CHAPITRE III
»ES PROFITS ET »ES SALABBES DE l/llV»IJST3IE IWAMI'EACTVRIÈbE.
Nous avons vu que la manière dont l'agriculteur remplit ses fonctions, à la base de l'échelle de l'industrie, détermine le nombre et l'importance de toutes les autres branches du travail. L'alimentation, en tant que besoin primordial, doit être d'abord satisfaite, quelque sacrifice qu'il en coûte. Jusqu'à ce que la nourriture soit assurée, nul autre besoin n'est urgent ; quelque criant qu'il soit, il n'appelle pas l'attention. Mais à proportion que la nourriture devient abondante, les autres besoins acquièrent de l'importance, et il s'éveille une série constamment croissante de désirs qui se classent cependant suivant le degré auquel ils nous pressent. En premier lieu d'abord , des vêtements grossiers et des logements supportables; puis des choses délicates au goût, des ornements pour les personnes, des moyens de transport commodes, rapides et élégants, deviennent tour à tour des besoins qui exigent leur satisfaction. Les jouissances qui dérivent de la satisfaction des goûts et des sentiments cultivés closent la liste des besoins des êtres raisonnables.
Si le moraliste est frappé d'admiration lorsqu'il contemple cet ordre bienfaisant institué par la Providence et suivant lequel on peut dire en quelque sorte que nos besoins sont créés par les moyens mêmes qui servent à les satisfaire, l'économiste n'apprécie pas moins cette bonté et cette sagesse réunies, qui ouvrent ainsi à l'homme la perspective de jouissances indéfinies, sous la seule condition qu'il travaillera à se les approprier.
Le travail économisé en agriculture par les efforts de l'intelligence dirigés soit vers l'amélioration des procédés, soit vers le progrès moral ou vers de sages combinaisons sociales, compose tout le fonds qu'une communauté possède pour pourvoir à l'industrie manufacturière.
Le savoir et l'activité rendent ce capital beaucoup plus considérable dans quelques pjjys que dans les autres ; il est le plus efficace dans les contrées où lasécurité de la propriété permet à de grandes masses d'hommes de se vouer àuneseuletàche,àrexclusion de tout autre mode de production. Cette division du travail, loin de combattre le principe de l'association, nest praticable, au contraire, que lorsque la véritable association assure l'échange mutuel des productions qui se multiplient par ses voies.
Mais, si l'on craignait comme un mal toute multiplication de notre puissance productive , si l'on considérait comme la mesure des richesses les seuls frais de production, si l'on estimait la valeur des choses par la quantité de travail qui a servi à les produire, alors l'économie en agriculture sur la(|uelle se base l'industrie manufacturière devrait être évitée comme un malheur. Chaque procédé perfectionné dans les manufactures tendrait à diminuer la richesse de la communauté.
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Il est pourtant évident que, puisque le manufacturier a besoin d'aliments aussi bien que le fermier, il ne peut y avoir de place pour lui au soleil, avant que la production d'un excédant de nourriture ne soit assurée à son profit et affectée à son entretien. D'ailleurs, si le fermier a besoin de vêtements, il faut bien ou qu'il consacre une partie de son temps à les fabriquer, ou qu'il produise des aliments pour ceux qui les fabriquent pour lui. Ces deux méthodes ont été essayées, et la seconde a été adoptée généralement, comme étant beaucoup plus efficace. Les hommes ont été amenés à la suivre en raison de cette tendance de leur esprit qui, je l'ai démontré, accroît leurs désirs à mesure qu'ils trouvent la possibilité de les satisfaire. Jusqu'à ce que Ihomme fut pourvu de nourriture, il ne ressentait à peine aucun autre besoin. Ainsi, le manufacturier prend le second rang dans l'ordre industriel. La demande à laquelle satisfont ses produits saccroit à proportion que les aliments et les matières premières deviennent à meilleur marché. Le fermier en étendant l'échelle de sa production, et en réduisant le taux de ses profits, en accroît doublement le montant ; et poussant ses compétiteurs dans les nouveaux champs de l'industrie qu'il ouvre ainsi, les profits accrus se partagent entre un plus petit nombre de producteurs (l).
(I) L'auleur a démonlré dans le cbapilre précédent, que loul producteur voyait s'accroître la somme de ses proflts en en abaissant le taux, par deux causes : \° parce que le bas prix augmente la consommation ; 2" parce que le bon marché réduit la concurrence et diminue le nnnil)re des producteurs d'un même article, en créant de nouvelles branches dMnduslne el en sollicitant de s'j livrer une partie des producteurs de l'article primitif. Ainsi, moindre sera le prix des aliments (ce qui ne peut s'effectuer que par une économie de puissance et lasubslilulionde moms en moins dispendieuse des forces naturelles graluilesaux forcesdeplusenplusonéreusesde l'homme), moindre sera la proportion
La place importante qu'en économie politique l'industrie manufacturière a le droit d'occuper n'a point encore été clairement exposée. Les célèbres traités encyclopédiques du dernier siècle, dans lesquels les vues les plus larges ont été émises, ont été composés avant que les manufactures eussent atteint ce développement qui leur donne en certains pays un si haut intérêt, qu'elles absorbent en elles-mêmes un grand nombre d'autres considérations économiques. Nous ne trouvons même pas, dans les traités récents, qu'on ait clairement établi la distinction entre les manufactures et les arts manuels, et cependant il est de la plus haute importance que cette distinction soit pleinement appréciée. Vindustrie des fabriques, aux produits de laquelle le terme commun de manufacture estjusqu'ici généralement appliqué, diffère de l'industrie manouvrière par la nature même de la force qu'elle emploie pour appliquer ses outils au travail. Le seul usage des machines ne caractérise pas suffisamment une fabrique, parce que nous aurions alors à considérer le travail exécuté par un ouvrier à l'aide d'un tour ordinaire, ou même celui de l'élévation de J'eau à la main avec une pompe, comme des travaux de fabrique, parce qu'ils sont accomplis à l'aide de machines. La distinction qu'il importe d'établir se rapporte !i la /brcc employée pour mettre un outil en mouvement, plutôt qu-dV usage de quelque oulil ou de quelque machine particulière ; et cela parce qu'aucun autre pouvoir
i]('«, (ullivaloiir-; all;ifli(''s au sol pniir les produire, et plus grand sera \v \\i'"\('\\ff (prn(il ou salaire) de ces cullivaleurs, parce que l'industrie inanufaclurièr<', rendue noruialtmeni |>o>sible, réclamera d'aulaul plus de bras el d'aulaul plus de siibsislauces que colles-ci seront plus à sa portée. E. T.
