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CHAPITRE PREMIER

Dans quel esprit les différents pays ont-ils compris l’Orientation professionnelle ?

L'histoire de l’orientation montre une série d’initiatives prises à peu près dans le même temps par des gens qui s’ignoraient. Il est donc naturel que ces premières tentatives aient été assez différentes dans leur but immédiat et dans leurs méthodes. Le développement ultérieur de l’orientation dans chaque pays a gardé des traces de ses origines. Il s’est fait dans le sens de la simplification et de l’uniformité ; mais les controverses ne sont pas closes, et il subsiste des indépendants, telle, en France, la Chambre des métiers de Bordeaux.

Certains des phénomènes qui ont été à l’origine du mouvement se retrouvent partout, quoique à des degrés divers. On parle volontiers de la crise de l'apprentissage. Ce n’est pas un phénomène nouveau, ainsi qu’on le croit quelquefois. Les siècles passés ont connu comme nous les sans métiers. Tout au plus peut-on dire que les sociétés d'aujourd'hui, laissant l'individu isolé, rendent leur

situation plus pénihle pour eux et plus dangereuse pour la communauté.

L'ouvrier qui n’a pas fait un apprentissage sérieux, ou qui s’est engagé dans une profession sans se soucier de ses aptitudes, est souvent mécontent de son métier et de son patron, et constitue une main-d'œuvre très instable *. Il y a là, pour les employeurs, une source d’ennuis et de frais considérables qui grèvent la production. La politique des hauts salaires. pratiquée dans les Etats modernes, accorde une large place au travail dans le prix de revient et exige une amélioration incessante du rendement humain.

La cause la plus immédiate peut-être de l'orientation a été l’inégale répartition de la main-d'œuvre. En un temps où les cadres sociaux se sont affaiblis, et où il paraît plus facile, sinon de changer de profession, du’ moins de choisir celle vers laquelle on se sent attiré, on a vu des métiers encombrés, d’autres délaissés sans raison, et on a senti la nécessité d’y remédier au moyen d’une propagande auprès des jeunes gens. La maind'œuvre est une chose fort peu élastique et qui suit mal les exigences de la production. Certains pays souffrent d’une pénurie de travailleurs, en partie de travailleurs qualifiés. D’autres conservent des chômeurs jusque dans les périodes de prospérité économique générale. Ce sont, bien entendu, les manœuvres que le chômage atteint les premiers. (C’est pourquoi les deux situations se rejoignent pour réclamer une formation professionnelle attentive de la jeunesse. Mais elles restent différentes.

Différentes aussi les conceptions des différents peuples sur ce point. Elles sont motivées par leurs conditions de:

1, L'instabilité de la main-d'œuvre est connue sous le nom de turn over.

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vie autant que par leur histoire. Il semble que chaque pays doive résoudre le problème de la main-d'œuvre pour son propre compte, car la guerre qui en a accentué le déséquilibre à rendu aussi les migrations beaucoup plus difficiles.

L'orientation d’un enfant ne peut être que le résultat d’une collaboration. Cette collaboration a été comprise de bien des façons. Certains ont voulu se contenter d'éclairer l'enfant, de l'aider à choisir, mais lui en laisser toute la responsabilité. D’autres ont considéré que lenfant révèle ses aptitudes à l’école, que nul ne le connaît mieux et n’est plus apte à le guider que linstituteur. Le plus grand danger de l’enfant, a-t-on dit, c’est de compromettre sa santé dans une profession qui ne lui convient pas ; un examen médical est indispensable. Quelques-uns ont voulu ajouter un examen mental par des procédés scientifiques, alors que d’autres regardaient avec la plus grande méfiance ces innovations, et que la plupart s’en abstenaient, en raison des difficultés matérielles qu’ils auraient eues à les mettre en œuvre. Souvent, l’orientation s’est trouvée une annexe du placement qu’elle avait surtout pour but. Aussi, à l’origine, a-t-elle excité quelque méfiance des ouvriers qui l’accusaient d’être à la solde des patrons et de ne se soucier que de leurs besoins de main-d'œuvre,

La première attitude a trouvé son représentant le plus illustre dans le professeur Parsons. Trois éléments, selon lui, sont indispensables à une bonne orientation professionnelle : :

1° Subjectivement, une parfaite connaissance de soi-

1 Choosing a vocation, cité par la R. I. T., janvier 1926. L'orientation professionnelle aux Etats-Unis, p. 54.

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même, de ses aptitudes, de ses goûts, de ses ambitions, de ses ressources, de la limite de ses capacités et des causes de cette limite ;

2° Objectivement, la connaissance des conditions nécessaires à la réussite dans les différentes professions, des avantages et des inconvénients que celles-ci présentent, des débouchés et des perspectives qu'offre chacune d'elles ;

3° Un examen approfondi des rapports entre les deux groupes de facteurs subjectifs et objectifs.

Cet idéal est aussi celui de la Chambre de métiers de la Gironde et du Sud-Ouest, qui estime suffisant de remettre à l’enfant un questionnaire détaillé et des monographies établies sur un plan uniforme qui est aussi celui du questionnaire, laissant à l’enfant le soin de confronter ses aptitudes avec les exigences des professions qui peuvent le tenter. Voici comment l'Office de Bordeaux justifie sa méthode : :

« Chez nous, un conseiller de vocation ne doit pas orienter l’enfant, mais l’éclairer et éclairer sa famille pour qu’il s'oriente avec le consentement de ses parents.

» On ne fera pas d'orientation solide, on ne fera même pas d'orientation du tout, si les méthodes employées n’entraînent pas l’adhésion du sujet orienté. Aussi parfaits que soient les moyens d'investigation employés, si l’enfant choisit une autre voie que celle qui lui est conseillée par l’orienteur, nous dirons que celui-ci a tout simplement perdu son temps.

» Il faut donc un assentiment très positif de l’enfant et ce résultat ne sera obtenu que si le sujet à orienter

1. Bulletin de la Chambre des métiers de la Gironde et du Sud-Ouest, mai 1924,

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