INTRODUCTION
Parmi les maladies sociales, à côté de la tuberculose et du cancer, nous placerons la syphilis, dont l'influence se fait sentir, non seulement sur les individus, mais aussi, et d'une façon prépondérante, sur leur descendance.
La syphilis doit être considérée comme une maladie sociale
1° Pour les séquelles qu'elle laisse sur les individus ;
2° Pour l'influence qu'elle a sur leur descendance ;
3° Parce que, en empêchant le développement normal du produit de la conception, elle est une des principales causes de dépopulation, question intéressante à considérer au point de vue général, et en particulier pour les pays, où dépassant certaines limites, ce problème est devenu d'intérêt national.
On a considéré la tuberculose comme la plus importante des maladies sociales d'après le nombre des victimes qu'elle cause. « Silencieusement, a-t-on écrit, la tuberculose a fait plus de ro millions de victimes, 4 fois plus que la guerre et le choléra réunis. Chaque année elle enlève en France la population d'une grande ville ».
Le nombre de victimes que cause la syphilis n'est pas
Entre,
moindre, puisque « d’après la Commission de prophylaxie des maladies vénériennes, elle atteint le dixième de la population française. Elle tue chaque année 20.000 enfants dans le sein de leur mère (morti-natalité du sixième mois de la gestation au troisième jour après la naissance), elle provoque 40.000 avortements au moins chaque année, et entraine une mortalité annuelle d’au
moins 80.000 décès ».
Des quelques lignes qui précèdent, on peut déduire la
nécessité d'organiser la lutte contre cette maladie.
Il y a des pays où depuis longtemps, des mesures ont été prises pour enrayer sa propagation, mais il nous faut reconnaître qu'il en est d'autres où jusqu’à présent il n'y à aucune organisation à ce sujet, les pouvoirs publics et le corps médical se désintéressant d’une manière presque
complète de tout ce qui se rapporte à la médecine sociale.
Ce sont ces pays qui pourront profiter de connaître ce qu'on à fait en France pour lutter efficacement contre la
syphilis, et les résultats que cette lutte a donnés.
C'est pour cela que nous avons cru intéressant d'écrire cette thèse sur une vue d'ensemble de l’état actuel de la lutte contre la syphilis en France.
I serait désirable de voir tous les pays dotés d’armements anti-vénériens aussi sérieux, car les résultats qu'on attend de cette lutte ne seront tout à fait satisfaisants que le jour où tous les pays auront organisé leurs moyens de défense ; quand il ne restera, pour ainsi dire, plus de foyers d’où la maladie puisse partir pour réinoculer d’au-
tres peuples, comme il arrive actuellement, En France, les
léutrédèr
cas de syphilis sont, en effet, particulièrement nombreux parmi les étrangers.
MM. JEANSELME et BURNIER ont montré, en 1926, que, tandis que dans d’autres pays la syphilis est en régression, en France elle augmente, à Paris et en province. (1) Cette augmentation reconnait plusieurs causes, mais parmi celles-ci, une des plus importantes est l'immigration étrangère, active et mal surveillée. Il est certain qu’il y à pour chaque pays la possibilité de réglementer l'immigration, et c'est le seul moyen de défense qui existe actuellement, mais il serait à désirer que l'organisation de la lutte contre les maladies vénériennes dans tous les pays rendent superflus les mesures de protection aux frontières.
Ces moyens de défense sont d’ailleurs très difficiles à organiser. « Il sem, ‘° qu'il soit facile, écrit le professeur JEANSELME, d'interdire l’accès de notre pays aux vénériens étrangers ou indigènes de nos colonies et pays de protectorats, en imposant aux immigrants une visite de départ, une deuxième à la frontière ou au port d'embarquement, une troisième au centre d'embauchement. En fait, rien n’est plus malaisé. La visite au départ est souvent irréalisable, en raison des conventions diplomatiques et de la suppression du passeport pour un grand nombre de pays. Il faut ajouter, en plus, que nos postes frontières sont trop peu nombreux, le filtrage à trois échelons est donc plus théorique qu'effectif (2).
(1) Jeansezme et Burner. — La syphils est-elle en décroissance
dans la population ouvrière ? Masson, édit., Paris, 1926. (Extrait du Bulletin de l'Académie de Médecine, séance du 9 mars 1926, tome
XCV, n° 10).
(2) Jransezme. — La prophylaxie individuelle et socialé des mala-
Un exemple typique de la difficulté de cette surveillance
des frontières nous est fournie par la frontière franco- “belge. En effet, cette frontière est, à ce point de vue, une frontière virtuelle. Il y à un grand nombre d'ouvriers français qui vont tous les jours travailler sur le territoire belge et reviennent le soir en France, de même que les ouvriers belges qui travaillent en France, retournent le soir dans leurs foyers.
Dans ces conditions, on a le droit de supposer que la morbidité doit être à peu près la même dans les départements des deux pays, de l’un et de l’autre côté de la frontière. Pour que la syphilis disparaisse en Belgique, il faudrait qu'elle disparaisse dans les départements du Nord, ce qui revient à dire, qu'elle disparaisse dans toute la France. Pour arriver à ce résultat, il faudrait prendre des mesures communes.
Actuellement, il existe quelques organisations internationales pour la lutte contre les maladies vénériennes, comme « l'Union internationale contre le péril vénérien », qui groupe dès maintenant 34 nations.
Pour mener à bien la lutte contre le péril vénérien, il doit exister une organisation internationale s'étendant à tous les pays et des organisations spéciales pour chaque pays en particulier. C’est: de cette dérnière partie que nous nous occuperons, la considérant d’abord au point de vue général, pour étudier ensuite l’état actuel de cette
question en France.
dies. vénériennes « L’effort de la France contre le périk vénérien », p. 7. — Suppl. au n° de la Vie Saine.
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