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que celui de la force humaine n'est capable d'une augmentation indéfinie et ne remplace le tra\ail servile et corporel par les \oies que suggère l'intelligence humaine.
Pour définir clairement les limites respectives de l'industrie fabricante et de l'industrie manouvrière, il peut être bon de limiter le terme même de machines aux instruments qui reçoivent leur impulsion d'agents autres que la main humaine, et d'appeler outils ceux que la force des bras met en œuvre quand bien même ils amplifieraient le pouvoir des muscles (1). De cette façon, la pompe à simple ou à double effet, le banc du tourneur seront des outils, parce que c'est la force humaine qui y est appliquée ; mais ils deviendront des machines aussitôt que la force des animaux, de l'air, de l'eau, de la vapeur ou des agents chimiques leur imprimera leur force. Ainsi les moulins à vent, à manège et à eau, les montres, les vaisseaux, l'appareil atmosphérique de M. Clegg, les machines à vapeur, les piles galvaniques, le daguerréotype sont des machines , quoique leurs dimensions varient des proportions les plus gigantesques jusqu'à celles d'un instrument de poche. Il est donc juste de dire que le travail des bras n'est que le premier pas du développement de la puissance, tandis que
(1) Il n'est pas exact de dire qu'un oulil arapliûe le pouvoir des muscles; il ne peut que répartir la force, la mieux distribuer, l'économiser, laraellre en réserve pendant un temps donné pour l'appliquer subitement en un point, et voilà tout. Il est fort important de ne pas oublier qu'on ne crée pas de la force par une disposition mécanique quelle qu'elle soit; au contraire, on en perd toujours un peu par les frottements ; cette erreur, de croire qu'on peut augmenter une force à l'aide d'un levier ou d'un engrenage, a été la cause de bien des graves mécomptes en industrie. £• T-
loO ORGANISATION TUNARELLE
celui des machines en est le dernier et le plus élevé.
Le principe moteur des machines est un moyen secondaire, non pas créé, mais découvert et appliqué par les forces intellectuelles de l'homme. Lorsqu'on a adopté une distinction scientifique de cette sorte entre l'industrie manouvrière et l'industrie des fabriques, il devient facile de suivre les lois économiques qui règlent l'accroissement des deux.
Conformément à notre théorie de la puissance, l'utilité d un individu qui ne peut la manifester que par l'adresse manuelle est à l'égard de ses semblables réduite à son expression la plus limitée. Pendant des siècles le monde n'avait presque à sa disposition que des forces manuelles pour pourvoir à ses besoins de première nécessité. La préparation des vêtements, comme nous la connaissons à la fois dans les temps anciens et modernes, était une longue occupation domestique, et peu d'hommes pouvaient profiter de l'excédant du travail des autres, soit pour acquérir des vêtements et du linge, soit pour subvenir à leur nourriture. Mais ainsi que la substitution du rouet au fuseau fournit seulement plus de variété aux hommes dans le choix possible de leur habillement, ainsi le progrès dans l'emploi des machines leur a seidement livré de plus vastes approvisionnements de vêtements qu'ils n'en possédaient auparavant.
La fausse appréciation de la valeur de l'homme, qui retarda tellement les progrès de l'agriculture, mit des obstacles proportionnels à l'application au travail des agents chimiques et mécaniques, celte grande source de liberté et de jouissances humaines. Le moulin hydraulique même était inconnu aux anciens, qui faisaient
broyer dans des mortiers , et par des esclaves, le grain nécessaire à la maison (1).
On a l'habitude d'appeler une fabrique toute réunion d'ouvriers sous les ordres d'un seul maître, et de distinguer sous le nom de manufacturiers tous les hommes qui approprient les matières premières fournies par la terre à d'autres usages qu'à ceux de l'alimentation. On ne peut cependant alléguer de bonnes raisons pour distinguer le fabricant de fromages, de beurre ou de vin, du filateur de coton, et il serait utile que les agriculteurs n'établissent pas cette distinction. Le batteur en grange et la fille de laiterie appartiennent à la même classe d'ouvriers que le tisserand et l'imprimeur à la main. Ce sont des arts manuels qui diffèrent des manufactures dans les points que j'ai expliqués. A proprement parler, un canal d'irrigation ou d'assèchement est une machine.- Il est d'ailleurs facile d'établir la distinction entre l'industrie manuelle et l'industrie manufacturière dans chaque branche de la production. La règle économique où mène cette distinction en pratique est la suivante : L'industrie manufacturière dépendant de forces dont la multiplication est infinie, la seule limite imposée à l'extension des fabriques provient de l'état du marché.
(i) M. Michel Chevalier, dans son cours d'économie poliliqiie au collège de France, année 18il, rapporte, d'après Homère, que d2 femmes, dans la maison de Pénélope, élaienl occupées k moudre le grain pour environ 500 personnes au plus. Comparant ce Iravail àcelui d'un moulin de nos jours, celui de Sainl-Maur, par exemple, qui esl un des plus beaux élablissemenls de ce genre, M. M. Chevalier estime que Téconomie de puissance s'esl opérée pour la mouture dans la proportion de 1 à 144. C'est-à-dire que, si du temps d'Homère i homme préparait le grain pour 2o personnes, il peut aujourd'hui en moudre, avec des machines, beaucoup plus parfaitement, et en outre bluter la farine, pour 144 fois plus de personnes, pour 3,600 bouches par jour. E. T.
L'affaire du manufacturier est donc d'étudier la règle que j'ai posée dans noon premier chapitre et de s'efforcer d'augmenter ses profits en étendant ses ventes. Pour cette raison, les manufactures en premier lieu doivent s'appliquer à produire tous les objets nécessaires. Des articles d'alimentation indispensables, tels que le grain, peuvent être cultivés manufacturièrement. Mieux le manufacturier réussira à opérer sur une grande échelle, plus il épargnera à ses clients. Et le capital ainsi réservé viendra défrayer le coût de l'industrie manouvrière qui, pratiquée sur une petite échelle proportionnée à son marché plus limité, exige un taux plus élevé dans ses profits que celui des manufacturiers. La production des grains et des fourrages pour les bestiaux et celle des fermes laitières et des maraîchers se trouvent dans cette position réciproque et analogue. Le tissage, la teinture et l'impression commune sont aussi dans la même position relative à l'égard de la broderie et de la peinture.
