‹ Organisation de l'industrie [microform]Chapitre 10 sur 26 · Cette origine de la valeur, qui la fait moins dé · texte numérisé non relu

Cette origine de la valeur, qui la fait moins dé

pendre de la mesure de l’objet auquel elle est attachée, ou de la difficulté qu’il y a de se le procurer, que de l’approvisionnement qui en existe et de la demande qui est faite d’autres objets, ou enfin des conditions économiques générales d’une communauté, fait qu’on ne peut admettre aucune distinction entre la valeur en usage et la valeur en échange. Lorsque la liberté d’agir et la sécurité de la propriété existent dans la pleine acception des termes, la valeur en usage et la valeur en échange coïncident (2). La valeur, étant, en tout cas, une qualité subjective, varie entre les individus comme entre les nations (3).

Dans tous les pays, l’économie obtenue dans la puis-

(1) M. Sénior donne l’exemple d’une variation remarquable dans la

valeur du chanvre, qui avant la guerre de la Révolution se vendait 50 livres la tonne, s’éleva pendant la guerre à 150 livres et revint, à la paix, k son ancien prix (voyez Out-Line, etc). T. G. B.

(2) Si la déOnition de Bastiat avait été connue k M. Banfield, il aurait jugé inutile sans doute de se préoccuper, pour la combattre, de celle distinction oiseuse de la valeur en usage et en échange.

La valeur, étant le rapport de deux services échangés, ne peut être conçue en faisant abstraction soit de l’usage, soit de l’échange, puisqu’elle n’est que la comparaison de deux services utiles échangés l’un contre l’autre. E. T.

(3) La valeur en échange existe parce qu’il y a valeur en usage : elle disparait dès le moment où cesse toute valeur en usage (Rossi,

1. 4). Voyez les déflnilions limitées et contradictoires de la valeur énumérées par M. Sénior dans sa note intitulée « la Logique de l’archevêque Whalley », dern. édition. T. G. B.

sance productive détermine la valeur; lorsque cette économie est poussée fort loin, la consommation de chaque objet est beaucoup plus grande qu’ailleurs où le progrès est moins avancé. Comme la production est plus considérable dans les pays bien organisés que dans les autres, on y a plus à échanger pour y obtenir les objets qu’on désire, et la valeur en échange de chaque produit est par conséquent plus grande.

Les efforts des économistes se sont donc inutilement dirigés vers la recherche d’une mesure fixe et générale de la valeur, au moyen de laquelle on pût apprécier les fluctuations de la valeur échangeable des objets à toutes les époques et en tous les lieux. Les métaux précieux ont fourni, jusqu’à présent, l’étalon le plus convenable à employer, quoiqu’il soit sujet, aussi bien que tous les autres produits de l’industrie, à ces influences qui changent la valeur des objets. On a longtemps supposé que le blé était produit au même prix de revient en de longues périodes de temps, et que son prix moyen demeurait invariable, fournissant ainsi un élément certain pour des supputations de longue durée. L’expérience de ces dernières années n’est pas venue confirmer cette supposition qui, en tout temps, a été contredite par les différences notables constatées dans le prix du blé dans les différents pays de l’Europe. On a proposé d’adopter le travail comme étalon de la valeur ; mais la définition en a été jugée trop difficile : les diverses espèces de travail diffèrent beaucoup trop entre elles pour offrir un point de comparaison, outre que la tendance à écono- * miser la puissance arrive à supprimer dans toutes les opérations le travail purement manuel et dépourvu de tout élément d’habileté ou de confiance.

DE L INDUSTRIE. Cl

La rémunération du travail est, par-dessus tout, comme le prix du blé et des métaux précieux, sujette à varier avec l’offre et la demande, qui existent pour les différents produits de l’industrie dans chaque pays. Lorsque la puissance est bien économisée, la production est plus grande en raison du nombre des producteurs, et les salaires sont plus élevés que lorsque les moyens de produire sont appliqués négligemment ou qu’ils sont dilapidés; il est, par conséquent, évident qu’on doit chercher une autre mesure de la valeur que celles qui ont été jusqu’ici proposées. Le seul mode d’évaluer sainement la valeur découle plutôt de la nature des besoins ressentis par l’ensemble des consommateurs et des moyens qui peuvent aider à y satisfaire, que de quelque qualité inhérente soit à l’objet évalué, soit à l’étalon employé comme pierre de touche. M. Rossi a donné la clef de cette amélioration essentielle, en remarquant que la valeur est une qualité purement subjective ; que la valeur d’un objet n’est pas inhérente à l’objet lui-même, mais réside tout entière dans l’estimation qu’on y attache (1).

(I) Celle notion n’esl pas loul k fait exacte. Parce qu’on dil dans le langage vulgaire, qu’une chose a de la valeur en raison de l’importance qu’on y allaclie, il ne s’ensuit pas qu’a celle chose puisse élre allribuée de la valeur réelle, de la valeur économique. Celle fleur desséchée, celle boucle de cheveux, le souvenir d’une personne aimée, a pour moi une valeur Irès-gcande, ou plutôt, en me servant du terme vrai, une utilité considérable, puisqu’il réveille en moi des sentiments qui me sont doux et chers; mais il n'a pas de valeur économique, puisque si je cherchais k le livrer contre un service d’une autre nature le

rapport en serait — - = o. Au contraire, si ce souvenir eslune reli-

que d’un homme célèbre, il acquiert une valeur économique et réelle, au moins temporaire. L’estimation d’une seule partie ne constitue donc en rien la valeur; il faut que l’estimation accordée par un grand nom-

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16. La valeur en échange et la valeur en usage coïncident économiquement en fait, et sont exprimées toutes deux par le prix d’un objet, ou par la quantité qu’on donne d’un produit pour celui qu’on veut obtenir en échange. Le prix n’attribue nulle part une valeur intrinsèque aux choses, mais seulement la valeur que possèdent ces choses aux yeux de la classe de consommateurs qui en fait la demande. Un article que quelques individus payent volontiers fort cher est souvent tout à fait invendable chez une classe différente de consommateurs (1).

Les articles de grande nécessité, comme le sont ceux de luxe, deviennent invendables lorsque la quantité qui en existe sur le marché exc-ède celle qui suffît à la consommation. Cependant, le prix indique d’une manière correcte la valeur relative de chaque chose, lorsque la demande se présente, c’est-à-dire le prix delà quantité totale livrée à la consommation. Lorsque le prix des choses nécessaires, coté habituellement suivant des poids et des mesures de faible dimension, vient à s’abaisser, on dit ordinairement que ces choses ont diminué de valeur; cette expression est erronée. Même lorsqu’on les évalue en argent, elles ont le plus souvent augmenté de valeur en de telles occasions, et la somme payée pour la consommation totale dans cette circonstance est plus grande que celle qui avait été donnée pour la quantité consommée lorsque le prix était plus élevé. L’économiste doit baser ses calculs sur la consommation entière du marché ; il ne peut s’astreindre à raisonner sur des spécula-

l>re, fixele chiffre du premier terme du rapport: chiffre variable d’ailleurs avec la nature du second terme.

(1) Rossi, Cours d’économie politique, leçon 9. E. T.

