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L'ECOLE ET LA PREORIENTATION

1° Le rôle de l'école

La deuxième conférence internationale de psychotechnique appliquée à l’orientation professionnelle et à l’organisation scientifique du travail a adopté une double conclusion au sujet de l’école

1° L'école ne peut pratiquer l'orientation professionnelle ;

2° L'orientation professionnelle réclame la collaboration de l’école.

Trois ans plus tard, le Congrès de Toulouse développait cette double idée dans ses vœux :

« 4° Le Congrès envisageant le rôle de l’école dans l'orientation professionnelle adresse de vifs remerciements au personnel enseignant pour le concours qu’il a apporté Jusqu'ici aux œuvres d'orientation professionnelle ;

» Estime que si l’école n’a pas, à elle seule, les moyens de faire l’orientation professionnelle, elle peut, au moins, apporter aux conseillers d'orientation une contribution essentielle, faire naître la mentalité professionnelle en montrant la valeur économique, morale et sociale du métier, éclairer enfants et familles sur les métiers exer-

on —

cés dans la localité, fournir par le moyen du livret scolaire des appréciations précieuses non seulement sur les connaissances scolaires, mais, dans son enséemb'> sur le développement moral de l'enfant ;

» Demande instamment à cet égard que le livret scolaire soit au plus tôt institué et rendu obligatoire dans toutes les écoles ;

> Enfin, considérant que, dès maintenant, les services d'orientation professionnelle ont obtenu dans divers pays d'Europe des résultats pratiques importants, sanctionne les résolutions suivantes

» 1° Les services d'orientation professionnelle ne peuvent donner dés résultats satisfaisants que s’ils fonctionnent, dans chaque localité, avec le concours du corps enseignant, du corps médical et de conseillers d’orientation qualifiés ;

» 2° Les gouvernements sont priés de donner aux autorités scolaires, avec les moyens financiers convenables, des instructions pour que, dans toutes les écoles publiques, les enfants, garçons et filles, soient soumis, par les soins des instituteurs et institutrices, ct des médecins inspecteurs des écoles, aux méthodes techniques de l'orientation professionnelle, au cours de la derniire année scolaire... »

Ainsi, l’instituteur doit préparer l’orientation professionnelle de ses élèves, faire ce qu’on appelle de la préorientation professionnelle.

« À cet effet, il s’efforcera, comme lindiquent Îles récentes instructions de la Direction de l’enseignement:

technique * :

1, J. Fontègne, préface à Odette Simon, thèse citée, p. VIE,

= or —

» 1. De placer l’enfant, dans sa ou ses dernières années de scolarité, dans une espèce d’atmosphère professionnelle ;

» 2. De créer en lui un esprit professionnel ;

» 3. De susciter en lui un idéal professionnel. »

Créer dans les classes une ambiance professionnelle, cela consiste surtout à faire pivoter l’enseignement autour de la double idée qu’il importe de faire le choix judicieux d’une profession et de faire l'apprentissage rationnel d’un métier ?.

M. Fontègne développe cette conception? : « Placer l'enfant dans une ambiance professionnelle, c’est le mettre au milieu des réalités ; c’est donner à l’enseignement de la dernière année de scolarité une inspiration pratique sans laquelle, croyons-nous, tout enseignement destiné aux producteurs de demain serait sans effet.

» Pour ce faire, point n’est besoin de changer beaucoup nos méthodes actuelles. Ce n’est pas une nouveauté pour un éducateur :

» 1. De profiter d’un enseignement scientifique (leçons de choses), littéraire (géographie, français), pour commenter devant son petit auditoire avide d’action les monographies des métiers qu’ils sont susceptibles d’apprendre demain ;

» 2. D’organiser, avec l’aide des Offices d'orientation professionnelle, les visites d'ateliers, d’usines, de chantiers, de bureaux, de cours ou écoles professionnels qui élargiront leur horizon, canaliseront certains goûts mal orientés, affirmeront quelques vocations et en susciteront d’autres ;

LL ONP octobre 92 nie:

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» 3. De donner à l’enseignement du travail manuel l'importance qui lui est propre, et dont le but essentiel est, à l’école primaire, non pas d’initier directement à une profession déterminée, mais bien plutôt:

» a) D’éduquer l'œil et la main — que nous qualifierons volontiers de sens professionnels ;

