‹ Organisation de l'industrieChapitre 17 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU commerce; de» profits et DEM SAEii.IBES »E

e'ixdijstrie commerciale.

Nous avons retracé les lois qui régissent la consommation et la production à l'égard de ces deux grandes industries, l'agriculture et les manufactures ; nous avons vu qu'elles gravissaient, en se donnant la main, les degrés successifs de nos besoins et de nos jouissances, et que, tandis que la production en accroissant constamment l'abondance provoque à la consommation, c'est de son côté la consommation, c'est-à-dire l'usage fait de ce qui a été produit, qui détermine incessamment les nouveaux champs de production qu'il sera profitable d'ouvrir (1).

[\) J'appellerai encore une fois l'allention sur la proposilion de l'auteur ainsi résumée, parce qu'elle donne la clef de bien des problèmes épineux. Nous avons déjà posé que la somme des prix des objets valuables est toujours en raison inverse du taux de ces prix. Ce qui crée les utilités qui répondent aux besoins humains sans cesse croissants, et ce qui multiplie ces utilités qui grandissent ii mesure que leur onérosité (le taux de leur prix), en diminuant, augmente leur valeur économique (la somme de leur prix) , c'est la double et réciproque réaction de la consommation et de la production, aulremeni dit du besoin, de l'effort et de la satisfaction. Jusqu'ici l'économie s'est débattue contre ce lliéorème en le posant suivant des prémisses incomplètes, quand elle a voulu déterminer le régulateur du prix des

Nous avons vu que, par la bonté de la Providence, la position de l'homme est parfaitement indépendante de

choses. J.-B. Say, et Adam Smilh avant lui, ont trouvé ce régulateur dans l'équilibre de l'offre et de la demande ; Ricardo, et la majorité des économistes français qui récemment ont adopté ses errements, le trouvent dans le prix de revient; d'autres encore, comme M. Scialoja, pensent que ce régulateur résulte a la fois du prix originaire basé sur les frais de revient, comme centre de figure à l'égard duquel le prix courant, sollicité par l'offre et la demande, oscille constamment. Il n'y a rien de surprenant que sur des données aussi insuffisantes, les raisonnements les plus pénibles n'aient amené que des conclusions anormales. Mais tout s'éclaircit à l'esprit dès qu'on s'aperçoit que le vrai régulateur du prix n'est autre chose que l'action et la réaction réciproques du besoin, de l'effort et de la satisfaction; dès que, mentionnant V action^ on n'oublie pas la réaction. En effet, comment se formera le prix d'un objet de nécessité secondaire, des tissus de soie par exemple ? Par les actions antérieures dues au progrès, le taux de l'unité des objets indispensables de nourriture, de vêtement et d'habillement, vient à baisser, et augmente leur valeur économique: à Tinstaol de nouveaux besoins sont créés, et les objets secondaires reçoivent une augmentation de valeur; première réaction de la satisfaction sur le besoin. Les tissus de soie ayant pris une valeur plus grande, cela veut dire que leur prix s'est abaissé ou doit s'abaisser, ce qui s'effectue par la concentration, l'extension et l'amélioration indispensable de la fabrication; seconde réaction du besoin sur l'effort (ou de la consommation sur le prix de revient) qui incite énergiquement le développement des connaissances humaines et l'économie de la puissance. A mesure que le prix des tissus de soie s'abaisse, leur valeur augmente, parce que leur consommation peut s'accroître; troisième réaction de l'effort sur la satisfaction (ou de la production sur la consommation). Puis la chaîne des réactions se perpétue entre la consommation et la production, de manière à accroître indéfiniment la valeur, à réduire le prix, h diminuer l'effort, h multiplier les besoins et les jouissances. L'augmentation de la consommation provoque celle de la production, et en même temps agit par l'intermédiaire de l'économie de puissance sur les prix de revient, et l'action réciproque se fait sentir par l'accroissement de la production.

Le jeu enchaîné de ces trois termes : besoin, effort, satisfaction, dont le cercle embriisse h la fois toutes nos richesses matérielles, intellectuelles et morales, en faisant agir chacune d'elles sur la multiplication des autres, doit être pris conip/éfement en considération; car, si on néglige cet enchaîncMU'nt indispensable, on est amené h la fausse théorie de la rente, ii la fausse théorie des salaires, à la fausse théorie de la

ce qu'on appelle les ressources naturelles. Nous avons vu que bien des pays ont agrandi leur puissance, quoi-

propriété et de l'organisalion sociale ; et on s'expose, au nom de la liberté, à admettre dans toutes ces choses l'existence des monopotes naturels et nécessaires , contradiction absurde s'il en fut. On s'expose, avec la conviction de la liberté du commerce, a considérer comme funeste pour l'agriculture l'abaissement indéfini du prix des céréales, et à admettre Tutilité d'un prix rémunérateur. Et pas un économiste imbu de ces erreurs ne peut répondre péremptoirement aux roueries littéraires de certains libéraux-monopolisateurs, parce qu'il y aurait k les attaquer radicalement le danger d'être acculé dans l'impasse qu'on s'est ainsi créée a soi-même.

J'aurai un peu plus loin l'occasion de reprendre en détail cette affaire du prix rémunérateur des subsistances ; mais je ne puis terminer cette note sans dire encore un mot de la comparaison du prix à la valeur économique. Personne ne me contredira lorsque j'afûrmerai avec M. Banfield que la valeur économique des choses de production humaine augmente en raison directe de l'abaissement de leur prix, ou, en d'autres termes, que la somme des prix est en raison inverse de leur taux, et cela parce que l'extension de la consommation est k la fois la cause et la conséquence, l'origine et le but de la valeur. Mais on pourra me dire que celte notion n'est pas universellement applicable, et que dans certains cas elle se trouve contredite, parce qu'il y a des nécessités d'usage absolu qui, étant communes et gratuites, n'ont pas de prix, et qu'ainsi la proposition susdite n'est vraie que jusqu'à la limite de la gratuité-, mais qu'à l'instant où la gratuité arrive, la valeur s'anéantit en même temps que le prix.

Eh bien, j'affirmerai cependant que celle proposition est toujours vraie pour le prix et la valeur des productions humaines, parce que si leur prix tend sans cesse à la limite de la gratuité, il ne peut jamais l'atteindre, et que, pour chaque abaissement du taux des prix, la valeur économique (la somme des prix) augmente suivant une proportion beaucoup plus considérable, tandis qu'en même temps chaque accroissement de la valeur économique des choses sollicite l'abaissement du taux de leur prix, et que la combinaison de ces deux forces simultanées multiplie les populations qui viennent encore ajouter a leur effet.

On pourrait se rendre compte graphiquement de ces résultats en construisant une courbe qui aurait pour abscisses le nombre des populations, et pour ordonnées leur capacité de consommation; ainsi, la valeur économique d'un objet serait d'autant plus grande, qu'elle pourrait se placer sur un point de la courbe plus éloigné de la ligne des ordonnées et plus rapproché de celle des abscisses, parce que cette valeur se mesurerait alors par la longueur de l'abscisse de ce point. On conçoit alors

qu'ils ne possédassent pas de ressources agricoles intérieures.

Nous avons remarqué la transformation des contrées

qu'un très-petit abaissement de l'ordonnée corresponde a une longueur de l'abscisse deux fois, dix fois, cent fois, mille fois plus grande à mesure que cet abaissement rapproche de plus en plus le point de la courbe où se place la valeur spéciale considérée, de la ligue des abscisses.