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tions isolées, suivant lesquelles de petites quantités de produits s’échangent sans contredit contre plus d'autres objets lorsque le prix est élevé que lorsqu’il est bas. Mais comme la hausse du prix, lorsqu’on se rapporte à un fractionnement, peut découler de deux sources différentes, il est nécessaire d’en distinguer les effets. L’élévation du prix résultant du manque d’approvisionnement n’augmente jamais la somme affectée dès lors à la consommation diminuée de l’objet renchéri, de manière à ce qu’elle devienne égale à la dépense totale faite pour le même objet lorsque son prix est bas, si le commerce n’en est pas gêné. Une des raisons pour lesquelles cet effet se produit est que la hausse amène le prix de l’objet qui la subit au niveau de celui d’autres objets d’utilité égale, et qui ne peuvent se vendre moins cher à cause de leurs frais de production ; dès lors il s’établit sur la base de ce prix élevé une concurrence entre les différents produits, qui met obstacle à une hausse ultérieure; ainsi, lorsque le blé devient cher, le sucre et d’autres matières alimentaires qui sont moins recherchées lorsque le grain est bon marché se placent plus facilement.

Si les prix s’élèvent par suite de l’accroissement général de la production et de la distribution du travail, amené par une économie de puissance, alors notre règle est seulement vraie pour les prix qui suivent le changement produit. La consommation, dans ces nouvelles circonstances, sera plus grande encore avec des prix bas, et l’ensemble des quantités consommées représentera une valeur en échange plus forte que celle qui résulterait de la consommation totale lorsque les prix sont élevés faute d’offre. Lorsque la liberté d’action est respectée, les prix ne peuvent pas tomber avec persistance assez bas pour

détruire cette règle, parce que les nouveaux besoins qu’éveille la satiété d’un désir reporteraient ailleurs l’effort des producteurs et que les prix reviendraient à leur niveau régulier.

17. Quand le marché n’est pas libre, le prix d’un article, ou ce qu’on donnerait en échange d’autres objets usuels quelconques, ne fournit pas d’étalon par lequel on puisse arriver à apprécier la valeur de cet article. Outre que le prix est soumis à l’effet des restrictions apportées au droit d’acheter et de vendre, il peut se modifier aussi suivant la distribution inégale des connaissances, et l’irrégularité du progrès que font les diverses nations dans l’économie de leur puissance.

Au reste, ce sujet a été naguère complètement traité par le professeur Hermann (t). Suivant cet auteur, voici quelles sont les influences auxquelles le prix est soumis :

Du côté de l’acheteur ;

1° La valeur en usage de l’objet demandé;

2" La possibilité de payer qu’il commande ;

3“ Le coût auquel le môme objet pourrait être tiré de tout autre marché.

Du côté du vendeur :

1° Les frais de production;

2“ La possibilité de vendre sur d’autres marchés;

3" La valeur en usage des biens obtenus en échange.

Chacune de ces conditions des deux côtés peut devenir déterminante à son tour et peut fixer le prix. Si nous analysons les relations qui existent réciproquement entre ces différentes causes déterminantes, nous trouvons que deux de chaque côté coïncident entre elles et sont

(1) Hermann, Staatswirthschaftliche Untersuchungen.

d’un caractère extrinsèque. Ce sont la valeur en usage desdeux objets échangés et l’influence de la concurrence ou de la possibilité d’acheter et de vendre sur tout autre marché. En ce qui touche les autres conditions, on peut faire observer que les frais de production agissent sur la résultante du prix, dans un sens contraire à celui de la capacité de payement que possède l’acheteur. Le problème économique est renfermé entre les limites tracées par ces deux éléments du prix, en ce sens que l’acheteur tend constamment à abaisser les prix jusqu’à la limite des frais de production, et que le vendeur s’efforce d’obtenir le maximum que le consommateur peut consentir à payer (1). L’économie de puissance bien entendue arrive doublement à concilier ces tendances divergentes; car, d’un côté, de meilleurs procédés de production donnent au producteur les articles à meilleur marché, et de l’autre, les nouvelles sphères de l’industrie qui s’ouvrent à mesure que chaque besoin est progressivement mieux satisfait fournissent au consommateur des ressources croissantes pour ses achats. De tout cela il résulte que la valeur économique d’un objet s’exprime par le produit de son prix fractionnel multiplié par le chiffre de la demande totale. Dans les pays les plus riches, la somme de ce produit est la plus grande (2).

(1) Slorch, I, inlrod. p.,90.

(2) Je n’ai pas besoin sans doute de faire ressortir toute l’élégance de celte démonstration, et la lucidité des conséquences qui en découlent et qui rendent si facile la solution de problèmes économiques auparavant ardus. Dès qu’on a compris que la valeur économique des choses s’exprime suivant le produit de leur prix fractionnel (comparé) multiplié par le chiffre de leur consommation, quelle que soit d’ailleurs la matière qui sert d’unité de comparaison, on voit sur-le-champ que la multiplication de la richesse lient rationnellement à l’extension de la consommation, par conséquent à l’abaissement des prix dans certaines

Toute intervention arbitraire qui a pour but de tenir les prix élevés diminue nécessairement les ressources du

limites, et non pas à renchérissement progressif, comme l’ont soutenu Malthus , Ricardo et bien d’autres économistes. Ici M. Banfield a été plus heureux que Bastiat, dont la démonstration relative au taux et à la somme des prix est beaucoup plus laborieuse, et moins frappante.

Il est surprenant qu’un esprit aussi judicieux que celui de Bastiat, qui s’est montré si ingénieux dans la distinction de notions jusqu’alors confondues, ait pu s’égarer autant sur ce point. En oubliant de généraliser l’idée de la valeur dans chacune de ses applications spéciales, Bastiat n’a pu revenir que par de longs détours à la conclusion innée que la force de son esprit lui imposait. Il a dit (Harmonies économiques): Il ne faut pas assimiler la richesse à la valeur... La théorie qui définit la richesse par la valeur n’est en définitive que la glorificor tion de l'obstacle. Voici son syllogisme : La richesse est proportionnelle aux valeurs., les valeurs aux efforts, les efforts aux obstacles; donc les richesses sont proportionnelles aux obstacles... L'obstacle diminue -.donc Veffort diminue, donc Futilité diminue, donc la richesse diminue, donc le progrès (en définissant la richesse par la valeur) serait sa propre négation.

Ceci est spécieux. Mais le célèbre destructeur de sophismes n’a pas vu le sien, emporté qu’il était par le système exclusif d’opposer sans cesse la gratuité à l’onérosité, l’utilité à la valeur; et ce sophisme est d’autant plus singulier que c’est précisément le même que Bastiat a combattu dans le crédit gratuit de Proudhon avec tant de verve et tant de logique. En effet, poursuivez la proposition de Bastiat : le progrès augmente l’utilité gratuite en même temps qu’il diminue la valeur onéreuse, et vous arrivez à conclure que la somme des services productifs appropriés par chaque individu ayant zéro pour asymptote, la satisfaction gratuite croît et l’effort onéreux diminue, proportionnellement k la décroissance de la propriété de chacun et de tous : conclusion antisociale, puisqu’elle implique la progression descendante de l’utilité de la coopération sociale ; puisque chaque individu, trouvant de plus en plus autour de lui la satisfaction moins onéreuse, ce qui est vrai, verrait de plus en plus en même temps diminuer la valeur de ses propres services productifs, ce qui est faux. Cette conclusion conduit à l'individualisme^ excès où l’amour de la liberté a jeté Bastiat, et qui peut être taxé d’absurde; car comment supposer que si la force productive humaine s’accroît par l’association libre, c’est-à-dire par le concours social, elle tende à la destruction de son principe promoteur, à la séparation du faisceau, à l’abolition de la solidarité? Enfin, si les forces naturelles ne viennent diminuer l’onérosité de l’effort humain que par le fait seul de leur

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consommateur et amène, par la suite, la ruine du producteur, en l’induisant à négliger l’étude qui doit le caracté-

appropriation, supposer que leur valeur et leur utilité soient en raison inverse, est nier la cause même et l’effet de leur appropriation.

