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LA VISITE AU CABINET D'ORIENTATION

La propagande a porté ses fruits ; les parents et l’enfant ont décidé de venir ensemble consulter l'office d'orientation. Ils arrivent, sinon avec méfiance, du moins avec quelque appréhension. Ils sont surtout timides et ne se livrent pas à des inconnus. Il faut donc que le conseiller de vocation qui va les recevoir, leur inspire sympathie et confiance, puisque l’entretien qui va avoir lieu est essentiel pour l'orientation. L'office d’Utrecht a craint qu’un homme fait! n’intimide les enfants. C’est pourquoi, lors de sa première visite, le candidat est d’abord mis en contact avec un employé de second ordre, le plus jeune parmi les employés de l'office. Cet auxiliaire « doit être un garçon poli, aimable et pas imposant. Il faut que l’ouvrier se sente tout de suite à l’aise avec lui. C’est cet employé qui veillera à ce que les expériences se fassent selon les règles. Une fois les résultats de ces expériences connus, le directeur ou conseiller de vocation en confère avec l'employé, après quoi, le candidat est reçu par le directeur, qui lui communique ses

1. Sauf dans les offices importants, le conseiller de vocation est en même temps directeur de l'office, C’est un homme qui a déjà une certaine expérience de la vie; cf. supra, p.112 sqq.

has

résultats et lui donne un avis motivé au sujet de la profession qui lui convient :. »

L'entretien avec le conseiller a pour but de renseigner celui-ci sur la situation de famille et la situation matérielle de l'enfant, ainsi que sur son caractère et ses goûts. La fiche scolaire, lorsqu'elle existe, fournit ces renseignements, mais le conseiller a toujours besoin de les compléter et de les préciser. L'art du conseiller sera d'éviter les questions abstraites qui aboutissent à des réponses vagues. M. Fontègne, lorsqu'il était conseiller de vocation à Strasbourg, avait établi une sorte de questionnaire oral : « On amènera l’enfant à parler de ce qu'il préfère ; il dira par exemple à quels personnages (historique, militaire, industriel, commerçant, fonctionnaire, héros de lecture ou autre) il voudrait ressembler ; ce qui l’intéresse le plus dans un musée ; une exposition; en ville ; à la campagne ; s’il fait partie de sociétés ; le role quileyqoue:-iFeXprimera deux ou: trois VŒUXx ; racontera, à sa façon, ce qu’il entreprendrait s’il était riche ; fera connaître pourquoi il a choisi ou n’a pas choisi la profession de son père ; etc.?. » De nombreux conseillers se renseignent avec soin sur les jeux de l’enfant *, ses occupations spontanées, etc.

Lorsque les enfants sont trop nombreux pour que le conseiller de vocation puisse consacrer vingt à trente

1. Dr Van Ginneken, cité par Borremans-Ponthière, ete., op. cit., p. 253ss R, I. T., août 1922, p. 300.

3. Rome a ouvert un cabinet de psychotechnique qui s'occupe spécialement d'étudier les enfants, dans leurs jeux. On à organisé dans ce but le Ritrovo del fanciullo, club pour enfants où l’on cherche à déterminer leurs aptitudes grâce à leur activité dans les jeux et leur choix dans les lectures. Le club se compose d’un pavillon qui contient à peu près tous les jeux et jouets connus et une bibliothèque pour enfants. Dr Maria -Diez Gasca, Une

réalisation pralique en orientation professionnelle, Rapport au congrès international d'orientation professionnelle féminine, Bordeaux, 1926.

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minutes à chacun d’eux, on procède parfois à une orientation collective, en faisant remplir aux enfants des questionnaires plus ou moins longs, et en leur demandant une rédaction sur le choix de leur profession. L'entretien oral est réservé à ceux qu’il convient de détourner de leur choix, ou dont le cas paraît délicat.