Dans un grand nombre des branches de la production, les premières opérations sont manufacturières et les dernières manuelles. Ainsi, pour que les horlogers et les couteliers trouvent des profits, il faut que les procédés d'extraction et de fabrication des métaux soient manufacturiers. Plus le prix du cuivre et de l'acier s'abaisse, plus les ciseleurs ou les armuriers pourront en vendre après les avoir transformés en lames ornées. Plus le fil en bobines sera produit à bon marché, plus il y aura d'emploi pour les brodeurs. Plus les étoffes de vêtements seront abondantes, plus il est probable que les profits des tailleurs et les salaires de leurs ouvriers seront élevés.
La substitution des machines au travail manuel, en laquelle consiste la grande gloire de notre âge, est le
résultat le plus heureux de l'application de rintelligence à l'industrie. La première modification apparente à laquelle elle a donné lieu a été de transférer la production des petits établissements aux grands. Le rouet et le moulinet ont ouvert la voie à des usines considérables de filature de coton et de préparation des soies.
Cette substitution a jeté les fondements d'un nouvel ordre social et politique; elle exige qu'on remplisse préalablement plusieurs des conditions que dans mon premier chapitre j'ai démontré être indispensables aux progrès de l'industrie.
L'espace que les machines exigent et le grand nombre de bras qu'elles rassemblent dans un même établissement font qu'il est nécessaire que la disposition à l'association soit vulgarisée, et que les avantages en soient tout à fait connus avant qu'on en adopte l'emploi. En outre, l'extension des engagements de capitaux nécessaires fait de la sécurité de cette sorte de propriété une affaire de la plus haute importance ; tandis que si le travail manuel prévaut, cela est moins urgent, puisqu'il n'exige que de petits engagements. L'histoire de l'industrie chez presque tous les peuples offre des exemples de l'attraction des manufacturiers vers de nouveaux centres , ou de leur expulsion de leurs sièges anciens, quelquefois par l'oppression des dominateurs, d'autres fois par la violence des factions. A la suite de l'effervescence des factions populaires dans les cités de Bruges et de Gand, au xv* siècle, un grand nombre dindustries émigrèrent à Anvers et dans la forêt des Ardennes. où existe actuellement la cité florissante deVerviers. Les commotions populaires, à Cologne, chassèrent les tisserands de cette ville vers les mêmes localités. La révoca-
tion de l'édit de Nantes, qui était la charte de la liberté religieuse , coûta à la France l'élite de sa population manufacturière. Sous le règne de la sanglante reine Marie, un grand nombre de fabricants d'étoffes émigrèrent d'Angleterre à Francfort-sur-le-Mein ; et s'ils n'eussent été rappelés par Elisabeth, ils auraient sans doute apporté un nouvel élément de richesses à cette ville industrieuse (1).
Les fabriques et les machines mues par une force mécanique ne peuvent être transportées et par conséquent ne peuvent être érigées dans les endroits où il n'y a pas d'espoir de sécurité. L'exemple du continent, où jusque longtemps après la paix de 1815 les machines ne furent que parcimonieusement int^^oduites, montre que le sentiment de la sécurité est une condition essentielle à l'établissement de l'industrie manufacturière. Même en France, sur 1969 machines à vapeur travaillant en 1837, 59 seulement ont été construites avant 1820; 1368 le furent après la révolution de 1830 (2).
(1) il y a encore en Prusse un grand nombre de familles proleslantes françaises exilées à la suite de la révocation de l'édil de Nantes ; et ces familles ont transporté à Berlin et en d'autres villes divers genres d'industrie qui enrichissent aujourd'hui ces contrées, et qui auparavant étaient presque exclusives a la France. Je citerai comme exemple la fabrication des bronzes et des fontes ouvragées de Berlin, et celle des laines leinles pour tapisseries, dans la même ville. E. T.
(2) Voici quelle a été la progression de l'emploi des machines en France depuis 1857 {Journal des Débats du 13 décembre 1850).
Cliaudièrps à vapeur Machines Locomotives, Macliines Force totale des machioes. dans les usines. fixes. de bateaux. Chevaux.
En184G. 8,023 4,393 GG7 518 81,009
Les 4,593 machines fixes possédant une force de 34,467 chevaux ont réalisé en 1846 l'économie d'un travail équivalent à celui de 1 ,143,810 hommes valides. En 1847, les 110,171 chevaux-vapeur en activité
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Dans le dernier siècle, aucune autre nation que l'Angleterre, en Europe, n'aurait pu adopter l'usage des machines jusqu'à l'extension où elles y furent introduites.
La crainte des ravages de la guerre a rendu nos voisins continentaux timides à se lancer dans la construction des manufactures. La terre ne peut pas être aisément reprise à ses possesseurs, quand bien même l'assiette politique varie, mais cette seule circonstance en elle-même peut devenir fatale à l'établissement des manufactures. La police commerciale ou les lois domestiques de l'État auquel un pays, après la guerre, peut se trouver annexé, peuvent ne pas être propices aux intérêts de sa production; ils peuvent décourager certains emplois, ou en étouffer la demande tout entière, par ce qu'on appelle la protection. Mais le danger de la ruine par la guerre disparait rapidement devant une meilleure entente des intérêts individuels et nationaux. Nous ne pouvons fermer les yeux aux conséquences inévitables à cet égard du progrès de la civilisation. La certitude de la paix doit certainement être suivie d'une certaine concurrence; mais devons-nous nous effrayer devant cette preuve de la puissance intellectuelle ? Assurément non. Ainsi que nul champion ne peut être célébré dans les épreuves de la force musculaire que celui qui cherche des adversaires dignes de se mesurer avec lui : ainsi ne peut-il y avoir de triomphe pour l'intelligence, ni même de certitude de sécurité, que pour ceux qui ne s'éloignent pas de la lutte de l'esprit et qui ne fuient point la concurrence.
correspondeni à 350, o5S clievaux de Irait; dans ce nombre ne sont pas comprises les machines des bàlimeuls à vapeur de l'Élal. E. T.