Pour rétablir l’ordre des faits, et la logique des arguments, il sufût de comprendre que Bastiat, qui a si admirablement défini la valeur qui s’attache aux choses, a ensuite appliqué cette notion comme si elle était le rapport de l’effort à la satisfaction, taudis que réellement elle est bien le rapport des services échangés , mais abstraction faite de la dose ou de la nature de l’effort qu’a exigé leur appropriation ; qu’après cela il a semblé confondre le prix des choses avec leur valeur, quoique la séparation de ces termes soit fort essentielle. Effectivement, le prix d’une chose n’est pas l’expression de sa valeur, c’est seulement l’application delà notion de la valeur à la comparaison de deux services, dont l’unité de l’un s’exprime en unités de l’autre. En outre, la valeur n’est pas le rapport d’un service à un autre considéré isolément, ce qui tomberait encore dans le sens vulgaire attaché à l’idée de valeur. Il faut généraliser et considérer la valeur comme le rapport de tous les services de même nature qui s’échangent, à un moment et dans un lieu donné, contre tous les autres services de toutes les

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espèces; rapport qui, pour chaque acte de service spécial, s’exprime pratiquement, comme le fait très-bien t-emarquer M. Banfield, .suivant le produit du prix d’un service multiplié par le nombre total des services semblables échangés. Qu’en résulte-t-il? C’est que la valeur économique d’un service s’accroît progressivement et indéfiniment, tandis que le prix de l’unité de ce service diminue jusqu’à une limite fixée par le concours des autres services sociaux. Avec le progrès, le prix de chacun des servicesainsi appropriés par un homme, par un peuple , par l’humanité, s’abaisse, tandis que la somme de tous les services ainsi appropriés, c’est-à-dire leur valeur économique, augmente; et le prix de chaque service ne s’abaisse qu’autant que sa valeur successive devient plus forte, en .raison de l’accroissement des satisfactions obtenues. Donc chaque homme devient réellement de plus en plus riche par l’accroissement delà valeur créée; il peut chaque jour satisfaire plus de besoins avec moinsd’efforts, non pas parce que la satisfaction s’achemine vers la gratuité, mais parce que la puissance productive augmente et fait croître à la fois la valeur, la richesse et le bien-être. La solidarité, loin de tendre à disparaître, se resserre de jour en jour; et plus un homme a approprié de services productifs et peut en échanger, plus il a de valeur en un mol, plus il a besoin des autres hommes.

Concluons. Voici quel doit être l’ordre des arguments que j’ai cités plus haut d’après M. Bastiat: La richesse est proportionnelle aux valeurs (à la somme des services productifs appropriés et échangeables); les va-

riser, celle de la réduction des frais de production. Le producteur est incité à cette étude par la facilité que possède le consommateur de trouver plus loin un marché plus avantageux. Restreindre ce pouvoir, qui n’est autre qu’un droit (§ 13) aussi inviolable que celui de la propriété, c’est jeter la confusion dans l’édifice économique tout entier, sans qu’il en puisse résulter de bénéfice pour personne.

18. Les citoyens sont amenés à se lancer dans de nouvelles branches de l’industrie, par le taux des profits qu’elles offrent, lorsqu’il est plus élevé que celui qu’on trouve dans les anciennes. Le fonds qui pourvoit aux nouveaux profits n’est autre chose que la différence épargnée au consommateur par le perfectionnement des anciens procédés. Pour que chaque nouveau procédé puisse devenir d’une grande importance publique, il faut qu’à son tour il se perfectionne successivement, c’est-à-dire qu’il en ressorte une production graduellement moins onéreuse. Ainsi le producteur, pourvu de procédés nouveaux, ne profite pas seulement du fonds originaire où il a pris son point de départ, mais il est assisté encore par l’économie qui s’effectue quotidiennement dans toutes les branches de la production, au bon aménagement desquelles sa propre industrie est intéressée. De cette règle, il suit qu’une économie apportée dans la pro-

leurs sont en raison inverse des efforts; les efforts en raison directe des ^ obstacles: donc les richesses sont en raison inverse des efforts etdesobsta-

- des.— L’obstacle diminue, donc l’effort diminue, donc le prix diminue,

>■ donc la valeur augmente, donc la ricliesse augmente. (Quant à Tutilité,

elle n a rien à faire ici; il esl clair qu’elle augmente avec la richesse.) I J âi cru qu’il pourrait être bon pour le lecteur de comparer ici les

I propositions de deux auteurs éminents, pour les compléter les unes par

- les autres, et montrer une fois de plus que l'économie ne saurait trop

élargir sa sphère par la généralisation des idées. E. T.

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duction des subsistances améliore la condition de toutes les branches de la production et de la transformation des choses, parce que l’appropriation de toutes les choses dépend des approvisionnements de subsistances. Une meilleure économie introduite dans une quelconque des branches élevées de l’industrie réagit sur les degrés infé- I rieurs en accroissant la somme des profits, et celle des

; capitaux qui sont à la disposition des industrieux en gé-

néral. L’effet le plus ordinaire des perfectionnements dans les degrés les plus élevés de l’industrie est d’accroître l’échelle de la rémunération dans les ordres primordiaux de la production, en leur enlevant des bras.

Puisque cette règle équivaut à l’enseignement, pour le producteur ou le fabricant, de rechercher de plus grands profits par la réduction du prix, il est nécessaire, pour ajouter à son poids, d’examiner minutieusement le marché ou le terrain sur lequel s’effectue la consommation. Cette règle est le mieux démontrée par l’observation qu’on peut faire de la grande disproportion qui existe entre le nombre des consommateurs dans les classes inférieures et dans les classes élevées delà société.

19. Le producteur peut considérer le marché de chaque chose comme une pyramide : à la base se placent les classes les plus pauvres, dont les besoins matériels ne sont que modérément développés et qui n’ont que peu de désirs d’un ordre plus élevé ; les classes les plus riches forment successivement les zones parallèles supérieures qui complètent cette pyramide. Dans les pays qui possèdent des sols fertiles et un beau climat, le nombre des citoyens qui jouissent des développements intellectuels est plus grand que dans les contrées moins favorisées, où les vivres sont plus rares et où il est nécessaire de se

vêtir plus chaudement. Si donc en de tels pays une éducation rationnelle montrait à leurs habitants l’usage véritable de ces éléments de prospérité, ils atteindraient bientôt une prééminence politique certaine sur les contrées plus pauvres, si toutefois ces dernières restreignaient la liberté du commerce, qui seule peut maintenir l’égalité entre tous les peuples. Cette liberté est pour l’homme un droit inaliénable ; et il serait fort bon que le producteur comprît que le marché national, qu’il ne peut fermer à la concurrence étrangère sans violer les préceptes religieux et les principes de la justice, offrirait, grâce à cette liberté et par le perfectionnement successif des procédés, la certitude d’une rémunération beaucoup plus élevée.

En d’autres termes, il serait heureux de voir que tous les producteurs fussent encouragés à abaisser de plus en plus leurs frais de production. Le fait est, qu’il résulte du bas prix des choses des bénéfices beaucoup plus considérables que ceux que peuvent offrir des prix élevés.

Peu d’Élats nous offrent des chiffres statistiques assez authentiques concernant les populations, pour qu’il nous soit possible d’établir la proportion qui existe entre leurs différentes classes. Un exemple d’une exactitude approximative pourra servir cependant à mettre en lumière le principe que Je viens de poser. J’ai essayé de former une classification de la population anglaise, en me basant sur des chiffres fournis par la commission chargée de la loi sur les pauvres, dans le rapport qu’elle a publié sur les conditions sanitaires du pays.

