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CHAPITRE XII TRAITEMENT DES MALADIES DE LA PROSTATE

SOMMAIRE

Traitement de l'hyperlrophie prostatique. (Traitement palliatif. — Traitement opératoire. — Indications thérapeutiques.) — Traitement des prostatites (aiguës et chroniques). — Traitement de la tuberculose prostatique.

§ i. — Traitement de Thypertrophie prostatique.

Jusqu'à ces dernières années, le traitement de l'hypertrophie de la prostate était presque exclusivement palliatif. Sous l'influence du professeur Guyon, on considérait Thypcrtrophie prostatique et les lésions concomitantes de l'appareil urinaire comme la manifestation locale d'une maladie générale, l'artériosclérose. Développée et brillamment défendue par Launois, cette théorie avait fait rejeter dans l'ombre les tentatives d'action directe sur la prostate, que Mercier avait cherché à vulgariser il y a plus d'un demi-siècle, et le traitement se réduisait à celui des complications, à une hygiène sévère et au cathétérisme. Les travaux modernes ont montré que Tartério-sclérose était loin d'ôtre constante chez les prostatiques, que l'hypertrophie fibreuse est une rareté, que l'hypertrophie glandulaire se rencontre fréquemment, et que l'hypertrophie mixte, constituée par l'augmentation des éléments glandulaires et fibreux, est la plus commune (Motz, Albarran et Halle). Aussi les traitements qui s'adressent directement à la lésion prostatique sont-ils revenus en faveur. Une évolution est en train de se faire. Actuellement encore on peut cependant dire que le traitement palliatif, qui a fait ses preuves, mérite une place, et une place importante, dans la thérapeutique.

TRAITEMENT DE l'hYPERTROPHIE PROSTATIQUE 23 1

Traitement palliatif ^ — i** Hygiène générale du prostatique. — A toutes les périodes de révolution de Thypertrophie prostatique, il y a lieu de prèscriro un traitement palliatif qui est exclusivement hygiénique et consiste dans robservation d*un certain nombre de règles ayant pour but A' éviter toutes tes causes de congestion prostatique.

Le premier point est de chercher à activer la circulation générale. 11 faut éviter les séjours prolongés au lit, faire une petite promenade de quinze à vingt minutes dans Tappartement avant de se coucher, faire chaque jour trois à quatre heures d'exercice modéré et, si possible, au grand air*.

Dans le même ordre d'idées on conseillera des frictions quotidiennes sur tout le corps avec un gant et une lanière de crin, secs ou imbibés d'une solution alcoolisée. Les grands bains, de courte durée, à l'eau simple ou additionnée de carbonate de soude (2 à 300 grammes), de sel marin (4 à 5 kilogrammes), le massage général, etc., ont leur utilité.

Au contraire, les refroidissements, les écarts de régime, les excès de boissons, l'ingestion de mets épicés ou excitants ont une action nuisible, [/alimentation chez ces malades, qui sont toujours des vieillards, doit être tonique mais non excitante. Les cures hydro-minérales (Evian, Vittel, Contrexé ville), ne doivent être employées qu'avec prudence, la suractivité fonctionnelle qu'elles provoquent du côté de l'appareil urinaire s'accompagnant de phénomènes congestifs.

11 faut enfin éviter toutes les causes locales de congestion : les rapports vénériens, la retenue volontaire et prolongée de Turine, la constipation ^.

Quant aux médicaments proprement dits, aux préparations mercurielles, conseillées par Velpeau, à l'iodure de sodium prescrit par Guyon (50 centigrammes par jour pendant quinze jours par mois) et à Topothérapie thyroïdienne ou prostatique (10 à 15 centigrammes d'extrait glycérine ou 50 centigrammes de poudre) indiquée par Rennert, il ne semble pas qu'ils aient la moindre action sur la marche de Thypertrophie prostatique.

Première Période. — Dans la première période, celle où le prostatique souffre d'une fréquence exclusivement nocturne des besoins d uriner, souvent compliquée d'érections, où il urine difficilement, lentement, pissant sur ses bottes, comme on dit, mais finalement arrivant à vider la vessie, le traitement consiste à peu près exclusivement dans l'observance des règles hygiéniques

*■ Ce traitement palliatif a été longuement exposé par Guyon dans ses leçons et par son élève Guiard {Le Traitement du prostatisme, Paris, 1901).

« Au contraire, les courses trop longues, les fatigues, l'équitation, lahicyclette, etc., provoquent des poussées congcstives du côté de la prostate.

