LE CONSEILLER DE VOCATION
1° Recrutement.
Etre conseiller de vocation, c’est une profession toute nouvelle. C’est la fonction de celui qui reçoit les enfants au cabinet d'orientation, et qui, muni de tous les renselgnements souhaitables, examine avec eux quelle est la profession qui paraît la plus sage.
On peut devenir conseiller de vocation sans le savoir : « Par la force des choses, les directeurs des offices de placement et leurs agents ont été amenés à donner des conseils aux parents d’un enfant pour lequel la mise en apprentissage était envisagée. Jamais, au cours de ces entretiens, il n’est apparu que de tels conseils fussent incompatibles avec leurs attributions ordinaires, et c’est ainsi qu’il leur est venu la préoccupation de s'assurer des aptitudes de lenfant pour la profession que son entourage tenait à lui voir adopter. De là, également, est née la nécessité d’enquêter sur les métiers exercés dans la région, sur leurs perspectives d'avenir, leur degré d’encombrement, ete.
» Peu à peu, cette question devait prendre place dans
1. Cet homme nouveau a reçu les noms les plus divers : orienteur, orientateur, conseiller d'orientation, conseiller de profession, conseiller technique, guide professionnel, ete. 11 semble que «conseiller de vocation » soit le terme le plus harmonieux el le plus suggestif,
le cadre ordinaire de leur activité, et quand de récentes instructions ministérielles sont venues preciser le rôle que devaient jouer ces organismes, elles n’ont fait pour ainsi dire que reconnaître une situation de fait et donner une impulsion nouvelle à des efforts consciencieux, mais parfois hésitants !. »
Cependant l'idée s’est vite imposée qu’on ne s’improvise pas conseiller de vocation comme on veut : « Ce n'est pas une simple profession nouvelle : c’est une fonction sociale, qui exige une préparation spéciale, car elle ne saurait être exercée par une personne ignorant la psychologie expérimentale et incapable d'utiliser les renseignements que celle-ci peut fournir ?. »
Le conseiller de vocation doit connaître à fond les différents métiers ; ce qu’ils exigent d'intelligence, de savoir général et pratique, les aptitudes diverses qu’ils réclament ; il sait les avantages et les inconvénients qu'on y rencontre, les garanties, la protection et les encouragements que chacun d'eux réserve à $es apprentis. « Psychologue avisé, ami de l’enfance, le conseiller technique fait parler le jeune adolescent ; il linterroge sur ses goûts ; si l'enfant ne marque aucune vocation, il l’entretient des différents métiers qui cadrent le mieux avec ce qu’il devine de sa personnalité ; il provoque son choix *. »
1. Touzaa, rapport cité, p. 38. Il en a été de même partout, Ni le professeur Parsons à Boston, ni M, Stocker à Bâle ne pensaient devenir conseillers de vocation, L'exemple le plus net de la pression des faits en cette matière est l'histoire de la pléiade de philanthropes réunie autour de M, Nyns à Bruxelles (cf. infra, appendice).
2, A. G. Christiaens, L'orientation professionnelle dans l'agglomération bruxelloise. R. I. T., septembre 1923, p. 373.
3. Commission mixte du travail et du chômage, rapport cité, p. 22, La Revue Internationale du Travail écrit de son côté : « Les conseillers ou les
instituteurs faisant fonction de conseillers, interviennent auprès des enfants lorsque leurs études doivent s'orienter dans une voie nouvelle et qu'un choix
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Le congrès de Toulouse a sanctionné d’un vœu en 1924 la capacité que l’on doit attendre des conseillers de vocation :
« Il estime indispensable que, dans les principaux centres d'activité économique, les techniciens de l’orientation professionnelle offrent les plus sérieuses garanties de conscience, de caractère et de compétence, et que, sans être nécessairement des médecins, des psychologues et des professionnels, ils possèdent dans une mesure suffisamment étendue, des connaissances en physiologie et en psychologie, ainsi que l'expérience des choses de l’industrie, de l’agriculture et du commerce, connaissances et expérience qu'ils doivent d’ailleurs s’efforcer de développer constamment, en s'inspirant de tous les progrès réalisés dans le domaine de l'orientation professionnelle, et en recourant à toutes les sources utiles de documentation. »
En raison de l'encyclopédie des connaissances nécessaires pour faire un bon conseiller de vocation et de la responsabilité très grave de cette fonction, on s’est demandé s'il ne conviendrait pas de la confier à une commission. Mais cette solution n'a pas prévalu, parce que le principal élément de succès en orientation est dans la valeur personnelle du conseiller, dans la confiance qu'il est capable d’inspirer aux enfants, dans l’ascendant moral qu'il peut prendre sur eux. L'enfant qui se présente devant une commission a le sentiment d’être
devant un jury d'examen. Il est intimidé et ne se livre
est à faire entre plusieurs cours préparatoires à des professions différentes. La tâche du conseiller est double; elle consiste, d’une part, à dépister les goûts et les aptitudes des enfants, d'autre part, à faire connaître à ceux-ci les opportunités qui leur sont offertes, avec les conditions qu'elles exigent ». R. I. T., janvier 1926, p. 61. É
pas. Il écoutera les avis qu’on lui donne, avec indifférence et n’agira ensuite qu’à sa guise. Rien n'empêche le conseiller de prendre l’avis d’une commission dans les cas délicats, mais il est préférable qu’il soit seul à recevoir l'enfant. « La personne qui aura cette tâche encourra une très grande responsabilité, et il convient qu’elle possède de très hautes qualités morales. C’est une tâche que l’on ne peut bien remplir que si l’on est pénétré de limportance sociale de sa mission, et qui, étant peu ou j: rémunérée, ne peut être accomplie que par des personne: tout à fait désintéressées, ou qui peuvent se contenter d’une très modeste rétribution.
» Il y faut beaucoup d’affabilité pour gagner la confiance des enfants, une très grande patience, beaucoup de prudence, et cependant faire preuve d’un esprit rapide de décision, puisqu'on peut avoir dans un laps de temps assez court à guider beaucoup. d'enfants, et que l’on n'aura d'influence sur eux et sur leur famille que si Po: ne semble pas marquer d’hésitation !. »
Le recrutement de ces conseillers est assez varié. M. Fontègne, dans son rapport au congrès de Charleroi, a indiqué que les bureaux français d'orientation les avaient choisis parmi :
a) Les instituteurs en retraite « choisis le plus souvent parmi ceux qui ont eu à s'occuper de l’adolescence dans les cours professionnels » ;
b) Les employés des offices publics de placement « que leur connaissance spéciale des questions relatives au marché du travail désigne tout particulièrement pour
remplir cet emploi » ;