Les proportions qui existent entre les différentes classes , dans les districts où l’on a supputé l’âge

DE l’industrie.

moyen de la mortalité, sont les suivantes (les districts agricoles et manufacturiers pris ensemble) :

Noblesse et haute bourgeoisie 1,181,000

Petits commerçauls, fermiers, etc 4,221,000

Travailleurs à gages, pauvres, etc 9,565,000

La population totale de l’Angleterre est évaluée à 14,967,000

On peut calculer sur cette échelle les effets d’une hausse ou d’une baisse dans les prix. Les articles de la nécessité la plus urgente possèdent en Angleterre un marché qui s’étend à toute la population ou à 1 4,967,000 individus; le pain doit être produit en quantité suffisante pour satisfaire à la demande de ce nombre en entier; la viande, le fromage, les œufs, le beurre et la bière sont demandés parmi les adultes à proportion de| l’abondance du blé ou des pommes de terre ; le sucre, le thé, le café, quoiqu’on puisse s’en dispenser plus facilement, sont, dans les classes travailleuses, d’une consommation générale lorsque les salaires sont suffisants.

La consommation du vin, de la soie, de l’argent, des garnitures de table, des habits fins et de beaucoup d’articles chers et d’usage domestique doit avoir sa limite la plus basse dans la seconde classe : cette classe, réunie à la première, se compose de 5, 402, 000 âmes ; et, quoique proportionnellement plus nombreuse en Angleterre que dans aucun autre pays, elle n’est cependant pas encore aussi considérable en ce sens, que la classe la plus élevée prise isolément. Eh bien, si un commerçant calculait la différence qui résulterait pour lui, s’il pouvait en abaissant ses prix fournir à la consommation de la dernière classe au lieu de borner sa vente à la seconde, il y trouverait

son avantage dans la proportion de 5 à 15. La différence entre l’extension de la consommation de la classe la plus élevée et celle de la plus basse serait comme

I esta 15.

Un commerçant peut déduire de ces considérations sur ses marchés que, s’il sacrifiait les deux tiers du taux de ses profits pour s’assurer la demande de la plus grande partie des consommateurs, il augmenterait le montant de ses gains de cinq fois ce qu’ils auraient été s’il s’était limité à l’achalandage de la seule classe élevée.

II doublerait ses profits si, en en réduisant le taux des deux tiers, il mettait sa vente à la portée de la demande de la seconde classe des consommateurs. Le commerce n’a jamais suivi constamment ce mode de calculer, en règle générale, bien qu’il l’ait souvent adopté dans des cas particuliers. Le commerce des livres nous en offre des exemples qui nous sont familiers et qui ont parfaitement réussi ; le plus remarquable, peut-être, nous est donné par la vente de la Bible. De même, les ouvrages d’un auteur deviennent plus accessibles au public et rendent de plus grands profits aux éditeurs, lorsque le droit d'auteur expire et que par conséquent le taux des profits généraux diminue ; les nombreuses éditions des œuvres de Shakspeare, de Milton, de Hume, de Gibbon et d’autres écrivains populaires le prouvent complètement. En raisonnant d’une manière analogue, on voit clairement combien les privilèges créés par les droits d’auteur et par les brevets d’invention sont inutiles, puisque le profit le plus grand résulte de la plus grande extension de la vente jointe aux procédés de production les moins onéreux. Celui qui se prévaut d’une raison quelconque pour élever le prix d’une chose usuelle limite son mar-

20. La cause principale de l’obscurité qui règne dans les explications qui ont été données sur l’origine et l’accroissement des profits provient du manque d’une distinction nécessaire entre la manière dont les producteurs et les fabricants sont affectés par le taux des profits. Un taux élevé du profit est un indice presque infaillible de la faiblesse de la somme totale que ce taux permet de réaliser. Puisque tout gain n’est le résultat que d’une économie, soit de la part du producteur, soit de celle du consommateur, il s’ensuit que plus on épargne, plus les ressources disponibles deviennent grandes.

Si cependant les gains des producteurs s’accroissent dans la même proportion que s’abaisse le taux de leurs profits, le nombre de ces producteurs pour une même nature d’objets ne doit pas augmenter dans la proportion de l’extension que donne le bas prix à leur courant d’affaires. Le remède naturel à l’accumulation nuisible de la puissance dans une des branches de l’industrie est, nous l’avons vu (§12), dans la nouvelle route qui s’ouvre à l’activité productive, aussitôt que les prix et les profits s’abaissent dans les anciennes. Le jeu de l’industrie,

(1) Ici M. Banûelda voulu dire sans doute, que l'abus de ces sortes de privilèges est nuisible à ceux-là mêmes qui les détiennent, en ce sens que s’ils mettaient les améliorations ou la propriété qu’ils ont créée à la portée du plus grand nombre, ils y gagneraient eux-mêmes davantage.Traduisant fidèlement l’auteur, je n’ai pas voulu me permettre de modifler son expression, bien qu’elle puisse paraître, je le crois, erronée à ses propres yeux; car plus loin, on le verra. M. Banfield insiste très-fortement sur la nécessité de constituer fortement et de faire hautement respecter la propriété intellectuelle, qu’il considère ajuste titre comme aussi sacrée et aussi utile pour tous que la propriété foncière et mobilière. E. T.

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lorsque l’activité n’est pas restreinte et que la propriété est sûre, ne manquera jamais de relever chaque branche à son tour, et de donner ainsi au commerce une extension plus grande même qu’elle ne le serait si la réduction du taux des profits s’effectuait suivant la proportion inverse. Lorsque l’industrie est libre, le premier effet de l’abaissement des prix est de livrer la production aux mains des grands établissements; le premier effet du bon marché des blés que provoque l’abolition des droits sur les céréales en Angleterre sera d’accroître, sinon l’étendue des domaines où croissent les céréales, au moins l’échelle sur laquelle elles sont cultivées (1).

Toutes les fois que la propriété territoriale subit une grande division sans que les perfectionnements de la culture y correspondent, nous pouvons en inférer soit que les prix sont tenus élevés par des moyens artificiels soit que l’industrie est gênée ; soit enfin que la possession des biens à la production desquels, dans le cours naturel des choses, s’appliqueraient les bras superflus à la culture, n’est pas suffisamment garantie.

La première de ces causes réagit sur l’Irlande, la dernière sur la plupart des États continentaux. N’était cette puissance d’étendre les entrejirises industrielles lorsque les prix baissent, une communauté ne trouverait pas d’avantages à l’emploi des machines et à la simplification des procédés ; tandis que le double résultat de ces perfectionnements tend à enrichir rapidement un État. En épargnant ainsi les ressources du consommateur, on les réserve pour l’encouragement de nouveaux producteurs ; il en résulte pour les producteurs eux-mêmes,

(1) Au moins dans le cas où le blé continuerait à être notre principale production agricole. T. G. B.

DE l’industrie.

qu’ils trouvent avantage à la concurrence et à la réduction du taux du profit, aussi bien qu’à l’abaissement des frais de production. Le niveau au-dessous duquel ne peuvent tomber les profits est maintenu à une certaine limite, parce qu’ils s’accroissent dans de nouvelles branches d’industrie lorsque leurs taux s’abaissent dans les autres; ainsi le niveau inférieur des profits sur les subsistances est maintenu par l’accroissement des profits sur les vêtements, sur les constructions et sur toutes les autres professions qui deviennent profitables en proportion du bon marché des aliments.

Bien des gens, qui n’ont qu’une mauvaise notion de la puissance que peut appliquer un peuple à l’accroissement de sa production dans chacune des branches de l’industrie, semblent oublier que le nombre des producteurs ne peut nulle part excéder celui des consommateurs (1).