Celte construction, qui pourrait être fort curieuse, ne serait pourtant jamais exacte; car il faudrait tenir compte, pour l'allongement des deux branches de la courbe, d'une part de l'accroissement successif de la richesse, de l'autre de celui des populations, ainsi que de la réaction mutuelle de ces deux forces, et ces éléments varient à chaque instant et pour chaque lieu.

J'ai dit que cette notion de la valeur économique s'appliquait à toutes les choses de production humaine, ou, pour être plus exact, aux choses d'appréciation humaine. J'ai admis cependant qu'il y avait des nécessités d'usage absolu qui, étant communes et gratuites, n'ont pas de prix, et conséquemment ue peuvent avoir aucune valeur économique.

Il importe surtout, au point de vue philosophique, d'établir unedislincliou bien nette k cet égard; il importe de bien voir que ces deux termes, utilité et gratuité , quoique tendant sans cesse à se rapprocher en vertu de l'économie de la puissance humaine, ne peuvent jamais se confondre, et qu'une chose utile n'est jamais absolument gratuite. En effet, pour qu'une chose soit utile, il est nécessaire qu'elle soit ou qu'elle puisse être appropriée. De quelle utilité est l'air au phlhisique qui se meurt? ou les aliments a un estomac paralysé? Or, qui dit appropriation dit effort, implique dépense. Toute appropriation est onéreuse, et ne le devient moins, sans pouvoir jamais cesser de l'être, que par une économie de puissance. L'appropriation est la clause expresse de l'utilité. Ceci posé, quelles sont les choses gratuites et communes? Les forces naturelles, l'air, l'eau, la pesanteur, la lumière, la chaleur, réleclricilé? le sol même, et toutes les richesses naturelles? Sans contredit, ces choses sont gratuites, mais elles sont parfaitement inutiles à celui qui ne pevt pas les approprier; elles ne sont utiles qu'à la condition d'une dépense de force ; elles ne deviennent utiles qu'en prenant de la valeur économique. L'air est gratuit , mais le dicton populaire est un fort bon axiome d'économie: On ne peut pas vivre de l'air du temps. L'air gratuit est donc inutile ; il ne peut avoir d'utilité que sous la clause formelle de l'acquisition onéreuse des choses qui lui donnent de la valeur réelle indirectement . en lui permettant d'entretenir la vie. Il en est de

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ijui possédaient l'aptitude manufacturière en de vastes ateliers où la moitié du monde vient chercher ses approvisionnements, et qui empruntent leurs matières premières aux consommateurs mêmes qu'ils alimentent de leurs produits. Nous nous sommes assurés que l'agriculture, obéissant à l'appel du commerce, renonçait souvent à une culture particulière pour faire place à d'autres, et nous avons vu l'agriculture elle-même se retirer devant l'industrie manufacturière. Enfin nous savons que la puissance manufacturière n'est tout aussi bien que transitoire. Un effort de génie suffit pour placer le siège de l'industrie dans une plaine de sable, sur les bords d'un torrent ou à la bouche d'un puits à charbon. Une des dernières forces que nous avons adaptées aux usages mécaniques est celle du fluide électrique , cette substance de la nature la moins matérielle, qui peut cependant provoquer de plus grandes impulsions que celles que communique la chute des plus lourdes masses. Rien n'est immobile, rien n'est stationnaire ; la loi de l'in-

même, directement , des forces naturelles qui sont inutiles tant qu'elles ne sont pas appliquées, c'est-à-dire tant qu'elles n'ont pas acquis de valeur en vertu d'une dépense ; valeur d'autant plus grande, qu'on en a obtenu le service suivant un taux moindre de prix.

Donc, l'utilité, cause de la valeur dont la source est dans les forces nalurellts gratuites, c'est-a-dire dans l'économie des eflforls humains, ne peut être que de moins en moins onéreuse , sans jamais arriver à être gratuite , et la valeur de toute chose utile s'accroît en raison directe de l'abaissement de son prix.

Ces considérations m'ont semblé opportunes, parce qu'elles conr damnent absolument le communisme, en détruisant son principe : la gratuité utile du sol, et que de plus elles enlèvent a la langue économique la distinction oiseuse de valeur en usage ou en échange. Toute chose, tout service non échangeable n'a ni utilité ni valeur économique, et n'a d'.iutre qualité de ce genre qu'une importance morale ou personnelle qu'on peut appeler une valeur abstraite, si l'on veut, mais non pas une valeur économique. E. T.

dustrie, comme celle de la nature, est d'être livrée à une évolution continuelle, à une activité incessante, à des efforts toujours tendus, à un mouvement toujours progressif.

Mais, indépendamment des révolutions silencieuses et graduelles qui s'effectuent constamment et presque en dehors de nos appréciations, la surface de la terre est le théâtre d'une activité prodigieuse, qui résulte des besoins journaliers de l'homme. Ces besoins, lorsqu'on ne les soumet pas à des restrictions, sont constants et mesurables, et nous pouvons à la fois délimiter et guider l'activité qu'ils font déployer ; ces besoins donnent naissance au courant de l'échange d'homme à homme, de nation à nation, de continent à continent ; ils ont créé le commerce. Par le secours des commerçants, le capital productif disséminé parmi les peuples est, en quelque sorte, mis en participation pour le bien général. j L'accroissement d'efficacité résultant de cette association qui donne libre carrière à la division du travail, forme le fonds sur lequel s'appuient les commerçants, et le temps a prouvé que ce n'est pas un des moins riches.

Si le Russe veut boire des vins de France, il doit donner en échange, directement ou indirectement, les produits des campagnes, des mines ou des forêts qui forment le capital de son empire. Des importations de la Grande- Bretagne, 60 pour 100 sont des articles d'alimentation, et 30 pour 100 des matières premières pour l'industrie. On les obtient en échange des exportations de marchandises fabriquées dans les usines qui forment le capital principal de l'Angleterre. Si l'association entre le fermier et le manufacturier, en multipliant l'efficacité du ca-

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pital de chacun d'eux, enrichit un pays, l'alHance de tous deux avec le commerçant vient multiplier encore ce premier produit ; nous ne pouvons donc pas nous étonner de la part importante que prend le commerce dans les progrès de la civilisation.

Nous avons vu que les Phéniciens s'émancipèrent de la dépendance dans laquelle les tenaient les Égyptiens, leurs voisins puissants, en s' appliquant à assurer leurs approvisionnements alimentaires. Ils y parvinrent par un effort intellectuel, par l'application au commerce d'une machine, le navire. Au moyen de la navigation, Tyr et sa grande colonie Carthage, parvinrent à une puissance prédominante. L'influence politique de la Grèce dépendait de la suprématie maritime conquise par ses principaux États. Ce fut sur l'Océan que Rome disputa à Carthage l'empire du monde. La souveraineté de l'Océan est la pierre de touche de la suprématie politique, parce que la puissance qui s'en est emparée devient la protectrice du commerce. Le commerce donne aux peuples arriérés le moyen d'améliorer leur condition; il offre aux contrées dans lesquelles l'industrie a fait quelques progrès les moyens de tirer le meilleur parti de cet avantage. Le commerçant est l'ami du monde entier, par conséquent il peut être l'allié le plus puissant ou le rival le plus dangereux. Cependant sa première venue sur un nouveau champ d'activité a causé constamment une certaine appréhension, et sa propriété na ordinairement pas été investie de plus de sécurité que celle du manufacturier. En raison de ce que le commerce crée de la richesse, on l'a pris en tous temps pour la richesse elle-même; il s'est vu exposé à la rapine des rois, des gouvernements et de la multitude.

