‹ Organisation communale et centrale de la républiqueChapitre 95 sur 106 · DES · texte numérisé non relu

DES

DEUX BUDGETIi.

La comparaison du budget actuel et de notre budget projeté demande à être établie sous ])lusieurs points de vue, sans cela, pas de vraie lumière.

Si nous rapprochons d'abord le chiffre total de nos dépenses, tant communales que centrales, militaires que civiles, extérieures qu'intérieures, du chiffre total des dépenses actuelles, diminué même de 80 millions de travaux extraordinaires, et sans parler de ce que nous avons appelé le budget des dépenses indirectes, nous trouverons, d'un côté moins de 1,400 millions, et de l'autre plus de 2 milliards (1)! L'économie que nous réalisons dépasse 600 mij-

(1) Nous avons déjà expliqué (voyez page 371) la raison qui nous oblige à prendre le budget do 1849 pour base de notre comparaison. Mais il suffit pour éviter tout reproche que n ^us déduisions du chiffre total de ce budget une somme de 80 millions environ, consacrée à la construrliou do grandes lignes de chemins de for. Le reste, qui surpasse encore deux milliards ne se composé plus que des dépenses communes à tous les budgets, ou de celles qui ne manquent jamais d'y avoir des équivalents. Si cependant on voulait aller plus loin et distraire en outre du budget de 1849, une somme do 63 millions, c'està-dire l'ensemble do tout ce que lo ministre lui-même, dans son exposé des motifs caractérise comme dépenses extraordinaires, rion ne serait cbangé aux résultats grénéraux de notre comparaison. Nous procédons très-largement et n'en sommes pas à 60 millions près de critique avec les budgets actuels.

lions ; elle les dépasse même de beaucoup si l'on veut tenir compte de toutes les dépenses communales dont le gâchis présent ne nous a pas permis d'obtenir un relevé exact.

600 millions! Somme énorme qui équivaut à la vie d'un million de familles, au taux de la misère présente. Cette somme, aujourd'hui dilapidée au profit des fonctionnaires parasites, restera aux citoyens qui la paient, et qui la paient souvent en proportion de leur indigence et non de leur fortune. Capitalisée pendant dix ans, elle représenterait 6 milliards ajoutés aux forces productives du pays.

De plus, notre budget étant en grande partie communal, et, pour la part même afférente à l'Etat, se reversant immédiatement sur les communes, soit par les indemnités dévolues aux administrateurs et aux jurés, soit par les traitements de fonctionnaires presque tous locaux , on peut dire que les citoyens bénéficient directement des dépenses de la communauté. 11 n'en est pas de même aujourd'hui.

Cependant nous n'avons pas pris la base d'une comparaison équitable entre les deux budgets.

Lorsque l'on compare deux systèmes qui ont un élément commun, il faut faire abstraction de cet élément. Or, l'administration monarchique nous a légué une dette dont les intérêts (sans l'amortissement) s'élèvent à près de iOO millions. Les monarchistes travaillent à augmenter annuellement d'une centaine de millions celte dette représentation exacte des folies administratives et militaires de l'Empire et des deux royautés qui l'ont continué (1). Nous, nous voudrions l'éteindre graduellement, rapidement; mais il ne dépend pas de nous d'en rayer les intérêts de notre budget. Or, si nous comparons les deux systèmes de dépenses , abstraction faite de la dette nationale, départe-

(1) Depuis 1814, la dette publi(iue de la France s'est élevée de 1,366,152 fr. à plus de 6 milliards, c'ost-à-diro qu'elle sVst accrue de plus de 130 millions par an, terme moyen, ce qui n'empêchait pas les goiiverneinents de consacrer régulièrement des sommes énormes ù son amorlissenienl prétendu. La république n'avait laissé que 40,'216,000 fr, de dette inscrite.

rtientale et communale , ainsi que des fonds et rehfâ(îe l'amortissement, il se trouve que notre budget s'élève à un milliard environ, tandis que le budget actuel monte officiellement, sans le surplus dos travaux publics, à 1,538 millions, c'est-à-dire surpasse le nôtre de plus de moiti«' en sus.