21. L’accroissement du fonds de rémunération pris sur les économies effectuées dans les anciennes branches de l’industrie, pour s’appliquer aux nouvelles entreprises, peut être démontré par une équation qui, en même temps, donne l’analyse de ce problème économique. Désignons par A les avantages naturels que le savoir a mis à la disposition d’une communauté, et

(I) Un moulina eau ordinaire près de Paris, moud 36 hectolitres de blé par jour. Il faudrait 168 hommes pour moudre la même quantité de grain à force de bras; leur salaire s’élèverait actuellement h. 300 fr. au moins, tandis que les frais entiers du moulin à eau ne dépassent pas 10 fr. par jour. J. B. Say répond à cette question « que feront les hommes ainsi affranchis de la mouture? » : ils produiront d’autres objets; et à celle-ci « qui achètera ces autres objets? » il réplique : ceux qui profitent de l’économie de 290 fr. par jour apportée à la moulure. ‘ E. T.

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par a, b, c, d les frais de culture, de fabrication (préparation), de transport et de distribution (y compris les profits de chacun des entrepreneurs), qui sont indispensables pour mettre ces avantages commodément à la disposition de chacun des membres de la communauté. B, C, D, E, F sera le montant des biens appropriés dont la communauté peut disposer, avec chaque économie successive de puissance dans chacune des branches de l’industrie. Ce fonds s’accroîtra comme il suit :

^ — C*2* H" rf^=B + C,

. / ûs b , c d\

L’accroissement dans un terme correspond à l’économie marquée dans l’autre terme. Chaque accroissement de A par l’extension de nos connaissances augmente plus rapidement encore la fortune générale ; ainsi.

Ap— (

et b “4“ ^ “4“ d

On comprendra facilement que l’économie effectuée dans chaque terme de l’équation entraîne ordinairement des conséquences plus étendues que celles qui sont représentées ici. Le perfectionnement des modes de transport allège le plus souvent le prix des aliments, du combustible et des autres choses nécessaires, et abaisse ainsi le taux des autres dépenses.

Aussi loin que B peut être une fonction de A, toute variation de A affectera naturellement la valeur de B, sans que pour cela aucune économie spéciale ait été réalisée en B.

Cette équation nous montre, de plus, qu’il n’y a que deux manières pour nous d’économiser la richesse : l’une, en découvrant de nouveaux matériaux dans les vastes réservoirs de la nature ; l’autre, en soumettant à des combinaisons perfectionnées les éléments que nous possédons déjà.

Il résulte de la solution de ce problème économique, que les ressources naturelles qui ont été réservées par la Providence à l’usage des hommes dépassent de beaucoup celles dont ils ont joui en aucun temps, l’obstacle à leurs jouissances étant causé par leur ignorance et par la faiblesse qui en résulte. La diminution de la force ou la destruction totale de tous ces empêchements, si elle était praticable, est le seul moyen de mettre à la pleine disposition de l’humanité les ressources entières de la nature.

22. Nous avons ici soustrait les frais de culture, de fabrication et de distribution, de la somme des ressources naturelles ; il semble donc que les arts qui nous aident à accomplir ces différentes opérations ôtent à la richesse originaire de l’homme au lieu d’y ajouter. Par cette raison, on a cherché à établir une distinction entre les différentes branches de l’industrie ; et les unes ont été appelées productives, et les autres improductives, suivant que les écrivains ont plus ou moins approfondi l’utilité qui découle directement des unes ou des autres. Tous ces arts intermédiaires représentent également le travail que l’homme doit dépenser pour s’approprier les

dons de la nature, et ce travail est le prix véritable auquel il doit les payer (1) ; c’est pour diminuer ce prix, que la raison lui a été donnée, et l’effort légitime de son entendement tend à atténuer ces difficultés, jusqu’à ce qu’il les ait vaincues. Le fonds, loin de décroître à mesure que s’amoindrit la nécessité du travail, augmente, au contraire, en raison de l’accroissement de la puissance intellectuelle, qui se dirige alors vers l’analyse des domaines de la nature et la découverte de nouveaux moyens de subsistance et de jouissance. Tant que nous ignorons, par conséquent, de meilleures manières de satisfaire nos besoins, que celles que l’état des arts industriels dans chaque pays offre à ses habitants, les personnes qui exercent ces arts sont toutes des producteurs qui contribuent à accumuler les dons de la nature et à les dispenser au temps et au lieu où les consommateurs en ont le plus besoin. Dans les pays où les arts industriels sont peu et mal cultivés, les peuples ont peu de moyens de subsistance et peu d’instruments de puissance ; ils retirent, par conséquent, moins du fonds général, que* ceux des autres contrées qui commandent plus de moyens; voilà une des raisons pour lesquelles on ne peut dire que l’économie de puissance (§ 1) ne consiste proprement qu’en l’épargne ou en l’abstinence. La dépense faite dans les actions intermédiaires est, dans une communauté, en proportion de l’état de ses connaissances, et peut s’accroître seulement (là où la puissance

(1) J’ai dit que le prix des choses était l’application de la notion de la valeur à l’expression d’une unité d’un service en unités d’un autre service. On peut dire très-exactement que le prix est le rapport de l’effort à la satisfaction, rapport mesuré comme je viens de l’expliquer. E. T.

est économisée) suivant un taux qui implique un accroissement proportionnellement plus grand de la richesse nationale. Il n'y a donc rien à regretter à la perte des moyens qu’employaient les procédés imparfaits, puisque des perfectionnements ont rendu ces moyens inutiles. Les restrictions imposées au commerce ou à l’industrie, dans le but de perpétuer des procédés imparfaits et de conserver l’usage des moyens inefficaces, seraient par conséquent absurdes, si elles n’étaient souverainement injustes et même criminelles. La productivité d’un art utile a pour mesure sa tendance à déblayer les obstacles qui encombrent sa route ; lorsque le cycle du perfectionnement dans les arts sera accompli, nous pouvons espérer que le travail manuel disparaîtra presque dans toutes les occupations serviles. Le travailleur qui produit le plus est celui qui, en étendant les bornes de nos connaissances, ajoute le plus à ce que nous pouvons prendre dans le fonds général de la nature.

23. L’économie de puissance qui libère les hommes d’une certaine espèce de fatigue et ouvre un champ d’activité dans quelque autre direction, s’effectue habituellement par la substitution d’une machine ou d’un instrument quelconque à un travail manuel rendu désormais inutile. Les hommes peuvent donc employer une portion de ce qu’ils s’approprient dans le fonds de la nature et qu’ils adaptent à leurs nécessités, à remplir des occupations auxquelles auparavant le travail manuel était consacré. La substitution de la charrue à la bêche exige qu’on ait extrait et travaillé une quantité suffisante de fer pour permettre cette substitution, et qu’on se soit mis en état de consacrer une quantité de nourriture suffisante à l’alimentation des chevaux ou des bœufs en

outre de celle des hommes. Pour substituer la force d’une machine sur les chemins de fer à celle des animaux sur les routes ordinaires, il n’a pas fallu seulement produire une plus grande quantité de métal, mais il a été nécessaire encore qu’un certain nombre de travailleurs scientifiques aient uni leurs efforts intellectuels pour améliorer les procédés d’extraction et de traitement qui rendissent le fer abondant.

