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L’ASSISTANCE PUBLIQUE AUX COLONIES

Le service de l’assistance publique est généralement surveillé dans les colonies par des commissions qui comprennent de hauts fonctionnaires repi'ésentant l’autorité administrative, et

1, Les sociétés de secours mutuels aux colonies ont été jusqu’à iDrésent l’objet d’une simple approbation des gouverneurs, mais rien ne s’oppose à la création d’institutions de ce genre après approbation par voie de décret, leur donnant le caractère d’établissements d’utilité publique, comme il arrive pour certaines sociétés de mutualité en France.

des membres des assemblées élues, conseils généraux ou conseils municipaux ; ces commissions vérifient, notamment, les comptes des agents préposés à la gestion des établissements divers, hôpitaux, hospices, asiles de vieillards et d’aliénés, orphelinats, léproseries, agents dont les écritures doivent être tenues conformément aux principes que nous avons indiqués dans le premier volume de cet ouvi'age, au titre du Régime fiiiancier (service des hospices et des établissements de bienfaisance, p. 547 à 550).

Les établissements dépendant de l’assistance publique locale peuvent être comparés à ceux de la métropole, pour leur installation et le confort qu’ils présentent, dans les anciennes colonies où les conseils généraux et municipaux les ont depuis longtemps dotés de subventions qui sont venues s’ajouter au produit des legs et donations des particuliers. Dans les colonies nouvelles, au contraire, les malades sont rarement recueillis dans des hospices civils ; la plupart sont redevables des soins qu’ils reçoivent aux seuls médecins du corps de santé militaire des colonies, placés à la tête des hôpitaux ou ambulances entretenus aux frais du budget de l’État. Les budgets locaux de la Guinée française et du Congo français, sur la côte occidentale d’Afrique, supportent cependant des frais de ce genre, des dépenses d’achat de médicaments et d’instruments de chirurgie, mais les services hospitaliers de ces colonies sont encore à l’état embryonnaire.

Nous n’avons pas à revenir ici sur les questions touchant à l’administration des divers établissements de bienfaisance aux colonies ; notre but consiste simplement à donner l’exposé des l'essources dont disposent ces colonies au point de vue du service hospitalier en les passant en revue successivement.

Héunion. — Outre l’hôpital militaire de Saint-Denis et l’hôpital thermal de Salazie dirigé par un médecin de 1''® classe des colonies, la Réunion possède un hôpital civil, entretenu par le budget local à Saint-Denis (arrêtés des 29 mars 1862 et 7 avril 1883) et soumis au contrôle d’une commission de sur-

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veillance (arrêtés des 30 décembre 1872 et l®"” février 1887). L’hôpital colonial et asile des aliénés de Saint-Paul, également à la charge du service local, et la léproserie (arrêtés des 25 février 1852, 16 février 1876 et 7 avril 1883) ont des directeurscomptables dont la gestion est vérifiée aussi par des commissions spéciales (Saint-Paul, ari'êté du 30 juillet 1872. — Léproserie : arrêtés des 31 décembre 1872 et 1®’' février 1887).

Des conseils d’hygiène et de salubrité publique (arrêté du 18 avril 1874) fonctionnent à Saint-Denis et à Saint-Pierre.

Les eaux minérales que l’on trouve à la Réunion fournissent de précieuses l'essources à la thérapeutique. La source thermale de Salazie, située à 872 mètres d’altitude, a une températui'e de 32 degrés centigrades. La source de Gilaos, à 1,114 mètres, est à 38 degrés de température. Ces eaux conviennent particulièrement aux affections de l’estomac, du foie, de l’intestin, de la vessie et aux personnes affaiblies par les fièvres de Madagascar et des îles voisines. Une troisième source minérale, celle de Mafate, dans la rivière des Galets, à 682 mètres d’altitude et d’une température de 30 degrés, guérit les affections cutanées, rhumatismales et catarrhales. La Réunion possède encore de nombreuses sources ferrugineuses.