Le rôle du conseiller ne se borne pas à connaître les goûts de l'enfant. Il doit l’éclairer sur la profession qui le tente, et que l’enfant ignore, fréquemment, autant que ses parents. Il dispose des monographies et les commente, grâce à son expérience. Mais l'enfant a-t-il les aptitudes nécessaires pour réussir dans la profession qu'il désire embrasser ? Avant de trancher cette question, on recourt le plus souvent à un examen médical, et parfois à un examen mental.

1° Le médecin.

Le médecin attaché au cabinet d'orientation profes- -sionnelle conseille et ne soigne pas. On ne lui demande pas d'apprécier l’état général du sujet, mais d’indiquer les conditions de vie que celui-ci ne pourrait pas supporter, en raison des prédispositions, ou des affections particulières qu’il présente.

Afin de sauvegarder le secret professionnel, le congrès de Barcelone a admis, dans ses conclusions, que le dossier médical devrait comprendre deux parties :

« 1° Une feuille contenant les observations sur l’anthropométrie et la physiopathologie de l’enfant. Cette feuille doit être possédée par les médecins, lesquels garderont le secret professionnel sur les résultats :

» 2° Une fiche destinée au service d'orientation pro-

fessionnelle qui comporte les indications typiques et les contre-indications individuelles permettant la recherche du groupe de professions à conseiller ou à déconseiller!. »

En mênie temps, « la conférence estime nécessaire d’uniformiser les divers types de fiches médicales et de définir les épreuves qui doivent composer l'examen ? ».

La section scientifique de la Commission d’orientation professionnelle française a fait élaborer par les docteurs Laufer et Paul-Boncour un rapport sur la fiche médicale d'orientation professionnelle, dont les conclusions développent le vœu du congrès de Barcelone :

« 1° Elle enregistrera l’ensemble des conditions susceptibles de masquer ou d’entraver les aptitudes. Ces conditions sont de trois ordres : les habitudes d'hygiène personnelle, ainsi que l’hygiène du milieu familial, les prédispositions héréditaires ou acquises, les maladies ou les troubles constitués et durables, parmi lesquels on distingue les contre-indications absolues, et les altérations plus légères, qui, sans réaliser des conditions immédiatement rédhibitoires, constituent surtout des menaces pour l'avenir.

» 2° La fiche servira de guide au médecin. Elle doit, par son libellé, faciliter, dans chaque cas, la recherche des conditions pathologiques ci-dessus catégorisées. La question se pose de savoir si ces diverses catégories doivent figurer sur le même plan, en d’autres termes, de déterminer la valeur qui s'attache à chacune d’elles. En même temps, la fiche doit avoir une portée pratique, en

excluant les détails inutiles ou discutables.

1. R, I. T., janvier 1993, p. 129. Cette solution de la double fiche a été fréquemment adoptée.

2 Ibid.

Cendrier 10

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» 3° La fiche médicale doit prévoir des examens ultérieurs des sujets, et indiquer l’évolution des symptômes déjà notés, sous l'influence soit de la croissance, soit du travail, ou du milieu professionnel.

» 4° Elle comportera parmi ses conclusions, les indications pratiques pouvant servir au conseiller d’orientation, si le médecin ne remplit pas lui-même ce rôle. »

« Le médecin n’est pas uniquement un contre-indicateur ; il a aussi un rôle positif d'indication à remplir. Le but de l’orientation qu’il ne faut jamais perdre de vue, c'est d'engager l'enfant dans la voie où il réalisera le maximum de possibilités, où il réussira le mieux, où il donnera le meilleur rendement avee le minimum d'usure. Sa fiche médicale doit répondre à ce but. Elle ne doit pas être seulement quelque chose de passif, un simple acte d'enregistrement ; elle doit aussi représenter des directives. C’est ainsi, en effet, que l’orientation prendra l'essor qu’elle mérite ?, »

Tout récemment l'Association internationale pour la protection de l'enfance a demandé que cette fiche fût

faite à l’école *.

La pratique de l'examen médical est assez différente selon les pays. En France, « les hésitations du début ont fait place, dans certains offices, à un enthousiasme du meilleur augure. Si l'inspection médicale obligatoire n'est pas encore introduite, qu'il nous soit permis de

l, À, I. T,, décembre 1627, p. 660-661,

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