Le secret de l'extension considérable de l'empire romain et de sa longue durée, même après que la décadence de sa capitale et que l'infamie de ses chefs furent devenues notoires, peut sans doute être attribué à ce que sous son nom, comme prétexte, s'effectuait, dans plus de la moitié de l'Europe, un trafic sans restriction. L'empire romain était en fait un immense Zollwerein., et sa capitale, nous le savons, était approvisionnée par les régions les plus productives de la terre. Si la culture intellectuelle avait élevé ce peuple au-dessus des dangers de cette abondance qui l'entourait , qui aurait pu renverser la domination romaine ? La chute de l'empire romain date de la période de sa décadence morale, et il y a eu à ce sujet de nombreuses erreurs économiques; il tomba aussitôt que le système d'impôts, si remarquablement décrit par M. Guizot, opprima de sa rapacité destructive les citoyens riches, et anéantit l'ardeur des entreprises commerciales (1).

Le commerçant a cherché un abri contre ses ennemis

(1) M. Blanqui, dans le premier volume de son //is<oirerfer£cono??n'e politique, à relTâcé d'une manière à la fois énergique et vraie le lableau des causes de la chute de Tempire romain. Aux principes de ruine que signale M. Banfield , il faut ajouter ce faux système d'économie politique qui, honorant le brigandage à main armée, avilissait la production industrielle. La protection que l'empire romain accordait au commerce qui le nourrissait et l'enrichissait, la vitalité que lui donnaient les immenses travaux publics accomplis par les armées victorieuses dans les provinces conquises, ont beaucoup relardé l'affaissement de ce grand corps ; et cependant il dut se détruire lorsque, a la faveur de l'extension immense qu'il avait prise, il lit prévaloir sa fausse législation économique jusqu'aux bornes presque du monde connu. La chute de l'empire romain offre une preuve visible que l'activité agricole et commercialo n«î sulïil pas au progrès et même ii la conservation desÉlals.el quelelroisièmelermc de Tin liislrie luiiiiaine, la prodiiclioiimanufactu rière, est iridispensjible à la promotion et à l'existence des deux autres.

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près de toutes les puissances qui ont régné sur la terre. Dans rinde et dans l'Egypte ancienne, les fêtes religieuses étaient des périodes d'échanges commerciaux; et même aujourd'hui le pèlerinage de la Mecque perpétue, sur la terre musulmane, le souvenir de la sainteté qui s'attache au caractère du marchand. Les stations mihtaires des Romains rendaient le même service aux commerçants qui, pour s'acquitter de cette obligation, parvenaient à concilier aux vainqueurs la bonne volonté des peuples conquis en fournissant à ceux-ci les moyens de payer leurs tributs. La chute de cette puissance protectrice, sous l'effet de sa propre démoralisation, priva les plus belles contrées de l'Europe, pendant des siècles, des avantages du commerce; circonstance qui, sans nul doute, favorisa l'extension des conquêtes mahométanes. Les rudes guerriers du Nord, qui n'étaient jaloux que de l'influence qu'ils pouvaient exercer, ne purent souffrir un appel à des relations sociales qu'ils ne comprenaient pas, et encore moins à l'aide d'un élément sur lequel ils n'avaient aucun pouvoir.

Le point auquel l'incertitude de la propriété, causée par ces habitudes oppressives, entrava le développement de la prospérité européenne, peut se concevoir par ce fait que les premières cités, les premiers États qui sortirent de la barbarie étaient inaccessibles du côté du rivage. La cité d'Amalfi ne pouvait être abordée du côté de la terre que par un sentier à mulets qui serpentait le long d'un rocher élevé et escarpé. Une demi-douzaine de montagnards résolus, dans les anciens temps, auraient suffi à garder ce passage contre la troupe d'hommes d'armes la plus rapace ou la plus invulnérable. Dans les villes sarrasines de la Sicile, Syracuse et Messine, les

marchands d'Amalfî connurent l'hospitalité qui encourage et les arts qui développent le commerce. Au X' siècle, ils avaient leurs entrepôts au Caire et à Alexandrie, et les côtes de la Syrie étaient familières à leurs marins. En 1020, les aventuriers d'Amalfi reçurent la permission de bâtir une église à Jérusalem, et y fondèrent le célèbre hôpital qui fut, par la suite, un monument si splendide de leur renommée. Leur code de lois navales servit d'exemple aux autres États de l'Italie et du Levant, à mesure quils s'élevaient dans la même voie; ils formèrent longtemps le type de la justice pour les puissances chrétiennes dans la Méditerranée. On suppose aujourd'hui que les gens d'Amalfi apprirent dans leurs relations avec les Sarrazins l'usage de la boussole, dont l'invention leur fut longtemps attribuée ; il est établi que l'usage de la boussole était connu aux Chinois dès avant le troisième siècle de notre ère. Il est probable que les Arabes reçurent cet instrument des Orientaux intelligents , et qu'il fut immédiatement adopté par les navigateurs sarrasins de la Méditerranée. Il est probable cependant que Flavius Gioja ou Gisia (1) , natif de Positanum dans le duché

(1) On écrit quelquefois : Givia. Quelques auteurs ont aussi attribué l'introduction de la boussole en Europe au Vénitien Marco-Polo, qui l'aurait rapportée de Chine. Effeclivemenl ce célèbre voyageur revint de Chine vers 1200, et Ton ne place l'invention de Gioja que vers l'année 1303. Mais l'usage de la boussole éiait connu en Europe dès le comraencenient du xw siècle; car on trouve dans la Dible de Guyot de Provins, poêle Français, qui l'écrivait en 1180, un fragment descriptif Irès-nel de la boussole primitive :

Toutes les autres se reinouenl {les étoiles). El rechangent leurs liens el tornent , Mais celle esloile ne se muet (l'étoile polaire) , lu art font qui mentir ne puel.

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d'Amalfi , perfectionna la boussole en en suspendant l'aiguille sur un pivot poli. Auparavant l'aiguille flottait sur l'eau, mais remplissait son office même ainsi d'une manière convenable. Dans le xiv' siècle, Amalfi disparait de l'histoire, ayant, comme autrefois les Phéniciens, servi de pionnier à des États qui parvinrent à posséder des ressources plus grandes ou mieux cultivées. Ni Gênes ni Venise ne possédaient à leur origine plus de ressources agricoles qu'Amalfi. Comme cette dernière cité. Gênes est environnée de rochers qui en défendent l'approche du côté de la terre ; mais ses plages, plus considérables, offrent plus de convenance aux arts que celles d'Amalfi. Pise, placée dans

Par vertu de la marinière,

Une pierre laide et brunière,

Où li fers voulenliers se joint,

Ont, si esgardent le droicl poincl.

Puisqu'une aiguille ont touchié,

Et eu un festu l'ont couchié,

En i'ève le mettent sans plus {dans l'eau),

Et li festus la tiennent sus.

Puis se torne la poincte toute

Contre l'esloile, et si sans doute

Que jà nus bons n'en doutera,

Ne jà par rien ne faussera.

Quand la mer est obscure et brune,

Quand ne voit esloile ne lune,

Dont font à Taiguille allumer,

Puis n'onl-ils garde d'esgarer

L'astre, contre l'esloile ou la poincte.

