CONCLUSIONS
L'armement antivénérien de la France est encore insuflisant pour assurer la défense sanitaire de la société : la syphilis augmentant dans tous les milieux. Il reste à prendre des mesures contre certaines des principales sources dé contagion.
Les organisations centrales officielles : Office National d'hygiène sociale, Service central de prophylarie des Maladies vénériennes, Commission de prophylaxie des maladies vénériennes, et celles dues à l'initiative privée: Inslitut Prophylactique de Paris, Société Française de prophylaxie sanitaire et morale, Lique Nationale Française contre le Péril vénérien, ne laissent rien à désirer, étant dirigées par des hommes qui se sont voués à la tâche d'organiser la défense de la société contre le péril vénérien.
Les organisations départementales se sont développées sous l'impulsion du Service Gentral, et à l'heure actuelle il existe 5r de ces organisations. Quelques départements possèdent des services autonomes. Il n'y à que quatre départements dépourvus de tout service, mais dans lesquels on est en train d'organiser des services ruraux en
collaboration avec les médecins praticiens et des services ex
de dépistage et de traitement de l’hérédo-syphilis. En Alsace el Lorraine, la lutte est confiée à la Ligue antivénérienne d'Alsace-Lorraine.
En ce qui concerne les organisations internationales, le- Gouvernement et la Ligue Nationale sont affiliés à l'Union Internationale contre le Péril vénérien, et le service central se tient en liaison avec la Section d'Hygiène de la Sociélé des Nations, le Bureau International du Travail, la Société des Croix-Rouges, l'Office International d'Hygiène publique et la Fondation Rockfeller.
Le nombre des dispensaires antisyphiktiques (395), est larg ‘ment suffisant pour assurer le dépistage de la syphilis et le traitement des malades ; mais il reste quelques améliorations à faire tant au point de vue du personnel médical, qu'au point de vue de l'installation matérielle.
Le Service Central s'est efforcé de multiplier les centres de dépistage et de traitement de lhérédo-syphilis, par la collaboration du syphiligraphe, avec l’accoucheur et le pédiâtre ; de même que le dépistage de l’hérédo-syphilischez les enfants à l'âge scolaire, et dans les préventoriums et les sanatoriums.
Les laboratoires officiels sont encore peu nombreux (29 laboratoires centraux), mais par contre ils sont dotés d’un outillage parfait et sont dirigés par des sérologistes à compétence reconnue.
Il existe aussi des laboratoires agréés réservés à l’usage des collectivités qui les entretiennent. Ceux-ci sont à l'heure actuelle au nombre de 6, mais une enquête est en cours pour 106 laboratoires pratiquant de façon courante
la sérologie, afin de reconnaître officiellement, et d’agréer-
ceux qui feraient les examens dans de bonnes conditions.
Comme beaucoup de sérologistes laissent fort à désirer au point de vue de leur éducation technique, la Ligue Nationale Française contre le Péril Vénérien a accepté la charge d'organiser un laboratoire Central pour la région parisienne, qui sera en même temps une école de séro-
logie.
On s'est préoccupé de faire collaborer les praticiens dans la lutte antivénérienne, en facilitant aux malades les moyens de se faire soigner par les médecins de leur choix, soit en les faisant bénéficier uniquement de la fourniture gratuite des médicaments spécifiques, soit en assurant tous les frais du traitement. Mais de nombreux médecins ne savent, ni diagnostiquer la syphilis, ni en ins{ituer le traitement, Pour remédier à ce danger, on s'est préoccupé de donner aux médecins le moyen d'acquérir au cours de leurs études les notions indispensables sur la clinique et la thérapeutique de la syphilis. A Paris, les étudiants doivent accomplir un stage de deux mois à la clinique des maladies cutanées et syphilitiques, lequel n'est sanctionné par aucun examen et les internes et externes des hôpitaux en sont exempts. Tous les efforts de M. le Professeur JEANSELME en vue d'améliorer cet enseignement, sont restés sans résultat, Le Conseil d’administration de la Ligue Nationale s’est occupé de cette question et à fait remettre à M. le Ministre de l’Instruction publique et à M. le Doyen de la Faculté de Médecine, une requête demandant que la durée du stage soit portée à trois
mois, et que les internes et externes des hôpitaux accom-
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plissent ce stage dans les consultations du soir, afin de ne pas désorganiser les serviecs hospitaliers. :
Le Ministre de l'Hygiène a demandé aux Compagnies de Chemins de fer de faire le dépistage méthodique et précoce des troubles tardifs de la syphilis chez les agents utilisés dans les services de sécurité. |
La Compagnie du Midi a seule organisé des dispensaires, à Toulouse et à Bordeaux, pour le traitement de ses agents, et les familles de ceux-ci peuvent bénéficier de ces organisations.