L’importance de l’épargne ou de l’abstinence découle de ce fait. On appelle capital la somme des biens qui nous sont donnés par la nature ou que nous avons accumulés par abstinence, s’ils sont employés à la reproduction. Ce nom, qui est emprunté aux droits de capitation perçus autrefois sur la propriété personnelle, indique l’origine de la signification usuelle de ce terme appliqué à cette espèce de propriété. Cependant cette notion générale prévaut, que le capital consiste purement en accumulation d’objets matériels ; l’argent, les bâtiments, les machines, les bestiaux, l’eau, l’air, la terre sont du capital, autant qu’ils sont employés à produire des objets de nécessité ou de jouissance. Le savoir est cependant une acquisition capitale beaucoup plus importante encore. A ces objets visibles et perceptibles aux sens, M. Hermann ajoute tous les avantages qui résultent de l’association (1).

Ces avantages sont de deux sortes. Les uns récompensent des individus de leurs efforts isolés, comme par exemple la clientèle d’une boutique, qui se vend souvent plus cher que le matériel même de l’établissement, ou encore les relations de famille ou de société. Les ef-

(1) Hermann, Staatsioirthschaftliche Untersuchungen.

forts faits pour établir des gradations factices dans la société ont toujours été basés sur la valeur économique des résultats de l’association.

La seconde espèce de capital, acquis par l’association, est identique à la première, en nature, et en diffère seulement en degré. Une nation, une province ou une cité, possède certains avantages qui excèdent la somme des capitaux appartenant à chacun des sujets ou des citoyens. Platon a depuis longtemps indiqué ce fait,que les hommes ne s’associent pour former des États et des cités que dans le but d’obtenir, en s’unissant, des avantages dont ils ne peuvent jouir lorsqu’ils sont disséminés. Les institutions de la religion, des lois et de l’éducation sont, parmi les portions du capital national, celles qui contribuent le plus à un tel résultat. Le savoir n’est un élément si puissant de la prospérité publique que parce que l’emploi du capital a pour but principal de substituer le travail artificiel à celui de l’homme , et qu’il est plus difficile d’imaginer de bons instruments de substitution que de les aménager lorsqu’on les a trouvés.

24. La terre, l’eau, l’air et les puissances diverses que la nature met à la disposition de l’homme et qui font partie du capital général ne diffèrent pas, quant à leur soumission aux lois économiques d’où provient toute valeur, du capital artificiel qui résulte de l’industrie et de l’abstinence de l’homme. Pour qu’une certaine étendue de terre acquière de la valeur, il faut qu’elle soit appropriée, et l’on ne peut y parvenir qu’au moyen d’une économie de puissance. Lorsque l’homme n’en est encore qu’à ce degré inférieur du développement intellectuel où la nourriture est le seul objet de scs désire,

toute étendue de terre qui excède celle qui lui est nécessaire pour produire ses aliments est comparativement sans valeur.

Avec chaque extension de l’échelle des besoins, la terre, comme tout capital naturel ou artificiel, arrive à être demandée et il se produit de nouvelles variétés de la propriété ; l’augmentation de la valeur de toutes les espèces de capitaux ( 1 ) est simultanée, lorsqu’une sécurité suffisante apportée aux droits des particuliers favorise le progrès général. Lorsque les manufactures s’établissent, on recherche les chutes d’eau, les sites favorables à la culture de la vigne et d’autres plantes délicates, et ainsi s’augmente le fonds qu’une nation peut dépenser à la satisfaction de besoins supérieurs. On ne peut pas établir de distinction entre ceux qui possèdent la portion naturelle du capital et ceux qui ont le savoir et les instruments indispensables pour tirer le meilleur parti des dons de la nature; l’union de ces deux espèces de possession donne seule de la valeur à l’une comme à l’autre, et cette union ne peut être cordiale que lorsque les droits de chacune sont compris et garantis.

Quelques personnes considèrent comme une tyrannie et une spoliation, la rente afférée à des avantages naturels que le possesseur n’a pas créés, et que peut-être il n’a souvent pas achetés. Ce fait n’a pas de conséquence pour celui qui paye la rente, car ce qu’il loue est un droit de propriété temporaire qui ne peut

(1) ]' l'sl Irès-imporlanl de bien comprendre avec M. Banüeldque la terre est un capital (lorsqu’elle est appropriée), ainsi que l’eau, l’air, l’électricité, etc., et non pas un instrument de travail comme l’ont prétendu quelques économistes contemporains. Cette distinction qui peut paraître futile deviendra fort importante lorsqu’il s’agira d’apprécier la rente du sol, son origine et sa légitimité. E. T.

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être respecté qu’autant que lui-même reconnaît le droit de propriété du possesseur. On ne paye de rente pour un capital naturel qu’autant que le bénéfice qu’on peut en tirer couvre à la fois et la rente, et le taux convenable du profit qui pourrait être obtenu partout ailleurs avec des moyens identiques.

Mais à l’égard de cette espèce de propriété, comme à l’égard de toutes les autres, la liberté individuelle en ce qui concerne l’usage du capital naturel doit être inviolable. Tout homme a le droit de choisir son marché; et comme on doitprésumer que si l’on n’y met pas d’obstacle, chacun choisira celui qui lui est le plus profitable, chacun contribue par le fait de son choix au bénéfice général ; dans ce cas, comme dans tous les autres, le simple précepte du christianisme est la loi économique la plus sage (1).

Le capital de l’ouvrier est son travail, et il a le droit d’en disposer librement ; dans toutes les associations de propos industriel où le partage des bénéfices fait l’objet d’un libre contrat, l’ouvrier est un associé. Lorsque la puissance est le mieux économisée, la part du travailleur est la plus grande, et dans tous les cas elle est proportionnelle à l’efficacité de l’instrument qu’il sait mettre en œuvre. Le travail intellectuel ne diffère économiquement du travail manuel qu’en ce que son efficacité est plus grande.

Lorsque le droit de propriété est reconnu dans toutes les phases qu’il présente, le crédit, l’espèce la plus im-

(l)Hàlons-nous de faire observer que ce ne sont là que des notions préliminaires sur la nature de la propriété foncière, et que plus lard l’auteur présentera des arguments spéciaux et victorieux sur le véritable mode de production de celle sorte de propriété. E. T.

fl

portante du capital, prend naissance. Après le savoir, le crédit est le plus grand moteur de l’association pratiquée pour créer de la richesse. Le crédit a ses degrés comme la propriété, et en de nombreux pays il est restreint à un petit nombre d’individus privilégiés. La contrée la plus riche est celle où la classe la plus pauvre peut jouir du crédit, et par conséquent où la grande majorité de la nation est appelée à en bénéficier (1).

25. En ce qui concerne la forte proportion des habitants qui forment dans chaque pays la classe la moins élevée des consommateurs, nous avons vu que les producteurs doivent attendre de cette classe leur plusgrande rémunération; pour la même raison, la somme des épargnes réalisées par cette classe arrive à un chiffre plus considérable que celle que fournissent les classes élevées.

Il ne peut y avoir de doutes aussi sur la plus forte proportion d’économie de puissance (ce terme pris dans le sens étendu que je lui ai attribué) qui peut être réalisée parmi cette classe comparativement aux autres. Le droit de propriété qui consiste en la libre disposition de leur travail (2) est par conséquent, pour les classes travailleuses comme pour la communauté en général, le levier énergique du progrès vers la richesse : toute intervention dans ce droit, soit par la législation parlementaire,

(1) Où la majorité jouir du crédit, c’est-à-dire où la masse des

connaissances répandues, la moralité, l'activité, l’esprit d’épargne, l’économie, en un mol, de chacun et de tous, permet à la majorité de jouir d un crédit libre, naturel, et qui naît de ces circonstances ellesmêmes. Il y a loin de là au crédit forcé et organisé, qui n’est qu’une niaiserie, comme toutes les organisations artificielles qui prétendent devancer l’état social naturel. E. T.

