‹ Organisation du travail (volume 2)Chapitre 17 sur 29 · DE PROJET DE LOI · texte numérisé non relu

DE PROJET DE LOI

On le voit : ateliers industriels et ateliers agricoles seraient fondés dans le même but, d'après les mêmes principes, sur les mêmes bases, avec cette seule différence que, dans les ateliers agricoles, le système de l'association fraternelle pourrait être, dès à préstntj appliqué d'une manière plus radicale et plus complète, par le fait non seulement de la production, mais encore de la consommation en commun.

Voici, sous forme de projet de loi, le résumé de ces deux parties d'un système unique :

Article premier. Il serait créé un ministère du progrès, dont la mission serait d'accomplir la Révolution sociale, et d'amener graduellement, pacifiquement, sans secousse, l'abolition du prolétariat.

Art. 2. Pour cela, le ministère du progrès serait chargé : 1" de racheter, au moyen de rentes sur l'État, les chemins de fer et les mines; 2° de transformer la Banque de France en Banque d'État; 3° de centraliser, au grand avantage de tous et au profit de l'Etat, les assurances; 40 d'établir, sous la direction de fonctionnaires responsables, de vastes entrepôts où producteurs et manufacturiers seraient admis à déposer leurs marchandises et leurs denrées, lesquelles seraient représentées par des récépissés ayant une valeur négociable et pouvant faire office de papier-monnaie : papier-monnaie parfaitement garanti, puisqu'il aurait pour gage une marchandise déterminée et expertisée; 50 enfin, d'ouvrir des bazars correspondant au commerce de détail, de piême que les entrepôts correspondraient au commerce en gros,

Art. 3. Des bénéfices que les chemins de fer, les mines, les assurances, la Banque, rapportent aujourd'hui à la spéculation privée, et qui, dans le nouveau système, retourneraient à l'État , joirts à ceux qui résulteraient des droits d'entrepôts, le ministère du Progrès composerait son budget, spécial ; le budget des travailleurs.

Art. 4. Liintérêt-et l'amortissement des sommes dues par suite des opérations précédentes seraient prélevés sur le budget des travailleurs; le reste serait employé: 1° à commanditer les associations ouvrières; 2» à fonder des colonies agricoles.

Art. 5. Pour être appelées à jouir de la commandite de l'État, les associations industrielles ou agricoles devraient être instituées d'après le principe d'une fraternelle sohdarité, de manière à pouvoir acquérir, en se développant, un capital collectif, ixalié.-varle et toujours grossissant; seul moyen d'arriver à tuer l'usure, grande ou petite, et de faire que le capital ne fût plus un élément de tyrannie, la possession des instruments de travail un privilège, le crédit une marchandise, le bien-être une exception, l'oisiveté un droit.

Art. 6. En conséquence , toute association industrielle ou agricole, voulant jouir de la commandite de l'État , serait tenue d'accepter, comme bases constitutives de son existence, les dispositions qui suivent :

Après le prélèvement du montant des dépenses consacrées à faire vivre le travailleur, de l'intérêt du capital, des frais d'entretien et de matériel, le bénéfice sera ainsi réparti : Un quart pour l'amortissement du capital avancé par l'État ; Un quart pour l'établissement d'un fonds de secours destiné aux vieillards, aux malades, aux blessés, etc. ; Un quart à partager entre les travailleurs à titre de bénéfice ; Un quart enfin pour la formation d'un fonds de réserve dont la destination sera indiquée plus bas.

Ainsi serait constituée l'association dans un atelier. Resterait à étendre l'association entre tous les ateliers de même nature, afin de les rendre solidaires l'un de l'autre. Deux conditions y suffiraient :

D'abord, on déterminerait le prix de revient; on fixerait, eu égard à la situation du monde industriel, le chiffre du bénéfice licite au-dessus du prix de revient, de manière à arriver à un prix uniforme et à empêcher toute concurrence entre les ateliers d'une môme industrie.

