AVANT LA GUERRE
Le problème que pose le choix d’une profession est de tous les temps. et de nombreux auteurs l’ont signalé, On cite volontiers sur ce sujet Aristophane, Platon, Montaigne, Pascal, Rousseau, Proudhon, Durkheim, Bergson, etc. Mais on pourrait allonger indéfiniment cette liste, car il n'y a guëére de penseurs traitant des questions sociales qui ne l’aient aperçu. Cependant la solution en était entièrement abandonnée à la sollicitude des parents. Certains d’entre eux s’efforçaient d'observer et même d’expérimenter les aptitudes de leurs enfants, ainsi qu’en fait foi une curieuse lettre de l’imprimeur Plantin ‘.
Des personnes charitables ou des œuvres, le plus souvent religieuses, recueillaient les orphelins et s’efforçaient de leur procurer un métier qui leur permît de
1. Lettre de Plantin au secrétaire du roi Philippe II. Anvers, 6 déc. 1570. « Et d’autant que la première enfance est trop fragile et débile de corps pour faire chores manuelles au mesnage, je leur ay faict alors tellement apprendre à escrire et à bien lire, que, depuis l’aage de quatre ans jusqu’à l’aage de douze ans, chacune des quatre premières nous ont aidé à lire les espreuves de l’imprimerie, en quelque escriture et langue qui ‘e soit offerte pour imprimer. Et, aux heures vacantes, j’ay prins peine aussi de leur faire apprendre à besougner de l'aiguille sur toile, en observant toujours peu à peu à quoy chacune s’inclineroit le plus ou seroit la mieux idoine.…. » (L'Ortentation
professionnelle, mar: 22, n° 32, p. 21.)
vivre. L'Espagne a connu pendant quatre siècles le Padre d'Orfeus (Père des Orphelins), à la fois conseiller de vocation et tribunal pour enfants *,
Mais l'orientation professionnelle telle que nous l’entendons ne remonte pas au delà des premières années du xx® siècle. Elle fut précédée et provoquée par un grand effort scientifique. En France ?, le D' Toulouse dirigeait le laboratoire de psychologie expérimentale de l'Ecole des Hautes-Etudes avec la collaboration de M. J.-M. Lahy (chef des travaux de psychologie expérimentale). En 1901, était fondé sous leur instigation * un laboratoire de psychologie appliquée, rattaché à cette même Ecole des Hautes-Etudes pratiques, et dont la direction fut confiée à M. J.-M. Lahy *. En même temps, le professeur Imbert, de Montpellier, entreprenait une série de recherches sur la fatigue professionnelle et les rapports de la physiologie avec l’organisation du travail. Binet inaugurait la
1. « Une institution naquit au xiv® siècle et dura jusqu'au xvine. Elle s'appelait Padre d'Orfeus (Père des orphelins), et fut créée en vertu d’un privilège accordé par Pierre Il, roi d'Aragon et de Valence.
«Ce padre recueillait les orphelins, leur donnait un métier, les plaçait, s'occupait des salaires qu'ils devaient toucher, les appuyait dans leurs réclamations relatives aux salaires, et prononçait, comme l'aurait fait un juge, les décisions qui étaient obligatoires pour les patrons, lorsque les intérêts de-ses protégés l’exigeaient en droit. Il remplissait également les fonc- Lions de juge au criminel, lorsque les mineurs confiés à sa garde avaient commis quelque délit. 11 ressort de là que cette institution constituait un tribunal spécial, distinct des tribunaux ordinaires, tant en matière civile (comme dans les questions de salaires), qu’en matière criminelle. Elle veillait en outre à ce que les mineurs, qui devaient nécessairement être des orphelins, s’'amendassent complètement et fussent surveillés.
« Ces charges, complètement gratuites, revenaient toujours à des personnes d’une grande vertu et d’une grande respectabilité, qui étaient mariées el qui jouissaient d'une autorité et d'un crédit notoires. » (Mlle M. Carbonnel, Bull. international de la Protection de l'Enjance, 30 avril 1925.)
2. Odette Simon, L'Orientation professionnelle, thèse, Paris, 1927, p. 130.
3. Mile Clément, Le mouvement d'orientation professionnelle, thèse, Aix, 1924, p. 148. Ê
l. Celui-ci a publié en 1905 dans la Revue scientifique, et en 1910 dans le Bulletin de l'inspection du travail, des études où il posait le problème de l’application des données de la psychologie et de la physiologie aux questions du travail. - |
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méthode des tests. La psychologie expérimentale des aptitudes suscitait des efforts parallèles à l'étranger, Il suffit de citer les noms de Cattell en Amérique, Kraepelin et de Stern en Allemagne, Decroly en Belgique, De Sanctis en Italie, Rossolimo à Moscou, Claparède à Genève, Spearman, Pearson et Thomson Brown à Londres. Tous imaginaient des tests ou préconisaient des méthodes souvent contradictoires, mais témoignant d’un égal intérêt pour la psycho-physiologie du travail et pour la connaissance de l'enfant. Au XIII Congrès international d'hygiène et de démographie tenu à Bruxelles en 1903, Mlle Yoteyko insista sur la nécessité d’un examen médical préliminaire au choix d’une carrière.
A cette époque, quelques essais d'orientation professionnelle avaient été déjà tentés. Dès 1895, à Munich ?. on se préoccupe, avant de placer un enfant en apprentissage, d’avoir quelques indications fournies par les familles et les instituteurs. En 1902, un bureau d’orientation professionnelle est créé, grâce à la collaboration de la municipalité, des instituteurs, syndicats d’employeurs, corporations d’artisans et Chambres de métiers ; des monographies professionnelles sont établies, des notices scolaires individuelles élaborées. Une huitième année scolaire est créée, permettant une sorte de préapprentissage à l’école. Ce premier office n’eut que de piètres résultats. Vers la même époque, la municipalité de Nuremberg * publiait un Guide pour le choix d'un métier, qui annonçait des enquêtes et investigations