(2) El ajoutons, la libre disposition du fruit de leur travail. E. T.

DE l’industrie. 85

soit par des conventions ou par des coalitions, est aussi fâcheuse qu’injustifiable.

Sans l’assistance du travailleur (qu’il occupe ses bras ou son intelligence), la propriété de la terre, de l’eau, des bestiaux et des autres dons de la nature n’a pas de valeur; c’est pour cela que naît le désir de concentrer sur de certaines parties du territoire le travail qui seul peut d’abord leur donner de la valeur. Lorsque l’exécution de cet accaparement par des voies injustes est favorisée par les circonstances, chaque page de l’histoire nous montre que ce fait, résultat de l’appréciation erronée de la nature de la puissance humaine, provoque dans la classe qui y a eu recours et dans la communauté tout entière un véritable état de souffrance. Les communautés qui adhèrent aux prescriptions de la justice et de l’humanité ne pourront certes pas manquer, d’ici à peu de temps, de parvenir à un degré de richesse et de puissance si supérieur à celui des États qui admettent une semblable injustice envers quelques classes de citoyens, que leur prospérité seule suffira pour forcer les nations rivales à abandonner leurs errements politiques.

La puissance politique, qui n’est autre chose que la preuve de la bonne économie d’un État, a, sous l’in-

fluence de ces circonstances, trouvé successivement son siège suprême dans la plupart des États de l’Europe et de l’Asie. L’Amérique pourrait avoir son tour si la saine éducation et le respect des droits individuels avaient été aussi bien cultivés dans celte partie du monde que l’ont été les arts industriels, et si l’influence favorable de la liberté des institutions dans quelques États de l’Amérique n’avait pas été promptement reconnue et appliquée dans les premiers États de l’Europe.

26. Si les nations ne veulent pas voir détruire leur édifice industriel et péricliter les conditions sociales où elles se trouvent, il faut que leurs progrès dans l’économie de la puissance soient plus rapides encore que la raison suivant laquelle la population s’accroît. Puisque l’approvisionnement des subsistances à bon marché est la condition de prospérité de toutes les autres branches de l’industrie, ceux dont la richesse dérive des degrés élevés de la production doivent s’appliquer à trouver les moyens de maintenir la proportion des subsistances au niveau de la consommation croissante.

Lorsque la puissance est convenablement économisée, le développement des autres branches de l’industrie, telles que les moyens perfectionnés de transport, les inventions mécaniques, etc., réagit sur la facilité de la production alimentaire. Une difficulté économique plus considérable que celle que créerait la rareté des subsistances peut provenir de l’accroissement rapide du savoir, de la demande de travail qui s’ensuivrait et qui parviendrait à le raréfier avant que l’emploi des machines ait pu affranchir des procédés onéreux un nombre de bras suffisant. Dans ce dernier cas l’ouvrier exigerait une hausse considérable des salaires, et la question qui a été posée quant aux conflits entre les salaires et les profits se présenterait sous cette forme de la manière la plus claire.

Si la réduction du taux des profits amenait nécessairement celle du montant de ces mêmes profits perçus par le producteur, l’ouvrier ne saurait obtenir d’augmentation de salaire qu’aux dépens de celui qui l’emploie.

Nous avons vu comment par l’extension des entreprises les profits peuvent s’accroître en somme, quoique leurs

DE l’industrie. 87

I, ?^ii

taux s’abaissent. Le manufacturier qui élève de 50 p. 0/0 la rétribution de ses ouvriers n’est pas en perte s’il augmente proportionnellement sa vente. En payant des salaires plus élevés il augmente le fonds destiné à acheter ses piopres produits. S’il avait réduit ses prix, au lieu d’élever les salaires, il aurait donné plus de portée qu’il

J n’en avait au fonds dont l’ouvrier pouvait déjà disposer.

D’un autre côté, quoique l’ouvrier qui emploie une ma- -j chine perfectionnée reçoive une rétribution plus élevée

que dans le cas contraire, il réduit cependant le prix du f) travail, parce qu’il en fournit une plus grande quantité

utile dans un même espace de temps. Ainsi, l’ouvrier suit le principe auquel sont subordonnés tous les producteurs : il réduit le taux du profit qu’il tire de son capital afin d'en accroître la somme.

Lorsque l’industrie est libre, il ne peut y avoir de conflits à cet égard entre les intérêts des entrepreneurs et ceux de leurs employés; lorsque la puissance est convenablement économisée, le développement rapide des sphères successives de l’industrie pourvoit à tout, le succès de l’entrepreneur assure à l’ouvrier la demande de sa coopération. La conséquence naturelle des améliorations sans entraves est, en dernier ressort, de placer le maître et l’ouvrier tous deux sur le pied de l’égalité.

La théorie suivant laquelle on prétend que les salaires ne peuvent croître que si les profits diminuent est vraie à l’égard seulement du taux des profits, qui, nous l’a- 1 vous vu, varie en proportion inverse de leur somme.

I Mais quoique cette théorie ait été émise dans des cir-

I constances où l’industrie était limitée par des restrictions

/ artificielles, elle a été prise et quelques-uns la prennent

encore comme applicable aux profits en général.

La réduction du taux des profits amenée par l’élévation des salaires ne peut trouver de compensation dans l’extension des affaires ([ue lorsque le commerce est restreint.

27. La nécessité de l’agrandissement constant des etablissements, dans la vue de maintenir une proportion convenable entre les salaires et les profits, prouve que les producteurs aussi bien que les consommateurs (dont le droit inaliénable est de choisir leur marché) sont intéressés à la liberté du commerce.

Parmi les besoins qui naissent graduellement , comme je l’ai expliqué, il doit toujours y en avoir quelques-uns à l’égard desquels la limite de la consommation ne s’étend pas au delà de certaines classes dans tous les pays. Un ou deux établissements peuvent souvent alors suffire à fournir l’approvisionnement qu’ils nécessitent. La plus grande partie des diamants qui sont employés maintenant en Europe a, je le crois, été taillée par un petit nombre de familles juive résidant en Hollande. Il n’y a pas d’avantage à maintenir un marché national pour ces objets de demande limitée. S’ils sont produits plus chèrement dans le pays qu’ils ne peuvent l’être au dehors, leur fabrication empêcherait qu’il s’élevât quelque autre demande mieux appropriée à la localité.

Les objets de nécessité étendent de la même manière et constamment leur carrière malgré les limites politiques qui séparent les nations. La Russie ne peut obtenir du vin que des bords du Rhin ou de la Gironde, et à la condition absolue que quelque pays viendra lui acheter ses peaux, ses suifs, ses chanvres et ses grains. Si les producteurs vinicoles de Rordeaux transformaient en pâturages une partie de leur territoire et que les vignobles

DE l’industrie. 89

Rhénans fussent livrés à la culture du chanvre, il s’ensuivrait une perte évidente, parce que dans de telles circonstances la Russie ne pourrait se procurer un article contre lequel il lui était possible d’échanger plus que sa valeur sur le lieu de la production, en d’autres marchandises dont elle produit un excédant. La liberté de 1 échange est ainsi indispensable à un degré élevé de civilisation ; par ce moyen non-seulement on fournit le mieux possible à la satisfaction des besoins primordiaux, mais encore il devient praticable dans la plupart des cas d’éveiller et de satisfaire les désirs de l’ordre le plus élevé. C’est ainsi que la liberté du commerce amène tous les avantages promis par le système communiste et par d’autres doctrines fondées en principe sur la coopération forcée, et qu’elle y ajoute nombre d’autres bénéfices que ces systèmes ne peuvent comporter.