La Martinique^. — Cette colonie compte six hospices civils à Fort-de-France, à Saint-Pierre, à la Trinité, à Saint- Fsprit, au Marin et au Lorrain. Chacun de ces hospices a son conseil d’administration dont les maires des diverses communes de leur circonscription et le desservant de la paroisse sont membres de droit. Le conseil de surveillance de l’assistance publique exerce également son contrôle sur tous ces hôpitaux civils dont la fondation remonte à 1859 et la dernière réorganisation au 31 juillet 1887. Ils sont institués pour recevoir les indigents malades, les infirmes, les vieillards indigents, les enfants trou-

1. Le service des hôpitaux militaires {Budget de VÉtat) est réparti à la Martinique entre l’hôpital militaire de Fort-de-France (300 lits) et celui de Saint-Pierre (100 lits).

vés et abandonnés ; — les prisonniers malades (soit condamnés, soit prévenus) et les aliénés en état d’observation ; — enfin, les personnes qui demandeiaient à y être traitées à leurs frais et les ofidciers, soldats et assimilés, fonctionnaires de l’État, dans les localités où il n’existe pas d’hôpital militaire. Des dames hospitalières de Saint-Paul sont attachées aux hospices civils de la Martinique.

La maison coloniale de santé, fondée en 1837 à Saint-Pierre, est spécialement affectée aux aliénés ^ et peut rivaliser avec les établissements de ce genre les mieux organisés de la métropole.

On y admet les personnes traitées à la charge de la colonie, ainsi que des pensionnaires aux frais de leur famille et «w compte de la Guyane française.

La ville de Fort-de-France possède un établissement de bienfaisance spécial, un ouvroir pour les jeunes filles, pour les orphelines notamment, qui a été reconnu comme établissement d’utilité publique par un décret du 4 juillet 1872 ; il est placé sous la surveillance du directeur de l’intérieur.

La Guadeloupe®. — Cette colonie a des établissements d’assistance publique à la charge du budget local (l’hospice des lépreux à la Désirade, l’hospice des aliénés à Saint-Claude, l’hospice Sainte-Élisabeth, aux Abymes) et des hôpitaux entretenus

1. M. Dislère, dans son Traité de législation coloniale (tome I, p. 503), exxDose la doctrine du département quant au domicile de secours des aliénés ; elle n’a pas changé depuis 18 86. Ce domicile est situé au lieu de leur dernière résidence quand leur internement a lieu dans l’année de leur arrivée en France ou aux colonies ; aigres un an c’est la localité où habitait l’aliéné quand la maladie est survenue. — Pour les frais de rapatriement des indigents, les règles posées par M. Dislère sont également toujours observées; les créoles indigents résidant en France sont rapatriés aux frais de leur colonie, comme passagers d’entrepont, sur la production d’un certificat d’indigence et d’un certificat d’origine. Les métropolitains indigents sont rapatriés, de la colonie où ils se trouvent dans la métropole, aux frais du département de l’intérieur ou à ceux de la colonie, selon qu’ils ont moins d’un an ou plus d’un an de séjour. Dans le second cas le gouverneur et même le conseil général sont appelés à apprécier l’opportunité du rapatriement mis à la charge du budget local.

2. Le service des hôpitaux militaires de l’État à la Guadeloupe compte trois établissements à la Basse-Terre, au camp Jacob et à la Pointe-à-Pître, comprenant ensemble 228 lits.

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par les municipalités. La léproserie de la Désirade a été créée en 1728. Le directeur de l’intérieur est chargé de l’administration de cet établissement dont la direction est aux mains des sœurs hospitalières de Saint-Paul de Chartres pour tout ce qui est relatif à l’exécution des règlements et au maintien de l’ordre en même temps que pour les soins à donner aux malades.

L’hospice des aliénés de Saint-Claude (camp Jacob) a été transféré de la Basse-Terre, sur la montagne, en 1852. Les hospices à la charge des communes sont : l’hospice Saint-Hyacinthe, à la Basse-Terre (1849) ; l’Hôtel-Dieu, à la Pointe-à- Pitre, dont la création remonte à l’année 1843, après le tremblement de terre qui détruisit complètement cette ville ; l’hospice de la Capesterre, datant de 1855 ; l’hospice du Grand-Bourg (1855) et l’établissement hospitalier de Saint-Martin. Les sœurs de Saint-Paul de Chartres dirigent tous ces hôpitaux communaux ainsi que la crèche de Sainte-Anatilde (arrêté du 10 novembre 1860) et l’orphelinat de la Pointe-à-Pitre, inauguré en 1885. Le personnel administratif (régisseurs) et médical de ces établissements est soumis au contrôle de commissions de sui'veillance pour tous les détails du service.

La Guyane. — On compte à la Guyane, outre l’hôpital militaire de Cayenne, deux établissements hospitaliers civils dont le premier a pris, pendant ces dernières années, une grande extension : l’hôpital-hospice du camp Saint-Denis, à Cayenne, et la léproserie de l’Acarouany.