3 Evitant les drastiques et conseillant de préférence soit des laxatifs doux (cascara, podophylle, etc.)« soit des lavements d*eau bouillie à la température de la chambre. Guyon conseille le soir un quart de lavement émollient à la graine de lin épaisse et tiède, h la racine de guimauve ou à la l^tc de pavot, lavement que le malade garde la nuit et qui constitue une sorte de cataplasme calmant.

que Dous avons exposées plus haut. Pour obtenir un peu de calme la nuit, on a conseillé le bromure de potassium ( 1 à 2 grammes), les suppositoires à l'extrait de belladone (0 gr. 02), ou de jusquiame (0 gr. 05), les petitslavements d'antipyrine (eau, 20 grammes ; antipyrine, i gramme à i gr. 80) ^

Les différents médicaments vaso-constricteurs (ergotine, noix vomique, préparations à base de strychnine) peuvent aussi rendre quelques services.

Deuxième Période. — Dans la deuxième période, caractérisée par la rétention d*urine, soit brusque et complète d emblée, rétention aiguë, soit insi-' dieuse, allant progressivement en augmentant, rétention incomplète chronique avec son cortège de symptômes concomitants (fréquence des besoins, polyurie, inappétence, etc.), la question du cathétérisme se pose. Immédiatement nécessaire dans les cas de rétention aiguë, il peut être différé dans certaines rétentions incomplètes chroniques, lorsque le résidu ne dépasse guère 40 à 50 grammes et que les intervalles des besoins atteignent au moins deux heures. L'état est alors susceptible de s'améliorer par le simple traitement général.

Troisième Période. — Dans la troisième période, la vessie se distend, il y a de rincontinence par regorgement, des signes d'empoisonnement urineux (troubles dyspeptiques, rougeur et sécheresse de la langue, amaigrissement, etc.). Comme dans la deuxième période, il faut recourir au cathétérisme, mais il faut le faire avec des précautions extrêmes; à cause des dangers qu'il présente. Comme Ta précisé le professeur Guyon, l'évacuation doit être lente et progressive pour éviter les congestions a vacuo. Les manœuvres doivent de plus être rigoureusement aseptiques, la plus petite faute pouvant être suivie d'une infection qui, dans ces cas, est extrêmement grave, se propage rapidement à tout l'appareil urinaire et peut entraîner la mort dans un court délai (un mois à six semaines). Le traitement général, chez ces malades en équilibre vital instable, a son importance. 11 faut les tonifier, les alimenter le mieux possible, leur donnant à intervalles rapprochés des aliments liquides ou demi-liquides (lait, jus de viande, viande pulpée dans du bouillon et même un peu de vin). Les amers pour exciter l'appétit, les laxatifs légers pour régu* lariser les garde-robes *, les gargarismes à l'eau de Vichy pour combattre la sécheresse de la gorge, etc., sont autant d'adjuvants au traitement.

Infection secondaire. — Lorsque l'état s'est compliqué d'une infection secondaire, il faut combiner au traitement que nous venons d'indiquer celui de rinflammation qui s'est développée à la suite de cette infection '.

^ Guiard, qui a beaucoup préconisé l'antipyrine, conseille aux malades de prendre, sans le secours d'un aide, ces pelils lavements en entrant dans Tanus une sonde uréthrale ot y injectant le lavement avec une petite seringue en verre.

s Guyon conseille souvent à ces malades la poudre de quinquina, qui agit comme tonique et, contrairement aux autres pn'^mrations à base de quinquina, bien loin de constiper les malades, a une action laxativc légère.

•^ Voir, en particulier, Traitement des cystites^ p. 222.

TRAITKMENT DK T.nYPEUTBOPrflE PHOSTATIQUE

Des hématuries peuvent aussi compliquer révolution d'une hypertrophie prostatique. Les médications, dites hémostatiques, ne semblent pas avoir grande action sur ces saignements. S'ils sont minimes, on se contentera de prescrire des boissons abondaiîteSt en particulier de la limonade sulfurîque qui, diluant le sang mêlé à Turine^ en empêche la coagulation et les conséquences fAcheuses, On y adjoindra, si le malade se sonde, des lavages vésicaux à Teau boriquée, des injections d'antipyrine et d'adrénaline.