» b) De faire connaître — à condition qu’on ne se limite pas au travail traditionnel du bois et du fer — un

grand nombre de matières premières susceptibles d’être ouvrées, un jour ou l’autre, par notre futur apprenti ;

» c) De le familiariser avec ces « prolongements » de la main que constituent les outils, et de lui faire respecter et aimer la matière première, point de départ de l'utilité et de la beauté ;

» d) De lui faire acquérir enfin un certain nombre de « vertus primaires » qui ne s’acquièrent qu’au contact de FobjetquetFonrerée.r:

» Créer chez l’enfant une mentalité professionnelle, c’est, après avoir développé sa conscience tout court, exalter en lui l’amour du travail en général, et le respect du travail manuel en particulier ; c’est lui suggérer que tout métier en vaut un autre ; … c’est éloigner de lui — et de ses parents — cette idée qu’il est dans les métiers une hiérarchie, et que c’est se dégrader que d'appliquer son intelligence au maniement de certains outils, au travail de certaines matières premières. »

L’instituteur ne doit pas seulement placer ses élèves dans une ambiance professionnelle, il doit les observer, et l’office de Courbevoie propose de créer dans ce but des classes d'orientation professionnelle, dont l'unique souci serait le départ entre les manuels et les nonmanuels. C’est pourquoi le travail manuel ne devrait

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occuper, dans l’horaire de la classe d'orientation professionnelle, qu’une petite place, juste assez pour se rendre compte de l'adresse de l’enfant, de son goût pour les travaux de ce genre, des possibilités de développer chez lui des qualités qui permettent de le diriger vers l’industrie à quelque titre que ce soit.

L'enseignement général aurait le plus grand emploi du temps. Il conviendrait seulement d’y adapter un certain nombre de centres d'intérêt, grâce auxquels les grandes catégories de professions seraient passées en revue à l’occasion des différentes leçons. Des visites méthodiques d'ateliers, de bureaux, de magasins compléteraient le programme, tandis que le maître ou la maîtresse étudierait les éléments moraux qui constituent le caractère de l'enfant et serait alors en mesure de préparer la fiche scolaire d'orientation professionnelle *.

L'Amérique a été la première à comprendre le rôle de Pécole d’une façon aussi complète. Les fonctionnaires du Conseil fédéral de l’enseignement professionnel ? estiment que.« conseiller, guider, former, placer et suivre les jeunes gens au début de leur carrière industrielle » constituent un ensemble de fonctions interdépendantes de l'orientation professionnelle. On a constaté que « la création de bourses et l'introduction à l’école d’un service de conseillers à réduit sensiblement la proportion des simples placements, en permettant de diriger la jeunesse vers un enseignement spécial de nature à répondre aux goûts et aux aptitudes de chacun. C’est à cet égard que

1. Bulletin de l’ofjice d'orientation professionnelle de la banlieue ouest: novembre 1925.

L'office de Courbevoie indique nettement que ces classes d'orientation

professionnelle n’ont rien de commun avec les classes de préapprentissage (cf. infra, p. 104).

2, Jederal board for vocational education,

RO

les écoles et les cours institués par la loi sur l’enseignement professionnel * présentent une importance si grande pour l'essor du mouvement? ».

L'action scolaire, en matière d'orientation professionnelle 5, comprend :

1° L'établissement de statistiques et de rapports sur les aptitudes physiques, l’état psychique et le degré d’instruction des jeunes gens ;

2° Le service des conseillers de vocation ;

3° La centralisation, par des organes spéciaux, d’informations professionnelles ;

4° La diffusion de ces informations dans les écoles intéressées ;

5° La création d’une agence de placement chargée de procurer des emplois aux jeunes gens et de les suivre dans leurs débuts professionnels .

Les efforts faits en vue de répondre aux besoins individuels des jeunes gens, à l’école et à l'atelier, ont abouti à établir un rapport direct entre l’enseignement scolaire et le placement, sous la surveillance des autorités de l'instruction publique.

L'organisation de cours complémentaires, immédiatement après la guerre, a prolongé la responsabilité des autorités scolaires en ce qui concerne l'instruction des enfants entrés dans l’industrie. Le souci du placement a largement inspiré le programme d'orientation professionnelle de ces cours. Dans les écoles primaires supé-

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