Ensuite, on établirait dans tous les ateliers de la même industrie un salaire non pas égal, mais proportionnel , les conditions de la vie matérielle n'étant point identiques sur tous les points de la France.

La solidarité ainsi établie entre tous les ateliers de môme nature, il y aurait enfin à réaliser la souveraine condition de l'ordre, celle qui devra rendre à jamais les haines, les guerres, les révolutions impossibles; il y aurait à fonder la solidarité entre toutes les industries diverses, entre tous les membres de la société. Pour cela , des divers fonds de réserve dont nous parlions tout à

riunire, on formerait un fonds de mutuelle assistance entre toutes les industries, de telle sorte que celle qui, une année , se trouverait en souffrance, fût secourue par celle qui aurait prospéré. Un grand capital serait ainsi formé, lequel n'appartiendrait à personne en particulier, mais appartiendrait à tous collectivement.

La répartition de ce capital de la société entière serait .confiée à un conseil d'administration placé au sommet de tous les ateliers.

L'État arriverait à la réalisation de ce plan par des mesures successives. Il ne s'agit de violenter personne. L'État donnerait son modèle; à côté vivraient les associations privées, le système économique actuel. Mais telle est la force d'élasticité que nous croyons au nôtre, qu'en peu de temps, c'est notre ferme croyance, il se serait étendu sur toute la société, attirant dans son sein les systèmes rivaux par l'irrésistible attrait de sa puissance. Ce serait la pierre jetée dans l'eau et traçant des cercles qui naissent l'un de l'autre en s'agrandissant toujours.

Si la Révolution de 1848 n'eût porté au pouvoir que des hommes décidés à suivre cette voie; si, au lieu d'une simple commission d'études, sans attributions déterminées, sans personnel administratif, sans argent, et à laquelle tout essai pratique se trouvait interdit d'avance, on eût créé un ministère du progrès, chargé d'agir dans le sens qui vient d'être indiqué, j'ose affirmer qu'à l'heure qu'il est, l'œuvre de la régénération par le socialisme serait audessus de tons les dé}:»ats. '

Mais quoi! c'est précisément parce que ce système était d'une application facile et d'une portée manifeste, qu'on mit tant d'ardeur à en empêcher l'application. La théorie, loin de pouvoir être ici condamnée par la pratique, y aurait puisé sa justification la plus éclatante : les défenseurs du vieux monde le comprirent bien, et ils reculèrent.

Aux résultats produits par le Luxembourg, sourdement combattus, environnés de piép:es et d'obstacles, réduit à un complet dénûment, calomnié, trahi ; au sillon qu'il a creusé; à cet immense et désormais invincible mouvem&nt

d'association auquel il a servi de point de départ , il

est aisé de juger combien son action eût été féconde, s'il n'eût pas été réduit aux seules ressources de la parole. Mais, je le répète, puisque le système du Luxembourg n'a pas été essayé, il reste à l'ordre du jour de la République.

Et maintenant, je vais plus loin ; je dis au peuple :

Voulez-vous que, même en dehors du gouvernement actuel, en dépit de son mauvais vouloir, et d'une manière

toute légale, le» théories socialistes de la Révolution de Février soient mises en pratique? Gela se peut, et voici comment :

Que les associations ouvrières se concertent ;

Qu'elles nouent entre elles ce précieux lien de la solidarité qui les soutiendra contre la pression du milieu environnant;

Qu'un Comité central des travailleurs associés soit établi;

Que ce comité organise, non-seulement à Paris, mais dans les provinces, la plus importante des souscriptions : La souscription du prolétariat à abolir !

Ce comité sera, — sans caractère officiel — un véritable ministère du Progrès, et le capital fourni par des souscriptions volontaires, par le dévouement, sera le budget des travailleurs.

Que le peuple y songe : la chose en vaut la peine ; car la destruction de la dernière forme de l'esclavage est au bout.

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