L'industrie manufacturière est également entravée dans la plus grande partie des États du continent, par les systèmes législatifs de ces pays. Dans tous, on suppose que le bien-être des peuples dépend plutôt de certaines manières de partager les terres ou de faire le commerce, que de l'état général de l'intelligence. Dans quelquesuns, on peut observer une singulière inconséquence de la part des gouvernants, qui encouragent l'essor des connaissances et le développement de la puissance intellectuelle, mais qui enlèvent au peuple, pour leur propre bénéfice, le privilège d'user de cette puissance. Le refus d'accorder une portion du pouvoir politique à des classes considérables et utiles entretient un sentiment d'insécurité dans la nation, parce qu'elle n'accorde pas sa confiance aux classes monopolisatrices qui s'arrogent exclusivement le droit de statuer sur les destinées de leur pays. Les manufacturiers, dans les pays où la civilisation est élevée, ne se fient pas à des formes politiques qui pouvaient être bonnes et utiles à des époques moins avancées, lorsqu'à la terre seule s'attachait le droit de propriété. Le plus grand inconvénient que rencontre l'industrie manufacturière tient cependant à la distribution de la masse du peuple en petits établissements agricoles, dont chacun ne produit qu'un peu plus que la propre nourriture de ceux qui l'exploitent, et cela évidemment au prix du sacrifice de presque tout leur travail. C'est peut-être dans quelques parties de l'Allemagne que le blé coûte le plus cher à produire, comparativement avec le reste de l'Europe, et là, d'un autre côté, il est à peu près impossible de vendre le grain au marché. Dans de tels pays, où il ne saurait y avoir d'économies qui puissent, en s'accumulant, former des
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capitaux reproductifs, le progrès de la richesse est nécessairement très-lent.
Sur les rives des cours d'eau navigables et en des localités qui gardèrent, au moyen âge, les traditions de l'industrie manufacturière, des fabriques se sont élevées depuis peu d'années. La Saxe, la Prusse rhénane, la Silésie, la Belgique; en France, l'Alsace et la Normandie ; et quelques-uns des cantons suisses, ont fait des progrès considérables en établissant des manufactures. Avec des systèmes de gouvernement plus simples, et une protection efficace contre toute intervention législative, ces tentatives seraient rapidement heureuses et encourageraient l'exemple. C'est surtout aux mesures adoptées pour forcer leur succès que sont dues les difficultés contre lesquelles elles ont à lutter (1). Dans le chapitre
(i) Il a'esl pas douteux que pour la Normandie et TAIsace les droits élevés frappés sur les cotons bruts, et plus encore la prohibition des numéros 0ns anglais, n'aient laissé l'industrie des filatures dans un état d'infériorité comparative tenant à l'absence de concurrence et à la difficulté de se procurer des matières premières. En Normandie, la surtaxe imposée aux charbons anglais a l'égard des charbons belges, les droits exorbitants sur le fer et l'acier, sont des obstacles très-graves à l'élévation de l'industrie; j'en dirai autant du droit sur les soudes factices, fabrication dans laquelle nous avons pr<^cédé les Anglais, et dont ils peuvent aujourd'hui livrer les produits à 30 fr. environ les cent kilog., tandis que les nôtres se mainiieniient vers 45 fr. Plusieurs matières tinctoriales sont encore dans le même cas. En un mot , la plupart des produits qu'emploie l'impressioîi sur éioffes, à partir du coton brut, coûtent cher à nos fabricants en vertu du système protectionniste, et cela sans avantage réel pour les producteurs nationaux eux-mêmes de ces matières, puisque le protectionnisme leurapporte précisément des entraves de la même nature. Ou peut voir jusqu'où s'étend la progression <le ce cercle vicieux. I.e producteur de tissus est protégé ; mais il paye ses machines, ses matières premières et ses combustibles trop cher, parce que ces éléments de sa production sont aussi protégés. Le protectionnisme fait payer aux constructeurs de machines du fer, de Tacier, du cuivre et de la houille protégés; au maître de forges, des ma-
suivant , j'examinerai plus en détail la nature et l'extension de la concurrence que nous pouvons rencontrer chez nos voisins du continent. Ici, je me bornerai à décrire les résultats que produit heureusement la rivalité dans l'industrie manufacturière. La crainte de la concurrence, qui est si générale, provient de l'inclination des esprits les plus pratiques à l'erreur dans les calculs de détail. Si les manufacturiers, les agriculteurs et les travailleurs étaient accoutumés à raisonner d'après les principes généraux, ils se mettraient sur leurs gardes contre la dangereuse fluctuation des prix; ils analyseraient les causes de leur élévation et de leur chute, et mesureraient sur un étalon normal à la fois leurs efforts et leurs dépenses. Le bon marché du fer, résultat de l'économie dans l'exploitation des mines et des procédés métallurgiques, a stimulé à la fois et entretenu le désir de substituer des machines au travail manuel en Angleterre; c'est probablement à l'application de l'air chaud dans les divers fourneaux à fer, et à l'accroissement de
chines et de la houille protégées ; à l'exiraclenr de houille, des raachii)es el des oulils loiit au>si protégés : el à tous ces dejirês de la protection vient encore s"ajo!iler raccroissenieat faclice des salaires de l'ouvrier , qui ne se nourrit que d'aliments pro/e'^e.y, tandis que l'a^riculieur ne reçoit de l'industrie ses vêlements, ses outils, ses meublas, tous les objets qu'il consomme, que grevés par la protection. Cette protection d'Hilleurs ne profile à personne, puisque le fabricant, qui reçoit du sjsième proleclionnisie d'une main, est forcé de lui rendre de l'autre plus qu'il n'en a reçu, en droits sur ses matériaux , ses machines, son combustible, et sur la nourriture, le vêtement et le logement de ses ouvriers el de lui-même Que s'ensuil-il ? Que la consomm.ition se resserre, el que toules les branches do. la producuon, devenant de plus en plus chères, rédameiil à grands cri> plus de protection encore, c'esl-à-dire encore moins de i)0ssibililé de venle. Voilà où nous en sommes eu France, le |)ii)'s des lumières, au xi\* siècle, le feiècle du progrès ! E. T.