Ainsi donc, nos navigateurs se servaient de la boussole dès le commencement du xu« siècle. D'ailleurs, on ne peut contester à Gioja les perfectionnements importants qui la rendirent plus usuelle, car il indiqua le point nord, sur celles qu'il construisit, avec une fleur de lis, pour prouver que l'instrument était dû à un sujet du trône de iSaples, alors occupé par une branche cadette de la maison royale de France, et toutes les nations suivirent cet usage en adoptant le même signe dislinctif pour le nord de la boussole.

une plaine fertile quoique limitée, fut au commencement plus indépendante du commerce pour ses approvisionnements alimentaires que les villes susnommées. Pise conquitaussiTile fertile de la Sardaigne sur les Sarrasins; mais ces avantages ne lui assurèrent point de supériorité ; elle disparut sous l'influence croissante de la république Ligurienne.

Un trait qui nous frappe dans l'histoire commerciale primitive de tous les États maritimes italiens, c'est leur promptitude à fraterniser avec les puissances musulmanes partout où ils en obtenaient une réception cordiale. Les tendances du commerce sont d'unir les peuples. Il n'y a rien dans les distinctions de croyances qui puisse empêcher la pratique des plus simples devoirs du commerçant. A l'époque des croisades, la route de l'Orient par Trébisonde continua à être la plus sûre et la moins interrompue. Le commerce de la mer Noire, cependant, fixa en grande partie l'attention de Gênes et de Venise.

Venise avait plutôt cherché à établir son influence sur le commerce de la Syrie et de l'Egypte ; la ligne des Dardanelles y avait été longtemps considérée comme d'une importance secondaire. D'un autre côté, Gênes avait dès l'abord essayé de s'emparer des avantages du trafic avec la mer Noire par ses alliances avec les empereurs grecs ; elle fit céder à ses marchands le faubourg de Péra à Constantinople; ses vaisseaux purent commercer et même jeter des colonies sur les côtes de la ïartarie.

Un des meilleurs articles d'échange dans les grandes échelles commerciales des mahomélans était le grain qui, alors comme maintenant, pouvait être obtenu au

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meilleur marché possible à l'embouchure du Dnieper et du Don.

Dans la plupart des traités d'alliance et de commerce conclus par les Génois on retrouve une stipulation constante concernant à la fois la franchise des droits sur les grains qu'ils emportaient et la liberté de réexporter librement ce qu'ils n'avaient pu vendre en aucun port. La possession par les Génois, partout où ils allaient, de cette clef commerciale ne pouvait pas être indifférente aux Vénitiens; aussi réclamèrent-ils dans les ports de la Syrie des privilèges et des immunités semblables à celles dont jouissaient leurs rivaux.

Tout le long des côtes provençales et espagnoles, les Génois avaient des consuls et des établissements commerciaux dans chaque port, qu'il fût chrétien ou mahométan ; de la Syrie au détroit de Gibraltar, leurs navires étaient partout bien reçus sur la côte africaine. Ils avaient même passé le détroit, et étabh des communications avec Lisbonne, la Flandre et l'Angleterre. Après la chute de Pise, leurs vaisseaux transportèrent les marchands de la république naissante de Florence. A l'ouest les Génois redoutaient peu la rivalité de Venise ; mais là bientôt de nouveaux compétiteurs se déclarèrent : Marseille et Barcelone, qui s'éleva après la chute de la cité musulmane d'Alméria (comme après la conquête de Grenade, Séville acquit la renommée d'une grande place commerciale chrétienne), étendirent leur commerce de l'extrême Orient jusqu'à la péninsule ibérienne ; enfin, à nulle époque antérieure de l'histoire ne remarqua-t-on tant d'activité commerciale qu'alors dans le monde occidental. La route par terre de Gènes en Flandre parlaSuisse et les bords du Rhin, celle de l'Aile-

magne centrale par le Tyrol, Augsbourg et Nuremberg, celle de Vienne, de Prague et de Cracovie par Aquilée et la Carinthie, étaient sans cesse animées par le commerce. Les souverains les plus éclairés de l'Europe, les rois de Castille et d'Aragon en Espagne, lesPlantagenets en Angleterre, les empereurs de la maison de Souabe en Allemagne, favorisèrent et encouragèrent par tous les moyens le commerce qui apportait avec lui la civilisation et le bonheur. C'était à l'époque des Bérengers de Provence, d'Alphonse de Castille , de Frédéric II d'Allemagne; l'époque des trouvères et de troubadours, de Dante, de Simon de Montfort, d'Edouard ?% de Robert Bruce et de l'indépendance de la Suisse.

Dans les premières années du xiv*" siècle, les Portugais devinrent navigateurs; une des premières traces historiques de leur commerce est contenue dans une lettre qu'on trouve dans les Fœdera de Rymer, adressée par le roi Edouard II d'Angleterre au roi Dinas de Portugal, et dans laquelle on fait allusion à l'existence de traités de commerce. Lisbonne formait certainement une échelle très-convenable entre la Méditerranée et l'océan Germanique. Les vaisseaux des villes de la Hanse vinrent aussi de la Baltique à Lisbonne ; le commerce auquel se livrait la ligue hanséatique s'étendait par la Russie jusqu'à l'Asie centrale. Les factoreries du grand Novogorod, en Russie, étaient plus importantes encore que celles de Bergen, de Bruges ou de Londres. Dans le xiv*" siècle, les exportations de vin de Lisbonne étaient évaluées à 12,000 tonnes annuellement, c'est-àdire, à peu de chose près, à la même quantité qu'aujourd'hui. Des droits modérés à l'importation et à l'exportation suffirent pour enrichir de trésors immenses les

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rois de Portugal. Ainsi, avec le concours des commerçants, la civilisation sortit des ténèbres qui couvraient l'Europe. Les manufactures s'élevèrent dans les cités commerçantes, et l'agriculture fleurit dans les districts adjacents. L'accroissement de l'intelligence s'opéra parallèlement à l'essor de l'industrie, et atteignit à l'époque désignée sous le nom de moyen âge cette hauteur remarquable que nous considérons encore quelquefois avec étonnement! A cette école se formèrent Colomb et Vasco de Gama, qui étendirent la sphère de notre activité jusqu'aux Indes orientales et occidentales.

Toutes les personnes habituées à réfléchir seront frappées de cette circonstance, que c'est toujours quelque matière alimentaire qui forme la première production avantageuse au commerce à toutes les époques. Les marchands italiens approvisionnèrent longtemps l'Europe du sucre et des épices qu'ils tiraient du Levant. Les épices furent aussi le principal article de commerce sur lequel opéra Lisbonne après sa découverte du passage du cap de Bonne-Espérance; elles fournissaient un moyen perfectionné d accommoder les aliments. Le commerce du poivre était déjà fort important, ainsi que le constate une déclaration qu'on retrouve dans les chroniquesd'Augsbourg,et qui établit que la maison de^yelse^, établie dans cette ville, avait à bord d'une flotte espagnole, détruite parles Hollandais dans la guerre de leur indépendance, pour 20,000 liv. st. de poivre. La raison poiir laquelle l'importation des subsistances contribue si puissamment au progrès , c'est qu'elle affranchit le travail de la pénible culture du sol, pour qu'il puisse désormais s'appliquer à d'autres branches de la production.

