trésor sacré ou inventaire des satnctes reliques, etc., au thrésor de l'ahb. royale de Saint-Denys en France, p. 87, Paris, 1640, in-18. — Invent, cité, à partir du fol. lxu, r.
68 OîUVRES ATTllIliUÉIiS A SAINT ÉLOI.
rédacteurs entendaient par écussons les intervalles ménagés entre plusieurs cercles tangents, en outre les experts ayant toujours eu soin de faire suivre l'adjectif rond par l'adverbe chaque fois qu'il s'agissait d'un cabochon, on
doit conclure du texte précité que la croix de Charles-le- Chauve était revêtue de lames de verroteries rouges et vertes, cloisonnées dans un réseau d'alvéoles disposées comme l'armature du plat sassanide, mais de moindres dimensions. Cette découverte, que j'ai faite récemment aux Archives de l'Empire, permet de rapprocher d'un siècle environ la date de la châsse de Saint Maurice-en-Yalais, et d'expliquer enfin d'une manière satisfaisante la présence simultanée de l'émail et du verre cloisonné qui forme sou caractère distinctif.
Les princes chrétiens qui régnèrent sur les Asturies ne laissèrent pas tomber en désuétude un genre d'orfèvrerie en usage chez leurs ancêtres, lorsque ceux-ci dominaient sur l'Espagne entière. On conserve dans la Camara sanla de la cathédrale d'Oviedo une croix précieuse, nommée Cruz de la Victoria et offerte en 908 par Alfonse 111, el Magno^ roi des Asturies et de Léon, conjointement avec la reine Ximena sa femme. Une partie des ornements de cet antique morceau est en verroteries cloisonnées rouges et vertes En 1065, 552 ans après la ruine de la monarchie des Visigoths, lors de la
' Cette croix en bois, recouvert de lames d'or, porte l'inscription suivante sur sa face postérieure : offeuvwt famvli christi adefowsvs priinceps et
SCEMENA UEGIKA. — HOC OPVS PEUFECTVM EST OPERATVM EST IN CASTELLO
GAVZON AN^'O WOSTUI REGM XLII DISCVRRKNTE ERA DCCCCXLVI {908j. « Slendo
muy de notar que las hojas de las flores de rosetones y de franjas, aparecen de labor de taracea, ostentando las colores verde y granate, procedimiento industrial del todo semejante al de las coronas y demas preseas de Tesoro de Guarrazar conforme adelante observaremos. » Dow José Amadou de Los Rios, El arte Latino-Blzantino en Espana, p. 35 et 30.
translation du corps de saint Isidore à Léon, Ferdinand I"", le Grand, roi de Castille et dona Sancha son épouse firent à l'église de Saint-Jean-Baptiste des présents, aussi riches que nombreux, dont la liste nous est parvenue. Parmi ces dons on trouve : « Frontale ex auro puro opère digno cum lapidibus, smaragdis, saiiris, et omnc genero pretiosis et olovitreis. — Alia (corona) est de cum olovitreo, aurea.
— Et crucem auream cum lapidibus coopertam olovitreo.
— Et calicem et patenam ex auro cum olovitreo. » Il peut y avoir un doute sur le sens du mot olovitreus dans les deux l)remiers articles. La décoration du frontale se composait de pierres vraies, mêlées à des pierres fausses, si l'on prend olovitreus adjectivement; des lames de grenat ou de verre émaillaient sa surface, si l'on considère olovitreus comme un substantif. Une fâcheuse lacune dans le texte empêche d'apprécier exactement l'état de la couronne, mais la croix ne laisse rien à désirer. Les termes coopertam olovitreo démontrent clairement qu'elle était revêtue en entier de verroteries cloisonnées, rehaussées de cabochons. Quant au calice et à la patène, ils devaient ressembler beaucoup au calice de Chelles et au plateau de Gourdon ' .
A une époque plus reculée, olovitreus fut employé comme équivalent à' é maillé , On lit dans les Actes de saint ^larcel^ martyrisé à Chalon-sur-Saône, en 179, sous le règne de Marc-Aurèle : « Primum ergo ad Saturni statuam, quae ripae Araris imminebat, eculeo distentus, iunumera ictuum flagella suscepit. Deinde ad Solis imaginem, quas intra muros
' Yepes, Cronica de la Orden de san Ben'ilo, t. vi, Append.^ fol. ^61, v.
— J'ai été assez heureux pour me rencontrer avec M. de Los Rios dans l'interprétation du mot olovitreus la charte de Ferdinand 1'^. Cn saviint [loc cit., p. 149, note) pense, qu'aux XI« et XI siècles, olovitreus doit se traduire par vidrio taraceado,\cvrc cloisonne.
70 ŒUVRES ATTRIBUÉES A SAINT ÉLOï.
Seqiiaiiica3 portœ geiitiliiim prœcipuo colebatur, iiecuon ad atrimii divi Hauionis, ubi effigies olovitrea celso columiiae adorabatur collocata fastigio, in secundo milliario civitatis, prseside jubente, perdiicitur, » Un renvoi du P. Stilting apprend que le manuscrit de Fulde et d'autres encore portent la variante, effigies electrma^ milieu, effigies olovitrea. Electnim^ chez les anciens auteurs allemands, signifiant toujours émail^ on ne peut se méprendre sur l'intention du copiste de Fulde, d'autant mieux que la présence de l'émail sur une statue gallo-romaine du IP siècle, s'explique naturellement ^ Au XIIP siècle, on incrustait encore des lames de verre, sinon dans le métal, au moins dans le bois doré qui en a les apparences. La statue de Notre-Dame-des-Miracles, à Saint- Omer, est assise sur un siège de forme antique, dont les parois verticales sont revêtues de grandes plaques de verre bleu. Ceci conduirait à penser que les anciens trônes peints sur les manuscrits, trônes où l'or enchâsse des ornements coloriés trop grands pour être confondus avec les pierreries et l'émail, étaient décorés d'incrustations en verre .
1 Acta SS.^ Sept., t. Il, p. 200, col. '2. « lu codice Fuldensi et alibi. » — Labarte, Rech. sur la 'peint, en émail, p. 162. — Olovitreus, mot hybride, tiré du grec oXoa et du latin vitruiii^ est quelquefois pris dans son acception littérale, u Habeo, inquit cubiculurn holovitreum, in quo omnis disciplina stellaruu) ac mathesis luechanica est arte constructa, in cujus fabrica pater meus Taïquinius amplius quam ducenta pondo ami dignoscitur expendisse. \^Acla S* Sebastiani mart.^ aj). Jeta SS., Januar., t. il, p. 273, col. 2, c. xvi, n° 54. L'annotateur dit qu'il s'agit là d'un « cœlum vitreum ad usum astrologise judiciariœ factum, » Dans la Vie de saint Odilon abbé de Cluny, holovilreus signifie un vase à boire en verre soufflé ou fondu. « Accepto confestim parvo holovitreo infudit merum, et singulis pro benedictione largitur potum. » Acta SS O. S. B.y sœc. VI, pars i, p. 699.
^ L. Descuami's ])e Pas, Notre'Dame'des-Mirales, ap. Ann. archéoU t. xviii, p. 258, WlLLKMlI^J, pl. Vil, nôue de Charles le Chauve, IXc siècle, pl xn, trône byzantin, même époque.
l'orfèvrerie en occident du Vl® AU VllI» SIÈCLE.