Si la vessie se remplît de caillotSj on passe une sonde unjpeu grosse et avec une seringue on fait laspiralîon.La sonde à demeure, combinée à Temploi des calmants (suppositoires à la morphine, à l'antipyrine, etc.), constitue le meilleur traitement des hémorragies d'une certaine importance ; Timmobilisation de la vessie est en effet le meilleur moyen de faciliter sa dé congestion.

Traitement opératoire. — Nous ne parlerons pas des moyens indirects conseillés pour amener Tatrophie de la prastale, la ligature des iliaques primitives (Bier» Willy Meyer)» la castration (Ramm), la résection des canaux déférents [Harrisonj William Wliite, Guyon), rangioneurectomie (Albarran et Molz), la résection du cordon (Malherbe), celle des veines spermatiques (Desnos).

Nous n avons personnellement jamais eu recours à ces interventions, du reste abandonnées aujourd'hui.

Les injections interstitielles, les applications électriques, lelectro^massager ne semblent pas non plus avoir donné de grands résultats,

La dérivation des urines par une cystostomio, la section galvano-caustique de la prostate et Tablation de la glande soit par la voie périnéale, soit par la voie hypogaslrique constituent les seuls traitements opératoires qui se dîs^ putent la faveur des chirurgiens.

Indicationd thérapeutiques. — U est difficile de poser les indications de ces divers traitements, la question étant actuellement à Tétude. Dune manière généralCj les grandes règles de riiygîène du prostatique, si bien exposées par Guyon, restent vraies et trouvent toujours leur application. Mais il est certain qu aujourd hui le traitement opératoire conquiert chaque jour plus de partisans. Liniervenlion opératoire peut être proposée dès que le prostatique arrive à devoir vivre avec la sonde, ce qui ne veut pas dire qu il faut opérer dès la première attaque de rétention, celle-ci pouvant cesser et le malade n'éprouver aucun trouble pendant des mois et des années. Les complications telles qu'une cystite intense, un calcul vésical, etc., bien loin de contre-imliquer Topération, doivent pousser à la faire* Quelques auteurs ont regardé l'alTaiblissemenl de la contraction vésicale comme une coiitre*indication. Nous ne pouvons accepter cette manière devoir, ayant souvent vu la vessie reprendre toute sa force après la suppression de Tobstacle prostatique.

TRAITEMENT DES MALADIES r>K LA PROSTATE

Lorsque riiilcrvention est décidée en princîpej il reste à choisir le mode opératoire. La proslatectoniîe est de plus en plus en faveur. Elle nous semble incontestablement indiquée dans les cas de prostate grosse et molla avec rétention d'urine, et mt^me dans les cas de prostate moyenne lorsqu'il y a complication d*infection vésicale grave ou de calcuL Peut-être Fopératioa de Bottini conviendrait-elle aux prostates scléreuses.

Dans tous les cas, quelle que soit lopération qu'on adopte, il faut intervenir dans une période de calma et traiter les malades pendant les états aigus en suivant les anciens errements.

%± — TraitemcDC des prostalitcs.

Traitement de la pro&tatité aiguë, — Lorsqu'au coursd'une blennorrhagie survient une prostatite aiguë» il fout mettre le malade au repos au lit et lui donner des boissons délayantes. S'il était k ce moment en traitement pour sou uréthrile et si on lui faisait des lavages uréthro-vésicaux, i! faudrait immédiatement suspendre ces derniers. On prescrira une alimentation légère et

FiG. 2j/i. — Cnnule h double courant pour Irrigations rectales chaudes.

quelques laxatifs, de manière à obtenir des garde-robes régulières et faciles. Entin, on fera prendre des lavements chauds à 4S'' ou 50**, ou Ton fera des irrigations rectales chaudes avec une ennuie spéciale (fi g. 214).

S'il y a de la lièvre, des menaces de suppuralioni on surveillera la vessie et la prostate.

La rétention d'urine est assez fréquente, mais il est facile d*y remédier par le cathétérisme avec une sonde rouge n° ITi ou l(î.

Par le toucher rectal, on recherchera si un point se ramollit, et si Ton constate le développement d'un petit abcès» on l'ouvrira. Cette ouverture peut être très simplement pratiquée par la voie rectale.

Après avoir placé le malade dans la position dorso-sacrée, les cuisses écartées et relevées* le chirurgien introduit l'index gauche dans Tanus et renTonce jusqu'à ce qu*il arrive sur le point fluctuant. Après s'être assuré qu'il n'existe à son niveau aucune artère, aucune pulsation, il prend de la main droite un

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