Les historiens n'ont pas encore recherché jusqu'à quel point la disposition de ressources aussi considérables a pu favoriser l'extension du pouvoir de Charles-Quint (1) sur presque la moitié de l'Europe ; il est cependant certain que les Vénitiens, qui avaient été longtemps jaloux du commerce espagnol, et qui cherchèrent, suivant des vues véritablement modernes , à le combattre par des droits différentiels élevés, ne parvinrent, par cet absurde système, qu'à la destruction de leur pouvoir politique ; il est remarquable de voir qu'à cette époque même, aucun des pays de l'Europe ne sympathisa avec les monopoliseurs vaincus.

Mais la promotion la plus énergique que reçut le commerce dans le xv^ siècle peut èh-e attribuée à deux inventions qui sont peut-être aussi remarquables par leurs résultats que la découverte de la boussole : j'entends parler de l'imprimerie et de la fabrication du papier. Nous devons à ces inventions de pouvoir étendre nos associations en dépit des barrières que les distinctions politiques, les chaînes de montagnes et les océans établissent entre les hommes. L'influence de ce nouvel instrument de puissance, comme celle de tous les éléments du progrès, fut d'abord considérée avec jalousie et même avec effroi. Par suite d'une crainte erronée, ses ennemis ne pouvaient tout d'abord apprécier ce fait, que les circonstances mêmes qui empêchaient les bar-

(1) Ce point a élé Irailé avec un grand talent par M. Blanqui dans son Histoire de l'Économie politique; il constate les immenses ressources que trouva Cliarles-Qiiinl, cl la funeste issue qu'il leur donna en organisant le sj^li-ine des rcslriclious commerciales. Colle guerre de tarifs, dont M. lUnlicUl altrihuc riiiiiialivc à Venise, M. Blanqui prouve qu'elle appartient à Cliarles-^uint, et il en démontre éloquemmenl les fatales et durables conséquences. E. T.

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rières politiques d'être qualifiées de restrictions devaient tendre à confirmer leur durée. Si la politique des cours avait pressenti cette vue, et si elle avait fait un usage normal de l'arme que lui apportait ainsi le commerce , il y aurait eu alors aussi peu de changement dans les divisions politiques des puissances, encore que le papier fût devenu abondant, qu'il y en a eu dans les dénominations et les dimensions des monnaies.

Le caractère primordial des nouveaux éléments que le papier introduisit dans le négoce fut l'emploi dans le commerce des capitaux associés et concentrés.

De grandes maisons, parmi lesquelles on remarque les Médicis de Florence, les Fugger et les Welser d'Augsbourg et sir Thomas Gresham, le fondateur de la bourse royale et d'un collège à Londres, furent les promotrices d'entreprises commerciales considérables qui embrassèrent l'empire de Russie , l'Amérique du Nord et du Sud et les Indes orientales et occidentales au temps de la reine Elisabeth (1). Durant cette période, le commerçant, quoique émancipé en grande partie lui-même

(1) La France aélé un peu négligée par l'auleur dans l'énuméralion successive qu'il donne des grandes places de commerce et des négociants illustres. Jacques Cœur, le célèbre argentier de Charles VII, tlorissait au xv^ siècle ; son commerce s'étendait dans toutes les parties du monde alors connu, où il avait près de trois cents factoreries; il possédait de nombreux vaisseaux, et sa fortune le rendait le plus riche particulier du monde, à ce point qu'il pouvait prêter à son maître 200,000 écus d'or, somme énorme pour ce temps. On sait de quelle ingratitude il fut payé, et comment, forcé de se mettre au service du pape Calixte III, il mourut a Chio, en i-iSG, dans une expédition contre les Turcs. A cette époque aussi, nos navigateurs basques, les plus hardis des explorateurs, jetaient çà et là leurs colonies sur des plages lointaines. La ville de Dieppe était devenue un des ports les plus fameux du globe j elle créait et s'assurait le commerce de la côte occidentale d'Afrique par de nombreux comptoirs, dont la plupart existent encore aujourd'hui ; clic fondait la ville de Québec au Canada. Un peu plus lard, un

de ce joug qui d'abord enchaînait ses mouvements aux rouages mêmes du gouvernement, affranchit aussi en réahté les gouvernants de leur dépendance envers lui. La puissance du commerce s'accrut à un tel point que les folies et les vices mêmes d'une déplorable politique ne purent la détruire. La méchanceté et Tabsurdité des cours et des ministres interrompirent ses progrès et firent subir des pertes aux nations comme aux individus, et cependant, malgré tous ces obstacles, la part de prospérité que l'Europe dut au commerce a toujours été grande depuis le commencement des temps modernes, en comparaison de ce que les nations en possédaient à toute autre époque antérieure.

Grâce aux avantages qui découlent de ce fait, les peuples ont pu supporter patiemment les expériences économiques nombreuses et contradictoires qui ont été essayées à leurs dépens ; mais l'accroissement de la population, cet aiguillon incessant du progrès, a enfin brisé les traditions qui voulaient que sur des fondements artificiels, on parvînt à créer un système de restrictions commerciales plus avantageux à l'humanité que l'échange international qui, par les vues de la Providence, doit répandre sur tous, s'il est libre, autant de bienfaits que la lumière du ciel.

Je ne fatiguerai pas le lecteur par une enquête minutieuse sur le mérite des différents systèmes des physiocrates, des économistes et des protectionnistes.

Nous sommes maintenant à une époque où nous pouvons écarter toute vue de restriction sur les entreprises,

de ses enfants, l'illustre armateur Ango , parcourait les phases d'une fortune et d'un dcveloppemeiil commercial presque fabuleux.

DE l'industrie. 211

oublier tout calcul étroit. Nous y sommes forcés parles nécessités de la population accumulée auxquelles ces différentes écoles d'économistes se sont montrées incapables de pourvoir; mais comme la principale impression qu'ils nous ont léguée est la crainte que la concurrence soit dangereuse pour les individus, et encore bien plus pour les intérêts nationaux, j'ai dû entrer dans les raisons qui me font affirmer que la concurrence qu'amène le commerce des nations entre elles ne peut être pernicieuse pour aucune d'elles. Pour quelle classe la concurrence exagérée peut-elle être considérée comme nuisible? Pour les agriculteurs? Nous avons vu que l'agriculture change constamment de caractère dans chaque pays, que les grosses récoltes de grain et de subsistances sont transportées d'un sol à un autre par la demande faite à ce sol de produits qui en rémunèrent mieux la culture, et qui en exigent pourtant l'exploitation la plus dispendieuse; que par conséquent une telle variation n'entraine pas de perte si on l'étudié et qu'on sache en tirer avantage. Tout ce qui peut faciliter ce changement bénéficiera à la fois aux propriétaires et aux fermiers, et c'est sur ce terrain que j'ai exprimé mes espérances, qu'ils ne perdront pas de temps pour mettre l'agriculture britannique dans des conditions propres à tirer avantage de la concurrence qui diminuera le prix du blé et celui du sucre (1).

(J) Je dois dire ici quelques mois de l'erreur fondamentale où soûl enlraîués les économisles lorsqu'ils admellenl la nécessité d'un prix rémunérateur pour les céréales.

A la première vue, il paraît simple, en elîet, de supposer que si le bas prix des céréales profite à la consommation générale, il nuit à l'agriculture, qui trouve sou meilleur profil dans l'éiévalion de leur prix; qu'ainsi, chaque fois qu'une baisse de 5 fr. sur le prix moyen de20fr.