Ce n'est pas encore tout. Notre budget renferme deux autres parties, f[ui ne représentent pas i)Our nous, des dépcînsos normales et permanentes. L'organisation de la force publique y figure pour une somme de près de IGO millions (sans compter la marine) et l'Algérie pour 70. Or, l'Algérie se suffira un jour à elle-même, et ce jour serait voisin, ce jour serait venu, peut-ôtre, si les gouvernements l'avaient voulu. Quant à l'armée, nous avons bien pu quadrupler sa force en réduisant son budget d'une centaine de millions j mais à qui la faute, si la résistance tantôt perfide, tantôt violente de l'aristocratie européenne aux réformes les plus légitimes, les plus nécessaires, oblige la démocratie française à se placer sur le plus formidable pied de guerre, elle qui veut la paix, l'association générale,

A ce nouveau point de vue, les dépenses de notre administration j)roprement dite s'élèveraient seulement à 739,531,000 fr., et il doit nous être permis de rapprocher ce noml)rc de celui de 1,538,000,000 du liudget oligarchique (la dette à part dans l'un comme dans l'autre), attendu que le système dont ce nombre de 1,538,000,000 fr. est la représentation chiffrée, veut essentiellement des armées permanentes et des colonies à la fois exploitées et coûteuses.

La démocratie demande donc, pour s'administrer, moins de la moitié de la somme que l'oligarchie consacre à son fastueux étalage.

Nous pourrions ne pas nous arrêter là. Mais nous craignons d'être taxés d'exagération j nous craignons que la vérité cesse de sembler vraisemblable. Et cependant c'est une concession qu'3 nous faisons au système actuel quand nous distrayons la dette publi(iue d«» l'ensemble de ses dépenses pour les ;omparer au nôtre , dont nous la distrayons également. Voici pouniuoi : Lors^iueles dépenses

d'une nation sont exagérées, les recettes, quel que soit le mode d'extraction fiscale qu'on mette en usage, sont insuffisantes; le bon sens le dit et rexpérience le confirme depuis des siècles. Le système oligarchique entraîne donc fatalement une dette puljlique et une dette toujours et rapidement croissante. Si la démocratie se suffit avec un budget de moitié moindre, il est clair que les dépenses extraordinaires qui peuvent survenir trouvent assez de marge pour s'étendre, sans qu'on soit obligé de recourir aux emprunts. Et remarquons en passant que ces sortes de dépenses, approuvées par le peuple, ne peuvent être que reproductives, à l'opposé des grands gaspillages de la monarchie. Donc, il est de la nature de notre budget, pris en lui-même, abstraction faite des circonstances et de toute solidarité avec le passé, de n'avoir point de dette, au lieu qu'il est de la nature du budget auquel nous le comparons d'en avoir une, et une monstrueuse. A ce compte, on voit que notre budget, calculé pour l'état normal de la démocratie moderne, l'état de paix et de travail , ne s'élève pas aux deux cinquièmes du Imdget de l'exploitation et de la guerre.

Si, enfin, nous voulons tenir compte du budget actuel indirect ( p. 376 ), à peu près équivalent au budget direct, et qui doit graduellement disparaître par l'application de notre système administratif, si nous supposons un peuple instruit par vingt ans de notre régime, à qui notre organisation judiciaire suffise sans aucun accessoire coûteux, et qui ait contracté l'habitude de nos banques et de nos assurances; si les douanes sont abolies; si l'assistance publique, et cela doit être, se substitue à la charité privée, alors notre budget de 739 raillions peut être comparé au budget total actuel, montant à k milliards, et ce dernier est au-delà de cinq fois plus considérable.

Nous ajouterions que les progrès du peuple dans l'aisance et le bien-être, progrès essentiellement liés au régime démocratique, et l'équilibre de la population, suite nécessaire de l'aisance elle-même, doivent, à la longue, réduire notre budget à 500 millions, en rendant d'une parfaite inutilitt'' le chapitre de la garantie du travail et de

Vassistance publique. Mais il ne nous appartient pas de prévoir si loin, parce que nous n'avons pas la folie de regarder nos institutions comme le dernier mot de l'humanité : d'autres circonstances, de nouveaux développements du socialisme peuvent changer le système budgétaire, le bouleverser de fond en comble.

Quoi qu'il en soit, c'est avec une dépense de un milliard que nous suffisons à tous les services actuellement reconnus nécessaires, et que nous pourvoyons à des besoins nouveaux et au jeu du mécanisme immense de l'administration démocratique. On en jugera par les tableaux suivants, dans lesquels nous plaçons en regard de nos propres dépenses celles du système actuel. Il est des points où nous créons : là des frais énormes viennent à notre charge ; sur d'autres, nous ne faisons qu'améliorer, et l'économie résulte de la réforme.

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