STÉRILISATION DES INSTRUMENTS
Aussi doit-on rejeter les sondes qui ont une paroi épaisse, une lumière
FiG. 1. — Sonde présentant un cul-dc-sac terminal, véritable nid à saleté au-delà de Tœil latéral (sonde à rejeter).
FiG. 2. — Sonde dont la cavité se continue par un plan oblique avec l'œil termintil (bonne sonde).
intérieure petite, et un cul-de-sac au delà de leur œil, ce"cul-de-sac étant inaccessible au nettoyage (fig. 1). Une bonne sonde doit avoir une paroi mince, aussi lisse que possible intérieurement (point qui laisse encore à désirer dans les sondes actuelles), une lumière large, un œil aussi près que possible de l'extrémité (fig. 2),
sans cul-de-sac terminal, une embouchure évasée permettant l'arrivée d*un gros jet liquide dans son intérieur (fig. 3).
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Fig. 3. — Pavillon évasé d'une sonde permettant d'envoyer un gros jet liquide dans son intérieur.
Fig. 4 — Modèle de robinet permettant le nettoyage de Tintérieur des sondes avec un jet d'eau chaude. (Hôpital Lariboisière.)
4 L ASEPSIE ET l'aNTISEPSIE EN CHIRURGIE URINAIRE
Dans mon service, dès qu'une sonde a servi, elle est immergée dans Teau, de manière à éviter la dessiccation des détritus où stagnent les microbes; la visite terminée, la sonde est brossée extérieurement, et rincée intérieurement à Teau chaude, ce qui se fait très simplement en adaptant son pavillon évasé à un robinet d'eau chaude pourvu d'un ajutage conique (fig. A). Le courant d'eau chaude arrivant sous pression nettoie mécaniquement l'intérieur de la sonde aussi complètement que possible.
Dans la pratique privée on arrive au même résultat en se servant d'une forte seringue, qui permet de projeter un violent courant de liquide dans l'intérieur de la sonde.
2o Stérilisation des sondes. — Pour obtenir cette stérilisation, on peut avoir recours à l'asepsie ou à l'antisepsie.
A) Asepsie. — Scientifiquement, l'asepsie est la méthode de choix ; malheureusement, elle est, dans un grand service, d'une pratique assez complexe. On peut employer soit la chaleur sèche, soit la chaleur humide.
à) Lorsque l'on veut se servir de la chaleur sèche ^ il faut avoir soin de commencer par bien dessécher la sonde ; une sonde humide, placée dans une étuve et portée rapidement à une température assez haute, s'altère presque immédiatement. Il faut, de plus, éviter tout contact direct de l'instrument avec un plateau de l'étuve ; par suite de leur conductibilité ces plateaux atteignent une température telle que la sonde perd immédiatement son vernis, qui fond à leur contact. On placera les sondes, avant de les porter à l'étuve, soit dans du papier k iiltre, soit, comme le conseille Poucet, dans un mélange de poudre de talc et d'acide borique, soit plus simplement dans des tubes de verre bouchés avec de l'ouate. Le contenant étant désinfecté en môme temps que le contenu, la sonde peut être conservée stérile.
Malgré ces précautions, on voit souvent le vernis s'altérer à des températures de 107'' à liO"*, températures nécessaires pour obtenir une désinfection réelle. Aussi, notre ami Henry Delagénière avait-il introduit dans le service de Terrier le procédé de la stérilisation discontinue, auquel nous avons eu très fréquemment recours. Il consiste à porter, pendant trois jours consécutifs, les sondes enfermées dans des tubes de verre, bouchés avec de l'ouate, à iOO*. Le premier chauffage détruit les microbes adultes, le deuxième et le troisième achèvent la désinfection à mesure que les spores plus résistantes se développent et passent à l'état adulte. C'est un procédé excellent, que nous employons dans notre pratique privée, mais qui est inapplicable aux grands services d'urinaires où la stérilisation porte sur un trop grand nombre de sondes.
b) La chaleur humide a été préconisée. On se servira avec avantage de l'ébullition pour la sonde en caoutchouc rouge qui supporte bien l'eau bouillante, si l'on a soin de placer au fond de la casserole un petit linge, de manière
STERILISATION DES INSTRUMENTS
à éviter le contact direct de la sonde et du fond du récipient. Pour les sondes en gomme, le procédé est inapplicable, Tébullition dans Teau rendant rapidement la sonde rugueuse. L'autoclave à 107'' altère aussi presque immédiatement les sondes. En Allemagne, on se sert assez volontiers d'un petit appareil qui permet de faire passer de la vapeur d'eau à l'intérieur des sondes (fîg.5) ; par ce procédé les sondes sont presque immédiatement altérées, pour peu que Ton ait réellement fait passer le courant de vapeur pendant un temps suffisant.