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la production de ce métal, qui s'en est suivie, que nous devons les chemins de fer. Le bas prix auquel est tombé le fer permettra de couvrir l'Océan de vaisseaux en fer. Nous ne pouvons pas assigner de bornes à l'extension que pourra prendre celle consommation, parce que, lors même que la propre demande de notre pays serait épuisée, nous trouverions presque tous les pays autour de nous dénués des moyens d'accroître leurs richesses et leurs jouissances, faute d'un approvisionnement suffisant de fer. Nul exemple que celui du commerce du fer ne peut montrer avec plus de force la vérité de cette proposition importante : que la consommation d'un produit utile et nécessaire en amène toujours une production croissante à des prix réduits. Les bons effets de la concurrence sont aussi évidents à l'égard des procédés mécaniques qu'ils le sont pour la production des aliments. La production de tout pays, la richesse et le bonheur de l'humanité se fondent sur le succès dans la construction des machines et dans les procédés préalables d'exploitation des raines et de la métallurgie. Combien, dès lors, est-il satisfaisant pour l'esprit, de voir que les efforts auxquels le mécanicien est contraint par la concurrence sont récompensés par l'extension des marchés ! Chaque diminution possible dans le taux de ses profits augmente, par le fait, la somme des profits qu'il acquiert. A la découverte de cet ordre providentiel des choses, à son adoption en tant que loi économique, nous devons cette magnifique conviction : que jamais l'escla- \age ne pourra, à l'avenir, faire déchoir Thonirae de la haute position que, par droit de naissance, il occupe dans la nature.
Les profits du maître aussi bien que ceux de l'ouvrier
s'accroissent par l'abaissement des frais de production : il n'est, par conséquent, pas étonnant que, dans un siècle de mouvement, les esprits soient tournés vers l'invention, et que nul ne puisse être sûr que le procédé qu'il emploie ne puisse, à chaque instant, se trouver dépassé ; fort heureusement, en ce point, les artisans et les manufacturiers d'Angleterre comprennent assez leur position , comme le prouve l'enquête opérée par un comité parlementaire en 1830. On a estimé en moyenne la durée probable de l'application d'un procédé nouveau, et dans les calculs de profits qu'il doit apporter ce chiffre entre généralement comme l'un des facteurs : il devait en être ainsi ; mais on détermine seulement par un calcul de ce genre la moyenne entre deux extrêmes dont le plus bas, si l'expérience n'avait pas indiqué de se précautionner à cet effet, pourrait entraîner l'anéantissement du capital engagé.
Peut-être pourrait-on arriver par un système plus conforme à la science de pourvoir aux constructions manufacturières, à prémunir le capitaliste contre les pertes énormes que lui fait courir l'adoption de procédés nouveaux. Mais le danger auquel est ainsi exposé le manufacturier lui montre la nécessité de se livrer aux calculs économiques les plus stricts, avant d'engager un capital considérable. Il y a donc de grandes chances à construire sur des fondations aussi peu stables que celles des prix, et il est très-important que le manufacturier acquière une vue générale des lois qui gouvernent la production et la consommation.
Les droits protecteurs, les monopoles et les primes ne sontquedesleurrcsàl'engagementdéraisonnableducapital, comme l'attestent l'expérience de notre propre pays
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et la position mal choisie d'innombrables fabriques au dehors. Les brevets d'invention même, si on y compte trop, peuvent induire en cette erreur. On ne peut concevoir d'avantages solides et réels que ceux qui offrent un marché d'une extension assurée et exempt de toute chance de mécompte. Comme exemple d'un engagement de capital irrationnel, je peux citer cette immense filature construite tout récemment en Allemagne, à Augsbourg, ville qui n'est pas à moins de 200 milles de route de terre du point navigable le plus proche sur le Rhin (1).
Indépendamment des dangers directs auxquels est ex- ■ posée la propriété du manufacturier, de la part des causes de prospérité ou de décadence auxquelles sont livrés ses clients et contre lesquelles il importe que son savoir le prémunisse, nous voyons que sa position est de celles qui demandent le plus spécialement l'application
(1) Le pacte colonial a déterminé un grand nombre d'élrangelés de cette sorte. J'ai vu à la Martinique et à la Guadeloupe des terrains admirablement propres à la culture du tabac, à celle des végétaux alimentaires, et qui de longue date avaient été adapté-^ à la production de la canne, à laquelle ils étaient décidément impropres, imiquement perce que le sucre colonial était protégé sur le marché français, et que le tabac ne l'était pas. 11 existe aussi en France des usines métallurgiques, par exemple, placées dans des conditions tout à fait mauvaises, que le droit protecteur des fers a seul créées, et qui tomberont cerlainenn'ut avec lui, et probablement avant lui. La production du sucre de betteraves est encore tout à fait irrationnelle, du moins en France, et on ne p( ut arguer des progrès qu'elle a fait faire il rindust rie sucrière ; car il ti'ya pas lie doute que, si le bon marché du sucre en avait étendu la consommation, ces perFcciiotinemtnts se seraient opérés dans les pays intertropiiau.v. Un hectare de terres en betteraves ne peut lournir au maximum que .'JO.OÛO kilog. de racines, contenant 5,000 kilog de sucre fort difficile à débarrasser des sels qui y sont mêlés. Un hectare de canne pourrait produire en bonne culture, à Cuba ou au Brésil, où la canne ne se replante que tous les dix ou quinze ans, 100,000 kil. de canne, contenant 20,000 kil. de sucre presque pur. E. T.
de l'intelligence. Cette obligation devient plus urgente encore dans toute industrie première, et le constructeur de machines y est par conséquent plus sujet qu'aucun autre. On peut dire qu'il nourrit les autres branches manufacturières. Il leur faut des machines comme il nous faut des aliments. Il ne peut y avoir de protection pour les machines ou pour les métaux, parce que tout pays soumis à une telle infortune doit voir rapidement ses manufactures ruinées par la concurrence de voisins intelligents qui possèdent de meilleures machines et à meilleur marché (1). Le bon marché que cause la concurrence amène toujours l'amélioration. La Belgique a protégé ses machines et a presque ruiné ses manufactures; la Prusse et l'Autriche ont fait la même faute et en ont obtenu le même résultat. Nous avons eu la folie d'exclure par des droits élevés les métaux étrangers, et il en est résulté une détérioration notoire dans la qualité des fers anglais. Une des conclusions les plus évidentes que nous puissions tirer de ces faits est, qu'entre tous les manufacturiers, le constructeur de machines surtout doit étudier la seule règle normale des industrieux, règle qui l'oblige, en toutes occasions, à réduire ses prix autant que possible, car il en reçoit la rémunération en acquérant la certitude d'accroître ses ventes. La sûreté du capital engagé dans cette classe de manufactures dépend ainsi entièrement de la connaissance profonde de tout ce ([ui a rapport à ces établissements, dans la
(1) A moins que dans ce pays, comme en France, on ne puisse fabriquer un pt-u plus clifremeni des métaux ol des machines, et qu'on eu protège les produits; alors, il esl vrai, l'niduslne se soutient et progresse, niais aux deiien^ de r;i^rriciillure et des autres branches de tra- Tail.el on marche leiiietneni vers une crise terrible, vers une commotion qui bouleyersera la société tout entière. E. T.