La concurrence est-elle nuisible au manufacturier? Ses occupations offrent, comme celles de l'agriculteur,

ajoute 750 raillions aux ressources disponibles du pays, ces 750 millions sont enlevés aux profits de la culture. Cette opinion est tellement accréditée, que M. le président actuel de la République, entouré comme il doit l'être de toutes les lumières du pays, me l'a exposée dansées termes précis, à propos d'une série d'articles faits dans le journal le Dix Décembre, et où j'avais essayé de la combattre. 11 en résulte que le desideraticni doit être un prix moyen tel, que, sans trop nuire au consommateur, il rémunère l'agriculture. Mais ceci n'est vrai qu'à la condition préalable des tarifs protecteurs; avec leur enlèvement, la vérité ressort justement du contraire. Dans les pays qui ne produisent pas tout le blé qu'ils consomment, les tarifs ont une action plus visiblement funeste, en ce qu'ils enchérissent le pain dans le but ouvert d'enrichir le propriétaire du sol, but qu'ils n'atteignent pas d'ailleurs, comme l'a prouvé M. Banfield, et auquel parviendrait bien mieux le progrès normal si aucune restriction n'empêchait la fortune générale de s'accroître. En France, où, année moyenne, tout le blé consommé peut être produit sur le territoire, Taclion nuisible des tarifs est moins éclatante ; mais elle n'en est pas moins désastreuse. Proléger le blé, c'est forcer le cultivateur de livrer a la production du blé, c'est-à-dire à la moins profitable de toutes (puisque le pain est de première nécessité, el doit, en bonne économie, être au moindre prix possible) les meilleures terres du pays, c'est-à-dire celles qui sont le mieux situées et sur lesquelles le plus de capital a été engagé; c'est agir au rebours précisément de la loi naturelle, qui veut que les substances indispensables à la vie soient livrées à une dépréciation continue qui en augmente l'usage etlavaleur, les force de s'éloigner des pays avancés en population elen production pour se réfugier dans les plaines peu habitées, où le sol n'est pas cher, alin que par ce mouvement toutes les choses de nécessité, créées par la satisfaction des besoins primordiaux, acquièrent de la valeur. Ainsi, moins le blé sera cher dans un pays avancé comme la France, moins il restera en culture possible et préférable, et plus il sera tiré du dehors ; le pain el la viande baissant de prix, accroissent leur valeur et celle de toutes les nécessités secondaires, et le sol peut désormais être arraché à la culture devenue iniprofdable du blé pour être livré ii des emploisde plus enplus profitables, donlledemiertermeest l'érection des maisons. Il esl donc exact de dire que même el surtout pour l'agriculture, le vrai prix rémunérateur des céréales en esl le prix le plus bas possible. Ce qu'il y a de plus avantageux pour le cultivateur, c'est do parvenir à considérer le blé comme un produit improlitable; car alors un grand nombre d'autres productions ou d'autres emploisdu sol deviennent d'aliord possibk^ cl (iisuilc beaucoup plus avantageux, parce (|ue,

une série de divisions dont chacune proiite des économies introduites dans les procédés de celle qui la précède.

leur prixs'abaissant et leur valeur augmentant, la consommation élargie permet de les obtenir sur une grande échelle, et par conséquent d'augmenter la somme des profits en en diminuant le taux.

Mais, dira-t-on, le blé est à vil prix en 1 851 , et nous ne voyons aucun des avantages que vous nous signalez ? Précisément parce qu'une mauvaise législation a forcé nos fermiers à produire notre blé, fût-il à vil prix; que nos meilleures terres sont emblavées en blé, et que dans ces circonstances la baisse du prix du blé affecte justement nos cultivateurs; tandis que, si le blé à meilleur compte était tiré du dehors, de la Russie méridionale, où la terre s'obtient à 80 fr. l'hectare, de l'Amérique centrale, oîi l'on aie sol pour rien, ces prix, qui ruinent nos paysans, seraient très4iauteraent rémunérateurs pour les pays moins avancés, et solliciteraient chez eux l'accroissement delà production, et par consé' quent encore une nouvelle baisse de prix à notre profit comme au leur.

Voilà l'erreur où il me semble qu'est tombé M. Michel Chevalier luimême dans son examen des sources alimentaires des peuples. Partant de ce principe faux, que le blé peut être une culture profitable dans un pays civilisé, et doit alors y trouver un prix rémunérateur, il a admis la nécessité de ce prix rémunérateur, et il a cherché à prouver que la liberté du commerce n'y nuisait en rien. Compulsant les chiffres actuels, il a établi que les ressources delà mer Noire, de la Baltique et de l'Amérique, ne suffiraient pas à influer d'une manière sensible sur le prix du blé ; mais je ne crois pas que cette conclusion soit juste : les ressources de ces pays augmenteront dans une proportion énormeavec la demande, et, grâce a Dieu, elles pourront nous procurer le blé à vil prix, et en éloigner la production des centres de civilisation. On ne trouvera plus chez les protectionnistes, et même chez les économistes, qu'une objection ît combattre: a la limite, lorsque tout le globe sera civilisé et cultivé, que deviendra votre principe ? Cette limite comporte encore tant de siècles, qu'il est permis d'affirmer sérieusement à ceux h qui la philosophie des sciences n'est pas inconnue, que lorsqu'on s'en approchera, depuis longtemps l'homme aura appris à fabriquer des aliments de toutes pièces avec l'oxygène et l'azote de l'air, l'hydrogène de l'eau et l'acide carbonique des pierres; et cela, je l'affirme , nous n'en sommes pas si loin qu'on pourrait le croire.

Il est de fait que l'introduction libre du blé et l'abaissement qui s'ensuivra causeront un bouleversement dans l'amodiation du sol ; mais k qui la faute, si ce n'est h la fotale législation qui nous a fait considérer la culture du blé comme nécessaire dans les pays civilisés , comme devant être rémunérée ? Instruisez donc les fermiers, et préparez-les h changer graduellement leur production devant la baisse imminente du

Le meunier gagne à toute réduction dans le prix de la construction des machines; le mécanicien gagne aux améliorations de l'art métallurgique ; comment, à son tour, celui qui exploite les mines profite-t-il de la concurrence ? En outre du bon marché de tous les articles de consommation qui est la conséquence des améliorations métallurgiques, le possesseur de mines, si ses affaires sont compromises, peut avoir recours aux nouvelles branches de production que crée la demande par suite des économies générales ; s'il a engagé son capital à l'abri de quelque système vicieux de protection , s'il se plaint qu'il n'est pas suffisamment indemnisé de ses pertes par la faculté de changer ses occupations, on peut répondre qu'il est plas urgent d'empêcher les autres citoyens de courir par les mêmes causes de semblables chances de perte que de l'empêcher de supporter les siennes. Je ne puis décider s'il aurait le droit de réclamer vis-à-vis du corps législatif, dont le défaut de sagesse antérieure l'a égaré ; mais je dois affirmer qu'il ne peut avoir le droit de demander qu'on persiste dans un système qui mènerait infailliblement les autres à la destruction. L'indemnité payée aux possesseurs

prix (lu blé ; d'ailleurs, la valeur ajoutée aux aulres produits du sol par le bas prix desalimenls se cliargora de le leur apprendre. Devant tous ces faits, les gens de l'école et de la trempe de M. Thiers crieront : El les chances de la guerre ! Ceci est le cri le plus impie. Quoi ! lorsque vous pouvez, par vos lois, ôter toute espèce de chance à la guerre, en créant par rechange la solidarité des peuples, vous osez invoquer ce fantôme! On disait autrefois : Si vis pacem^para hélium. Sachez qu'aujourd'hui que le peuple assez insensé pour préparer la guerre veut la guerre, et la trouve avec tout son cortège do misère et de calamités. Celui qui veut la paix travaille ii enlever toutes les causes de discussion ; et s'il forge des armes, ce sont ces boucliers puissants formés par le lien des intérêts moraux et matériels des peuples, et qui sont un obstacle invincibleàloute collision deslruclivo. E. T.

