‹ Organisation du crédit et de la circulation, et solution du problème social sans impôt, sans emprunt, sans numéraire ... sans atteinte à la propriétéChapitre 6 sur 8 · Extension du débouché · texte numérisé non relu

Extension du débouché

La suppression du numéraire, creuse au travail un débouché sans fond. Car, chose remarquable et point du tout remarquée, l’or, qu’on se figure comme la clé du commerce, n’en est que le verrou. L’or est à l’échange ce que Napoléon était à la liberté. Quand la liberté fut dispensée aux citoyens par cette main impériale, la liberté n'exista plus. L’or joue à l’égard de la circulation précisément le même rôle. C’est une sentinelle placée à l’entrée du débouché, et dont la consigne est : On ne passe pas l

Si, comme je pense l’avoir démontré, le crédit c’est l’échange, il s’ensuit d'abord que tout entrepreneur ayant besoin de crédit, au lieu de s’adresser à l'homme d’argent, s’adressera immédiatement à la consommation et à la production. Il s’adressera à la consommation, afin d’en obtenir des commandes ; puis, sur la foi, sur le crédit de ces commandes.

il ira trouver le producteur des matières, instrumens ou services dont il a besoin, recevra ses fournitures, et le couvrira en lettres de commerce qui seront converties par la Banque, sous les précautions ordinaires, en papier de change. Ainsi, le véritable commanditaire est le consommateur: entre lui et le nouvel entrepreneur, l’entremise de l’homme d’argent n’est plus nécessaire ; des produits, dont les uns sont réalisés, et les autres réalisables dans un avenir plus ou moins éloigné, s’échangent immédiatement, sans entremetteur, sans usure, par la simple constitution de l’échange : chose impossible aujourd’hui, sous la royauté prohibitive du numéraire. L’entrepreneur n’a plus à s’occuper de l’argent ; il ne s’agit pour Im que d’établir sa propre productivité, autrement dire l’acceptabilité de ses produits.

Une immense facilité est ainsi donnée aux entrepreneurs, soit pour s’établir, soit pour développer leurs entreprises, soit enfin pour réparer leurs échecs, ou se relever de leurs sinistres. Or, rendre les entreprises plus faciles, moins onéreuses, moins risquablcs, c’est déjà ouvrir à la production un vaste débouché, puisqu’on dernière analyse, au point de vue de l’être collectif, production et consommation sont synonymes.

Une autre cause vient rendre le débouché encore plus large, et l’étendre à l’inlini.

De même que, dans le nouveau système, crédit c’est échange ; de même échange, c’est richesse. En effet, te jour où la circulation des produits deviendra de plus en plus régulière, active et pleine ; ce jour-là, le producteur, n’ayant aucun souci de l’avenir, ne thésaurisera plus : l’ouvrier, sachant qu’il a dans la paume de sa main une source de richesse, au lieu de faire des épargnes, dépensera. Acheter pour lui, ce sera économiser. Le capital, dans le régime du crédit réciproque, ne se forme plus par l’épargne, mais par l’échange. Accumuler des billets de crédit semblera une aussi grande duperie que d’avoir du pain, et de ne pas manger ; du vin, et de n’en pas boire ; des vêtemens, et d’aller tout nu ; un logement superbe, et de coucher à l’écurie. La caisse d’épargne, cette fondation pieuse de la vieille philanlliropic, pa-

raîtra alors ce qu’elle est en réalité, le fléau du commerce, le monument de la misère, l’abomination de la désolation dans le corps social.

La demande croissant indéfiniment avec les moyens de production, avec les facilités de la circulation, le besoin de bienêtre et de Inse, l’offre du travail sera toujours au dessous de la demande ; la production, auparavant toujours excessive (puisque, malgré la misère générale, le commerce ne trouvait pas de placement), sera au contraire toujours insuffisante.

Vous voulez, pour augmenter le produit, organiser le travail, rendre le travail attrayant!

Creusez le débouché ; faites le vide dans le vaisseau circulatoire : et comme l'eau se précipite sous le piston, la production affluera à l’appel de la demande.

Ainsi, le rapport de l’offre et de la demande étant interverti, les chômages deviendront impossibles. En calculani sur une moyenne de 50 jours de chômage par an , pour 6 millions de travailleurs, au salaire moyen de 2 fr. par jour, le bénéfice annuel obtenu de ce second chef sera de 600,000,000

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