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nature de l'association qu'ils forment. Le constructeur doit voir qu'il ne peut trouver à vendre sans rencontrer la plus active concurrence sur les marchés : la totalité des fabricants et des consommateurs sont ligués contre lui ; en effet, les manufacturiers ne peuvent lutter avec leurs rivaux sur le marché national ou étranger, s'ils n'ont pas des machines d'un bon marché égal, et partout le consommateur s'adresse au fabricant qui lui fait le plus d'avantages.
Il est clair dès lors que si les travailleurs veulent avoir de bons salaires, ils ne peuvent trouver de travail qu'autant que les capitalistes consentiront à se livrer à cette lutte ardente. La possibilité de fabriquer dépend de l'intelligence du peu d'hommes qui possèdent de grands capitaux ; c'est la concenlralion du capital qui le rend efficace, et encore ceux qui peuvent rendre efficace même le capital centralisé doivent posséder une capacité intellectuelle et sociale éminente. C'est — je ne veux pas dire le devoir de l'ouvrier — c'est son intérêt — d'assister autant que possible les hommes qui entreprennent cette tâche, ceux qui font les sacrifices que dans les circonstances actuelles les manufacturiers doivent faire; puisque c'est à l'intelligence, à l'activité, à la persévérance, à la patience de ceux qui l'emploient que l'ouvrier doit la possibilité d'obtenir un travail amélioré et des salaires convenables.
Je sais qu'on peut dire, que cette classe, la plus utile de celles de nos compatriotes, n'est pas dirigée par des motifs patriotiques en se soumettant à tous les risques, à toutes les fatigues auxquels les obligent, aujourd'hui, leurs occupations. Mais tout ce que nous avons à considérer, c'est qu'il est fort heureux qu'un motif quel-
conque puisse porter un homme qui possède 50,000 livres st. à se dévouer à l'accomplissement de la grande œuvre qui donne de tels bénéfices à l'humanité, au lieu de se reposer et de jouir tranquillement de son revenu.
Quels que puissent être les mobiles individuels des manufacturiers, le résultat est le même : ils créent l'abondance pour le consommateur, et donnent en même temps une rémunération élevée à ceux qui participent à leurs travaux, et qui sont à leur tour des consommateurs. Que leurs profits soient considérables là où la propriété est assurée, c'est encore une autre et une des plus belles vues de la Providence, qui veut que la prospérité d'un homme soit la condition de la prospérité des autres.
Mais cette loi exige que ceux qui en tirent leur bénéfice consacrent tous leurs instants à l'étude. Cette loi ne contribue pas à nous affranchir du plus petit effort d'intelligence ; nous devons chercher à en comprendre les desseins pour l'appliquer sûrement dans la vie quotidienne.
Je vais entrer maintenant dans la partie la plus importante de mon sujet : la théorie des salaires. Ici encore, nous verrons que la haute importance d'établir des principes corrects est aussi irrésistiblement démontrée que dans le cas du revenu de la terre dont je me suis occupe dans le précédent chapitre. La notion que la production alimentaire seule peutdélerminerun revenu, et que, pour obtenir cette rente, les subsistances doivent continuellement augmenter de prix, a mené, au sujet des salaires, à la conclusion suivante : « Les profits commer- « ciaux étant le fonds qui doit être partagé entre les « ouvriers et ceux qui les emploient, les profits ne peu-
« vent s'élever que par la réduction des salaires, et ré- « ciproquement les salaires ne peuvent être augmentés « qu'aux dépens des profits. » Eh bien, si cela était exactement vrai , ce serait encore la meilleure chose pour l'ouvrier que d'aider aux progrès des améliorations; car, s'il n'ajoutait pas ainsi au montant de ses salaires, il augmenterait tout au moins de beaucoup leur valeur (1), puisque, en tant que consommateur, chaque amélioration lui permettrait d'acheter plus pour la même somme.
Cependant, les prémisses de cette proposition sont fausses, car elles reposent sur deux grosses erreurs: l'une est d'affirmer que l'élévation constante du prix des subsistances est inévitable, et dans le dernier chapitre j'ai démontré que c'était un sophisme; l'autre, à laquelle j'ai aussi fait une allusion générale, vient de ce qu'on confond le taux des salaires et des profits avec leur somme.
Les profits bruts forment certainement le fonds auquel sont empruntés les salaires ; le manufacturier n'est pas exempté de cette obligation générale, qui, comme nous l'avons vu, s'étend à l'agriculteur. Dans l'industrie manufacturière, le nombre d'objets qui doivent être
(1) Voici quelles sont les idées de M. Mac-Culloch k ceL égard : « Où € a déjà vu que le coûl du produit brul (end nécessairenieiil à s'élever e avec le progrès de la société. Comme la plus graniie partie des salaires € du travail est prise sur celle valeur, il est clair que le taux des sa- « laires, quoique réiiuit h roceasion par les améliorations agricoles, e manufacturières, etc., doit avoir cependant une tendance a s'élever < à mesure que la cité avance et que les populations deviennent plus € denses. » (Note 6, aux teuvres d'Adam Smith, p. 474.)