Elle a en outre l’avantage incalculable de s’amodier elle-même à chaque degré des besoins, et d’assurer ce quantum de liberté individuelle que l’homme considère comme la plus haute de ses prérogatives.

28. La distinction établie par M. Hermann entre le capital engagé et le capital circulantes! claire et simple. Le capital engagé étant seulement employé et non pas consommé dans la production^ l’intérêt de sa valeur, en y ajoutant les frais d’usure et de réparation, est tout ce qui peut entrer de ce côté dans les frais de production. Suivant leur nature, les outils de différentes sortes peuvent être classés sous cette dénomination. Le marteau et la scie employés par le charpentier font partie de son capital engagé; les clous qu’il achète pour les employer dans ses constructions appartiennent au contraire, tant qu'il les possède encore, à son capital cir-

culant. Si le vin peut être gardé assez longtemps pour que tes fûts se détériorent, ces vases peuvent être considérés comme faisant partie du capital circulant du producteur vinicole. Telles sont aussi les barriques dans lesquelles on exporte les liquides , les sacs qui renferment la laine, et généralement les emballages. Les salaires du travail se payent sur le capital circulant et leur somme totale entre dans les frais de production.

Le détenteur du capital engagé (et spécialement de celui qui se compose de terre ou d’eau) et l’ouvrier, ou celui qui ne peut compter que sur la location temporaire de ses opérations manuelles ou intellectuelles dans la production, ont tous les deux un avantage bien constaté à toute variation qui peut rendre le capital circulant (qu’il consiste en outils, en machines, en monnaie, ou en tous autres moyens de faciliter la production ) plus efficace qu’il ne l’était auparavant.

Cette règle est plus significative que celle que donne M. Hermann ; il n’admet qu’il résulte un certain bénéfice de l’accroissement du capital circulant pour le possesseur du capital engagé qu’autant que ce dernier est de nature à ne pouvoir s’accroître. Il n’y a peut-être pas, en économie politique, de point plus important à élucider que celui-ci.

A toutes les époques, l’appréhension qu’une variation dans la nature du capital engagé existant, la crainte qu’une certaine extension dont il serait susceptible puisse devenir préjudiciable à ses détenteurs, a été le plus grand obstacle aux améliorations. M. Hermann prend pour exemple les moulins à eau, et suppose que s’ils pouvaient être monopolisés dans une localité où le capital circulant s accroît, il pourrait en résulter, pour les

DE l’industrie.

détenteurs, un taux plus élevé du profit que celui qui prévaut dans les autres affaires. Je ne partage pas cet avis, pour deux raisons : si la rareté des moulins rendait la farine chère, la valeur de tous les autres produits baisserait infailliblement; mais, en outre, il s’ensuivrait une émigration, ou au moins il ne pourrait s’effectuer d’accumulation de la population, et la valeur du capital engagé diminuerait considérablement; d’un autre côté, si l’on permettait une importation de blé à bon marché, tous les autres produits de l’industrie seraient tellement demandés, que les chutes d’eau, au lieu de mouvoir les moulins à blé, rapporteraient infailliblement plus, en les appliquant àd’autres emplois. Cette disposition à considérer que l’homme est lié à quelque usage spécial des objets est un grand obstacle au progrès social. Toutes les choses sont données à l’homme pour qu’il en fasse le meilleur usage possible. Dans presque tous les cas, c’est moins la puissance que l’emploi que nous en faisons qui détermine la somme de la prospérité dont nous disposons. Dans chacun des chapitres suivants, l’importance de cette vérité sera démontrée. Dans chaque phase de l’accroissement de la propriété, ce principe nous rendra compte des erreurs nombreuses qui ont si étrangement circonscrit la puissance et le bonheur des nations, il nous indiquera les dangers que nous avons à éviter dans l’avenir.

La tendance du capital circulant à s’engager est un infaillible indice du progrès; elle correspond à la substitution des maisons aux tentes, de la vie pastorale à la pêche et à la chasse, de la culture suivant une rotation qui maintient la fertilité du sol à la culture nomade; pardessus tout elle répond à ce grand élément de la civilisation, la substitution des machines au travail manuel.

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Cette tendance doit être saluée comme le premier moteur du bonheur humain, car nous voyons que toutes les parties gagnent à l’encourager.

Si l’appréciation du consommateur imprime de la valeur aux commodités dont il jouit, on devra reconnaître que c’est conclure logiquement et correctement, que de chercher à accroître à la fois le nombre des estimateurs et d’élever autant que possible l’étalon suivant lequel ils jugent.

On parvient à cette élévation personnelle et morale en affranchissant les hommes des travaux dégradants ; et l’on y arrive au moyen du capital engagé.

Une autre distinction faite par M. Hermann est que le capital engagé n’est souvent utile que pour un seul objet, et que le capital circulant au contraire peut être dirigé à volonté d’une branche de l'industrie vers l’autre. Ceci

n’est cependant pas vrai de la terre, qui peut être appliquée à presque toutes les espèces convenables de productions avec le secours de l’art. Les machines, à cause de l’état d’imperfection de nos connaissances, sont plus susceptibles de souffrir des fluctuations du commerce. Cet inconvénient doit être porté en ligne de compte dans l’estimation de la valeur des machines; mais peutêtre admet-il un remède. Les constructions sont généralement plus facilement exemptes que les machines, de l’action des conjonctures défavorables qui en changent la destination.

Il convient au spéculateur capitaliste de chercher à discerner clairement quel est l’usage qu’il fait de ses fonds, c’est-à-dire de s’assuna’ s’il les emploie comme capital engagé ou comme capital circulant, lorsqu’il bâtit, qu’il construit des machines ou qu’il acquiert des

DE l’industrie.

actions dans une entreprise solidarisée. M. Babbage nous apprend que la succession rapide du perfectionnement des machines fait que les manufacturiers ne calculent pas la valeur d’un nouveau procédé à plus de la somme de trois ans de bénéfice.

Tous les engagements de si bref rapport appliqués à des constructions, à des machines ou à d’autres ustensiles, doivent être regardés comme capital circulant, et leur valeur entière estimée en raison de leur durée doit être ajoutée aux frais de production.

Si les bâtiments et les machines peuvent être appliqués à quelque autre objet lorsque les procédés auxquels ils étaient destinés ont été dépassés par d’autres, ils peuvent alors être considérés comme capital engagé. Dans ce cas, les frais d’usure et de réparation qui s’y rapportent entreront seulement dans les frais de la production ; dans ce cas aussi, la valeur du capital employé s’accroîtra en conséquence des améliorations ou des nouveaux procédés qui auront remplacé le premier mis en usage.

Le public et le détenteur de terres, à la fois, partagent la bonne fortune du spéculateur, s’il a calculé judicieusement la nature de l'emploi dans lequel il a engagé ses épargnes. Ses prix, lorsqu’il opère dans des circonstances précaires, doivent être assez élevés pour couvrir la mise hors de son capital ; et pour éviter d’exagérer ces prix il ne peut admettre ni des loyers trop élevés ni des salaires trop forts, excepté lorsqu’il peut se placer dans les conditions d’une vente très-étendue ou d’un travail très-efficace. La possession du capital circulant n’est donc si désirable en elle-même que parce qu’elle rend le travail efficace, et qu’en même temps elle augmente

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ORGANISATION NATURELLE DE l’iNDüSTRIE.

le fonds de la rémunération générale. Le capital est un moyen et non pas un but; par conséquent, aucune classe de producteurs ou de consommateurs ne peut être intéressée à conserver des procédés imparfaits, à l’exclusion et des meilleures méthodes et de la production à meilleur marché à laquelle ces méthodes donnent lieu.

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