T)E i; INDUSTRIE. 215

d'esclaYes est sur ce point un exemple curieux sur lequel l'histoire devra prononcer.

Mais la classe ouvrière a-t-elle à perdre par la concurrence ?

Si le fonds que crée les épargnes, soit dans les manufactures ou dans l'agriculture, n'a en dernière analyse d'autre destination que celle de fournir à une consommation additionnelle, la demande du travail qui doit suppléer à cette consommation ainsi augmentée doit accroître le prix du travail. Ainsi les salaires doivent s'élever en même temps que leur valeur en objets d'échange s'accroît; par conséquent, nul ouvrier qui connaît bien ses intérêts ne pourrait désirer autre chose que l'extension pleine et entière de la concurrence générale, qui est le plus grand promoteur des salaires.

Si l'on admet que la concurrence crée de la richesse au lieu de ruiner le pays qui y est exposé, nous agirons prudemment en la sollicitant à l'égard d'objets qui, plus spécialement, attribuent de la valeur à tous les autres lorsque leur prix vient à baisser. J'ai désigné les deux objets qui ont le plus d'influence sur la puissance de production et de consommation de tous les pays, les grains et les métaux ; les grains nourrissent l'ouvrier, les métaux lui fournissent ses outils : nous nous réjouirons donc à juste titre de pouvoir, à l'avenir, nous approvisionner amplement de ces deux sortes d'objets indispensables. Un coup d'œil jeté sur la carte du monde nous fera voir où nous pouvons nous les procurer au meilleur compte.

Outre les grandes quantités de riz et de cacao que nous pouvons tirer des pays intertropicaux, et qui donnent à l'homme l'aliment le plus nutritif qu'il puisse se

procurer (1), un grand nombre de contrées populeuses en Europe ont les moyens de nous fournir une grande quantité de blé en échange desquels elles prendraient les produits de nos manufactures. Les plus accessibles d'entre elles sont les provinces méridionales de la Russie que baigne la mer Noire, et auxquelles nous avons \u que recouraient, dans le temps de l'antique Phénicie, tous les pays importateurs de grain. Les terres basses de la Podolieetde l'Ukraine forment un vaste bassin qui fui autrefois certainement recouvert par l'Océan, et dont les terres sont imprégnées encore de sels de soude qui, dans le sol arable, sont une véritable cause de fertilité. M. Jacob, dans ses rapports, a constaté que le grain de ces contrées peut être livré, à Odessa, à raison de 1 4 sh. 6 d. le quarter (2). Il existe à ma connaissance personnelle un district semblable dans un pays différent:

(1) 11 y a là une erreur qu'il importe de relever. Le cacao est certainement un aliment des plus nourrissants, mais il sera toujours d'uiic production difficile et chère. Le riz est un des aliments les moins nutritifs qu'il y ait, car il ne contient à peine que 6 p. 100 de raatièr<; azotée, tandis que le blé en contient jusqu'à 18 p. 100. Mais les pays intertropicaux offrent à l'alimentation de bien autres richesses. Les vastes plateaux tempérés de Venezuela, du Brésil, etc., fournissent deux récoltes de blé par an, doubles chacune des recolles ordinaires; le maïs arrive dans les contrées équinoxiales a une puissance de production incroyable, et c'est un aliment des plus satisfaisants ; les légumineuses et les plantes féculentes, pois, haricots, bananes, ignames, etc., seront certainement un jour pour le monde, si on les cultive sur une grande échelle sous le tropique, une source abondante de nourriture à bas prix, qu'on les consomme directement ou qu'on les transforme en viande. Je renverrai à ce sujet au tableau de la production aliraenlairr équinoxiale comparée à cille de la zone tempérée, que j'ai publiée dans la brochure « Des conditions vraies de la science économiqve, » et pour la suite du chapitre de l'auteur, au remarquable traité do M.JMicliel Chevalier sur les Forces alimentaires des États.

(2) n fr. SMf. l'hecl.ililn'.

DE l'fndiistrie. 217

la plaine de la Theiss, on Hongrie, que M. Jacob n'a pas visitée, et qui vient confirmer cette assertion. J'ai copié sur les livres d'un fermier, dans le Banat, les éléments du prix de revient du blé, que j'ai trouvé être au maximum de 11 sh. par quarter (1). Ce district fertile voit s'accroître rapidement sa population, et si l'on y établissait une communication avec la mer par un chemin de fer, dont, au reste, le projet a été présenté à la dernière diète hongroise, le blé pourrait être livré au port hongrois de Fiume, sur l'Adriatique, à raison de 15 sh. par quarter (2) dans les années moyennes. Le désir d'ouvrir au commerce ce marché, qui nous amènerait à un contact direct avec une population de 1,500,000 sujets hongrois et turcs, provoqua le dernier traité conclu avec l'Autriche en 1839. Ce traité amena une faute, en raison d'une erreur géographique sur laquelle il était basé; car il prenait le Danube pour le débouché du commerce hongrois, tandis que tous les blés du Banat, en Hongrie, sont embarqués à Fiume sur l'Adriatique. Par suite de cette erreur, on saisit maladroitement les deux seuls vaisseaux autrichiens qui essayèrent de commercer sous les clauses de ce traité. Mais cette circonstance ridicule augmenta cependant nos connaissances commerciales; l'enquête apprit que la cargaison de ces vaisseaux ne provenait pas de la Hongrie , mais bien de la Yalachie; et il fut établi en fait, en Angleterre, que la Yalachie pouvait exporter du blé aussi bien que la Hongrie. Comme ces trois districts seuls sont d'une étendue suffisante pour cultiver le blé à bas prix

(1) 4 fr. lo c. riieclolilre.

(2) 6 fr. Ar\ c. rherlnlilrr.

en quantité supérieure aux besoins des Iles-Britanniques, la chance d'obtenir des approvisionnements à bon marché s'améliore encore par la perspective de leur régularité. Le climat de ces districts offre d'ailleurs des différences notables dans les variations de leurs saisons, et les ressources de la Yalachie et des provinces limitrophes furent, pour la première fois, découvertes en Turquie, lorsque, la récolte de grain venant à manquer dans la Russie méridionale, les réserves d'Odessa, sur lesquelles seules Constantinople pouvait compter jusqu'alors, devinrent insuffisantes. La Russie possède elle-même deux climats différents à l'égard des récoltes de blé; cela fut prouvé en 1838, lorsque, la moisson ayant manqué sur le haut Volga, on envoya à la fois du blé d'Odessa et de Dantzig à Saint-Pétersbourg. A ces ressources bien connues en Europe, il est à peine nécessaire d'ajouter la mention des immenses plaines incultes qui s'étendent en Asie, en Afrique et en Amérique, pour prouver que, quelque famine que nous éprouvions, nous ne devons en attribuer la faute qu'à nos lois artificielles, et non pas à celles de la nature.