Les mesures prises dans la Marine marchande paraissent assez efficaces : organisation de dispensaires dans les principaux ports maritimes et fluviaux ; dépistage des maladies vénériennes chez les mousses et les novices embarquant pour la première fois ; traitement dans les dispensaires des ports, des malades de toutes les nationalités, et fourniture gratuite des médicaments nécessaires pour le traitement à suivre pendant la traversée.
La défense sanitaire aux frontières a été jusqu'ici insuflisante, l'immigration n'étant soumise à aucun contrôle sanitaire, et les vénériens étrangers, non autorisés à pénétrer dans les autres pays, pouvant rester en France sans être inquiétés par le fait des maladies qu'ils présentent.
Des services spéciaux viennent d'être créés pour surveiller les travailleurs étrangers munis d’un contrat àe travail, au moment même de leur arrivée.
À Marseille, un dépistage soigné est fait chez les immigrants, les vénériens contagieux ne sont pas autorisés à débarquer et sont soignés à Frioul, à leurs frais, ou à ceux
de la Compagnie de navigation.
Des mesures ont été prises par le Ministère de l'Intérieur, afin de renvoyer dans leur pays d’origine les trans migrants non autorisés à pénétrer dans les pays où ils se rendaient à titre définitif.
On vient de décider la propagande dans leurs langues chez les travailleurs étrangers résidant en Franec, et ceuxei sont traités soit au dispensaire, soit au cabinet du médecin, au même titre que les vénériens français.
Le dépistage et le traitement des maladies vénériennes a été organisé dans 86 prisons.
Quand au budget, il est alimenté par un crédit mis par le Parlement à la disposition du Ministère (11 à 12 midlions pour l’année 19235), et par des sommes assez impor-
tantes fournies par l'initiative privée.
Un magnifique effort a été fait pour organiser la propagande dans tous les milieux : milieux scolaires, féminins, intellectuels, ouvriers, ete., et les moyens employés ont été les plus divers : cours, conférences, théâtre, cinématographe, T.S.F., publications, expositions..…., à tel point qu'on est arrivé à obtenir une divulgation considé: rable des notions élémentaires sur la syphilis, et à faire disparaître en partie, le vieux préjugé de considérer la syphilis comme une maladie honteuse.
nu * * Le certificat prénuptial n'existe pas encore en tant
que loi, mais il commence à entrer dans les coutumes.
En ce qui concerne Ja prostitution, la France est uu pays réglementariste, mais dans le régime actuel, la prostitution clandesline, qui augmente considérablement depuis trois ans, ne peut être atteinte par aucune mesure sanitaire, et en dehors de l'arbitraire de la Rréfecture de Police : détention pour une durée variant, suivant la gravité des cas, de deux à quinze jours, décidée par le commissaire interrogateur contre les filles arrêtées par contravention aux prescriptions réglementaires, il n'y à au cune sanction capable d’obliger les filles soumises à obéir aux règlements de la police sur la prostitution.
Devant l'impuissance de la réglementation actuelle, Sy pour sontir de l'arbitraire de la Préfecture de Police, deux écoles se sont formées, qui tendent, par des moyens différents, à assurer d’une manière légale et efficace le contrôle sanilaire des prostituées, mais ceci est encore à l'étu-
de et loin d'entrer dans le domaine de la pratique.
Gomme on peut s'en rendre compte, il existe, à l'heure actuelle, trois sources principales de contagion : ‘ a) l'immigration étrangère
b) la prostitution clandestine : :
c) les malades non stérilisés à temps, par un traitement approprié, .dù à l'ignorance de nombreux médecins
qui ne savent ni diagnostiquer la syphilis, ni instituer le traitement.
Contre toutes ces sources de contagion, l’organisation actuelle fait défaut.
En ce qui concerne les autres éléments de la lutte anti. vénérienne : instruction, propagande, traitement des malades, ete..., il reste peut de chose à faire. Les efforts des hommes qui se sont consacrés à la défense de la société contre le terrible fléau qu'est la syphilis, ont abouti à la constitution d'une organisation assise sur des bases bien soldes, et qui, lorsque l'on aura comblé les lacunes que nous avons signalées, aura pour résultat de faire régresser considérablement, sinon disparaître tout à fait, la
svphilis en France.
Vu : Le Doyen, Vu : Le Président de thèse.
ROGER. JEANSELME.
VU ET PERMIS D’ IMPRIMER Le Recteur de l'Académie de Paris.
M. CHARLETY,