ATELIERS SOCIAUX INDUSTRIELS
Jusqu'ici tous les pouvoirs se sont appelés la résistance; désormais, tout pouvoir devra s'appeler le mouvement.... ou n'être pas. Car, le monde est invinciblement poussé dans des routes nouvelles : aveugle qui l'ignore ! insensé qui le nie !
C'est pourquoi la logique même de l'histoire commande la création d'un ministère du progrès ayant pour mission spéciale de mettre la Révolution en mouvement et d'ouvrir la voie qui mène aux horizons lumineux.
Supposons que ce ministère soit créé, et qu'on lui constitue un budget :
En remplaçant la Ranque de France par une Ranque nationale et en mettant les bénéfices qui aujourd'hui ne font que grossir la fortune de quelques opulents actionnaires, au service du prolétariat à affranchir ;
En faisant rentrer dans le domaine de l'Etat les chemins de fer et les mines ;
En centralisant les assurance;^ ;
En ouvrant des bazars et entrepôts, au nom de l'Etat;
En appelant, pour tout dire, à l'œuvre de la Révolution,
les puissances réunies du crédit, de l'industrie et du commerce....
On se trouverait avoir en quelque sorte sacré et armé la Révolution.
Et voici alors ce qu'il y aurait à faire. Le budget du travail, formé comme il vient d'être dit, serait affecté, en ce qui concerne le travail des villes, à rétablissement d'ateliers sociaux dans les branches les plus importantes de l'industrie.
Cette opération exigeant une mise de fonds considérable, le nombre des ateliers sociaux originaires serait rigoureusement circonscrit ; mais, en vertu de leur organisation, ainsi qu'on le verra plus bas, ils seraient doués d'une force d'expansion immense.
La rédaction des Statuts destinés aux ateliers sociaux serait délibérée et votée par la représentation nationale. Ils auraient forme et puissance de loi.
Seraient appelés à travailler dans les ateliers sociaux jusqu'à concurrence du capital primitivement rassemblé pour l'achat des instruments de travail tous les ouvriers qui offriraient des garanties de moralité.
Dans la première année qui suivrait l'établissement des ateliers sociaux, l'Etat réglerait la hiérarchie des fonctions. Après la première année, il n'en serait plus de même. Les travailleurs ayant eu le temps de s'apprécier l'un l'autre, et tous étant également intéressé!, comme on en va juger, au succès de l'association, la hiérarchie sortirait du principe électif.
Dans chacune de ces associations, formées pour les industries qui peuvent s'exercer en grand, pourraient être admis ceux qui appartiennent à des professions que leur nature force à s'éparpiller et à se localiser. Si bien que chaque atelier social pourrait se composer de professions diverses, groupées autour d'une grande industrie, parties différentes d'un même tout, obéissant aux mêmes lois et participant aux mêmes avantages.
Chaque membre de l'atelier social aurait droit de disposer à sa convenance du fruit de son travail; mais l'évidente économie et l'incontestable excellence de la vie en commun ne tarderaient pas à faire naître de l'association des travaux la volontaire association des besoins et des plaisirs.
Les capitalistes seraient appelés dans l'association et toucheraient l'intérêt du capital par eux versé, mais ils ne participeraient aux bénéfices qu'en qualité de travailleurs.
Une partie seulement du bénéfice net obtenu serait partagée entre les membres de l'association, une partie de ce bénéfice devant être consacrée à l'entretien des vieillards, des malades, des infirmes, et une autre à fallègement des crises qui pèseraient sur d'autres industries, attendu qu'il s'agit de rendre toutes les industries solidaires.
Mais quelle serait, quant aux fruits du travail, dans chaque atelier social, la règle de répartition ?
Dans les précédentes éditions de ce livre j'ai proposé le système de l'égalité des salaires, ou, tout au moins, l'égal partage des bénéfices, sans dissimuler toutefois que ce n'était là qu'un acheminement vers une conception supérieure.
Tous les hommes ne sont pas égaux en force physique, en intelligence ; tous n'ont pas les mêmes goûts, les mêmes penchants, les mêmes aptitudes, pas plus qu'ils n'ont le même visage ou la même taille ; mais il est juste, il est de l'intérêt général, il est conforme au principe de solidarité posé plus haut et aux lois de la nature, que chacun soit mis en état de tirer parti, aussi complètement que possible, en vue du bonheur d'autrui, des facultés qu'il a reçues de la nature, et de satisfaire aussi complètement que possible, en vue de son propre bonheur, les besoins que la nature lui a donnés. C'est ainsi, par exemple, que, dans le corps humain, il n'y a vigueur et santé que lorsque chaque membre reçoit ce qui peut le préserver de touta souffrance et lui permettre d'accomplir convenablement sa destination particulière. L'égaUté n'est donc que le
Eroportionnalité, et elle n'existera d'une manière vérilale que lorsque chacun, d'après la loi écrite en quelque sorte dans son organisation par Dieu lui-même, produira