D’après l’arrêté du 22 juin 1850, l’hôpital civil du camp Saint-Denis ne devait être qu’un simple asile pour les vieillards, les infirmes et les indigents; il est devenu, depuis, un établissement hospitalier important et a été doté, par arrêté du 29 janvier 1890, d’une nouvelle salle destinée aux agents de l’administration locale et aux particuliers qui désireraient y être soignés en remboursant le montant de la journée de traitement. La léproserie de l’Acarouany a été réorganisée par un ari'êté du gouverneur en date du 21 avril 1892.

Sénégal. — En plus des hôpitaux militaires de Saint-Louis, Gorée et Dakar, la colonie du Sénégal possède des hospices civils ou infirmeries dans ces mêmes grands centres et un dispensaire à Ruflsque. Des sœurs de l’ordre de Saint-Joseph de Gluny sont attachées au service de ces hôpitaux.

Des conseils d’hygiène publique et de salubrité siègent à Saint- Louis, à Gorée, à Dakar, à Rufisque, et sont présidés de droit par le maire de chacune de ces localités. La composition de ces conseils (arrêtés des 25 octobre 1867, 2 avril 1873, 15 août 1881 et 10 janvier 1883) varie suivant la localité. A Saint-Louis, par exemple, le conseil d’hygiène comprend le maire, président, le médecin en chef de la colonie, le président de la chambre de commerce, le directeur des travaux publics, le pharmacien principal, le chef du bureau de l’intérieur chargé du service sanitaire, un médecin civil, un vétérinaire, un habitant notable nommé par le gouverneur.

Ces conseils sont chargés de l’examen des questions relatives à l’hygiène publique de l’arrondissement, qui leur sont renvoyées par le directeur de l’intérieur.

Ils peuvent être spécialement consultés sur les objets suivants :

1° L’assainissement des localités et habitations ;

2° Les mesures à prendre pour prévenir et combattre les maladies endémiques, épidémiques et transmissibles ;

3” Les épizooties et les maladies des animaux ;

4® La propagation de la vaccine ;

5° La salubrité des établissements publics, écoles, hôpitaux, prisons, etc. ;

6“ Les demandes en autorisation, translation ou révocation des établissements dangereux, insalubres ou incommodes.

Les conseils d’hygiène de toutes les colonies connaissent, d’ailleurs, de ces diverses questions à litre consultatif.

Établissements de l’Inde. — Pondichéry possède, depuis 1853, un hôpital colonial qui contient une centaine de lits, y com-

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pi’is les salles de la maternité, du dispensaire et des indigents, la salle des condamnés et celle des aliénés. Les officiers, marins et assimilés, les fonctionnaires, voire même les particuliers qui veulent s’y faire traiter, en un mot tous les malades de la colonie sont reçus dans cet hôpital. Le budget de l’État supporte les dépenses afférentes à la solde et aux frais de voyage des officiers du corps de santé des colonies qui forment le personnel médical de l’établissement (décision ministérielle du 25 avril 1876), mais, en retour, le service local prend à sa charge toutes les autres dépenses (matériel, médicaments, etc.).

L’hôpital colonial de Pondichéry compte, parmi son personnel, des religieuses de la congrégation des dames de Saint-Joseph de Cluny, une maîtresse sage-femme, des infirmiers ; la direction de l’intérieur a la haute main sur l’administration de l’établissement confiée à un agent comptable spécial.

Mayotte. — L’hôpital civil de Mayotte reçoit tous les malades de la colonie. Il est administré par un commis du service de l’intérieur; les soins sont donnés aux malades par deux docteurs en médecine assistés d’infirmiers et de sœurs hospitalières.

Autres colonies. — Les colonies de Saint-Pierre et Miquelon, de Tahiti, de la Nouvelle-Calédonie, d’Obock, de la GôtedTvoire, du Bénin, de Diégo-Suarez, de Nossi-Bé, ne possèdent pas d’hospices civils, mais des hôpitaux ou ambulances militaires à la charge du budget de l’État, où sont l'eçus les divers malades, militaires ou fonctionnaires assimilés, et même les colons ou habitants du pays qui demandent à y être traités en remboursant la journée d’hôpital au taux fixé par les règlements.

La lèpre, qui fait de grands ravages dans les populations indigènes, surtout en Océanie, est soignée dans un établissement spécial, à la Nouvelle-Calédonie, celui de Ouala (îles Bélep). Un décret du 22 septembre 1893 a édicté toute une série de mesures pour enrayer les px'Ogrès de la maladie dans cette co-

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