B) Antisepsie. — Les difficuitées rencontrées dans les divers modes d'emploi de la chaleur pour la stérilisation des sondes ont fait que, dans les grands services d'urinaires, on s*est adressé aux antiseptiques pour en obtenir la désinfection. De nombreux travaux ont été publiés sur lefficacité de tel ou tel agent chimique. Mais il n'ont en général que peu de valeur, les recherches destinées à établir quel est le meilleur agent chimique étant extrêmement longues et délicates si l'on veut avoir des résultats précis ' .
En pratique, les antiseptiques ont été utilisés à l'état liquide et à l'état gazeux.
a) Les antiseptiques à félat liquide sont d'un emploi très simple ; malheureusement, un grand nombre d'entre eux sont nuisibles au bon entretien des sondes, dont ils altèrent le vernis ; nous signalerons comme telles, toutes les solutions antiseptiques contenant de l'alcool. D'autres antiseptiques, comme le nitrate d'argent, le sublimé, amènent par leur contact avec Turèthre un léger degré d'uréthrite.
Il faut, si on emploie des antiseptiques liquides, ne se servir que de solutions faibles et sans alcool, du nitrate d'argent à 1 p. 1.000, du biiodure de mercure à 1 p. 1.0(X), etc.
b) Les antiseptiques à l'état gazeux^ les plus employés, sont l'acide sulfureux ou les vapeurs de formol.
L'acide sulfureux se trouve dans le commerce liquéfié sous pression, dans des obus ; on peut aussi l'obtenir en mettant du bisulfite de soude au contact de Tacide chlorhydrique. Préconisé, il y a quelques années, par l'École de Necker, il est aujourd'hui abandonné par le professeur Gnyon et remplacé
Fk;. T). — Appareil permettant la stérilisation des sondes par le passage de vapeur d'eau à leur intérieur.
* Il ne suffit pas, en effet, de tremper la sonde infectée dans un liquide antiseptique, puis de rimmerger dans un bouillon de culture. Il faut enlever Tantiseptique très soigneusement, la moindre quantité de ce dernier ajoutée au milieu de culture pour vant suffire à entraver le développement des agents pathogènes et faire croire à une stérilité qui n'existe pas réellement.
6 l/ ASEPSIE ET l'antisepsie EN CHIRURGIE URINAIRE
dans sa clinique par les vapeurs de formol. Les sondes, préalablement nettoyées et séchées, sont placées sur des claies horizontales, dans une armoire bien close dont le bas est recouvert d'une feuille de feutre sur laquelle on répand une certaine quantité de formol. Les sondes sont retirées après trentesix heures d*exposition aux vapeurs de formol.
Desnos utilise aussi les vapeurs de formol, mais par un procédé un peu différent. 11 place les sondes dans un tube de verre dont le bouchon supporte un godet percé de trous et contenant du trioxyméthylène. Les grains de trioxy mé-
fie. 6. — Tube de Desnos avec bouchon de caoutchouc contenant un godet perforé
rempli de trioxyméthylène.
thylène dégagent constamment des vapeurs de formol qui vont se répandre dans le tube par les trous du godet. Comme par ces trous peuvent tomber aussi de très petits grains de trioxyméthylène qui se fixent sur les sondes et enflamment Furèthre, il faut avoir soin d'essuyer l'instrument avant de s'en servir. Ce petit inconvénient peut être facilement évité en plaçant le réservoir à la partie inférieure, en maintenant le tube vertical et le bouchant à Tautre extrémité par un bouchon de caoutchouc, suivant un modèle que nous avons fait fabriquer.
Divers autres moyens ont encore été préconisés pour l'utilisation des vapeurs de formol ; nous signalerons entre autres les étuves de Janet, d'Albarran, etc.
A tous ces moyens nous préférons l'étuve d'Hamonic, qui a le grand avantage de faire passer les vapeurs de formol par 1 intérieur des sondes, partie la plus difficile et la plus importante à aseptiser, étant toujours la plus contaminée.
Le principe de l'appareil est le suivant : Entraîner avec la plus grande énergie possible des vapeurs formolées, à l'aide d'un gaz sous pression, tel que le gaz d'éclairage, et lui faire traverser la cavité des sondes, pour de là aboutir à un brûleur qui le combure ainsi que le formol, converti au contact de la flamme en carbures, ce qui empêche toute émanation et toute odeur dans la pièce où fonctionne le stérilisateur.
L'appareil se compose d'un petit récipient dans lequel on verse quelques grammes d'aldéhyde formique ; on met en communication ce récipient avec une prise de gaz d'éclairage, à l'aide d'un tube do caoutchouc. Le gaz vient barboter dans l'aldéhyde formique, se sature de vapeurs formolées et s'engage dans le tube de sortie qui l'amène dans l'étage supérieur creux de la chambre du stérilisateur. Cet étage est constitué par une demi-sphère dont le plancher est percé d'une série de trous, communiquant chacuTi avec une petite cheminée conique sur laquelle on visse la sonde.