Cola revient à dire que le moulant des salaires, pris en général, tend à s'abaisser. Si donc le coût du produit brul s'abaissait à mesure que la population s'accroît, non-seulemenl la somme payée en salaires augmenterait k mesure que leur taux baisserait, mais encore elle serait plus considérable qu'auparavant. T. C. B.
produits sur une large échelle, pour que la consommation en devienne générale, est tout aussi grand qu'en agriculture. Mais pour y aider, nous n'avons pas de nouveau monde auquel nous puissions recourir. Les savanes désertes de l'Amérique, les terres incultes de l'Europe nous donnent peu d'assistance directe pour grandir nos manufactures. Il faut qu'on y produise des aliments à assez bon marché pour y attirer des habitants avant que des occupations qui n'exigent que peu de place puissent y être implantées ou y prendre naissance. En ce cas, c'est aux capitalistes pourvus d'argent que nous recourons, aux hommes que l'industrie a faits et que leur esprit entreprenant porte à aventurer une grande propriété accumulée ; nous devons les pousser à prendre cela sur eux. Seuls ils peuvent réduire le taux de leurs profits pour en augmenter le montant, et nous savons déjà qu'en suivant cette méthode on répand universellement l'abondance. L'argent et la terre sont également des capitaux lorsqu'on les emploie à aider à la reproduction, mais il doit être fait une distinction sérieuse entre la terre et les constructions ou les machines. La terre peut être appliquée à tous les objets : on peut la planter, la labourer, la convertir en pâturages ou en jardins, ou édifier sur sa surface; c" est pour cela que, dans mon premier chapitre, j'ai dit que ceux-là devaient avoir la vue bien courte qui, parmi les possesseurs de terre, pensaient qu'ils n'étaient intéressés qu'à la question du fermage. L'intérêt du possesseur de terre est attaché au succès de toutes les entreprises industrielles, il est Irèsgravement intéressé à la fondation et à l'extension des villes, des bourgs et des villages ; le propriétaire foncier qui comprend toute l'importance, toute Ja responsabilité
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attachée à sa position, a de grands avantages si on le compare au manufacturier. Dans toutes les phases du progrès, ses concitoyens peuvent le considérer comme leur allié naturel, leur protecteur et leur ami. Cette position, cependant, n'est pas due purement à ce qu'il possède la terre, il peut seulement l'acquérir en apphquant sa propriété au meilleur usage possible. La mesure de la capacité du propriétaire foncier est aussi entièrement intellectuelle ; ce qu'il possède dans les circonstances de la libre concurrence n'a de valeur réelle qu'à l'aide d'efforts intelligents, et, dans ce cas, en a plus que toute autre chose.
Mais les capitaux engagés par le manufacturier ne reposent communément que sur une seule des phases de l'industrie. La concentration de l'intelligence sur les procédés manufacturiers met perpétuellement en danger ce qu'il possède au profit de nos besoins ; de nouvelles inventions annihilent sans qu'on s'y attende les procédés les plus parfaits, et je crois qu'en moyenne aucune machine employée, aucune manipulation nouvelle, ne vaut plus que ce qu'elle rapporte pendant trois ans. Il est digne de remarque que la première grande fabrique de métallisation par le procédé galvanique fut établie à Birmingham, ville dont la prospérité a été jusqu'à présent assurée par la proximité du charbon pour les machines à vapeur et les fonderies. Évidemment, l'idée de protéger une branche d'industrie ainsi ouverte à la concurrence nationale la plus active, contre ce stimulant salutaire de la rivalité étrangère, ressemble plutôt à la conduite de ces vieilles femmes qui étoutïent les enfants dans des maillots de peur que l'air du ciel ne les blesse, qu'au calcul ^d'hommes doués de raison.
i68 ORGANISATION NATURELLE
L'ouvrier n'a d'autre enjeu que celui d'une partie toujours gagnante dans le risque que cause l'habileté rivale. Si une nouvelle invention réussit, elle exige de nouveaux bras; et si elle est tellement remarquable, qu'elle fasse tout à fait déchoir celles qui l'orit précédée, le marché s'agrandit d'autant, et le montant à la fois des salaires et des profits s'accroît, quoique leur taux puisse diminuer. L'ouvrier ne partage pas en leur entier les risques qui découlent des chances de guerre. Les hommes ont toujours une certaine valeur comme propres à porter les armes, non pas qu'ils gagnent alors 30 schellings par semaine, mais au moins reçoivent-ils quelque chose; tandis que dans une invasion hostile l'industrie manufacturière peut être détruite presque en entier. L'expérience du continent prouve ceci : que presque toutes les fabriques qu'il possédait se ruinèrent à l'époque où ce qu'on appelle la protection fut rigoureusement maintenu par le blocus continental de Napoléon.
Mais il y a des risques que l'ouvrier partage avec celui qui l'emploie, ce sont ceux qui proviennent d'une mauvaise législation ou du trouble de l'ordre social. Des branches entières de manufactures sont supprimées , d'autres voient leurs marchés détruits ou limités par des droits imposés en vertu de principes erronés. Nos verreries ne produisent pas ces beaux cristaux colorés qui sont maintenant communs en Autriche et en Allemagne : les lois d'excisc les ont tout à fait prohibés. Le savon et d'autres articles de première nécessité après les aliments, et dont la consommation, s'ils étaient à bas prix, serait illimitée, sont d'un usage considérablement restreint par les droits qu'ils supportent. En Autriche , une taxe directe est levée sur les commerçants et les
manufacturiers de toute sorte, elle varie dans les grandes villes de 10 livres à 150 livres par an, et les hommes y sont imposés pour acquérir le simple privilège d'être industrieux. Le résultat tout naturel de ces taxes, auxquelles se joint le délai des licences, est de décourager ceux qui commencent à travailler. Un curieux dénoùment a été provoqué par cet état de choses, pour les nobles et les propriétaires fonciers autrichiens : en raison de la valeur que les manufactures apportent aux intérêts territoriaux, presque tous les membres de cette classe ont été amenés à manufacturer eux-mêmes. La majeure partie des grandes fabriques autrichiennes est exploitée sous les noms de la noblesse : le comte de Salm, le prince Dietrichstein et le prince de Cobourg sont maîtres de forges et constructeurs de machines; les comtes Bucquoy et d'Harrach sont verriers; le baron Dalberg et beaucoup d'autres nobles font du sucre de betteraves. Tous les grands propriétaires fonciers sont à la fois brasseurs et distillateurs, plusieursjouissent du privilège de détailler le malt et les liqueurs spiritueuses sur leurs propres domaines (1). Je ne prétends pas déprécier cet ordre de choses ; je ne vois pas de différence entre la production des grains et celle des verreries, du fer ou des étoffes, si ce n'est peut-être que les unes demandent plus d'ingéniosité que l'autre. L'exemple de ces nobles, qui témoigne de l'avantage qui, pour toutes les classes, dérive de l'industrie manufacturière est ce que je voulais montrer, parce qu'il enseigne quelle est la folie de légiférer à l'encontre, et aussi que les ouvriers auxquels ces nobles fabricants donnent de l'emploi profitent de leur esprit
{i) Il en est exaclemenl de même en Russie. E. T.
entreprenant. Une autre cause sérieuse de danger pour les capitauxengagésdanslesentreprises manufacturières provient des méprises sociales qui ont fréquemment pour effet d'en changer le siège. Les restrictions des corporations, pratiquées dans le but de conserver des monopoles ou de favoriser l'irresponsabilité individuelle, formentune barrière constante aux progrès manufacturiers. Des limites au droit de s'établir dans les villes, en empêchant l'accumulation des ouvriers dans les situations favorables, sont également contraires et s'opposent constamment à l'introduction de lindustrie dans les États continentaux.