A côté des approvisionnements alimentaires, la Providence a placé pour l'homme les provisions de for les plus abondantes; par une étrange fatalité, cette aberration de la raison qui expose si souvent à la famine les pays les mieux situés pour se pourvoir de réserves d'aliments, condamne constamment les hommes à un travail inefficace, à cause du manque d'outils, dans les pays où le fer est le plus abondant. On ne peut plus admettre que l'Angleterre soit le pays le plus spécialement favorisé par l'abondance du fer au contact immédiat du charbon de terre, et cotte notion erronée s'efface

DE l'industrie. 219

rapidement devant raccroissement des connaissances.

En Belgique, dan= les districts d'Aix-la-Chapelle et de la Ruhr, sur la Haute Moselle et dans la Silésie, en Prusse, le charbon est aussi abondant et peut être obtenu à aussi bon marché à la proximité du fer que dans aucune partie de l'Angleterre. Les bassins houillers de la haute Moselle et de la Saar s'étendent jusqu'en France, et fournissent des matières premières aux industriels de l'Alsace. Le nom de Kœchlin de Mulhouse, celui de Cockerill de Liège sont peut-être mieux connus dans les parties les plus reculées de l'Europe que celui d'aucune raison sociale anglaise; et quand il y a des ordres sur le marché, ces maisons peuvent souvent les remplir à aussi bon compte, à meilleur marché même, que l'industrie anglaise n'y parviendrait.

Mais ces districts, qui nous sont les mieux connus, ne donnent qu'une très-faible idée des richesses minérales du continent; la chaîne des Alpes, des frontières de l'empire autrichien jusqu'à la Suisse et vers la Hongrie, est largement pourvue de minerais de toutes sortes, parmi lesquels les minerais de fer de la Styrie et de la Carinthie se rangent en première hgne pour la qualité supérieure du métal qu'ils fournissent. J'ai vu à Vienne des cylindres faits en Carinthie pour la monnaie de Stockholm. C'est assurément de la part de la Suède un curieux témoignage de la supériorité du fer d'une provenance étrangère.

Il y a à Vienne un pont suspendu construit avec ce même fer, et dont les matériaux métalliques ne pèsent guère que les deux tiers de ceux employés dans un pont semblable et voisin qui fut construit en Angleterre avec du fer ordinaire.

Si nous passons à la Hongrie, nous trouvons dans les monts Krapacks des veines et des couches métalliques de la meilleure qualité. Parmi les noms des nobles autrichiens qui, comme je Tai dit dans le dernier chapitre, ont rempli l'office de manufacturiers en établissant des usines sur leurs propriétés, j'ai mentionné celui du prince de Cobourg, oncle de la reine d'Angleterre. Ce prince a établi des forges sur uncsrande échelle avec une habileté difficile à surpasser. Elles sont situées sur ses immenses domaines, dans les districts montagneux de la Hongrie septentrionale ; et lorsque les communications seront améliorées, ce qui dans ce pays sera très-facile, nous nous apercevrons probablement que ce n'est que par ignorance que nous sommes si longtemps soumis au monopole que jusqu'ici la Suède a exercé sur notre marché pour ses fers à acier.

Puisque nous n'avons pas plus le monopole du fer que celui des substances alimentaires , nous n'avons pas d'autre avantage sur nos voisins que la sécurité de la propriété et une meilleure organisation manufacturière que celle qu'ils possèdent aujourd'hui. Dans le dernier chapitre, j"ai montré le danger de troubler cette organisation; et si on est disposé à profiter de l'avertissement, on peut en sentir mieux encore toute la force en se reportant aux moyens auxquels on a eu recours sur le continent pendant les cinq dernières années pour s'approprier ces ressources.

L'invention des navires, comme nous l'avons vu, a émancipé les contrées maritimes du monde de la dépendance d'un sol fertile ou d'un riche climat. Il devint possible par des échanges judicieux de se procurer des aliments et d'autres choses nésessaires à la vir sur un

DE l'industrie. 221

rocher improductif^ à un prix plus bas que celui auquel aurait pu les obtenir l'une quelconque des nations exerçant l'échange. Cette invention fut rendue plus active encore par l'usage de la boussole ; l'invention des machines maritimes transporta la puissance, de la terre à l'Océan. La suprématie maritime par l'art de la navigation devint le trône de l'ascendant politique. J'en ai déjà expliqué la raison : c'est que le commerçant est l'allié le plus puissant que les gouvernants puissent attacher à leur cause.

L'invention de routes propres à être parcourues à l'aide de machines a rétabli l'équihbre ainsi troublé. Le continent le plus considérable ne dépend plus évidemment du secours de la navigation maritime s'il adopte ces moyens de disposer de ses ressources, à quelque distance qu'elles puissent être les unes des autres. La mappemonde nous enseigne encore quelle a été la puissance créée par cet effort d'intelligence; avant la fin de cette année, la construction d'un chemin de fer de Hambourg à la Saxe sera terminé. Un des embranchements de ce chemin sur Berlin aboutira à la Silésie ; ainsi les manufacturiers saxons ne seront plus qu'à une journée de Hambourg, tandis qu'auparavant cette communication demandait des semaines et même des mois entiers. Les fers, les tissus et les cotonnades silésiennes n'ont pas que ce débouché : une seconde ligne, suivant la vallée de l'Oder, joint cette province avec la Baltique à Stettin. Ces deux chemins de fer sont précieux pour les fabricants et les teinturiers de soieries de Berlin, qui en tireront encore un autre avantage. Berlin, situé dans une vaste plaine sablonneuse, était une des villes de l'Iùirupcoti la vie était le pluschcre. Le blé peut maintenant

y être introduit au même prix qu'à Dantzig; le poisson de mer y arrive facilement. Berlin reçoit aussi les bestiaux qu'on élève dans les pâturages de l'Elbe. Elber- Feld, la plus grande fabrique de tissus de coton qui existe sur le Rhin, sera bientôt à peu d'heures d'Anvers par le chemin de fer belge et rhénan. Cette ligne est aussi avantageuse pour les tisserands de soie de toute la Prusse rhénane et pour les manufacturiers belges. Tous les chemins de fer maintenant en construction sur le continent, les lignes projetées en Autriche auront la plus haute portée pour l'extension du commerce. Il n'y a pas de temps à perdre pour que, par notre législation nationale, nous manifestions la prompte intention d'adopter le principe de réciprocité sur l'échelle la plus large , ou pour que le peuple anglais demande cet exercice de ses droits. Il est évident qu'une légère différence dans les prix en tournera l'avantage contre nous ; et nous pouvons continuer comme nous l'avons fait pendant des années à gaspiller tous les bénéfices de notre position pour assurer de minces et égoïstes profits à des individus ou à des coteries.

Nos rivaux dans le commerce ne se trouvent pas seulement dans les États maritimes, toute puissance continentale qui se relie avec ses voisins par des chemins de fer s'affranchit de la mer comme autrefois les États maritimes le firent de la terre par les vaisseaux avec lesquels ils parcouraient l'Océan. Que sont les calculs mesquins de l'égoisme en comparaison de cette grande marche de l'intelligence? Qui, en ce grand système de mobilité et de forces libres, peut attacher un intérêt à une possession territoriale qui ne demanderait point pour se l'assurer d'eiVorts d'intelligence? Nul liommc peut-il

DE l'industrie. 223

désirer la substitution de l'asservissement aux choses matérielles, pour fondation des avantages politiques ou commerciaux, au règne de l'esprit, qui, pour qu'on y part£fge, n'exige pas d'autre qualité que celles du savoir et du jugement , ces sources de la puissance intellectuelle qui apportent la plus grande jouissance, même matérielle, à ceux qui les possèdent?

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