Mais le danger le plus singulier auquel ces capitaux sont exposés naît de cette fausse théorie, que les profits des manufacturiers sont amassés au détriment des ouvriers qu'ils s'associent dans leurs entreprises.
Il est étrange que cette doctrine ait pu être dirigée contre des hommes qui, par le fait qu'ils engagent des sommes considérables en machines et en constructions, donnent la garantie qu'ils se proposent de travailler dans les termes les plus convenables. Quels que soient les avantages que possède le manufacturier à son point de départ, qu'ils proviennent de ses relations ou de son habileté particulière, ces avantages ne peuvent le protéger contre la concurrence qu'excite toujours l'espoir des gros profits. Jai indiqué l'échelle des profits, ou plutôt celle des méthodes de les créer rationnellement. Le manufacturier ne peut échapper à cette concurrence flu'en étendant ses entreprises, en réduisant le taux de ses profils pour accroître ses ventes; il ne peut pas faire cela aux dépens de l'ouvrier, puisque l'abaissement de ses prix ouvre au commerce de nouveaux champs d'activité, qui viennent concurremment avec lui réclamer des
ouvriers. Les métiers mécaniques ne réduisirent pas les salaires des tisserands ; ils créèrent une telle demande pour le blanchiment, la teinture et l'impression, pour l'emballage, les transports par terre ou par eau, la vente en boutique et la confection des vêtements, que les manufacturiers furent obligés de donner à leurs ouvriers trois fois le montant des salaires que pouvaient gagner les tisserands de calicots ordinaires à la main. Eh bien, je le demande, quelle coalition aurait pu arriver à tripler les salaires? — Les perfectionnements mécaniques le firent pour les pays de l'Europe et pour les comtés de l'Angleterre, où les capitalistes furent amenés à s'établir et à ériger des machines. Cela n'aurait pu être obtenu d'aucune autre façon; en nul autre lieu, cela ne s'est effectué autrement. Si l'origine des salaires réduits de l'ouvrier agricole se trouve dans le mauvais ouvrage que fait celui qui l'emploie, le fonds, duquel seul les salaires élevés peuvent être retirés par l'ouvrier industriel, se forme par l'accroissement de la somme des profits du capitaliste (1).
(1) Dans les pays soumis au proleclionnisme, il y a une autre cause à la déiresse de ragriculture, qui a été clairement démontrée par M. Michel Chevalier dans une deses leçons au Collège de France (1850). I,e monopole créé au proGl de certaines industries leurre les capitalistes de l'espoir d'y réaliser de plus gros profils qu'ailleurs (vain espoir du reste, comme l'a prouvé déjà plus haut M. Banfield dans ses conclusions sur la restriction de la consommation et la comparaison du taux des produits à leur somme). Il résulte de cette fausse voie que les capitalistes désertent Vexploitation du sol, qui ne leur promet pas des hénéflces aussi considérables, d'autant plus que les restrictions apportées au commerce retombent plus lourdement sur le marché de l'agriculture que sur les autres. Sans capitaux d'exploitation, l'agriculture ne peut ni se pourvoir d'engrais, ni de bons assolements, ni surtout de machines perfectionnées (et j'y comprends les irrigations, le drainage, les voies de service et toutes les petites industries
Je me servirai, pour expliquer le progrès économique des manufactures, d'un diagramme semblable à celui que j'ai employé dans mon dernier chapitre pour éclaircir la théorie de la rente. Si nous représentons le taux du profit par les chiffres placés au bas de chaque compartiment, les diverses branches de la production seront à peu près, Tune par rapport à Tautre, dans la position suivante :
agricoles de première IransformatioD, si précieuses pour le cultivateur); les bàlimenis d'exploilalioa seront insufflsanls, le cheptel en outils et en bestiaux peu considérable. Mais la privalion des machines est surtout ce qui contribue h empêcher rabaissement du prix de revient, et conséquemmentcelui du taux des ventes et des proGts, c'est-à-dire raccroissemeni des bénéflces, celui des salaires et l'avènement du bien-être des classes agricoles. D'un autre côlé, les bénéfices réalisés dans l'industrie protégée cherchent à se placer en fin de comple avec le plus de sécurité possible; la crainte de renlèvemenl d'une proleciiou injuste empêche la majorité des industriels de tirer le revenu du fruit de leur travail accumulé, en le confiant à l'industrie même d'oi!i ils l'ont tiré; ils achi'lent de la terre. Les ouvriers économes en font tout autant. Celle concurrence sur le marché du sol en augmente outre mesure la valeur nominale, et pèse à la fois sur le revenu possible et sur les gages des gens de la campagne. C'est ainsi que j'ai vu en Normandie la terre s'acheter communément à un taux qui ne laisse pas au propriétaire un revenu supérieur à 1 Ya P- 7odu aipital ainsi engagé. Quelle est donc la misérable condition de la classe laborieuse dans ces pays si propres à l'industrie naturelle, mais éloulîée dans une serre chaude inepte? Pas de capitaux pour exploiter le sol, pas de machines ; ce sol acheté à des prix fabuleux ; peu d'améliorations essentielles; les subsistances chères; le salaire industriel forcé et rendu insufû>ant, tandis que le salaire agricole reste à vil prix ; presque pas d'espoir pour le travailleur agricole d'acheter le champ qu'il convoite pendant toute sa vie; et, s'il y parvient, nul moyen de le cultiver. En un mol, détresse profonde de l'agriculture, équilibre tellement instable de l'industrie, que la moindre panique détermine une crise effroyable. Qu'on s'étonne après cela que la population rêve le socialisme et la loi agraire; qu'on s'étonne que la fabrique normande se melte hors d'étal de lutter contre l'induslrie anglaise, et même contre l'Alsace, où au moins, le marché du sol élant plus considérable, les elïels que je viens de décrire sont moins redoutables! E. T.